‹ OEuvres complètesChapitre 9 sur 111 · LES NOCES DE CANA · texte numérisé non relu

LES NOCES DE CANA

Et chaque apôtre se signait, Et Judas surtout s'indignait :

« Hélas! disait-il, mes amis, Le Bon Dieu nous a compromis. »

Puis à Madeleine la sainte, Q.ui, belle de honte et d'attraits, Détournait, loin de cette enceinte, Vers le désert ses yeux distraits :

« De ce monde, votre conquête.

Pourquoi, dit-il, vous séparer?

Ma sœur, ce n'est qu'en tête-à-tête Qu'au désert il feut s'égarer... »

Et chaque apôtre se signait.

Et Judas surtout s'indignait :

« Hélas! disait-il, mes amis.

Le Bon Dieu nous a compromis. »

Narguant le pharisien qui gronde, « Oui, poursuit-il, £iites toujours Des bienheureux en ce bas monde, Pour qu'on vous canonise un jour.

Au ciel, pénitente confuse, Q}iand vous frapperez en mon nom.

Ne craignez pas qu'on vous refuse.

Vous qui jamais n'avez dit : Non... »

Et chaque apôtre se signait, Et Judas surtout s'indignait :

« Hélas! disait-il, mes amis.

Le Bon Dieu nous a compromis. »

« Moi-même, je veux à plein verre Boire l'oubli du lendemain; Chaque instant me pousse au calvaire, J'en veux égayer le chemin.

Suivez donc mes traces divines :

En attendant que les douleurs Viennent vous couronner d'épines, Enfants, couronnez- vous de fleurs. »

Et chaque apôtre se signait.

Et Judas surtout s'indignait :

« Hélas I disait-il, mes amis.

Le Bon Dieu nous a compromis. »

Des convives troublant la vue.

Sur leurs plaisirs l'aube avait lui.

Mais quand l'humanité vaincue Tombait en foule autour de lui.

Miracle I intrépide à sa place, L'Homme-Dieu, se versant toujours, Détonait un hymne d'Horace Sur le Falerne et les Amours.

Page 1