Tome I
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Cochin , on élève des crocodiles ; et quiconque s'expose à la fureur de ces animaux , et s'en fait dévorer , est compté parmi les élus. Au royaume de Martemban, c'est un acte de vertu , le jour qu'on promène l'idole , de se précipiter sous les roues du chariot, ou de se couper la gorge à son passage : qui se voue à cette mort est réputé saint, et son nom est, à cet effet, inscrit dans un livre.
Or, s'il est des vertus, il est aussi des crimes de préjugé. C'en est un pour un bramine d'épouser une vierge. Dans l'île Formose, si pendant les trois mois qu'il est ordonné d'aller nu , un homme est couvert du plus petit morceau de toile, il porte, dit -on, une parure indigne d'un homme. Dans cette même île, c'est un crime aux femmes enceintes d'accoucher avant l'âge de trente^cinq ans. Sont-elles grosses? elles s'étendent aux pieds de la prêtresse, qui, en exécution de la loi, les y foule jusqu'à ce qu'elles soient avortées.
Au Pégu, lorsque les prêtres ou magiciens ont prédit la convalescence ou la mort d'un malade (i) , c'est un crime au malade condamné d'en revenir. Dans sa
arrache son cœur , et le jette au nez de l'idole. Le sacrifice fait , les prêtres dînent , prennent des habits d'une forme horrible , et dansent devant le peuple. Dans les autres temples du même pays , on ne sacrifie que des hommes. On achète , pour cet effet , un esclave beau et bien fait. Cet esclave , vêtu d'une robe blanche , lavé pendant trois matinées , est ensuite montré au peuple. Le quarantième jour, les prêtres lui ouvrent le ventre, arrachent son cœur, barbouillent l'idole de son sang, et mangent sa chair, comme sacrée. « Le sang innocent , disent les prêtres , doit couler en expiation des » péchés de la nation ; d'ailleurs , il faut bien que quelqu'un aille » près du grand Dieu le faire ressouvenir de son peuple. » Il est bon de remarquer que les prêtres ue se chargent jamais de la commission.
(i) Lorsqu'un Giague est mort, on lui demande pourquoi il a quitté la vie. Un prêtre , contrefaisant la voix du mort , répond qu'il n'a pas assez fait de sacrifices à ses ancêtres. Ces sacrifices font une partie considérable du revenu des prêtres.
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convalescence, chacun le fuit et l'injurie. S'il eût été bon , disent les prêtres , Dieu l'eût reçu en sa compagnie.
Il n'est peut-être point de pays où l'on n'ait pour quelques-uns de ces crimes de préjugé, plus d'horreur que pour les forfaits les plus atroces et les plus nuisibles à la société.
Chez les Giagues, peuple anthropophage qui dévore ses ennemis vaincus , on peut sans crime , dit le P. Cavazi, piler ses propres enfans dans un mortier, avec des racines, de l'huile et des feuilles, les faire bouillir, en composer une pâte dont on se frotte pour se rendre invulnérable ; mais ce serait un sacrilège abominable que de ne pas massacrer, au mois de mars, à coups de bêche, un jeune homme et une jeune femme devant la reine du pays. Lorsque les grains sont mûrs, la reine , entourée de ses courtisans, sort de son palais, égorge ceux qui se trouvent sur son passage, et les donne à manger à sa suite : ces sacrifices , dit-elle , sont nécessaires pour apaiser les mânes de ses ancêtres , qui voient avec regret des gens du commun jouir d'une vie dont ils sont privés ; cette faible consolation peut seule les engager à bénir la récolte.
Au royaume de Congo, d'Angole et de MaUmba, le mari peut sans honte vendre sa femme , le père son fils, le fils son père : dans ces pays on ne connaît qu'un seul crime (i); c'est de refuser les prémices de sa ré-
(i) Au royaume de Lao, les talapoins, prêtres du pays, ne peuvent être jugés que par le roi lui-même. Ils se confessent tous les mois : fidèles à cette observance, ils peuvent d'ailleurs commettre impunément mille abominations. Ils aveuglent tellement les princes, qu'un talapoin , convaincu de fausse monnaie , fut renvoyé absous par le roi. « Les séculiers, disait-il, auraient dû lui faire de plus » grands présens. » Les plus considérables du pays tiennent à grand honneur de rendre aux talapoins les services les plus bas. Aucun d'eux ne se vêtirait d'un habit qui n'eût pas été quelque temps porté par un talapoin.
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coite au chitombé, grand -prêtre de- la nation. Ces peuples, dit le P. Labat, si dépourvus de toutes vraies vertus, sont très-scrupuleux observateurs de cet usage. On juge bien qu'uniquement occupé de l'augmentation de ses revenus, c'est tout ce que leur recommande le chitombé : il ne désire point que ses nègres soient plus éclairés; il craindrait même que des idées trop saines de la vertu ne diminuassent et la superstition et le tribut qu'elle lui paye (t).
Ce que j'ai dit des crimes et des vertus de préjugé , suffit pour faire sentir la différence de ces vertus aux vraies vertus , c'est-à-dire , à celles qui sans cesse ajoutent à la félicité publique , et sans lesquelles les sociétés ne peuvent subsister.
Conséquemment à ces deux différentes espèces de vertus , je distinguerai deux différentes espèces de corruption de mœurs : l'une que j'appellerai corruption religieuse , et l'autre corruption politique. Cette distinction m'est nécessaire, i°. parce que je considère la probité philosophiquement et indépendamment des rapports que la religion a avec la société ; ce que je prie le lecteur de ne pas perdre de vue dans tout le cours de cet ouvrage : 2°. pour éviter la contradiction perpétuelle qui se trouve chez les nations idolâtres, entre les principes de la religion et ceux de la politique et de la morale, Mais avant d'entrer dans cet examen, je déclare que c'est en qualité de philosophe et non de théologien que j'écris; et qu'ainsi je ne prétends, dans
(i) Ce chitombé entretient jour et nuit un feu sacré dont il vend les tisons fort cher ; celui qui les achète se croit à l'abri de tout accident. Ce grand-prêtre ne reconnaît aucun juge. Lorsqu'il s'absente pour visiter les pays de sa domination , ou est obligé , sous peine de mort , de garder la continence. Les nègres sont persuadés que s'il mourait de mort naturelle, cette mort entraînerait la ruine de l'univers ; aussi le successeur désigné l'égorge-t-il dès qu'il est malade.
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ce Chapitre et les suivans , traiter que des vertus purement humaines. Cet avertissement donné, j'entre en matière, et je dis qu'en fait de mœurs, on donne le nom de corruption religieuse à toute espèce de libertinage, et principalement à celui des hommes avec les femmes. Cette espèce de corruption dont je ne suis point l'apologiste, et qui est sans doute criminelle, puisqu'elle offense Dieu, n'est cependant point incompatible avec le bonheur d'une nation. Différens peuples ont cru et croient encore que cette espèce de corruption n'est pas criminelle. Elle l'est sans doute en France, puisqu'elle blesse les lois du pays; mais elle le serait moins si les femmes étaient communes, et les enfans déclarés enfans de l'état : ce crime alors n'aurait politiquement plus rien de dangereux. En effet, qu'on parcoure la terre, on la voit peuplée de nations différentes , chez lesquelles ce que nous appelons le libertinage , non -seulement n'est pas regardé comme une corruption de mœurs, mais se trouve autorisé par les lois, et même consacré par la religion.
Sans compter en Orient les sérails qui sont sous la protection des lois; au Tunquin , où l'on honore la lecondité, la peine imposée, par la loi aux femmes stériles, c'est de chercher et de présenter à leurs époux des filles qui leur soient agréables. En conséquence de cette législation , les Tunquinois trouvent les Européens ridicules de n'avoir qu'une femme; ils ne conçoivent pas comment, parmi nous, des hommes raisonnables croient honorer Dieu par le vœu de chasteté; ils soutiennent que, lorsqu'on le peut, il est aussi criminel de ne pas donner la vie à qui ne l'a pas, que de l'ôter à ceux qui l'ont déjà (i).
(i) Chez les Giagues , lorsqu'on aperçoit dans une fille les marques de la fécondité , on fait une fête : lorsque ces marques disparaissent, on fait mourir ces femmes, comme indignes d'une vie qu'elles ne peuvent plus^ procurer
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C'est pareillement sous la sauvegarde des lois , que les Siamoises, la gorge et les cuisses à moitié découvertes, portées dans les rues sur des palanquins, s'y présentent dans des attitudes très-lascives. Cette loi fut établie par une de leurs reines , nommée Tiranda , qui , pour dégoûter les hommes d'un amour plus déshonnête , crut devoir employer toute la puissance de la beauté. Ce projet, disent les Siamoises, lui réussit. Cette loi, ajoutent-elles, est d'ailleurs assez sage : il est agréable aux hommes d'avoir des désirs , aux femmes de les exciter. C'est le bonheur des deux sexes, le seul bien que le ciel mêle aux maux dont il nous afflige : et quelle âme assez barbare voudrait encore nous le ravir (i) !
Au royaume de Batimena (2) , toute femme, de quelque condition qu'elle soit, est, par la loi et sous la peine de la vie , forcée de céder à l'amour de quiconque la désire; un refus est contre elle un arrêt de mort.
Je ne finirais pas , si je voulais donner la liste de tous les peuples qui n'ont pas la même idée que nous de cette espèce de corruption de mœurs : je me contenterai donc, après avoir nommé quelques-uns des pays où la loi autorise le libertinage, de citer quelquesuns de ceux où ce même libertinage fait partie du culte religieux.
(i)Un homme d'esprit disait à ce sujet qu'il faut sans contredit défendre aux hommes tout plaisir contraire au bien général; mais qu'avant cette défense , il fallait , par mille efforts d'esprit , tâcher de concilier ce plaisir avec le bonheur public. « Les hommes , j) ajoutait-il, sont si malheureux, qu'un plaisir de plus vaut bien » la peine qu'on essaie de le dégager de ce qu'il peut avoir de dan- » gereux pour un gouvernement; et peut-être serait -il facile d'y j> réussir , si l'on examinait , dans ce dessein , la législation des pays i> où ces plaisirs sont permis. »
(9N. Christianisme des Indes, liy. IV , pag. 5o8.
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Chez les peuples de l'île Formose , l'ivrognerie et i'impudicité sont des actes de religion. Les voluptés, disent ces peuples, sont les filles du ciel, des dons de sa bonté ; en jouir , c'est honorer la Divinité , c'est user de ses bienfaits. Qui doute que le spectacle des caresses et des jouissances de l'amour ne plaise aux dieux ? Les dieux sont bons, et nos plaisirs sont pour eux l'offrande la plus agréable de notre reconnaissance. En conséquence de ce raisonnement, ils se livrent publiquement à toute espèce de prostitution (i).
C'est encore pour se rendre les dieux favorables, qu'avant de déclarer la guerre , la reine des Giagues fait venir devant elle les plus belles femmes et les plus beaux de ses guerriers qui, dans des altitudes différentes, jouissent en sa présence des plaisirs de l'amour. Que de pays, dit Cicéron, où la débauche a ses temples! que d'autels élevés à des femmes prostituées (2) ! Sans rappeler l'ancien culte de Vénus, de Cotytto, les Ba-
(1) Au royaume de Thibet, les filles portent au cou les dons de l'impudicité , c'est-à-dire les anneaux de leurs amans : plus elles en ont, et plus leurs noces sont célèbres.
(2) A Babylone, toutes les femmes campées près du temple de Vénus , devaient une fois en leur vie obtenir , par une prostitution expiatoire , la rémission de leurs péchés. Elles ne pouvaient se refuser au désir du premier étranger qui voulait purifier leur âme par la jouissance de leur corps. On prévoit bien que les belles et les jolies avaient bientôt satisfait à la pénitence ; mais les laides attendaient quelquefois long-temps l'étranger charitable qui devait les remettre en état de grâce.
Les couvens des bonzes sont remplis de religieuses idolâtres ; on les y reçoit en qualité de concubines. En est-on las , on les renvoie , et on les remplace. Les portes de ces couvens sont assiégées par ces religieuses, qui, pour y être admises, offrent des présens aux bonzes , qui les reçoivent comme une faveur qu'ils accordent.
Au royaume de Cochin , les bramines , curieux de faire goûter aux jeunes mariées les premiers plaisirs de l'amour , font accroire au roi et au peuple que ce sont eux qu'on doit charger de cette sainte œuvre. Quand ils entrent quelque part , les pères et les maris les laissent avec leurs filles et leurs femmes.
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maris n'honorent-ils pas, sous le nom de la déesse Banany , une de leurs reines qui, selon le témoignage de Gemelli Carreri, «laissait jouir sa cour de la vue de » toutes ses beautés , prodiguait successivement ses » faveurs à plusieurs amans, et même à deux à la » fois. »
Je ne citerai plus à ce sujet qu'un seul fait rapporté par Julius Firmicus Maternus, père du deuxième siècle de l'Eglise , dans un traité intitulé : de Errore profanarum religionum. « L'Assyrie, ainsi qu'une partie.de » l'Afrique, dit ce père, adore l'air, sous le nom de » Junon ou de Vénus vierge. Cette déesse commande » aux élémens; on lui consacre des temples : ces tem- » pies sont desservis par des prêtres qui, vêtus et parés » comme des femmes, prient la déesse d'une voix lan- » guissante et efféminée , irritent les désirs des hommes , w s'y prêtent, se targuent de leur impudicité ; et après » ces plaisirs préparatoires, croient devoir invoquer la » déesse à grands cris, jouer des instrumens, se dire i remplis de l'esprit de la divinité, et prophétiser. »
Il est donc une infinité de pays où la corruption des moeurs que j'appelle religieuse est autorisée par la loi ou consacrée par la religion.
Que de maux, dira-t-on, attachés à cette espèce de corruption ! Mais ne pourrait-on pas répondre que le libertinage n'est politiquement dangereux dans un état, que lorsqu'il est en opposition avec les lois du pays, ou qu'il se trouve uni à quelque autre vice du gouvernement? En vain ajouterait-on que les peuples où règne ce libertinage, sont le mépris de l'univers. Mais sans parler des Orientaux et des nations sauvages ou guerrières qui , livrées à toutes sortes de voluptés r sont heureuses au dedans, et redoutables au dehors , quel peuple plus célèbre que les Grecs ! peuple qui fait encore aujourd'hui l'étonnement, l'admiration et Thon-
neur de l'humanité. Avant la guerre du PéIoponèse> époque fatale à leur vertu, quelle nation et quel pays plus fécond en hommes vertueux et en grands hommes! On sait cependant le goût des Grecs pour l'amour le plus déshonnête. Ce goût était si général, qu'Aristide, surnommé le Juste, cet Aristide qu'on était las, disaient les Athéniens, d'entendre toujours louer, avait cependant aimé Thémistocle. Ce fut la beauté du jeune Stesileus, de Céos, qui, portant dans leur âme les désirs les plus violens , alluma entre eux les flambeaux de la haine. Platon était libertin. Socrate même, déclaré par l'oracle d'Apollon , le plus sage des hommes, aimait Alcibiade et Archélaùs : il avait deux femmes, et vivait avec toutes les courtisanes. Il est donc certain que relativement à l'idée qu'on s'est formée des bonnes mœurs, les plus vertueux des Grecs n'eussent passé en Europe que pour des hommes corrompus. Or, cette espèce de corruption de mœurs se trouvant , en Grèce , portée au dernier excès dans le temps même que ce pays produisait des grands hommes en tout genre, qu'il faisait trembler la Perse, et jetait le plus grand éclat, on pourrait penser que la corruption des mœurs, à laquelle je donne le nom de religieuse , n'est point incompatible avec la grandeur et la félicité d'un état.
Il est une autre espèce de corruption de mœurs qui prépare la chute d'un empire , et en annonce la ruine : je donnerai à celle-ci le nom de corruption politique.
Un peuple en est affecté , lorsque le plus grand nombre des particuliers qui le composent détachent leurs intérêts de l'intérêt public. Cette espèce de corruption qui se joint quelquefois à la précédente, a donné lieu à bien des moralistes de les confondre. Si l'on ne consulte que l'intérêt politique d'un état, cette dernière serait peut-être la plus dangereuse. Un peuple, eût-il d'ailleurs les mœurs les plus pures, s'il est attaqué
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de cette corruption, est nécessairement malheureux au dedans, et peu redoutable au dehors. La (durée d'un tel empire dépend du hasard, qui seul en retarde ou en précipite la chute.
Pour faire sentir combien cette anarchie de tous les intérêts est dangereuse dans un état , considérons le mal qu'y produit la seule opposition des intérêts d'un corps avec ceux de la république. Donnons aux bonzes, aux talapoins loules les vertus de nos saints : si l'intérêt du corps des bonzes n'est point lié à l'intérêt public; si, par exemple, le crédit du bonze tient à l'aveuglement des peuples , ce bonze, nécessairement ennemi de la nation qui le nourrit , sera , à l'égard de cette nation, ce que les Romains étaient à l'égard du monde; honnêtes entre eux, brigands par rapport à l'univers. Chacun des bonzes eût-il en particulier beaucoup déloignement pour les grandeurs, le corps n'en sera pas moins ambitieux ; tous ses membres travailleront, souvent sans le savoir, à son agrandissement; ils s'y croiront autorisés par un principe vertueux (i). Il n'est donc rien de plus dangereux dans un état qu'un corps dont l'intérêt n'est pas attaché à l'intérêt général.
Si les prêtres du paganisme firent mourir Socratc et persécutèrent presque tous les grands hommes, c'est que leur bien particulier se trouvait opposé au bien public ; c'est que les prêtres d'une fausse religion ont intérêt de retenir le peuple dans l'aveuglement, et, pour cet effet , de poursuivre tous ceux qui peuvent l'éclairer : exemple quelquefois imité par les ministres de la vraie religion , qui , sans le même besoin , ont -cuvent eu recours aux mêmes cruautés, ont persé-
(i) Dans la vraie religion même, il s'est trouvé des prêtres qui, ïlans les temps d'ignorance, ont abus»' de la piété de* peuples pour attenter aux droits du sceptre.
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cuté, déprimé les grands hommes, se sont faits les panégyristes des ouvrages médiocres, et les critiques des excellens(i).
/Quoi de plus ridicule, par exemple, que la défense faite dans certains pays d'y faire entrer aucun exemplaire de l'Esprit des lois? ouvrage que plus d'un prince
(1) Voici comme s'exprime , au sujet de Montesquieu , le P. Millot , jésuite , dans un discours couronné par l'académie de Dijon , sur la question : Est - il plus utile d'étudier les hommes que les livres?... « Ces règles de conduite, ces maximes de gouvernement j) qui devraient être gravées sur le trône des rois et dans le cœur 3> de quiconque est revêtu de l'autorité , n'est-ce pas à une profonde « étude des nommes que nous les devons ? Témoin cet illustre cij> toyen, cet organe, ce juge des lois, dont la France et l'Europe x entière arrosent le tombeau de leurs larmes , mais dont elles ver- }> ront toujours le génie éclairer les nations , et tracer le plan de j) la félicité publique ; écrivain immortel qui abrégeait tout , parce 3) qu'il voyait tout , et qui voulait faire penser , parce que nous en » avons besoin bien plus que de lire. Avec quelle ardeur, quelle 3) sagacité avait-il étudié le genre humain ! Voyageant comme So- 3> Ion , méditant comme Pythagore , conversant comme Platon , 3> lisant comme Cicéron , peignant comme Tacite ; toujours son si objet fut l'homme ; son étude fut celle des hommes , il les connut. i) Déjà commencent à germer les semences fécondes qu'il jeta dans 3> les esprits modérateurs des peuples et des empires. Ah! recueil-
3) lons-en les fruits avec reconnaissance, etc.» Le P. Millot
ajoute dans une note : « Quand un auteur d'une probité reconnue , 3) qui pense fortement , et qui s'exprime toujours comme il pense , ■» dit en termes formels : La religion chrétienne , qui ne semble ■» avoir d'autre objet que la félicité de l'autre vie , fait encore 3) notre bonheur dans celle-ci ; quand il ajoute , en réfutant un pa- 3> radoxe dangereux de Bayle : Les principes du christianisme , bien » gravés dans le cœur , seraient infiniment plus forts que ce faux » honneur des monarchies , ces vertus humaines des républiques, et 3) cette crainte servile des états despotiques ; c'est-à-dire plus forts 3) que les trois principes du gouvernement politique établis dans 3> l'Esprit des lois : peut-on accuser un tel auteur , si l'on a lu sou )) ouvrage, d'avoir prétendu y porter des coups mortels au chri - » tianisme ? »
(On laisse cette note, quoiqu'elle ne se trouve ni dans l'édition originale, ni dans les manuscrits de l'auteur. Dfote de l'abbé Laroche. )
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fait lire et relire à son fils. Ne peut -on pas, d'après un homme d'esprit, répéter à ce sujet qu'en sollicitant celte défense , les moines en ont usé comme les Scythes avec leurs esclaves? Ils leur crevaient Jes yeux, pour qu'ils tournassent la meule avec moins de distraction.
Il paraît donc que c'est uniquement de la conformité ou de l'opposition de l'intérêt des particuliers avec l'intérêt général , que dépend le bonheur ou le malheur public; et qu'enfin la corruption religieuse de mœurs peut, comme l'histoire le prouve, s'allier souvent à la magnanimité , à la grandeur d'âme , à la sagesse, aux talens, enfin à toutes les qualités qui forment les grands hommes.
On ne peut nier que des citoyens tachés de cette espèce de corruption de mœurs n'aient souvent rendu à la patrie des services plus importans que les sévères anachorètes. Que ne doit- on pas à la galante Circassienne qui , pour assurer sa beauté ou celle de ses filles, a la première osé les inoculer? Que d'enfans l'inoculation n'a-t-elle pas arrachés à la mort ? Peutêtre n'est-il point de fondatrice d'ordre de religieuses qui se soit rendue recommandable à l'univers par un aussi grand bienfait, et qui par conséquent ait autant mérité de sa reconnaissance.
Au reste , je crois devoir encore répéter à la fin de ce Chapitre , que je n'ai point prétendu me faire l'apologiste de la débauche. J'ai seulement voulu donner des notions nettes de ces deux différentes espèces de corruption de mœurs qu'on a trop souvent confondues, et sur lesquelles on semble n'avoir eu que des idées confuses. Plus instruits du véritable objet de la question , on peut en mieux connaître l'importance , mieux juger du degré de mépris qu'on doit assigner à ces deux différentes sortes de corruption , et recon-
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naître qu'il est deux espèces différentes de mauvaises actions : les unes qui sont vicieuses dans toutes formes de gouvernement , et les autres qui ne sont nuisibles , et par conséquent criminelles, chez un peuple, que par l'opposition qui se trouve entre ces mêmes actions et les lois du pays.
Plus de connaissance du mal doit donner aux moralistes plus d'habileté pour la cure. Ils pourront considérer la morale d'un point de vue nouveau , et d'une science vaine, faire une science utile à l'univers.
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