II
l8 LE MYOSOTIS
Et, quand même Thémis oubliraît de frapper, i
Les forfaits au carcan ne pourront échapper. |
Chaque jour, un essaim d'écrits périodiques.
Innombrables hérauts des combats politiques, j
Signalant les dangers, vole à Tappui des lois Rallier tous les cœurs, armer toutes les voix. Le jeune citoyen, que cet écho réveille, S*enflamme chaque jour aux débats de la veille. Et peut-être, embrassant un avenir flatteur.
Du temps, qui le vieillit, accuse la lenteur. Souffre de tous les maux de la patrie esclave. Et rêve en contemplant le buste de Barnave.
Avec un autre siècle ils ont fui pour toujours. Ces héros de scandale honorés dans les cours, Q}ii, d'un nom glorieux subissant l'ironie.
Savaient au plaisir seul sacrifier leur vie.
Le Français, jeune encore, échappant au repos. Verse, pour l'ennoblir, son sang sous les drapeaux; Et, lorsque, avec la paix, les muses consolantes Viennent jeter des fleurs sur des palmes sanglantes. Tantôt associant l'étude à ses plaisirs.
Des jeux de Melpomène il charme ses loisirs ; Tantôt, ivre d'espoir, à la tribune il vole D'une bouche éloquente épier la parole ; Tantôt, dans un convoi, suivant la gloire en deuil, Il dispute l'honneur de porter un cercueil.
Qji'on tremble d' étouffer ces flammes généreuses I C'est en les irritant qu'on les rend dangereuses. En vain le despotisme, armé du fer des lois,
ÉPiTRE A M. FIRMIN DIDOT I9
Commandait le silence à la presse aux cent voix, Éteignant les Êinaux sur le bord de Tabime, De son triomphe même il ftit tombé victime ; ^t, s*il £iut d*un exemple appuyer mes discours, Voyez de TOrient les peuples et les cours :
n lit du souverain, là, le sabre, qui veille, un murmure indiscret préserve son oreille; ssible même à la voix du remord, An sein des voluptés il se plonge et s*endort. n dort... Mais tout à coup la révolte hardie Dans son palais en feu gronde avec l'incendie ; Lui-même tombe aux pieds de ce peuple rampant, Et l'orage imprévu l'éclairé en le frappant.
Contre les attentats d'une aveugle puissance. Déjà que de douleurs se soulevaient en France I Menacés par les lois, que d'artisans obscurs S'entretenaient tout bas de leurs. destins futurs. Et, loin de la patrie esclave et désolée.
Se choisissaient d'avance une tombe exilée 1 Jeune encore et tremblant pour l'art qui m'a nourri, Moi, j'ai pleuré comme eux et comme eux j'ai souri. Lorsque de nos cités, à la douleur en proie.
S'élevèrent des feux et des concerts de joie. Non, sur des bords lointains il ne Êiudra jamais Devant ses ennemis rougir du nom français.
Et, dans l'eut obscur où le ciel nous fit naître. Notre sort coulera paisible, heureux peut-être I Qjiand l'art hospitalier nous laisse des loisirs. Ainsi qu'à nos besoins, il veille à nos plaisirs.
Et qui donc n'a jamais puisé dans la lecture
Un oubli consolant, une volupté pure?
Les livres, autrefois vendus au poids de Tor,
Dont l'avare opulence amassait le trésor,
Des cloîtres, des palais secouant la poussière,
Se sont enfin glissés jusque dans la chaumière ;
Pénates vigilants, en tous lieux aujourd'hui
Ils bercent les douleurs et dissipent l'ennui;
Souvent ils sont fêtés même par l'ignorance.
Notre cœur languit-il, en deuil d'une espérance, i
Détrompé d'amitié, désenchanté d'amour,
Walter Scott à nos yeux fait passer tour à tour
Les brigands féodaux, qui couraient, pleins de zèle,
Purifier leurs mains dans le sang infidèle,
Ou ses gais Bohémiens, ou ses chefs belliqueux.
Et des temps, des climats aussi bizarres qu'eux.
Le lecteur, franchissant l'espace des années,
Vit de leurs passions et de leurs destinées.
Et, de ces grands malheurs qu'il essaie un moment,
Vers les siens, plus légers, il revole gaîment.
Hélas I pourquoi faut-il qu'aveuglant la jeunesse.
Comme tous les plaisirs, l'étude ait son ivresse ?
Les chefs-d'œuvre du goût, par mes soins reproduits,
Ont occupé mes jours, ont enchanté mes nuits.
Et souvent, insensé 1 j'ai répandu des larmes :
Semblable au forgeron qui, préparant des armes.
Avide des exploits qu'il ne partage pas.
Siffle un air belliqueux et rêve les combats...
LES "hLOCES T>E C^'K.^
LJ e Cana Ton sait l'aventure, Mais d*un vieux grimoire je tiens Quelques détails, dont l'Écriture N'a pas égayé les chrétiens.
Un peu gourmet, quoi qu'on en dise, Le Bon Dieu, qui s'était grisé, Se permit mainte gaillardise Dont Judas fut scandalisé.
Car chaque apôtre se signait, Et Judas surtout s*indignait :
« Hélas ! disait-il, mes amis, Le Bon Dieu nous a compromis. »
«c D'abord, en comptant les bouteilles, Frères, dit-il, en vérité, De mes jours semés de merveilles, Ce jour sera le mieux fêté :
Mes prêtres futurs, en mémoire D*un tour de gobelet divin, Vendant des oremus pour boire.
Changeront Teau bénite en vin. »
Et chaque apôtre se signait.
Et Judas surtout s'indignait :
« Hélas ! disait-il, mes amis, Le Bon Dieu nous a compromis. »
Aux époux, héros de la fête, II dit d'un ton d'épicurien :
« Buvez, trinquez, foi de prophète, L'Amour, ce soir, n'y perdra rien ; Mon présent de noce est un reste De ce vin comme on n'en fait plus, Q^i, pour décupler un inceste.
Rajeunit un de mes élus... »