LES NOCES DE CANA
Et chaque apôtre se signait, Et Judas surtout s'indignait :
« Hélas! disait-il, mes amis, Le Bon Dieu nous a compromis. »
Puis à Madeleine la sainte, Q.ui, belle de honte et d'attraits, Détournait, loin de cette enceinte, Vers le désert ses yeux distraits :
« De ce monde, votre conquête.
Pourquoi, dit-il, vous séparer?
Ma sœur, ce n'est qu'en tête-à-tête Qu'au désert il feut s'égarer... »
Et chaque apôtre se signait.
Et Judas surtout s'indignait :
« Hélas! disait-il, mes amis.
Le Bon Dieu nous a compromis. »
Narguant le pharisien qui gronde, « Oui, poursuit-il, £iites toujours Des bienheureux en ce bas monde, Pour qu'on vous canonise un jour.
Au ciel, pénitente confuse, Q}iand vous frapperez en mon nom.
Ne craignez pas qu'on vous refuse.
Vous qui jamais n'avez dit : Non... »
Et chaque apôtre se signait, Et Judas surtout s'indignait :
« Hélas! disait-il, mes amis.
Le Bon Dieu nous a compromis. »
« Moi-même, je veux à plein verre Boire l'oubli du lendemain; Chaque instant me pousse au calvaire, J'en veux égayer le chemin.
Suivez donc mes traces divines :
En attendant que les douleurs Viennent vous couronner d'épines, Enfants, couronnez- vous de fleurs. »
Et chaque apôtre se signait.
Et Judas surtout s'indignait :
« Hélas I disait-il, mes amis.
Le Bon Dieu nous a compromis. »
Des convives troublant la vue.
Sur leurs plaisirs l'aube avait lui.
Mais quand l'humanité vaincue Tombait en foule autour de lui.
Miracle I intrépide à sa place, L'Homme-Dieu, se versant toujours, Détonait un hymne d'Horace Sur le Falerne et les Amours.