Tome I. a
Vj AVIS DE L'ÉDITEUR.
Les circonstances actuelles ajoutent encore un nouvel intérêt à cet ouvrage. La liberté de la presse et les prétentions uliramontaines fixent encore l'attention publique : sur l'une et l'autre de ces matières , les Livres de l'Esprit et de l'Homme donnent lieu à d'utiles applications : et sous cette plume d'or, pour me servir de l'expression de J. J. Rousseau , l'énergie du style s'accorde toujours avec l'énergie de la pensée.
Nous avons suivi, pour le texte, l'édition in-18 donnée, en 1795 , par l'abbé Lefebvre La Roche , qui avait vécu peu— dant plusieurs années dans la plus intime familiarité avec Helvétius , qui habitait avec lui sa maison d'Auteuïl , et qui fut légataire de tous les manuscrits que cet auteur célèbre avait retouchés jusqu'à ses derniers momens. Cependant nous avons crû devoir rétablir des passages qui se trouvent dans les anciennes éditions in-S3 , et qui manquent dans l'édition in-18; soit que la crainte de nouvelles persécutions ait déterminé Helvétius lui-même à les supprimer sur ses manuscrits , soit que ces suppressions, qui portent ordinairement sur des passages relatifs aux religions en général , ou à la nôtre en par» ticulier , aient été faites par Y abbé La Roche. En un mot, guidés par des hommes de lettres d'un mérite généralement reconnu , nous pouvons nous flatter que cette édition est infiniment supérieure à toutes celles qui Font précédée.
Pour ne rien laisser à désirer, nous y avons joint les Progrès de la Raison dans la recherche du T^rai , attribués à Hehétius, et publiés pour la première fois dans une édition de Londres , en 1771 ; un Essai sur le Droit et les Lois politiques du Gouvernement français , inséré en l'an iv dans la Décade philosophique ; les Pensées et Réflexions extraites des manuscrits de l'auteur, etc.
Deux épîtres en vers, qui ne se trouvent dans aucune des éditions précédentes , présenteront d'utiles leçons de goût par le rapprochement des vers d'IIelvétius et des remarques de Voltaire. Helvétius copiait ses vers sur un des cotés du papier, et laissait une page blanche pour que Voltaire pût inscrire ses réflexions à côté des vers mêmes (1). Ce genre de correspondance entre deux hommes si fameux , dit M. François de Neufchâteau , est fait pour piquer vivement la curiosité , et ces deux pièces peuvent être méditées avec fruit par les gens de lettres.
(1) Nous avons tire du manuscrit de l'une de ces pièces le/«c simile de récriture de ces deux philosophes.