‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 1 sur 76 · LA VIE ET LES OUVRAGES D'HELVÉTIUS, PAR SAINT-LAMBERT · texte numérisé non relu

LA VIE ET LES OUVRAGES D'HELVÉTIUS, PAR SAINT-LAMBERT

Qlaude- Adrien Helvjétius naquit à Paris au mois de janvier 1715, de Jean- Adrien Helvétius et de Gabrielle d'Armancourt. La famille des Helvétius ? originaire du Palatinat , y fut persécutée du temps de la réforme , et s'établit en Hollande , où plusieurs d'entre eux ont possédé des emplois honorables.

Le bisaïeul d'Helvétius , premier médecin des armées de la république , mérita qu'elle fît frapper des médailles en l'honneur des services qu'il lui avait rendus.

Le fils de cet homme illustre vint à Paris fort jeune. Il y fut connu sous le nom de médecin hollandais , et nous lui devons l'ipécacuanha : il avait appris l'usage de cette racine d'un de ses parens , gouverneur de Batavia; il s'en servit avec beaucoup de succès à Paris et dans nos armées. Louis XIV , dont les grâces étaient si souvent ce que doivent être les grâces des rois, c'est-à-dire des récompenses, lui donna des lettres de noblesse, et la charge d'inspecteur - général des hôpitaux. Il mourut à Paris en 1727 , regretté des pauvres et des gens de bien.

Un de ses fils, héritier de ses talens, cultiva ,

comme lui , la médecine âvec gloire. Il était jeune encore , lorsqu'il sauva le roi régnant d'une maladie dangereuse dont ce prince fut attaqué à l'âge de sept ans. Il fut depuis premier médecin de la reine, et mérita la confiance et les bontés de cette princesse. Il fut, à Versailles, l'ami de toutes les maisons dont il était le médecin. Il recevait chez lui un grand nombre de pauvres , et allait voir assidûment ceux que leurs infirmités retenaient chez eux.

Il aimait beaucoup sa femme, qui était belle et attachée à son mari , comme à tous ses devoirs. Ils aimèrent tendrement leur fils , et s'occupèrent également de son éducation et du soin de rendre son enfance heureuse. Il n'avait pas cinq ans lorsqu'ils le confièrent à M. Lambert, homme sage et sensible , qui lui a survécu et a long-temps pleuré son élève.

11 n'y avait point de travail que l'envie de plaire à un tel précepteur ne fît entreprendre au disciple. Il eut de bonne heure le goût de la lecture. Il est vrai qu'il n'aima d'abord que les contes de fées et des livres où régnait le merveilleux. Mais il leur associa bientôt Lafontaine , et même Despréaux , dont les ouvrages charment les hommes de goût , mais ne devraient pas charmer l'enfance.

On venait de mettre le jeune Helvétius au collège. Lorsqu'il lut l'Iliade et Quinte - Curce , ces deux lectures changèrent son caractère : il était fort timide, il devint audacieux. Son goût pour l'étude fut suspendu pendant quelque temps. Il voulait entrer au service, et ne respirait que la guerre.

D'abord le despotisme de ses régens , leur ton menaçant , et la contrainte , le révoltèrent ; les occupations minutieuses dont on le surchargeait, le dégoûtèrent : il ne fit que des progrès médiocres.

ET LES OUVRAGES d'hELVETIUS* 5 Mais , parvenu à la rhétorique , le P. Porée , son régent dans cette classe , s'aperçut que cet écolier était très-sensible aux éloges , et en louant ses premiers efforts j il lui en fit faire cle plus grands. Les amplifications étaient à la mode au collège. Le P. Porée trouva dans celles d'Helvétius plus d'idées et d'images que dans celles de ses autres disciples : de ce moment, il lui donna une éducation particulière. Il lisait avec lui les meilleurs auteurs anciens et modernes , et lui en faisait remarquer les beautés et les défauts. Ce père n'écrivait pas avec goût , mais il avait d'excellens principes de littérature. C'était un bon maître et un méchant modèle. Il avait surtout le talent de connaître la mesure d'esprit et le caractère de ses élèves , et la France lui doit plus d'un grand homme dont il a deviné et hâté le génie.

La première jouissance de la gloire en augmente l'amour. Le jeune Helvétius , comblé d'éloges dans les exercices publics de son collège, voulut réussir dans tout ce qui pouvait être loué. Il avait d'abord détesté la danse et l'escrime : il excella depuis dans ces deux arts. Il a même dansé à l'Opéra sous le nom et le masque de Javillier (i), et a été trèsapplaudi.

Son émulation, qui s'étendait à tout, ne prit jamais le caractère de l'envie. Il aimait ses jeunes rivaux; il avait gagné leur confiance. Ils étaient sûrs de sa discrétion dans les petits complots que la sévérité des maîtres et le besoin du plaisir rendent si communs parmi les jeunes gens.

Il était encore au collège, lorsqu'il connut le livre de X Entendement humain. Ce livre fit une révolution dans ses idées. Il devint un zélé disciple

(i) Avant Noverre , les danseurs de l'Opéra étaient masqués.

de Locke , mais disciple comme Aristote Fa été de

Platon , en ajoutant des découvertes à celles de son

maître.

Il porta dans l'étude du droit l'esprit philosophique que Locke lui avait inspiré. Il cherchait dès lors les rapports des lois avec la nature et le bonheur des hommes.

Son père , dont la fortune était médiocre , et qui avait encouru la disgrâce du cardinal de Fleuri par son attachement à M. le Duc , le destinait à la finance , comme à un état qui pouvait l'enrichir et lui laisser le temps de faire usage de ses talens. Il l'envoya chez M. d'Armancourt , son oncle maternel , directeur des fermes à Caen. Là , Helvétius fut occupé des lettres et de la philosophie , plus que de la finance ; et plus occupé des femmes que fies lettres et de la philosophie. Il apprit cependant en peu de temps, et presque sans y songer, tout ce que doit savoir un financier.

11 avait vingt-trois ans , lorsque la reine ( Marie Leckzinska), qui aimait M. et Mme Helvétius, obtint pour leur fils une place de fermier-général. Il n'eut d'abord que le titre et une demi-place , mais M. Orri lui donna bientôt la place entière. C'était lui donner cent mille écus de rentes. Ses parens empruntèrent les fonds qu'un fermier-général doit avancer au roi , et ils exigèrent de leur fils qu'il prendrait sur les produits de sa place les rentes et même le remboursement de ces fonds.

Il avait deux passions qui pouvaient déranger le financier le plus opulent : l'amour des femmes et l'envie de faire du bien. Mais il avait de l'ordre et de la probité. Au milieu de tant de moyens de jouir, il sut jouir avec sagesse. Il destina d'abord les deux tiers de ses revenus au remboursement de

ET LES OUVRAGES DHELVÉTIUS. | ses fonds; le reste fut consacré aux dépenses que son âge et la noblesse de son cœur lui rendaient nécessaires.

Il avait cherché, au sortir de l'enfance , à se lier avec les hommes célèbres dans les lettres. Marivaux était de ce nombre. Cet homme , qui a mis dans ses romans tant d'esprit , de sentiment et de ver- j biage , était souvent agréable dans la conversation. Il méritait des amis par la délicatesse de son âme et la pureté de ses mœurs. Helvétius lui fit une pension de deux mille francs. Marivaux , quoique un excellent homme , avait de l'humeur et devenait aigre clans la dispute. Il n'était pas celui des amis d'Helvétius pour lequel celui-ci avait le plus de goût; mais, du moment qu'il lui eut fait une pension , il fut celui de ses amis pour lequel il eut le plus d'attentions et d'égards (i).

Le fils de Saurin , de l'Académie des Sciences , n'avait encore donné aucun des ouvrages qui lui ont fait de la réputation; mais il était connu des, gens de lettres comme un esprit étendu, juste et profond , qui avait des connaissances variées , de la vertu et du goût. Il n'avait alors pour subsister qu'une place qui ne convenait point à son caractère. Il reçut d'Helvétius une pension de mille écus , qui lui valut l'indépendance, le loisir de cultiver les lettres, et le plaisir de sentir et de publier qu'il devait son bonheur à son ami. Ce digne ami , lorsque Saurin voulut se marier, l'obligea d'accepter les fonds de la pension qu'il lui faisait.

11 cherchait partout le mérite, pour l'aimer et

(i) Dans une discussion, Marivaux, s'étant emporté, ne ménagea point son ami 5 lorsqu'il fut parti, Helvétius se contenta de dire : Comme je lui aurais répondu, si je ne lui avais pas l'obligation d'accepter mes bienfaits !

le secourir. Quelque soin qu'il ait pris de cacher ses bienfaits , nous pourrions présenter une liste d'hommes connus qu'il a obligés : mais nous croirions manquer à sa mémoire, si nous osions nommer ceux qui ont eu la faiblesse de rougir de ses secours.

■ gontenelle était alors à la tête de l'empire des lettres. L étendue de ses lumières, sa philosophie saine, la sagesse de sa conduite, la variété de ses talens, l'enjouement de son esprit, la facilité de son commerce , le rendaient agréable à plusieurs sortes de sociétés. Son indifférence même était utile à sa considération. Les ennemis de ses amis, sûrs de n'être pas ses ennemis , le voyaient avec plaisir. Il avait de plus le mérite d'un grand âge, et celui d'avoir vu ce siècle brillant dont notre siècle aime à s'entretenir. Sa mémoire était remplie d'anecdotes intéressantes, qu'il rendait plus intéressantes encore par la manière de les placer. Ses contes et ses plaisanteries faisaient penser. Les femmes , les hommes de la cour, les artistes , les poètes , les philosophes aimaient sa conversation.

Helvétius faisait sa cour à Fontenelle. Il allait chez lui comme un disciple qui venait proposer ses doutes avec modestie. C'était avec lui qu'il aimait à parler de Hobbes et de Locke. Ce qu'il apprit surtout de Fontenelle, c'est le talent , aujourd'hui trop négligé, de rendre avec clarté ses idées,

Montesquieu n'était alors que l'auteur des Lettres persanes. Mais dans cet ouvrage, frivole en apparence , et dans la conversation , Helvétius avait aperçu le guide des législateurs, Montesquieu devina aussi quel homme serait un jour son ami. « Je » ne sais, disait-il, si Helvétius connaît sa supério*

ET LES OUVRAGES d'hELVETITJS. 9 » rité; mais pour moi je sens que c'est un homme » au-dessus des autres. »

La Henriade, poème épique d'un genre tout nouveau , des tragédies qui balançaient celles de nos grands maîtres , l'histoire de Charles XII , si supérieure à toutes les histoires écrites en France , des pièces fugitives qui faisaient oublier cette foule de riens agréables si communs dans le siècle de Louis XIV, une philosophie lumineuse répandue sur plusieurs genres, beaucoup de génie, plusieurs sortes de mérite, attiraient sur Voltaire les regards de la France et de l'Europe. Personne n'a plus excité que lui l'admiration et l'envie. La partie du public qui ne se rend pas l'écho d'hommes de lettres jaloux, les jeunes gens qui, dans leurs lectures , cherchent de bonne foi du plaisir ou des modèles, étaient ses admirateurs. Le reste à peu près composait le nombre de ses ennemis. Son amour pour les lettres , son art de louer dont il n'a fait que trop d'usage , sa politesse , son envie de plaire, ne pouvaient calmer la rage de l'envie : il cherchait à s'y dérober dans la retraite de Cirey. Helvétius alla l'y chercher. Il lui confia ses secrets les plus chers, c'est-à-dire, le dessein et les deux premiers chants de son poème du Bonheur, Il trouva un critique plus éclairé que tous ceux qu'il avait consultés jusqu'à ce moment, et un ami zélé pour sa gloire.

On voit, par plusieurs lettres de Voltaire , combien ce grand homme avait été frappé du génie d'Helvétius. « Votre première épître , lui dit-il (1), est pleine d'une hardiesse de raison bien au-dessus de votre âge, et plus encore de nos lâches écrivains qui riment pour leurs libraires, qui se resserrent sous le compas d'un censeur royal en-

(1} Lettre III du recueil imprimé dans ce volume

vieux ou timide : misérables oiseaux à qui on rogne les ailes , qui veulent s'élever, et tombent en se cassant les jambes ! Vous avez un génie mâle ; et j'aime mieux quelques-unes de vos sublimes fautes 9 que les médiocres beautés dont on veut nous affadir. »

Bans d'autres occasions , Voltaire donne à Helvétius des conseils excelîens, et que nous rapporterons parce qu'ils peuvent être utiles à quiconque veut écrire en vers.

« Je vous dirai (i), en faveur des progrès qu'un si bel art peut faire entre vos mains : Craignez , en atteignant le grand , de sauter au gigantesque : n'offrez que des images vraies ; servez-vous toujours du mot propre. Voulez-vous une petite règle infaillible ? la voici : Quand une pensée est juste et noble , il faut voir si la manière dont vous l'exprimez en vers serait belle en prose ; et si votre vers, dépouillé de la rime et de la césure, vous paraît alors chargé d'un mot superflu , s'il y a dans la construction le moindre défaut, si une conjonction est oubliée, enfin si le mot le plus propre n'est pas mis à sa place, concluez que votre diamant n'est pas bien enchâssé. Soyez sûr que des vers qui auront un de ces défauts ne se feront pas relire; et il n'y a de bons vers que ceux qu'on relit, a.

Dans une autre lettre, Voltaire reprend Helvétius, qui lui avait dit trop de mal sur Boileau. « Je conviens , dit-il (2) , avec vous qu'il n'est pas un poète sublime ; mais il a très-bien fait ce qu'il voulait faire. 11 a mis la raison en vers harmonieux et pleins d'images; il est clair, conséquent, facile, heureux dans ses expressions ; il ne s'élève guère , mais il ne tombe pas; et d'ailleurs ses sujets ne

(1) Lettre III du recueil imprimé dans ce volume. (a£ l ettre VITI, ibid.

ET LES OUVRAGES d'hELVETIÛS. Il

comportent pas cette élévation dont ceux que vous traitez sont susceptibles. Vous avez senti votre talent comme il a senti le sien : vous êtes philosophe , vous voyez tout en grand ; votre pinceau est fort et hardi; la nature en tout cela vous a mis [ je vous le dis avec la plus grande sincérité, fort au-dessus de Despréaux; mais ces talens-là, quelque grands qu'ils soient , ne seront rien sans les siens. Je vous prêcherai donc éternellement cet art d écrire que Despréaux a si bien connu et si bien enseigné , ce respect pour la langue , cette suite d'idées, ces liaisons , cet art aisé avec lequel il conduit son lecteur , ce naturel qui est le fruit du génie. Envoyez-moi, mon cher ami, quelque chose d'aussi bien travaillé que vous imaginez noblement. »

Quelques hommes d'esprit , mais dont les idées n'étaient pas fort étendues , disaient souvent à Helvétius que la métaphysique, et en général la philosophie, ne pouvait être traitée en vers. Il n'était pas fait pour les croire ; mais quelquefois il avait des doutes. Voltaire le rassurait.

« Soyez persuadé, lui disait-il (i) , que la sublime philosophie peut fort bien parler le langage des vers. Elle est quelquefois poétique dans la prose du P. Mallebranche. Pourquoi n'achèveriez- vous pas ce que Mallebranche a ébauché ? C'était un poète manqué; et vous êtes né poète. »

Voltaire avait raison. Est-ce que Lucrèce chez les Romains , et Pope chez les Anglais n'ont pas fait deux poèmes philosophiques et pourtant admirables?

Des hommes peu éclairés, et quelques amis, peut-être jaloux, répétaient à Helvétius qu'il devait

(ï) Lettre XI du recueil imprimé dans ce volume.

son temps à d'autres études qu'à celles de la poésie et de la philosophie. «Continuez, lui écrivait Voltaire (i), de remplir votre âme de toutes les connaissances, de tous les arts et de toutes les vertus. Ne craignez pas d'honorer le Parnasse de vos talens. Ils vous honoreront sans doute , parce que vous ne négligerez jamais vos devoirs. Les fonctions de votre état ne sont- elles pas quelque chose de bien difficile pour une âme comme la vôtre ? Cette besogne se fait comme on règle la dépense de sa maison et le livre de son maître-d'hôtel. Quoi ! pour être fermier-général , on n'aurait pas la liberté de penser? Eh! Atticus était fermier-général; les chevaliers romains étaient fermiers - généraux. Continuez donc, Atticus. »

Atticus continua. Il est d'usage que la compagnie des fermes envoie dans les provinces les plus jeunes des fermiers. Ils sont chargés de s'instruire des différentes branches des revenus , de veiller sur les commis, et de faire exécuter les ordonnances. Dans ces voyages qu'on appelle tournées, Helvétius visita successivement la Champagne , les deux Bourgognes et le Bordelais ; et nulle part il ne se fit une loi de donner toujours raison aux préposés de la ferme , et toujours tort aux peuples. Il ne voulait point recevoir l'argent des confiscations ; et souvent il dédommagea le malheureux ruiné par les vexations des employés. La ferme n'approuva pas d'abord tant de grandeur d'âme : mais depuis , Helvétius ne fit de belles actions qu'à ses dépens , et les fermiers voulurent bien tolérer cette conduite.

Il eut le courage d'être souvent l'orateur du peuple auprès de sa compagnie et du ministre. On venait d'employer dans les salines de Lorraine et de

(i) Lettre III du recueil imprimé dans ce volume.

ET LÈS OUVRAGES d'hEI/V ETIUS. l3

Franche-Comté, une machine appelée graduation, qui diminuait la consommation du bois , mais aussi la qualité du sel. Helvétius proposa de détruire la machine , ou de diminuer le prix du sel. Il est aisé de juger qu'il ne put rien obtenir.

Il arrivait à Bordeaux lorsqu'on venait d'y établir un nouveau droit sur les vins , qui désolait la ville et la province. Il écrivit à sa compagnie contre le nouveau droit, et fut indigné des réponses qu'il reçut. Il lui échappa de dire un jour à plusieurs bourgeois de Bordeaux : « Tant que vous ne ferez que vous plaindre , on ne vous accordera pas ce que vous demandez. Faites-vous craindre. Vous pouvez vous assembler au nombre de plus de dix mille. Attaquez nos employés : ils ne sont pas deux cents. Je me mettrai à leur tête, et nous nous défendrons; mais enfin vous nous battrez , et on vous rendra justice. »

Heureusement ce conseil de jeune homme ne fut pas suivi. Mais de retour à Paris , Helvétius appuya si bien les plaintes des Bordelais, qu'il obtint la suppression de l'impôt.

Cependant il réprimait l'avidité des subalternes il indiquait les moyens d'en diminuer le nombre , il proposait de donner plus de valeur aux terres du domaine ; et c'est ainsi qu'il se rendait utile à la fois à la ferme et à la nation. Ces services ne l'empêchaient pas d'éprouver quelquefois des dégoûts. Il avait affaire à de petits esprits , et il leur proposait de grandes vues; à des hommes endurcis par l'âge et par la finance, et il leur parlait d'humanité. Les malheureux qu'il soulageait, le commerce des gens de lettres , ses études et ses maîtresses, lui faisaient à peine supporter les inconvéniens de son état. Son père, qui avait fait de lui un fermier»

général , ne put jamais en faire un financier. Il avait remboursé ses fonds ; et malgré ses dépenses en plaisirs et en bonnes œuvres, il se trouvait encore des sommes considérables. 11 acheta des terres , et forma le projet de s'y retirer , pour s'y livrer entièrement aux lettres et à la philosophie. Mais il lui fallait une femme qu'il pût aimer • et que la retraite dans laquelle il voulait vivre ne rendrait pas malheureuse.

Chez madame de Graffigni, si connue par le joli roman des Lettres Péruviennes , il vit mademoiselle de Ligneville, et fut frappé de sa beauté et des agréraens de son esprit. Mais avant de songer à l'épouser , il voulut la connaître. Il la voyait souvent , sans lui parler de ses desseins, et du goût qu'il avait pour elle. Enfin, après un an d'observation, il vit que mademoiselle de Ligneville avait l'âme élevée sans orgueil , qu'elle supportait sa mauvaise fortune avec dignité, qu'elle avait du courage, de la bonté et de la simplicité. Il jugea qu'elle partagerait volontiers sa retraite, et lui en fit la proposition qui fut acceptée (i). Mais avant de se marier, il voulut quitter la place de fermier-général.

(i) Madame Helvétius , née en 17 19 , au château de Ligneville , en Lorraine, eut vingt-un frères ou sœurs.

Digne épouse d'un philosophe dont elle partageait les vues bienfaisantes, c'était un besoin pour elle de soulager l'indigence, et la fortune n'était à ses yeux qu'un moyen de réparer les torts de la nature. Sa bonté s'étendait même sur une foule d'animaux, auxbuels elle se plaisait à prodiguer des soins journaliers. Comme l'hiver multiplie leurs besoins ainsi que ceux des hommes , sa sollicitude l'arrachait de son lit de grand matin , et elle courait donner la pâture à une nuée d'oiseaux que l'habitude ramenait tous les jours sur sa terrasse. {Voyez, dans les Conseils à ma fille, le joli conte des Oiseaux de madame Helvétius.)

Après avoir perdu son mari , elle fixa sa résidence à Auteuil , où un nom cher à la philosophie et toutes les qualités de l'esprit et du

ET LES OUVRAGES d'hELVETIUS. î5 Helvétius, par complaisance pour son père, acheta la charge de niaître-d'hôtel de la reine. Il n'était pas plus fait pour la cour que pour la finance. Il fut très-sensible aux bontés de la reine. Cette princesse aimait les gens d'esprit, et traita bien Helvétius, qui n'eut pas d'abord autant d'ennemis qu'il en méritait; on lui pardonna long-temps ses lumières et ses vertus. Sa charge n'exigeait pas beaucoup de services, et lui laissait l'emploi de son temps.

Il se maria enfin au mois de juillet 17^1 , et partit sur-le-champ pour sa terre de Voré. Il y menait avec lui deux secrétaires , qui lui étaient inutiles depuis qu'il n'était plus fermier - général ; mais il leur était nécessaire. L'un d'eux nommé Baudot, était chagrin , caustique et inquiet. Sous le prétexte qu'il avait vu Helvétius dans son enfance, il se permettait de le traiter toujours comme un précepteur brutal traite un enfant. Un des plaisirs de ce Baudot était de discuter avec son maître , la conduite, l'esprit, le caractère, les ouvrages de ce maître indulgent. La discussion ne finissait jamais que par la plus violente satire. Helvétius Técoutait avec patience ; et quelquefois , en le quittant , il disait à madame Helvétius : « Mais, est-il possible que j'aie tous les défauts et tous les torts que me trouve

cœur continuèrent d'attirer tout ce qu'il y avait en France d'hommes célèbres ; de ce nombre étaient Franklin et Turgot , qui l'un et l'autre lui offrirent leur main : mais la veuve d'Helvétius l'avait aimé trop passionnément pour se décider à contracter un second mariage.

Bonaparte, après son retour d'Egypte, lui rendit visite dans sa retraite. Se promenant dans son jardin avec l'ambitieux conquérant : Vous ne savez pas , lui dit-elle, combien on peut trouver de bonheur dans trois arpens de terre !

Elle mourut le 12 août 1800 , et laissa deux filles mariées , l'aînée a M. le comte de Meun, père de M. Je pair de France de ce nom „ «t la plus jeune à M. le comte d'Andlaw.

l& ESSAI SUR LA VÎE

Baudot? Non sans doute. Mais enfin, j'en ai un peu : et qui est-ce qui m'en parlerait, si je ne garde pas Baudot ? »

Il n'était occupé dans ses terres que de ses ouvrages , du bonheur de ses vassaux , et de celui de madame Helvétius. Il pouvait dire, comme milord Bolingbroke dans une de ses lettres à Swift : «Je n'ai plus que pour ma femme l'amour que j'avais autrefois pour tout son sexe. »

Il avait cessé depuis deux ans de travailler à son poème du Bonheur. Cet ouvrage l'avait conduit à des recherches sur l'homme. Dès ses premières méditations, il avait entrevu des vérités nouvelles. Ces vérités devinrent plus claires, et le conduisirent à d'autres; et il était livré entièrement à la philosophie, lorsqu'en 1765 il perdit son père. Je n'ajouterai qu'un mot à te que j'ai dit de ce médecin illustre. Il connaissait parfaitement son fils, c'està-dire , qu'il avait de grandes lumières, et qu'il était sans préjugés. Il vit avec plaisir ce fils sacrifier une grande fortune à l'espérance de la gloire. Helvétius regretta beaucoup un si excellent père. Il refusa de recueillir sa succession, qu'il voulait laisser entièrement à sa mère. Après de longues contestations, il obtint qu'elle en conserverait la plus grande partie. La mort de son père était le premier malheur qui jusque alors eût troublé sa vie heureuse, et suspendu ses occupations. Il les reprit dès qu'il en eut la force; et enfin, en 1758, il donna le livre de VEsprit, dont je vais faire l'analyse,

ET LES OUVRAGES d'hELVETIUS. 17

Analyse du Livre de V Esprit.

Helvétius commence par examiner ce qu'on entend par le mot esprit : c'est tantôt la faculté de penser, et tantôt la masse d'idées et de connaissances rassemblées dans la tète d'un homme.

Ces idées s'acquièrent par l'impression des objets extérieurs sur nos .sens; elles se conservent par la mémoire, qui n'est que la première impression continuée mais affaiblie. Ce don d'acquérir des idées par les sens et de les conserver par la mémoire, rte nous donnerait que des connaissances bornées , et nous laisserait sans arts , sans mœurs et sans police , si la nature nous avait conformés comme la plupart des animaux; c'est à nos mains flexibles que nous devons notre industrie; et sans cette industrie, occupés dans les forets du soin de nous défendre et de disputer notre subsistance , à peine aurions-nous formé quelques sociétés faibles ou barbares.

Les objets dont les sens nous transmettent les idées ont des rapports avec nous et entre eux. L'esr prit humain s'élève à la connaissance de ces rapports ; voilà sa puissance et ses bornes. L'apercevance de ces rapports est ce qu'on appelle jugement.

Juger , c'est sentir.

La couleur que je nomme rouge agit sur mes yeux différemment de la couleur que je nomme jaune. L'idée de cette différence est un jugement; ce jugement est une sensation composée de sensations reçues dans le moment, ou conservées dans la mémoire. Les notions même de force , de puissance , de justice, de vertu, etc. , quand on les ana- Tome III. 2

jg ESSAI SUR LA VIE

lyse , se réduisent à des tableaux placés dans l'imagination ou la mémoire.

Tout dans l'homme se réduit donc à sentir. /""L'homme est sujet aux erreurs. Elles ont trois 'causes; les passions, l'ignorance, et l'abus des mots.

Les passions nous trompent, parce qu'elles nous font voir les objets sous une seule face. Le prince ambitieux fixe son attention sur l'éclat de la victoire et sur la pompe du triomphe : il oublie les inconstances de la fortune et les malheurs de la guerre.

La crainte présente des fantômes ? et ne laisse point d'entrée à la vérité. L'amour est fertile en illusions. « Vous ne m'aimez plus, disait mademoiselle de Caumont à Poncet; vous croyez moins ce que je vous dis que ce que vous voyez. »

L'ignorance est la cause des erreurs dans les questions difficiles. C'est faute de connaissances que la question du luxe a été si long- temps agitée sans être éclaircie. De grands hommes en ont fait l'apologie , d'autres la satire.

Sur*l'abus des mots , troisième cause de nos erreurs, Helvétius renvoie à Locke, et ne dit qu'un mot en faveur de ceux qui ne voudraient pas recourir au philosophe anglais. Il fait voir que les sens faux donnés aux mots espace, matière, infini \ amourpropre , liberté, ont été les sources de beaucoup d'erreurs en métaphysique et en morale. La matière n'est que la collection des propriétés communes à tous les corps. \] espace n'est que le néant ou le vide ; considéré avec les corps , il n'est que l'étendue. Le mot infini ne donne qu'une idée , l'absence des bornes. \1 amour-propre est un sentiment gravé en nous par la nature, et qui devient vertueux ou vicieux, selon la différence des goûts , des passions ,

ET LES OUVRAGES D'HELVÉtIUS. ig des circonstances. La liberté de l'homme consiste dans l'exercice volontaire de ses facultés.

Passons au second Discours. f)\V\Av/* ^

L'esprit a plus ou moins l'estime du public, selon que les idées sont neuves, utiles et agréables. Ce ne sont pas leur nombre et leur étendue qui emportent notre estime; c'est le rapport qu'elles ont avec notre bonheur , qui nous force à leur accorder notre hommage. Ainsi, c'est la reconnaissance ou la vengeance qui loue ou qui méprise.

Les idées les plus estimables sont celles qui flattent nos penchans. Le premier des livres pour Charles XII , c'est la vie d'Alexandre ; pour une femme sensible, c'est le poète qui peint l'amour. C'est notre intérêt qui nous fait adopter ou rejeter l'opinion des autres.

Il est vrai qu'il y a sur la terre un petit nombre de philosophes conduits par l'amour du vrai, qui estiment de préférence les idées lumineuses; mais ces philosophes sont en si petit nombre qu'il ne faut pas les compter. Le reste du genre humain n'estime que les idées qui flattent son opinion ou son intérêt. Un sot n'a que de sots amis. Auguste, Louis XIV, le grand Condé , vivaient avec les gens d'esprit. Sous un monarque stupide , disait la reine Christine , toute sa cour l'est , ou le devient.

Lorsque la réputation d'un homme ou d'un ouvrage est établie , nous les louons souvent sans les estimer. Nous n'avons pas pour eux une estime sentie , mais une estime sur parole. Telle est l'estime générale pour Homère, que tout le monde loue, et qui n'est lu que des gens de lettres.

Chaque homme a de soi la plus haute idée , et n'estime dans les autres que son image, ou ce qui peut lui être utile.

Le fakir et le sybarite, la prude et la coquette , se méprisent. Le philosophe qui vivra avec des jeunes gens sera l'imbécille , le ridicule de la société. L'homme de robe , l'homme de guerre , le négociant, croient chacun sincèrement que leur sorte d'esprit est la plus estimable.

Ainsi la grande société , la nation , se divise en petites sociétés, qui, selon leurs occupations, leur rang, leur état, estiment la sorte d'esprit avec laquelle elles ont du rapport.

A la cour, on estime surtout les hommes du bon ton, quoiqu'ils soient pour la plupart frivoles, ineptes, ignorans.

Si les petites sociétés n'estiment que l'esprit qui est plus près de leur esprit, le public n'accorde son estime qu'à l'esprit qui est utile au public.

En conséquence de cette vérité, l'esprit qui réussit dans les sociétés particulières réussit rarement dans le public.

Tel homme , au contraire , tel ouvrage , font honneur à la nation, et ne réussissent pas dans les sociétés particulières.

Si le public ne rend aucun honneur à l'esprit médiocre, c'est qu'il n'est jamais d'aucune utilité. Si pourtant, dans certaines circonstances, des esprits médiocres , devenus généraux ou ministres , sont honorés , c'est qu'ils ont eu le bonheur d'être utiles. De plus , on a de l'indulgence pour les grands. On ne demande pas à la comédie italienne les mêmes talens qu'à la comédie française.

Après la mort des hommes en place et des artistes, ceux-ci sont les plus honorés , parce que la postérité jouit de leurs travaux , et que les autres ne sont utiles qu'à leur siècle.

Certains esprits célèbres dans quelques pays et

ET LES OUVRAGES d'hELVÉïIUS. 21 quelques siècles , ne le sont point clans d'autres siècles et dans d'autres lieux. Les sophistes, les théologiens, si illustres autrefois, recueillent le mépris des siècles éclairés. Les farces de Scarron réussissaient avant que l'on eût vu Molière.

Il y a pourtant des idées qui plaisent dans tous les lieux et dans tous les temps ; les unes sont instructives, les autres sont agréables. Il y en a des unes et des autres dans Homère , Virgile , Corneille , le Tasse , Milton , qui ne se sont point bornés à peindre une nation ou un siècle, mais l'humanité. Il est peu d'hommes assez mal organisés pour être insensibles aux tableaux des grands objets et à l'harmonie. Les tableaux voluptueux qui rappellent les plaisirs des sens , et surtout ceux de l'amour, sont également du goût de tous les peuples. Les philosophes qui ont découvert des vérités utiles ont l'estime de tous les siècles; et, dans tous les siècles, on aime les poètes qui ont fait aimer la vertu.

Mais qu'est-^ que la ojprhi? pans les sociétés particulières, on donne ce nom aux actions utiles à ces sociétés. L'homme qui veut dérober à la rigueur des lois un parent coupable passe pour vertueux.

Le ministre qui refuse ses amis , ses parens , les courtisans , pour leur préférer l'homme de mérite et le bien de l'état, doit avoir à la cour la réputation d'homme dur, inutile et malhonnête.

Dans les cours, on appelle prudence la fausseté, folie le courage de dire la vérité. On y donne le titre de bon au prince qui prodigue les trésors de l'état, le nom d'aimable au prince qui accorde à ses favoris, à sa maîtresse, des emplois importans au bonheur de l'état.

Comment donc savoir si on est vertueux ? Di™ rige-t-on toutes ses actions au bien du plus grand

nombre, on est vertueux. Oui, la vertu n'est que l'habitude de diriger ses actions 'au bien général. C'est en la considérant sous ce point de vue qu'on peut s'en former des idées nettes et précises, que les moralistes n'ont point eues jusqu'à présent.

Les uns , à la tète desquels est Platon , n'ont débité que des rêves ingénieux. La vertu , selon eux , est l'idée de l'ordre, de l'harmonie , du beau essentiel. Les autres, à la tète desquels est Montaigne, prétendent que les lois de la vertu sont arbitraires , parce qu'ils voyent qu'une action vicieuse au nord est souvent vertueuse au midi. Les premiers, pour n'avoir point consulté l'histoire, errent dans un dédale de mots. Les seconds , pour n'avoir point médité sur l'histoire, ont pensé que le caprice décidait de la bonté ou de la méchanceté des actions humaines.

Jj'amour de la vertu n'est donc que le désir du jjonheur général. Les actions vertueuses sont ceîiês qui contribuent à ce bonheur. Les peuples les plus stupides, dans leurs coutumes les plus singulières , ont en vue leur bonheur ; et si, dans certains pays, dans certains lieux , on honore des actions qui nous paraissent coupables, c'est que, dans ces pays, ces actions sont utiles. Le vol fait avec adresse était honoré à Sparte, parce que dans cette république toute militaire , et où il n'y avait point l'esprit de propriété , la vigilance et l'adresse étaient des qualités utiles. En Chine, où la population est excessive , il est permis au père d'exposer ou de tuer ses enfans. Cette loi, si cruelle en apparence, prévient de plus grands maux , et par conséquent est utile. Enfin , c'est partout l'utilité qui rend les actions criminelles ou vertueuses.

Mais dans tous les pays on attache l'idée de vertu

ET LES OUVRAGES DHELVETIUS. 23 à des actions qui ne peuvent produire aucun bien. Oui , mais c'est qu'on est persuadé que ces actions produisent un bien , soit pour ce monde , soit pour l'autre; et j'appelle ces habitudes, ces actions, vertus de préjugé, dont il faut guérir les hommes.

Ces habitudes n'ont été fondées que sur la préférence donnée à des sociétés particulières sur la société générale ; ce qui seul les rend vicieuses.

Quel bien font au monde et à la patrie les austérités des moines et des fakirs? De quelle utilité peut être la folie des Indiens qui se font dévorer par les crocodiles ?

Il est des crimes de préjugé, comme il est des vertus de préjugé.

J'appelle crimes de préjugé , des actions condamnées par l'opinion, quoiqu'elles ne nuisent à personne. Quel mal fait le bramine qui épouse une vierge , et l'homme qui mange un morceau de bœuf plutôt qu'un morceau de poisson ?

Les vertus de préjugé sont quelquefois des habitudes atroces; comme la coutume des Giagues, de piler dans un mortier les enfans, pour en composer une pâte qui, selon les prêtres, les rend invulnérables.

11 y a peu de nations qui n'aient pour les crimes de préjugé plus d'horreur que pour les actions les plus nuisibles à la société, et plus d'estime pour les pratiques minutieuses et indifférentes que pour les actions utiles à Tétat.

De ce qu'il y a des vertus réelles et des vertus de préjugé, il suit qu'il y a chez les peuples deux espèces de corruption , l'une politique , et l'autre religieuse. Celle-ci peut n'être pas criminelle, quand elle s'allie avec l'amour du bien public, les talens, de véritables vertus.

La corruption politique prépare, au contraire , la chute des empires. Le peuple en est infecté, lorsque les particuliers détachent leurs intérêts de l'intérêt général.

Cette corruption se joint quelquefois à l'autre. Alors les moralistes ignorans les confondent, mais elles sont souvent séparées. La corruption religieuse n'est souvent que l'amour du plaisir, et inspirée parla nature, qu'elle satisfait sans la dégrader. La corruption politique est l'effet du gouvernement.

C'est dans la législation et l'administration des empires qu'il faut chercher la cause des vices et des vertus des hommes.

Les déclamations des moralistes ne font que satisfaire leur vanité , et ne produisent aucun bien. Leurs injures ne peuvent changer nos sentimens, et nos sentimens sont l'effet de la nature et des lois.

Il faut moins censurer le luxe , qui peut être nécessaire à un grand état, et la galanterie, à laquelle les hommes peuvent devoir les arts, le goût, et des vertus politiques, que l'institution qui fait de l'homme un lâche , un esclave , un fripon ou un sot.

Il est des moralistes hypocrites : ce sont ceux qui voient avec indifférence tous les maux qui entraînent la ruine de leur patrie , et qui se déchaînent contre quelques excès dans la jouissance des plaisirs.

D'après les principes posés ci-dessus, on peut faire un catéchisme dont les préceptes seront clairs, vrais et invariables. Le peuple qui en serait instruit ne serait infecté ni de vices politiques, ni de vertus de préjugé. Le législateur le plus éclairé ne donnerait que des lois utiles, et les lois seraient respectées.

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