‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 35 sur 44 · Puis il dit à la femme : « Vos péchés vous sont remis · texte numérisé non relu

Puis il dit à la femme : « Vos péchés vous sont remis

49. Et ceux qui étaient à table avec lui commençaient à se dire : « Qui est celui qui remet les péchés? »

50. Or Jésus dit à la femme : a Votre foi vous a sauvée , allez en paix. »

Peu de pages de l'Évangile ont laissé au cœur des hommes un trait aussi pénétrant, et sans doute aucune amitié n'a commencé sur la terre comme celleci. Du sein de i'abjection la plus profonde où puisse tomber son sexe, une femme lève les yeux vers la pureté divine et ne désespère pas de la beauté de £on âme. Pécheresse encore, elle a reconnu Dieu dans la chair du Fils de l'homme, et, toute couverte de sa honte , elle conçoit la pensée d'arriver jusqu'à lui. Elle prend dans un vase d'albâtre, symbole de lumière, un parfum précieux. Peut-être était-ce le vase où elle avait puisé jusque-là le relief de ses criminels attraits , et ce parfum qu'elle emporte pour un autre usage, peut-être y avait-elle cherché pour elle - même un accroissement de ses honteux plaisirs. Elle avait tout profané, et elle ne pouvait présenter à Dieu que des ruines. Aussi elle entre sans prononcer une parole, et elle sortira de même.

Repentante, elle ne s'accusera pas devant Celui qui sait tout; pardonnce, elle n'exprimera aucun sentiment de gratitude. Tout le mystère est dans son cœur, et son silence, qui est un acte de foi et d'hu-milité, est aussi le dernier effort d'une âme qui surabonde et ne peut rien de plus. C'était l'usage, dans ce voluptueux Orient , d'oindre sa tête de parfums, et c'était un culte de toucher ainsi l'homme d'une onction au sommet de sa beauté. Marie le savait mieux que personne, et souvent, aux jours de ses erreurs , elle avait ainsi honoré les esclaves de sa séduction. Elle n'a donc garde de s'approcher de la tôle bénie du Sauveur; mais, comme une servante accoutumée aux plus vils offices , elle se penche vers ses pieds, et, sans les toucher d'abord, elle les arrose de larmes. Jamais, depuis le commencement du monde , de telles larmes n'étaient tombées sur les pieds de l'homme. On avait pu les adorer par crainte ou par amour ; on avait pu les laver dans les eaux embaumées, et des filles de rois n'avaient pas dédaigné, aux siècles de l'hospitalité primitive, cet hommage rendu aux fatigues de l'étranger : mais c'était la première fois que le repentir s'asseyait en silence aux pieds de l'homme, et y versait des larmes capables de racheter une vie.

Tout en pleurant et sans attendre une parole qui l'encourage et qui n'est pas dite, Marie laisse tomber ses cheveux autour de sa tête, et, faisant de leurs tresses magnifiques un instrument de sa pénitence , elle essuie de leur soie humiliée les larmes

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