‹ [Œuvres complètes]Chapitre 18 sur 28 · LE DROIT ET LE DEVOIR DE LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

LE DROIT ET LE DEVOIR DE LA PROPRIÉTÉ

Messieurs,

Chaque fois que l'année classique se termine pour nous, une pensée de regret et d'inquiétude nous saisit à travers la joie de nos élèves, non que nous soyons assez injustes pour leur envier le temps de repos qui s'ouvre à leur empressement, mais parce que nous devons nous séparer de quelques - uns d'entre eux, et qu'à la douleur de les perdre se joint l'incertitude de leur destinée. Instruits par notre âge des écueils de la vie , nous précédons d'un regard ému ceux de nos enfants qui vont s'y jeter avec toute l'impatience d'une liberté ardemment souhaitée; nous nous demandons s'ils seront fidèles au souvenir de leur éducation, si Dieu sera toujours pour eux le premier des devoirs, s'ils serviront la

vérité et la justice, si leur âme demeurera pure, forte, inébranlable dans la bonne et la mauvaise fortune, si enfin ce seront des hommes ou bien de vulgaires esclaves d'une existence facile, oublieux d'euxmêmes et oubliés d'autrui. C'est un grand mystère que l'avenir, et il est difficile de i a) order sans une appréhension de cœur : cependant la bonté de Dieu me rassure. C'est lui, chers élèves, qui sera encore votre Maître après que je ne le serai plus. C'est sa Providence qui vous gouvernera , et si vous la perdez de vue par l'entraînement des passions, c'est sa main qui vous recherchera de loin pour vous ramener. Je vous remets donc à lui , puisque aussi bien c'est lui de qui je tenais mon autorité sur vous, et qui m'avait fait votre père au même titre qu'il était le mien.

Mais au moment où j'accomplis cette abdication de mes droits sur vous, permettez-moi de vous faire entendre encore une fois la parole du maître et de semer dans votre âme, comme dernier souvenir, une vérité digne des leçons que vous avez reçues. Vous êtes nés, pour la plupart, dans un rang élevé du monde, non pas en ce sens que vous apparteniez tous à d'illustres aïeux , mais parce que vous tenez des vôtres, quelle que soit la gloire ou l'obscurité de leur nom, un droit qui les renferme tous, et qui cependant ne vous a rien coûté. Vous êtes nés maîtres d'une portion de la terre. Vos pieds, en s'essayant sur le sol où se jouait votre enfance, n'ont point foulé une glèbe étrangère. Vous étiez chez vous. Le to't qui vous abritait avait abrité vos

ancêtres; le jardin où vous ramassiez le fruit tombé, où vous cueilliez la fleur épanouie, vous avait déjà vus dans d'autres générations, et, rois futurs de cet empire, vous jouissiez d'avance du bénéfice héréditaire de la propriété. Demain vous allez revoir ces lieux qui furent votre berceau, ces arbres qui vous ont couverts de leur ombre domestique , ce ruisseau dont vous recherchiez la fraîcheur et la solitude , ces champs, ces prés, ces haies sauvages embaumées , toute cette nature qui vous a salués comme son maître, et au miheu d'elle, plus aimée que tout le reste, plus digne aussi de l'être, cette maison de vos pères où vous avez vécu votre enfance , où votre mère vous a tenus sur ses genoux en endormant vos premières nuits , où vos yeux se sont ouverts sous l'efficacité d'un sourire qui sollicitait le vôtre , où votre oreille a saisi dans des mots de tendresse les prémices de l'harmonie, où tout fut pour vous, même quand vous pleuriez, un apprentissage de ce bonheur qui vient de l'amour et qui n'est pas de ce monde. Vous allez revoir tous ces souvenirs; ils vivent, ils vous attendent, ils vous recevront comme étant à vous, et, quoique n'ayant pas le même langage que vous, ils auront une éloquence pour vous reconnaître encore et vous toucher de nouveau.

L'homme meurt, mais la terre est immortelle. Les siècles ni les générations ne la vieillissent point; telle que la vit le premier homme, telle sa postérité la voit aujourd'hui, toujours jeune dans son antiquité, toujours féconde après s'être donnée, source

inépuisable de vie, de richesse et de beauté, dont on peut dire , quelque part qu'on la regarde , ce que le poëte romain ne disait que de sa patrie :

Salve, magna parens frugum, Saturnia tellus^ Magna virûm !

La terre n'est pas seulement la mère des fruits , elle est aussi la mère des hommes , puisqu'elle pénètre jusqu'à leur âme par de mystérieuses influences, et y grave, derrière la main de Dieu, des sillons de force et de vertu : Magna virûm/

C'est donc une grande chose que de posséder la terre, que d'en être , pour une part, seigneur incontesté , que de poser son pied sur elle en lui disant : Tu es à moi. Et quand je songe, jeunes gens, que ce droit vous appartient sans que vous l'ayez mérité, par le seul fait de votre naissance, j'entre dans une admiration qui émeut ma pensée et la porte à chercher la cause d'un si étonnant privilège. Quoi ! l'homme meurt, et son droit sur la terre ne meurt pas avec lui! Du fond de la tombe où elle le tient renfermé, il lui commande encore et la lègue à son fils comme une portion de lui-même, comme une goutte de son sang réservée au banquet suprême de la séparation! L'homme mort se perpétue dans deux choses : son fils et sa terre, et quand son fils ne sera plus, la terre, plus puissante que l'âme disparue , survivra de nouveau à ce second échec die l'humanité, et ainsi de génération en génération, sans que jamais les siècles puissent opposer à

la propriété le bénéfice du temps, qui est de tout détruire. La propriété est un droit, et ce mot de Bossuet la couvre : Il n'y a pas de droit contre le droit.

Mais pourquoi est -elle un droit? Qui l'a créé? Est-ce Dieu ? est-ce l'homme? est-ce la nécessité des choses ou la volonté des lois ? Encore faut- il que vous le sachiez, Messieurs, non pas seulement pour connaître le principe qui vous fait ce que vous êtes et le défendre contre les attaques de l'envie , mais aussi pour juger de la grandeur de vos devoirs et vous préparer à être un jour dignes de les remplir. C'est la propriété qui vous a tirés de la foule ; c'est elle qui vous a donné l'éducation, l'instruction, la politesse, et qui vous maintiendra, par un bienfait continué , dans le rang que vous lui devez dès aujourd'hui. Ne vous étonnez donc pas si je vous parle d'elle au moment de nos adieux : trop longtemps la terre vous a portés sans que vous y pensiez ; trop longtemps elle fut votre mère sans que vous sachiez pourquoi et comment vous êtes ses fils. Je viens vous révéler ce secret de votre berceau, qui est aussi le secret de votre avenir, et si vous me trouvez trop hardi de vous faire cette révélation, un jour vous connaîtrez que la hardiesse, qui est un droit de la vérité , est aussi , et davantage encore , un courage de l'amitié.

Il n'y a pas de nation sans la propriété. Le premier acte qui fait un peuple est l'acte qui lui donne un territoire, c'est-à-dire qui enlève au genre humain une portion de la terre, pour qu'elle soit désor-

mais le partage exclusif d'une seule Iribu. Cette prise ■de possession est le principe de tout établissement iiationai, et une nation ne subsiste que tant qu'elle est capable de défendre par les armes le sol qu'elle ;s'est attribué la première ou que la conquête lui a plus ou moins justement soumis. Toutes les guerres et tous les traités des peuples entre eux sont des questions de propriété, et si la propriété n'était pas légitime, l'histoire ne serait qu'une suite d'usurpations, la patrie qu'un vol fait à l'humanité. On peut Ue dire, si on le veut. Pour nous, qui estiaions la .patrie le bien de tous les hommes, encore qu'elle .ne «oit pas la même pour tous, c'est beaucoup de savoir que l'idée et le fait de la patrie reposent sur l'idée et le fait de la propriété. Otez sous les pas d'un peuple la terre qui le porte et le nourrit , la patrie disparaît comme un nuage ou comme un songe; il ne reste tout au plus qu'une horde vagabonde, errant d'un ciel à l'autre avec ses tentes et ses troupeaux, et encore même, dans cet état d'instabilité misérable, faut-il supposer qu'on la laisse paître un jour sur la steppe où elle s'abat, et, pendant ce jour, si bref soit- il, elle fait acte nécessaire de propriété.

. C'est par la patrie que la propriété commence ; c'est par la famille qu'elle continue. L'homme n'a pas seulement besoin de vivre dans un peuple sur un territoire déterminé; il a nécessairement des ancêtres qui lui transmettent avec la vie leur propre sang , qui le nourrissent de leurs sueurs , l'éclairent -de leur raison, réchauffent de leur tendresse, le

tirent enfin de l'immense solitude de l'humanité pour ne faire avec lui qu'un nom , qu'une chose , qu'une joie , qu'une existence. Sans la patrie , l'homme est un point perdu dans les hasards du temps et de l'espace ; sans la famille , il peut être citoyen d'une république , capable de défendre son corps de toute violence; mais il ne s'appartient plus, et, brisé par l'impuissance de vivre des plus saintes et des plus chères affections de sa nature, il languit sans liberté , sans épanchement et sans consolation. La famille est le cœur même de l'homme ; elle y verse l'amour sous toutes les formes qu'il a reçues de Dieu , et ce qui nous en reste en dehors d'elle est une goutte trop rare et trop amère pour nous contenter. Mais la famille, hérédité du sang et des affections, appelle encore pour s'asseoir une autre hérédité , celle du patrimoine. Le patrimoine est la portion de terre fécondée par le travail des aïeux. Sans le travail, la terre n'a qu'une végétation ingrate et comme dénaturée; elle se couvre de forêts où le soleil ne pénètre plus , de landes sauvages , de plantes dégénérées et éparses , efforts impuissants d'une activité qui ne suffit pas, toute grande qu'elle soit, et qui appelle à son aide la raison et la main d'un être plus parfait. Sous l'action de l'homme, la scène change. On voit le sol perdre peu à peu ses plus austères âpretés; les plaines se découvrent et permettent à la lumière d'y jeter sa chaleur créatrice; les eaux, conduites sur des pentes ménagées avec art, répandent au loin l'humidité qui fertilise; la charrue creuse la terre dépouillée de ses prc-

miers obstacles, et y trace des sillons où germera par la semence une vie centuplée; les montagnes elles-mêmes s'abaissent sous un travail qui ne désespère jamais de la nature, et une végétation savante en gravit les sommets jusqu'au point où la stérilité seule a le droit de les couvrir. Mais ce triomphe de l'homme n'a qu'une durée passagère; à peine a-t-il recueilli le fruit de ses sueurs qu'il doit les répandre de nouveau , condamné qu'il est à perdre par l'inaction tout ce qu'il a conquis par l'effort. La terre, comme l'âme elle-même, n'obéit qu'à la condition d'être condamnée; elle ne rend qu'après avoir reçu, et le cycle inépuisable de sa fécondité répond au cycle inépuisable aussi de notre activité.

Mais cette activité, ne croyez pas qu'elle tienne aux besoins éphémères du moment et que l'homme s'y dévoue pour lui seul. Non, le travail nous coûte trop pour n'en obtenir qu'une si étroite et si peu durable récompense. C'est l'œil fixé sur l'avenir, c'est le cœur attentif à sa postérité que le travailleur commence et reprend sa tâche de chaque jour. Quand son bras s'affaiblit ou que son courage chancelle, il y a un ange invisible qui descend d'en haut près de lui, qui essuie son front, qui touche ses yeux et les ranime , qui fortifie sa main pendante , et qui , poussant jusqu'à son cœur, par delà toutes les lassitudes de la chair, lui dit un mot toujours sûr de son effet. Je le connais, cet ange, et, mortel comme les autres, il m'est apparu à moi-même dans le champ de mes douleurs : c'est l'ange de l'immortalité de

soi-même dans l'immortalité de sa race. L'homme est trop près de son tombeau pour travailler avec la seule perspective de sa propre vie. A quoi bon créer une terre pour qu'elle nous échappe avec nos jours? A quoi bon bâtir une maison pour ne pas même laisser son fils au vestibule? Ah! la mort est déjà trop puissante contre nous; ne livrons pas à son domaine, par un mépris des instincts de la nature, ce que nous pouvons soustraire à sa barbarie. Mortels dans nos corps, immortels dans nos âmes, nous pouvons jeter nos sueurs du côté qui flnit, ou bien du côté qui ne Unit pas. Nous pouvons associer la terre à cette partie de nous qui s'évanouit dans la tombe; nous pouvons aussi l'unir à cette autre partie de nous qui monte vers Dieu et se perpétue dans l'âme de notre postérité. Pourquoi choisirions-nous ce qui accroît notre faiblesse et notre dénûment? Pourquoi ne donnerions -nous pas à la terre immortelle par elle-même le sceau et le droit de notre propre immortaUté?

Ainsi l'ont entendu les peuples les plus fameux par leur civilisation. La Grèce a connu la propriété véritable, celle qui se transmet du père au fiis et donne à la famille, héritière déjà du sang et des affections, l'hérédité du patrimoine. Rome l'a connue comme la Grèce; elle l'a inscrite sur les tables de son Capitole, à toutes les pages de ce droit qui ne fut pas sans tache , mais qui a mérité que le christianisme y reconnût l'ouvrage d'une haute raison. Et si d'autres peuples, surtout en Orient, ne donnèrent pas à la propriété la même étendue ni les mêmes garan-

lies, leur histoire nous apprend quelle fut la cause et quelle fut la conséquence de cette aberration. Partout où le despotisme s'est établi dans le monde, il a compris que la propriété était son plus grand , pour ne pas dire son seul ennemi. Car qu'est-ce que le despotisme ? L'ambition de posséder l'homme tout entier et de ne lui laisser de lui-même dans son corps, son âme et ses biens, qu'une ombre tremblante devant la volonté d'un maître. Or la propriété, si elle est vraie, c'est-à-dire transmissible et inviolable, est incompatible avec cet abaissement de l'humanité. L'homme, possesseur absolu du fruit de son travail et du travail de ses aïeux, a dans la terre une force qui le soutient contre toute séduction, un asile qui peut bien lui être arraché par l'exil ou par la mort , mais où il subsiste dans les siens , dans ceux qu'il aime plus que lui , et qui , dépositaires de ses exemples, de son souvenir et de son droit, maintiendront la cause pour qui succomba leur père. Semblable à ces arbres puissants qui subissent quelquefois dans leur tronc les outrages de la hache , mais qui renaissent immanquablement de leurs racines, la propriété ne permet à aucun malheur d'être irréparable et complet. Elle élève l'homme jusqu'à la souveraineté; elle ramasse dans sa personne toutes les générations qui sortiront de lui, et les oppose à la tyrannie comme ces remparts élevés les uns derrière les autres par une gradation formidable, et où l'ennemi n'entre que pour se trouver en face d'un obstacle plus grand que celui qu'il a surmonté.

Et si le domaine inamissible de la terre communique à un seul homme une telle puissance de liberté, que sera-ce d'un ensemble d'hommes tout investis de cette même puissance par ce même droit? Que faire parle despotisme contre une nation ainsi armée, où la propriété défend chaque homme contre la tentation de se vendre et contre le péril d'être contraint? Magnifique faisceau d'indépendance que le hasard des événements peut entamer quelquefois, mais où il ne fera qu'éclaircir les rangs , et où tôt ou tard l'honneur renaîtra dans les fils de la même cause qui les produisit dans les pères. L'honneur est le frère de la liberté humaine, et tous les deux ont sur la terre un berceau qui est la propriété , et une tombe qui est la spoliation.

Oui, jeunes et chers élèves, en rentrant sous le toit de vos ancêtres , vous n'y retrouverez pas seulement les souvenirs personnels de votre enfance, vos joies passées et vos plaisirs présents : vous y retrouverez aussi des traditions généreuses , un sentiment délicat de la dignité humaine, un esprit élevé, des convictions fermes, des principes plus fermes et plus sacrés encore , toute une atmosphère de noblesse intérieure s'exhalant par un langage où vous ne surprendrez jamais rien qui ne soit pur, sincère et digne de vous. Or cet air que vous respirerez comme votre parfum natal, il n'a pas suffi d'un jour pour le créer; il est le fruit d'une longue culture et d'une persévérante vertu , il est l'arôme héréditaire de voire sang, et votre sang ne serait pas tel que

vous l'avez reçu si vos ancêtres n'avaient puisé dans la seigneurie de la terre une liberté qui ne leur laissait d'autre maître que leur conscience, d'autres liens que leur devoir. Car la liberté dont je parle n'est pas seulement la liberté du droit, elle est aussi par- dessus tout celle du devoir. La liberté n'a un nom si grand sur la terre que parce qu'elle implique dans sa notion la faculté d'obéir avec indépendance à la loi de justice et à la vérité. L'homme libre est celui qui n'est ni gêné ni contraint dans l'accomplissement de ce qu'il doit à Dieu , aux hommes et à lui-même, et c'est la propriété plus que tout le reste qui lui confère ce magnifique privilège. Aussi est -elle ici- bas, et c'est son dernier titre de gloire et de légitimité,' un des plus sûrs boulevards de la religion.

La religion est dans le cœur de l'homme le sommet des devoirs , des pensées et des affections. Elle est la justice à son plus haut degré, la lumière dans toute sa splendeur, l'amour dans son plus pur et son plus ardent foyer; et par cela même elle a besoin pour vivre de toute la liberté de notre âme. Quiconque impose à notre âme un joug arbitraire, y affaibht ou y étouffe la religion , parce qu'il est impossible de dégrader notre nature sans la rendre moins capable de ses élans vers Dieu. Pour aimer Dieu , il faut être doué d'un cœur chaste, généreux , sympathique, emporté facilement dans les sphères de l'invisible, et la servitude, en courbant l'homme sous la loi de la crainte, l'incline ordinairement à la bassesse des vues et des aspirations. Mais restât-

il fidèle aux traditions de sa conscience, cherchât-il dans le Dieu de ses pères la consolation des maux de l'esclavage, cette ressource ne lui demeurerait pas assurée. Tôt ou tard la tyrannie, après avoir anéanti le citoyen, s'attaque à l'homme lui-même; elle veut pénétrer dans l'inviolable asile de ses sentiments les plus chers, et lui imposer au nom d'une souveraineté impie la religion qui convient à ses maîtres. La liberté de conscience n'a survécu nulle part à la chute des hbertés civiles; toutes les servitudes s'appellent l'une l'autre par la logique inhérente à tout, qui fait que chaque chose se développe inévitablement dans le cycle entier de sa nature. L'esclave espère en vain sauver sa religion €t s'y retenir ardemment, comme à une ancre de sainteté et d'élévation; la main qui l'opprime ne saurait lui laisser ce recours intérieur à la majesté de son âme; elle a trop d'intérêt à la corrompre et à l'avilir pour ne pas le poursuivre jusque-là. C'est pourquoi la liberté est nécessaire à la religion, et la propriété étant le plus ferme ressort de la liberté, elle est en même temps et par cela même l'un des boulevards où la religion prend sa solidité.

Ainsi, Messieurs, patrie, famille, liberté, religion, tous les grands intérêts de l'homme ont dans la propriété leur premier et leur plus sûr fondement. Qui l'attaque, attaque l'édifice même de l'humanité, et qui le défend , défend avec elle tout ce qui soutient notre nature, tout ce qui l'élève, la console et la sauve. La propriété est le salut du monde, et si

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