‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 21 sur 76 · AUX MANES DE MON AMI · texte numérisé non relu

AUX MANES DE MON AMI

0 toi qui ne peux plus m'entendre!

Ami, qui , dans la tombe avant moi descendu,

Trahis mon espoir le plus tendre !

Quand je disais, hélas! que j'avais trop vécu, Qu'à ce malheur affreux j'étais loin de m'attendre !

O comment exprimer tout ce que j'ai perdu? C'est toi qui, me cherchant au sein de l'infortune,

Relevas mon sort abattu, Et sus me rendre chère une vie importune. Ta vertu bienfaisante égalait tes talens : Tendre ami des humains , sensible à leurs misères, Tes écrits combattaient l'erreur et les tyrans ,

Et ta main soulageait tes frères.

L'équitable postérité

T'applaudira d'avoir quitté Le palais de Plutus pour le temple des sages ;

Et s'éclairant dans tes ouvrages , Les marquera du sceau de l'immortalité.

Faible soulagement de ma douleur profonde !

Ta gloire durera tant que vivra le monde.

Que fait la gloire à ceux que la tombe a reçus?

Que t'importent ces pleurs dont le torrent m'inonde?

O douleur impuissante ! ô regrets superflus !

Je vis, hélas! je vis, et mon ami n'est plus.

Par Saur in, de V Académie française.

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