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CHAPITRE XVIII

De l'esprit , considéré par rapport aux siècles et aux

pays divers.

J'ai prouvé que les mêmes actions, successivement utiles et nuisibles dans des siècles et des pays divers , étaient tour à tour estimées ou méprisées. Il en est des idées comme des actions. La diversité des intérêts des peuples, et les changements arrivés dans ces mêmes intérêts, produisent des révolutions dans leurs goûts, occasionnent la création ou l'anéantissement subit et total de certains genres d'esprit , et le mépris injuste ou légitime, mais toujours réciproque, qu'en fait d'esprit les siècles et les pays divers ont toujours les uns pour les autres.

Proposition dont je vais, dans les deux Chapitres suivans, prouver la vérité par des exemples.

(i) Dans la plupart des empires de l'Orient, on n'a pas même l'idée du droit public et du droit des gens. Quiconque voudrait éclairer les peuples sur ce point , s'exposerait presque toujours à la fureur des tyrans qui désolent ces malheureuses contrées Pour violer plus impunément les droits de l'humanité , ils veulent que leurs sujets ignorent ce qu'en qualité d'hommes, ils sont en droit d'attendre du prince, et le contrat tacite qui le lie à ses peuples. Quelque raison qu'à cet égard ces princes apportent de leur conduite , elle ne peut jamais être fondée que sur le désir pervers de tyranniser leurs sujets.

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