‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 6 sur 76 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

ARGUMENT

Le poète cherche dans quel état et dans quelle sorte de biens la nature a placé le bonheur. Il interroge la Sagesse , qui lui montre les avantages et les inconvéniens de ce que l'homme appelle des biens. D'abord les plaisirs de l'amour : ils rendent l'homme heureux pendant quelques momens : mais le dégoût et l'ennui les suivent ; et ceux qui se sont abandonnés à ces plaisirs se trouvent , dans un âge avancé , sans ressource pour le bonheur. La Sagesse lui montre les plaisirs et les troubles de l'ambition , ses ravages et ses crimes. Le poète conclut que , si les grandeurs sont une source de plaisirs, elles donnent encore moins le bonheur que les voluptés des sens. *

Plonge dans les ennuis, l'homme, disais-je un jour, Est-il donc au malheur condamné sans retour ? Quels vents impétueux , 6 puissante Sagesse, De l'île du Bonheur me repoussent sans cesse! Que d'écueils menaçans en défendent les bords! Oh ! si tous les mortels, jetés loin de ses ports, Errent au gré des vents et sans mâts et sans voiles, Si leur vaisseau perdu méconnaît les étoiles, Viens me servir de guide. Eh! que puis-je sans toi? J'ai cherché le bonheur; il a fui loin de moi. Séduit par une longue et trop vaine espérance, J'erre dans les détours d'un labyrinthe immense. Tome III. 6

Est-ce dans les plaisirs, est-ce dans la grandeur, Que l'homme doit poursuivre et trouver le bonheur? Sagesse , c'est à toi de résoudre mes doutes : De la félicité tu peux m'ouvrir les routes. Je dis : un doux sommeil appesantit mes yeux ; Et, descendu soudain de la voûte des cieux, Un songe bienfaiteur, dans l'azur d'une nue, Présente à mes regards la Sagesse ingénue. Simple dans ses discours, aimable en son accueil, Elle n'affecte point un pédantesque orgueil ; D'une fausse vertu dédaignant l'imposture, Elle-même applaudit aux leçons d'Epicure : Indulgente aux humains , de sa paisible cour Elle-n'écarte point et les Jeux et l'Amour.

Mortel ! je viens, dit-elle, apaiser tes alarmes; De tes humides yeux je viens sécher les larmes, T'apprendre qu'au hasard tu diriges les pas, Et cherches le bonheur où le bonheur n'est pas.

Je me trouve à ces mots au centre d'un bocage; Une onde vive et pure en rafraîchit l'ombrage ; Sous un berceau de myrte est un trône de fleurs Dont l'art a nuancé les brillantes couleurs. Là, du chant des oiseaux mon oreille est charmée; Là, d'arbustes fleuris la terre est parfumée; Leurs esprits odorans , leur ombre, leur fraîcheur , Tout invite à l'amour et mes sens et mon cœur; Dans ces lieux enchantés tout respire l'ivresse.

C'est ici, dit mon guide , où règne la mollesse. Je la vois : que d'attraits à mes regards surpris! Les roses de son teint en animent les lis ; Son corps est demi-nu , sa bouche demi-close ; Sur l'albâtre d'un bras sa tële se repose; Et , tandis que son œil , qu'enflamme le désir, Sur son sein palpitant appelle le plaisir, Des zéphirs indiscrets l'haleine caressante

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