‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 130 sur 436 · j3 le TRlOMPIli: OK l.A CHOIX · texte numérisé non relu

j3 le TRlOMPIli: OK l.A CHOIX

dans la chose, s'irnio contre elle de ro (Qu'elle ne voulait jias ailei- en cour pour h?

PAIIT. III.

justifier; mais elle demeure inéliranl;ilile. Elle qui était si obéissante, qu'elle s"éiait exposée h la mort [dusieurs ft)is pour l'aire ce ((ue son mari voulait, mais (juand il s'agissait de l'intérôt de Dieu, elle n'avait plus de considération pour aucune nersonne du monde.

Elle exhortait son mari d'une manière admirable à la souffrance, elle lui taisait voir la brièveté de. la vie et la vanité des choses temporelles, et l'importance de l'éternité : et ses paiolcs animées de l'esprit de Dieu faisaient impression sur son esprit; néanmoins il ne laissait pas de craindre une perle générale de tous ses biens. D'autre part, les auleurs de toute celte poursuite prévovant bien l'état où serait réduit cet tionmie, lui l'ont écrire qu'il n'r a (|u'un seul remède, qui est que sa femme aille se jeter aux pieds du prince souverain pour implorer sa clémence, et qu'elle se serve pour l'obtenir de quelque grand (jui soit puissant auprès de lui , et ce jirand était l'auteur de toutes ces choses. Il est certain que le piège ne pouvait pas être dressé plus subtilement. 11 n'était pas difficile d'y faire tomber un homme qui ne sa\ait plus (jue faire, el qui ne voyait jilus que ce seul remède h la ruine totale de tous ses biens dont il était menacé. Ainsi, il exhorte sa femme de se rendre en cour pour ménaj^er heureusement ses affaires. Mais sa femme qui pénétiait les desseins cachés les découvrant à son mari, lui disait qu'il valait bien mieux perdre tous leurs i)iens , que de s'exposer de la sorte. Dieu, disait-elle, nous a donné les biens que nous avons, s'il lui plaît de nous les ôter, son saint nom soit béni. Si nous perdons tout, je tAcherai de gagner ma vie et celle de mes enfants, par le travail que je ferai el que je leur enseignerai. Mais ce gentilhomme considérant le rang qu'il avait tenu jusqu'alors, qu'il avait toujours été dans l'honneur, toujours à son aise , avait de la peine à se résoudre à porter les misères qui sont inséparables de la pauvreté. C'est pourquoi il déclare à sa femme dont il connaissait la vertu qu'il veut absolument qu'elle aille en cour, et elle lui répond, qu'absolument elle n'en fera rien, quand il lui faudrait mourir, et que tout devrait périr.

De vrai tout fut perdu, la vérité se vit opprimée par le mensonge, tant il est vrai que la passion mène loin. Ce gentilhomme perdit son gouvernement, la plupart de ses biens furent confisqués, et il ne lui en resta qu'une partie. Mais atlorons ici et bénissons les conduites de la divine Providence : à peine la sentence fut-elle prononcée contre lui, que tous les papiers qui le pouvaient juslilier furent trouvés. Dieu tout bon voulait par une conduite extérieurement sévère et affligeante, mais dans le fond iiifiuiuient douce, faire souffrir cette famille, il voulait la mener à lui par cette é])reuve , il voulait faire (laraitre sa divine vertu dans

OElVRKS COMPL. tiE BotuoN. III,

une femme do soi taible; (-'est pourquoi il lui ftte les moyens de se défendre nar des pièces justificatives, que l'on trouve a môme temiis que ses adorables desseins sont accomplis. Présentement, mon cher lecteur , ni les personnes éi>roiivées, ni celles qui les ont affligées ne sont plus au monde. Elles ont paru au redoutable tribunal du souverain Juge; mais ipril vaut bien mieux so trouver dans ce lieu terrible ajirès avoir été humilié , persécuté, a[)rès la perte de ses biens, de l'estime et de l'amitié des créatures, f|ue de s'y voir après avoir été élevé dans le monde, après avoir opprimé les personnes inférieures par sa puissance. Mais quel moyen à ces gens qui avaient fait perdre riionneur et le bien d'une famille ila (pialité , de restituer cette perte? Notre- ^eigneur sait si même ils y ont [lensé.

Or, le seigneur dont nous parlons n'en demeura pas là. Sachant combien les leligieux étaient bien reçus en la maison d'Elisabeth, il prit le tem|>s de l'absence de son mari, et se déguisa en capucin avec un de ses gens pour pouvoir y avoir de l'entrée. Il se présenta donc en cet état à la porte, mais comme elle était secourue d'une Providence particulière : ôaiinable Provi(len(e, non, vous ne manquez jamais à ceux qui se confient en vousl sentant-une crainte exlraorilinaire de ces faux religieux, elle leur fait dire qu'elle ne recevait jioinl d'hommes en l'absence de son mari chez elle : mais qu'ils [louvaient aller à une hôtellerie prochaine . et qu'elle donnerait ordre de |iayer fidèlement leur déjiense. Ainsi, jiar un coup particulier de la Providence , elle fut à couvert de leurs insultes, et l'on trouva dans les buissons d'un villageprochain , les habits dont ils s'étaient couverts qu'ils y avaient jetés.

Mais ce n'était pas assez que sa chasteté victorieuse triomphât du vice , il fallait qu'elle remportât encore des victoires des moyens les [dus légitimes, comme celui du mariage. Son mari étant moit , l'un des grands seigneurs de Lorraine la fit rechercher pour se marier avec elle. Elle était pour lors dans de grandes affaires, et fort délaissée même de ses proches, un parti do cette nature semblait remédier à tous ses maux. Ce seigneur avec sa grande noblesse possédait de grands biens, il avait beaucoup de crédit, il était élevé à de grandes charges, et en faveur auprès du prince souverain ; mais toutes ces vues ne lui firent pas la moimire impression.

Il fallait encore, ])our ainsi dire , trionijilier de la vertu même. Un gentilhomme se présenta qui était jeune, qui avait toutes les belles qualités que l'on p/ouvait désirer , l'un des plus honnêtes gentilshommes de Lorraine; et ce qui était bien plus considérable , c'est qu'il avait beaucoup de vertu. Dans cette vue , elle avait de l'estime pour lui : mais dès lors qu'on lui parla de mariage, elle fit bien voir qu'elle ne regardait en lui que la vertu, et que tout autre motif ne lui était

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Œl;YRF.S COMPLETES DE BOIJDON.

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rien, ainsi elle le refusa comme les autres.

Enfin il fallait de plus qu'elle triomphât lie l'enfer. Ce que nous avons dit quand nous avons iiarlédcs malélices que le médecin et le magicien Poirot lui avait donnés, fait voir celle vérilé sensiblement. Mais nous ajouterons ici (luc ce misérable seconliant aux vaines [iromesses des dém.ons, et d'ailleurs dans tous les témoignages [lossibles qu'il lui avait donnés de ses soins, de ses res|iects et de son amitié, se servit premièrement d'un religieux pour tûclier de lui persuader que ce serait son avantage de se marier avec lui : te religieux était celui dont il a été parlé, et qui l'avait trahie. Il parle donc à elle, et tâche de lui persuader qu'elle doit penser tout de bon au mariage, à raison de la nécessité qu'elle en avait poijr donner ordre à ses affaires, pour soutenir le dioit de ses enfants, et que d'ailleurs elle avait une complexion trop délicate pour le cloîlie, mais tout ce que l'on pouvait souliaiter jiour le monde : et qu'enfin elle savait par son expérience, que non-seulement elle pouvait se sauver dans cet état, mais y jiratiquer d'une manière éminente la perfection. Ensuite il se jeta sur les louanges du médecin, comme d'un homme qui avait des qualités extraordinaires : mais elle lui repartit en peu de paroles, qu'elle metlait tous ses soins en la divine Providence, qui lui servirait plus dans ses atfaires et pour ses eiifanls, qu'un mari, et toutes les créatures.

Le médecin, ne se rebutant point de ce refus, employa une autre personne, un homme qui lui était confident, et qu'il croyait plus adroit que le religieux : mais ce second ne gagna rien non plus que le premier; il y employa encore une troisième personne qui ajouta aux raisons des autres, que sa vie était entre les mains du médecin, et qu'ainsi il y allait entièrement de ses intérêts de souffrir son alliance, mais elle proteste qu'elle ne sera qu'à Dieu seul. Ce malheureux se voyant ainsi rebuté donna des charmes à une servante, qui n'ayant pas la vertu de sa maîtresse pour y résister, ni le recours nécessaire dans ces occasions à Notre-Seigneur, et à son immaculée Mère, aux bienheureux anges et saints, fut entièrement gagnée, et sans cesse faisait ce qu'elle pouvait pour donner de l'estime de cet homme.

Après tout cela il redoubla les maléfices, pensant qu'il gagnerait quelque chose par celle voie. Il est vrai pour lors qu'elle fut combattue de lentations furieuses contre la |jui été, comme il a été dit, mais tout cela inutilement.

Elle fut possédée ensuite des démons, mais avec si peu de succès du parti de l'enfer, que celte généreuse combattante, loin de s'abailre ou de relâcher rien de son courage invincible, jiriait Dieu d'être jilutôt possédée jusqu'au jour du jugement, que de faire la moindre chose contre la jiurelé. t^est donc remarqualile que jamais les déliions, quoique Dieu les soufl'rît blasphémer

d'une manière horrible, n'ont pu dire la moindre parole qui choquât l'honnêteté par sa bouche, ni qui fissent la moindre action indécente.

C'a donc été un perpétuel triemphe que celui de sa chasteté dans tous les états de sa vie séculière : mais elle a fait voir l'amour incroyable qu'tl'e avait jjour cette vertu depuis son entrée dans la religion d'une manière tout à lait édifiante. Si dès sa jeunesse, elle ne soull'rait pas qu'on lui vît le bout de ses jiicds, il ne faut pas s'étonner si elle ne le permettait pas étant religieuse. Si dans ses maladies ses infirmières étaient obligées de lui rendre des services oiî elle craignait qu'elles ne vissent quelque jiartiede son cocps, elle faisait fermer toutes les fenêtres de sa chambre. Elle reprenait fortement les sœurs si elles lui touchaient les mains, ou si elles se les touchaient les unes aux autres. Elle ne voulait pas même que l'on arrêtât ses yeux fixement sur une personne, el elle tenait que c'était contre la pudeiu' et la modestie. Comme elle avait de grandes douleurs aux nerfs, on voulut lui donner de l'huile pour l'apaiser eu les frottant, elle ne le voulut jamais, parce qu'elle aurait été obligée d'y porter la main, ou de souffrir que quelques-unes de ses filles le fissent; et sa chasteté qui était incroyable ne le permettait pas. Elle était si pure, qu'elle ne [)ouvait souffrir en aucune manière la moindre parole qui pût laisser l'idée du vice conlraiie, quoiqu'elle ne fût pas déshonnête : et pour ce sujet elle ne permettait pas aux filles du Refuge de parler de leur vie passée. Si dans quelque livre, même de vertu, se trouvait quelque mot qui eûl pu donner quelque idée contre la pureté, elle l'effaçait.

Sa modestie ravissait tout le monde, el produisait le respect et la crainte. Quand elle faisait voyage, celte modestie éclatait si fort, qu'elle s'attirait le respect de tous côtés, ce qui étonnait ceux qui étaient avec elle, n'en considérant pas de prime abord la cause : et si dans ses voyages elle rencontrait quelque jiersonne trop libre, elle la reprenait avec tant de. gravité et de douceur que l'on ne s'en offensait pas. Elle reprenait librement les filles et les femmes qui avaient le sein découvert, ce qu'elle faisait avec un zèle ardent, et avec une vigueur incroyable, disant qu'elle nej)0uvait pas s'en empêcher, rim|)éluosilé de î'espritde Dieu qui était eu elle l'y portant. Elle ne savait tolérer aucune nudité dans les saintes images, ce qui est fortement défendu par les conciles; et dont néanmoins l'abus n'est que trof) commun, les peintres et les sculpteurs habillant ces images sacrés à la mondaine, et d'une manière que les saints i;ue ces images re- ])résententont condamnée, et dont ils ont eu de l'horreur. Quel désordre plus intolérable et [dus injurieux aux saints, et au Dieu de toute sainteté, que de donner à leurs im.iges des nudités on de vains orncmients ? iN'est-ce pas mettre l'abomination de la désolation dans le lieu saint!

LE TlilO.MPIIE Ot I.A CIlOiX.

l'xni. m.

Cette sninle nraflnte de la pureté ne permettait pas que ilaiis ses maisons aurune jiensiomiaire port.1t des mouclioirs trop clairs qui pussent ùi:\c voir le moins du monde la ihair, ou (jui ne fussent pas assez (.'raiids pour lui Cfiuvrir entièrement le cou. Kn vérité il faut dans les maisons religieuses qu'il y ait peu de religion pour le souffrir. Elle ne tolérait pas même la moindre posture indécente, quoique innocente, aux enfants lie trois ou quatre ans. Klle leur donnait les Vies des vierges à lire, quand elles Icjiouvaient, leur en rai)portait les exemjdcs pour les porter à eette vertu : mais à môme temps qu'elle prenait soin de la pureté de leur cor()s , elle le faisait de celle de leurs âmes, leur donnant une grande horreur du péché. Elle s'appliquait beaucoup à leur faire faire de bonnes confessions, leur faisant connaître l'obligation de ne rien celer de leurs péchés ; ce qui est d'une grande importance, puisqu'il s agit du salut éternel. Mais il est nécessaire pour leur donner une entière liberté de dire leurs fautes, de ne (eur iias faire peur du sacrement de confession , comme plusieurs font très-indiscrètement, ce qui est assez ordinaire dans les campagnes. Car on leur parle de ce sacré tribunal comme d'un lieu où ils doivent être traités sévèrement, et y recevoir des cliâliments qui leur donnent de la frayeur. Au contraire il laut leur faire voir que ce joug du Seigneur est doux, et les confesseurs les doivent recevoir avec une grande douceur, ce qui leur ouvre le cœur, et leur donne facilité de s'accuser de leurs péchés. Ce qui est à remarquer pour les personnes âgées, aussi bien que pour les jeunes. Il serait h désirer qu'auparavant leur première communion, on leur fit faire une confession générale pour remédier aux défauts des précédentes, s41 y en a eu, ce qui arrive assez facilement à ces jeunes personnes, pour empêcher que leur première communion ne soit pas un sacrilège.

Enfin cette digne mère était si pure, que les personnes qui l'approchaient en ressentaient les elTets. et il y en a eu dont le témoignage e>t véritable, qui ont assuré que sa conversation leur avait éteint toute la sensualité, quoique auparavant elles fussent fort tentées. Une personne célèbre qui était fort tourmentée de ces sortes de tentations a assuré quayant touché ses habits elle sentit l'ardeur de la convoitise entièrement amortie, en sorte que depuis jamais elle n'en a été travaillée. Nous pouvons penser avec fondement que le recours que l'on aura à ces intercessions, présentement qu'elle règne dans le ciel avec le Roi de tous les saints, sera suivi de bénédiction, et ne sera pas sans effet pour les personnes tentées au sujet de îa pureté. Après cependant un amour si pur et si fort pour !a chasteté , elle ne rebutait , ni ne méprisait pas les personnes qui y tombaient, disant, si Dieu ne m'assislait, je crois que je ferais em.'ore pis. Certainement une personne chaste qui n'a point lie charité pour celles qui tombent, est

dans un danger évident d'être délaissée de Dieu , cl nous en avons des exemples terribles.

CHAPITUE XI.

Le trioniphe de la croix dans sa parfaitf obvissance.

Nous lisons dans le saint Evangile (Lue. 11,51) que notre adorable Sauveur était soumis à la très-sacrée Vierge sa bienheureuse Mère , et au glorieux saint Joseph, c'est-à-dire, qu'un Dieu s'est mis dans la dépendance de ses créatures. O vérité capable de jeter l'étonnement dans toute Ja bienheureuse éternité 1 Nous lisons ces choses, on les prêche de tous côtés , mais qu'il y a peu de personnes qui en soient pénétrées 1 O mon Ame, laissons-nous à l.i divine lumière pour en avoir quelque intelligence, et pendant que nous écrivons ces grandes vérités , rentrons dans nousmêmes pour les méditer avec une sainte attention. C'est donc une chose certaine qu'un Dieu s'est assujetti à ses créatures. Ah! que dirions-nous, si nous a|iprenions que tous les grands de la terre , tous les rois de l'univers , seraient dans la dépendance d'un chétif artisan.. La nouvelle paraîtrait ridicule et incroyable, et en eli'el c'est ce qui est arrivé. Cependant nous savons sans en pouvoir douter, à moins que de se rendre infidèle, que celui devant qui tous les monarques ne sont que des néants, s'est soumis à un jiauvre charpentier. O mon Dieu ! ô mon Dieu ! que vos conduites sont admirables I

O vous dont l'essence est infinie sans aucune limitation d'excellence ou de perfection, qui possédez de vous-même, et par vous-même tout ce que vous [wssédez, qui êtes la source et le principe de tout être, qui seul possédez essentiellement, nécessairement et infiniment la vérité de tout être, sans qui toutes choses ne sont rien , par qui toutes choses ont été tirées du rien, devant qui les plus liantes jiuissances, et les plus éclatantes grandeurs ne sont rien ; vous dont fa Majesté fait trembler les colonnes du ciel, et devant qui toutes les autres majestés ne sont que des ombres ou disparaissent, qui êtes exempt de toute dépendance, c'est vous qui voulez dépendre d'un pauvre artisan.

Vous qui êtes la fin dernière de toutes les créatures qui êtes le dernier et unique bonheur, qui pouvez faire tout ce qui vous plaît, qui '.enez la clef des abîmes du néant pour en faire sortir tout ce que vous voudrez, qui pouvez par un seul mouvement de volonté faire des mondes sans fin, qui avez une connaissance infinie , qui pénétrez toutes les choses qui ont été , qui sont, et qui seront, et même toutes celles qui sont possibles et qui ne seront jamais, qui approfondissez les cœurs, à qii? nulle pensée n'échappe, qui connaissez:

plus notre intérieur que nou^-mèines, c'est vous qui vous laissez au gouvernement de votre créature, vous qui êtes infiniment sh m.

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CK:IYRES COMPLETES DE BOl DON.

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la sainteté même, devant qui les cieux ne sont |ias nets, el les anges i>our purs qu'ils soient se voilent la face [larune sainte honte. Vous qui remplissez le ciel el la terre, dont le plaisir est de bien faire à tout le monde, qui ne pouvez jamais être assez loué, car quelques louanges que nous vous donnions, elles demeurent toujours inliniment au-dessous de votre inconqiarable mérite. Vous qui êtes présent partout, qui ne recevez aucunes bornes, et qui les prescrivez à toutes choses ; qui êtes inliniment beau , qui avez donné h toutes les créatures les beautés qu'elles ont, qui les possédez toutes ensemble, devant qui toute autre beauté n'est que laideur. Vous qui êtes le Dieu des dieux, le Seigneur des vertus, qui êtes assis sur les chérubins, qui êtes le Souverain de toutes chosrs, qui marchez sur les ailes des vents, qui vo\ ez les cieux et les étoiles sons vos pieds, qui avez des légions d'anges à vous servir, qui avez donné et conservé la vie à touteschoses, qui êteslavie même, c'est vous qui êtes soumis à Marie et à Joseph dans une dépendance admirable.

Qui pourra jamais concevoir une telle soumission? la longue et interminable éternité sera-t-elle capable de le comprendre? Je vois bien, mon Sauveur, ce qui a occupé si saintement tant de divins solitaires , qui vivant dans des affreux déserts séparés de tous les hommes de la terre, n'a.>ant ]ilus d'entretiens avec les créatures d'ici-bas, ne pouvaient jilus s'occuper que dans leur intérieur de ce que vous êtes et de ce que vous avez tait. Une seule vérité de votre Evangile peut bien faire la digne occu|)3lion d'un véritable Chrétien durant tout le cours de sa vie. Oii! que celle-ci est étonnante ! un Dieu sujet à la créature, un Dieu dans la dél)enaance d'une vierge et d'un charpentier, lei s'ouvre un abîme oîi l'on demeure perdu, et d'oîi il n'est pas possible de revenir.

O amour, ô amour de mon Dieu, oîi le réduisez-vous. 11 y a des savants qui ont écrit que la reine de'Saba admira chez Salomon une couronne d'or entrelacée d'épines qui ])ortait pour inscription la victoire de l'amour, et qu'en ayant demandé l'explication à ce grand roi , "il lui dit qu'elle marquait une vierge qui aurait un tils que l'aruour ferait vivre, que l'amour ferait mourir, que l'amour ferait agir. Mais l'on peut bien dire que l'amour mettrait dans la soumission ; et que c'était l'une des signitications del'inseription de cette couronne mystérieuse. Car cù l'amour peut-il se faire voir plus victorieux qu'en assujettissant à son pouvoir un Dieu loul-puissant.

Oh ! que ce Dieu de majesté nous enseigne la dépendance d'une manière invincible dans la petite maison de Nazareth I C'est dans cette petite maison aux yeux des hommes, qui était bien pauvre, qui n'avait rien de ce que le monde estime, rien de l'éclat du siècle, mais maison glorieuse aux yeux 1 de Dieu et de ses anges, maison heureuse qui a été habitée par un Dieu fait homme Curant tant d'années , et oii il a passé pres-

que toute sa vie caché. Maison pleine de grâces et de toutes les bénédictions. du ciel, maison j'Ieine de merveilles iiiliniment étonnantes, dont cependant l'Evangile ne nous aj)prend autre chose sinon que le Souverain du ciel et de la terre y était soumis à la \'ierge immaculée et auglorieux saint Joseph. Voilà toute la vie en anrégé de l'adorable Jésus durant tant d'années, voilà ce que l'histoire sacrée nous en apprend pour toutes choses. Toute la vie d'un Homme-Dieu dont les merveilles ne pourraient pas être contenues dans tous les livres du monde, se trouve réduite à ce peu de jiaroles : Il était soumis.

O soumission, que vous êtes donc grande , et que vos élévations sont admirables dans vos abaissements ! après cela cessons de nous étonner si les saints ont fait une estime si particulière de l'obéissance. Si l'on s'arrêtait à l'extérieur seulement de quantité de pratiques qu'ils ont fait faire au sujet de cette vertu, l'on n'y verrait rien que de ridicule, et même il y paraîtrait une pure folie, comme lorsque les saints ordonnaient à leurs disciples de jilanter des arbres la racine en haut , et plusieurs autres choses de cette manière , mais cette folie sera une grande sagesse à ceux qui pénétreront la fin de ces actions, qui avaient |iour but une sainte obéissance aveugle. C'était une chose fort ordinaire parmi les solitaires qui avaient des monastères oîi plusieurs ermites vivaient ensemble, de n'y admettre ceux qui se présentaient ((ue par" des exercices d'une soumission paifaite. Comme l'on entrait quelquefois dans l'école des anciens philosophes |iar différentes pratiques ; car dans l'école des uns on y entrait par un

long silence . dans l'école des autres par l'abstinence, l'on entrait dans la discipline régulièie de ces saints solitaires par une vraie obéissance.

Mais ne pouvons-nous pas dire que c'est même de celte manière que l'on se met au nombre des disciples de Jésus-Christ, que c'est la première chose que ce divin maître demande de tous ceux de sa suite, par ces paroles : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même ; car qu'est-ce que renoncer à soi-même sinon renoncer à sa ]iropre volonté pourla tenir assujettie à une jiuissance supérieure. La nécessité en est grande, et plus grande que l'on ne peut penser à raison d'une certaine projiriété qui s'y glisse et qui est cause de tous nos maux. Otez la [iropre volonté, disait autrefois saint Bernard , il n'y aura point d'enfer. C'est cette propre volonté qui nous fait préférer, ôh 1 la chose abominable ! ce que nous voulons à ce que veut un Dieu, et |iar conséquent qui engage malheureusement dans l'enfer pour un jauiais. Enfer, lieu de toutes sortes de maux; aussi la propre volonté y règne dans tous ses malheureux habitants, obéissance en est bannie pour jamais, el ii même temps le bien , la (laix et le rejios.

C'est cette propre volonté qui arrête les

LE TUIOMIIIK bi: I.A CHOIX. - PART. III.

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âiiiesdansle.s voies du sciiiil amour, uliiui lus eiiijiôclio d'y faire iHuiiii prof^rùs, ijui infecte (i"iin sulitii venin les meilleures at lions, (lui é. la ta ni audeliors comme de jurandes cl de divines choses, aux veux de Dieu ne mi^ritenl ipift des peines. De là vient (|uo nous lisons dans les ^'ies des saints deiiuelques-unstiui, n|i''ès avoir passé liuiti des années dans une i'udeetauslére|iénitence,aprèsavoirprali(pié des morlilicalions.donl le >eul récit l'ail peur h la nature, ont ap|iris île N'otic-Seigneur ni*me, (jue tous ces exercices avaient été gâtés par la propre volonté. C'est pourquoi les saints Pères de la vie spirituelle se sont applii|ués si soigneusement à mortifier la l'ropro volonté (lar robéis>ance, faisant faire a leurs disciples tout le contraire de ce qu'ils voulaient, leur changeant leurs prati<iuesde dévotion, les faisant aller contre leur pente et leurs inclinations.

Certainement les Pères du désert croyaient bien (jue la projire volonté rendait les plus saintes actions en elles-mêmes ou inutiles, ou criminelles, par la conduite qu'ils tinrent ù l'égard du grauil saint Siméoii Stylite. Cet ange de la terre nieuiiit une vie céleste, comme chacun sait, au-dessus d'une colonne, et faisait l'admiration de l'univers. Néarniioins les Pères n'y puienl donner enlièreiiienl leur apiirohation, ni leur e>time que |)ar l'épreuve de son obéissance. Ils voulurent voir si la propre volonté se trouvait dans une vie si extraordinaire, et jugèrent tous (jue si elle s'y rencontrait, ce serait une illusion que toute la vertu de Sicûéon, quoiqu'elle parût le miracde de sou siècle. Ain.-<i ils députèrent vers cet homme de Dieu, et les députés étaient chargés de lui dire de la part des aulies solitaires qu'il eût k descendre de sa colonne, avec ordie s il Ré le faisait pas de l'y conliaindre, et d'anatlre \i>. colonne où il était monté. Mois coLJLie il était véritablement homme de Dier» au môme temps qu'il eut ajj'.'iis l'oi'dre dcs Pères, aussitôt il se mil en ilevoir de doict.idre, et en cela lit voir une admirable obéUsance et un jiarfail dégagement de toi; te jTopre volonté. Je ne sais si dans J'histoire des saints l'on trouvera des exeiu- !>les plus remarquables que celui-ci au sujet de l'obéissance. Car l'on ne voit pas bien que saint Siméon fût dans la déjiendance des autres solitanes ; il menait une vie [larticulière qui n'avait poait de rapport à eus ; ainsi il semble ipi'il pouvait s'exempter absolument de déférera leurs ordres, au moins il pouvait «n avoir assez de prétextes : d'autre part, la bénédiction que Dieu donnait à sa manière de vie en marquait assez la vocation, et ne lui laissait [las lieu de douter de la volonté de Dieu. Ensuite il pouvait au moins proposer ses raisons aux députés des solitaires, il semblait même qu'il le devait faire auparavant que de vouloir quitter uu genre de vie qui était comme autorisé par un continuel miracle d'un secours extraordinaire de la divine Providence qui l'y souienai'.. Après tout, adirés avoir proposé ses raisons, il pouvait en attendre

les réponses demeurant dan-; la disposition d'obéir à ce (pii lui serait répondu, et eu cela il n'y paraissait rien de contraire h l'obéissance. Cependant cet houm.e céleste sans' raisonner, sans rien objet 1er , est prêt à quitter toute sa manière de vie dès lors qu'on lui en fait une simple projiosilion par l'ordre des Pères solitaires; et en cela ou peut dire ipi'il avait ur.e plénitmle surabondante du Saint-Esprit qui lui donna ce mouvement.

Aussi c'a toujours été une maxime générale et sans contredit de tous les maîties de la vie spirituelle, (juc la vraie et prompte obéissance est la marque la plus certaine do l'esprit de Dieu; ce (pii a lieu dans ce qui regarde même la religion, tous ceux qui ont été véritablement dans la foi ayant été dans une sincère soumission à l'Eglise, el à celui qui en est le chef visible, le Souverain Pontife. C'est pour(iuoi notre prcdession de foi nous oblige de lui promettre une vraie obéissance. Au contraire, toutes les hérésies qui se sont élevées ont eu l'esprit d'opiniàireié ei défaut de soumission ; car eniin comme tous ceux qui sont mus de resjirit de' Dieu sont dociles, obéissants, nullement attachés à leur propre sens, se déliant de leurs propres lumières, renonçant à leur propre ju.^ement, de môme tous leux que le démon agite sont 0|iiniâtres, lêlus, faisant cas de ce qu'ils i)eiiseiit savoir, s'arrôianî à ce qu'ils jugent, s'imaginaut être quidijue chose, ne voulant pas obéir, ainsi ils tombent dans le piéoipice.

Une personne a beau passer jiour être spirituelle, quand elle ne mangerait ni boirait pour ainsi dire, par esprit de pénitence, quand elle passerait les jours el les nuits en oraison, quand elle ferait des miracles, si le propre jugement l'attache à la jiropre volonté, la désobéissance s'y trouve, selon le sentiment de tous les maîtres de la vie s[iirituelle elle esttrom|iée par le démon, quand encore elle serait éclaiiée des plus belles lumières. Ce qui parait de plus admirable en elle sera toujours accompagné d'illusion. Ce qui faisait due à notre sainte fondatrice : ce sera l'obéissance qui nous rendra agréables à Dieu, el non pas les sacrifices ; que le véritable obéissant, et qui parlait à ses supérieurs avec candeur et simplicité, ne serait jamais trompé; el elle détestait toute duplicité, et disait que le mensonge dans la bouche d'une religieuse était uu blasphème, elle voulait que ses religieu-^cs pailassent sincèrement.

Elle recommandait surtout l'obéissance, mais elle la prali(iuail d'une manière admirable. Dès sa jeunesse elle y était si exacte, que, quoi que son père ou sa mère lui commandassent de contraire à son inclination, elle l'exécutait toujours. Elle n'eût pas osé sortir hors de sa chambre sans la permission de sa mère, ce tiui faisait que ses compagnes l'appelaient la malheureuse. Vertu bien rare dans les enfants, et qui trouvera peu d'e\em|)les, mais en vérité,' qui considérera bien tout ce qui s'est liasse en elle, verra

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CKIVULS COMPLETES DE BOL'DON

il'.i'ellua loujoiiis été une [lersonne toute lie grâce, à qui l'on peut appliquer ce qui auiret'ois a été dit d'un grand personnage, qu'il semble qu'Adam n'avait point péché en elle.

De plus, son obéissance a encore été admirable, en ce qu'elle l'a gardée avec autant ou plus de lidélité dans le siècle que le plus exact religieux dans le cloître. Car où trouverat-on une personne dans le monde et dans le cloître, qui soit obéissante jusqu'à s'exposera la mort? C'est pourtant ce qu'Elisabeth a fait , comme on l'a pu remarquer en ce que nous avons dit quand elle montait sur des chevaux indomiités pour obéir à son mari, quand elle passait des torrents et des eaux débordées, pour lui i>laire, qu;ind elle lui tenait compagnie, accablée de douleurs, et tourmentée de tranchées qui lui étaient causées par le poi^on qu'on lui avait donné. Que devait-elle faire quand elle serait toute consacrée à cette vertu par des vœux particuliers et solennels? Les démons en préjugeaient bien les merveilleux effets, puisque dès lors qu'elle fit vœu d'obéissance en particulier, et auparavant que d'être religieuse, elle les entendit hurler épouvantablement. De vrai, il n'y a rien qu'ils appréhendent davantage que la désa|)j)rûpriation de la volonté , car ils ne peuvent où se prendr'e dans une volonté vraiment détachée : au contraire il n'j a rien qui donne plus de lieu au Saint-Esprit, aussi comme elle remaïqua après son vœu que les diables étaient en furie, elle connut que Notre- Seigneur prenait une nouvelle possession d'elle. 0 mon Sauveur, qu'il est bon de quitter sa propre volonté, de se quitter soimême pour avoir la grâce de votre bienheureuse possession 1 ah ! n'est-ce pas le dernier bonheur?

Après avoir passé bien des années dans le cloître, elle était docile comme un enfant, et prompte à obéir comme une novice, elle qui était la mère de toutes les religieuses de son institut. On l'a vue obéir à sa fille Marie-Paule, qui fut élue supérieure quoique sa fille, quoique bien jeune, avec un respect que l'on aurait de la [leine à croire. Elle n'eût pas voulu sortir de l'ouvroirsaus .sa licence, elle lui disait même ses fautes ; luais c'est qu'elle voyait Dieu dans sa fille. Aussi elle recommandait de regarder Notre- Seigneur et Notre-Dame dans les personnes supérieures, si on voulait bien obéir et le faire avec esfirit et dévotion.

Elle ne laissait échapper aucune occasion d'obéir, sachant le jirix que celte vertu donnait aux actions,' et que celles qui se faisaient [lar propre volonté, quoique excellentes et saintes en elles-mêmes, étaient sujettes à être infectées du venin de l'amour- J)rO|)re. Son obéissance était admirable dans la soumission de son jugement, car elle se déjiouillait de toute propre lumière pour entrer dans celle de ses supérieurs, qu'elle croyait toujours avoir raison, quelque senlimeni qu'elle pût avoir au contraire. Mais C'jinment n'aurait-elle pas soumis son ju-

gement à celui de ses supérieurs, puisqu'elle le soumettait môme à ses inférieures, et quelquefois même à des personnes ignorantes et fort grossières. Oh ! que la soumission est grande dans une âme qui est pleine de l'esprit de Dieu ! elle obéissait au moindre signe de ses supérieurs, et ce qui est bien considérable, à leur pensée quand elle la pouvait remarquer, quoique contraire à son jugement, dont elle se désappropriait aussitôt.

Mais son obéissance était simple, sans raisonnements, sans réponses, n'examinant et ne disputant jamais contre les sentiments de ses supérieurs. Elle était prom[ite et sans retardement, c'est pourquoi dans l'un de ses voyages que l'obéissance lui avait ordonnés, car elle ne faisait jamais rien, elle n'entreprenait rien sans cet ordre, elle écrivit dans une de ses lettres à l'une des personnes de qui elle dépendait, que quand elle serait au bout du monde à la première parole qui viendrait de sa part qu'elle ne manquerait pas de retourner. Et etïectivement à la moindre de leurs paroles souvent elle quittait des affaires très-imi'ortantes; et quoique quelquefois elle fût fort faible, elle doublait le pas [)Ourse rendre au plus vite où elle était demandée. Elle obéissait au pied de la lettre sans passer un iota de tout ce qui lui était ordonné, quand même sa santé en aurait dû souffrir.

« Car, disait-elle , il vaut mieux perdre en obéissant, que de gagner par la désobéissance, cette ])erte étant un très-grand bien. Qu'il valait bien mieux obéir que commander, et que, poursavoir bien commander, il fallait savoir bien obéir. » Lui ayant été ordonné d'assister une religieuse malade, quoiqu'elle l'eût déjà fait avec beaucoup d'incommodité, et que ses religieuses lui remontrassent qu'elle ne devait plus s'y exposer, elle dit : « Je vois bien qu'il m'en arrivera beaucoup de mal , mais quand j'en devrais mourir, je le ferai puisque l'obéissance me l'ordonne. »Si on lui disait qu'elle se rendait bientôt aux pensées des autres, elle répondait : « C'est à moi de me soumettre, et que lorsqu'on le faisait [)our Dieu, qui est la bonté même et la même fidélité, il ne manquait jamais de conduire toutes choses à une bonne fin, qu'elle s'apl)uyait là-dessus.

C'est pourquoi dans ses grandes difiicultés, elle répondait: «Je suis à l'obéissance, et je ferai ce que l'on me commandera, et cela sans aucune réserve. » C'était île cette manière qu'elle assurait voyant les -grands biens qui se faisaient dans la maison du Refuge, qu'elle était prête à se désister de son entre [irise si on le trouvait à propos. O admirable dégagement de la propre lumière ! elle prolestait qu'elle n'avait point de plus grande joie au monde que de se soumettre, et elle croyait qu'aucun mondain n'avait tant de plaisir à se satisfaire, qu'elle à obéir.

Obéissance rare q.ne Dieu tout bon a voulu autoriser de miracles plusieurs fois.

Ol>J

r.E TUIOMl'IIli DE L.\. CHOIX. - PART. III.

Un jour ayant \ine veine <)(iverte(|ui reiidaU l)oniiiOU[) (le sfing deiiiiis environ deux mois , el le médecin jnj;eaiil qu'il fallait l"iur la guérir i|u'elle i^ardAt la cliaiiitjre sans prcsiiue se mouvoir, son supérieur, M. d'Allauiont, lui ordonna de la garder, ajoutant par un niouvenient |>arliiiilier (]u'il lui eounn uidait d'être guérie le londi'ui.iin ; ee qui arriva au grand élonneuient de i;e su|)érieur qui, venant le lendemain célébrer le saint sarritice de la messe, la trouva liarl'aitement gui'rie. Ktant dans une ociu- 1 ation intérieure irés-grande cpii la tenait arrêtée, le supérieur lui i-oinnumilant de s'en retirer, aussitôt elle demeura lihre, et fut tirée (le celte occupation ; lui disant, ensuite d'y rentrer, à môme teuii>s elle y demeura absorbée.

CH.\PnUE XII.

Le triomphe de la croix dans son extrême humilité'.

L'humilité à proprement parler est la vertu de la religion chrétienne. Les païens ont eu des vertus morales, quoiqu'à la vérité d'une manière fort imparfaite. Ils ont eu des Vestales qui faisaient profession de garder la virginité, pour qui ils avaient îles vénérations si singulières, qu'à leur rencontre tout le monde se mettait dans le respect, et en ce qui regardait riionneur, les Jiremières personnes de l'Etat leur donnaient la préférence. L'un des idus célèbres autours de ranti(iuité a dit painii eux qu'il n'y avait rien de meilleur que le célibat. Il y en a eu entre autres qui ont fait voir le grand mépris qu'ils avaient des richesses, menant une vie très-pauvre, et Senèque a écrit de l'excellence de la [«auvreté, et lui a donné de merveilleuses louanges. Il s'en est rencontré qui ont quitté toutes les délices, toute la pompe et toute la gloire du siècle pour niener une vie privée et solitaire dans la campagne, y travaillant même de leurs mains comme les laboureurs et les artisans. L'on en a vu qui ont mené une vie austère, qui ont gardé un silence étonnant, qui ont laissé des exemples d'une justice i^ui doit faire confusion à plusieurs Chrétiens. Il y en a même qui en ont écrit d'une manière b surprendre , vu l'exactitude qu'ils ont demandée pour conserver h un chacun ce qui lui est dû, et pour ne faire tort à personne.

« Les païens, dit saint .\ugustin , ont traité des vertus et des vi(;es en disant plusieurs choses, mais ils n'ont point traité de la vertu d'humilité. Loin d'en avoir aucune y>ratique,ils l'ont même ignorée. Celte vertu n'a iainais élé connue jiarmi eux. » C'est le seul Saint-Esprit qui en est le docteur; et c'est !a grande vertu qu'un Dieu se faisant homme est venu apprendre en notre terre. C'est la vertu de la religion qu'il y a établie, et comme c'e>t le seul Esprit de notre bon Sauveur Jésus-Christ qui l'a a|)prise aux hommes, qui en est le principe, c'est \n\ qui la soutient et qui la conserve. Partoutoii cet Esprit saint et adorable se trouve,

partout il y a de l'humilité, et elle est l'une des plus grandes et d(.'s pilus. assurées mar- (lues de la demeure (le cet Esprit divin dedans une Ame. Comme la superbe et l'é-' lévation sont des signes trôs'-évidents do son absence. Le démon a sa plus grande rage contre (■elt(! vertu, comme celle qu'il ne peut supporter en aucune muni('re, et (]ui renverse tous ses desseins. Aussi r(jii voit parmi de certains héréti(pies et scliismaliqiies de grands jeûneurs, des gens qui font d'étrangcis pénitences , qui mèmml une vie très-;!ustère, ipii font de grandes aumôuiîs, (pii ont un extérieur merveilleusement composé, qui maripient bien du mépris [)our les vanités du sièrh;, dont les familles sont très-réglée.i.mais l'on y découvre en même temps un défaut (;nticr d'hunnlilé par la jiréférence qu'ils donnent à leurs propres lumières, s'opiniAtrant dans le sens '(pi'ils donnent à l'Ecriture, et aux Pères de l'Eglise, lisant des livres dont la mali('-'iH est élevée, et qui leurél(>ve en môme temps l'esprit, mettant ces livres entre les mains des femmes et des tilles qui ne [larlent, 'i ce qui leur semble, que par la bouche des Pères, s'enflent l'esprit, et pensant être quelque chose, n'étant rien, se trompent malheureusement, et toiubent dans des illusions jjitoyables.

L'esprit"^ vraiment humilié ne se trouve point iJans l'esprit |)uremeni humain, il faut (jue l'esprit (Je Jésus-Christ anéanti s'y trouve, alin qu'il y soit. Cependant si c'est la vertu des véritables Chrétiens, celui qui est disciple du Fils de Dieu ne peut s'en dispenser. Cotte vertu est donc d'une nécessité indispensable. Notre céleste Maître ne nous l'a pu enseigner en des termes plus clairs et plus expressifs (|ue ceux-ci : En vérité je vous dis que si vous ne vous convertissez, et ne devenez comme des enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des deux.

Pour être Chrétien, il faut avoir la simplicité, et lître petit comme un enfant. Petit à ses yeux, bien aise de l'être aux yeux des antres, et ne devenir jamais grauvi par aucune propre élévation. Cependant que faisons-nous'? chacun dit qu'il se veut sauver, chacun dit qu'il veut entrer dans le royaume des cieux; et l'on ne pense guère à entr<;r dans l'enfance chrétienne, je dis dans une véritable simplicité, et une véritable humilité ; quoique sans cela toute espérance nous soitôtéedu bonheur éternel où nous aspirons. C'est ce (jui faisait dire à la pieuse mère Mnrie-Elisabeth, que sans les grandes austérités corporelles, dont tout le monde n'est i>as capable, et (juelques autres vertus semblables, l'on pouvait bien aller au ciel, mais jamais sans l'humilité.

C'est pourquoi le prince des apôtres dans sa première Epître veut que nous soyons tous revêtus d'humilité les uns à l'égard des autres. (/Perr. v, 13.) Un pieux et savant interprète dit que le mot grec .signitie environnez-vous, savoir d'humilité, ou selon îi'autres, ayez l'humilité' attachée à vous. Selon le Syriaiiue, soyez couverts d'humilUéy

OEIVKKS COMi'LtTKS DE BOUDUN.

selon l'Arabe, embrussei-ta. Car enliii il faut embrasser cette vertu, que nous devons aimer chèrement entre toutes les vertus. Il faut que nous en soyons environnés comme d'une armure forte pour nous défendre de tous nos ennemis visibies et invisibles, et de nous-mêmes, de nos passions qui se soulèvent contre la loi de Dieu, des inclinations dérégiées de la nature corrompue qui nous |iortent au mal, d'un fond secret •l'orgueil qui nous élève malheureusement. I! faut qu'elle soit attachée ?i nous, car si c'est elle qui nous attire les autres vertus, c'est elle qui les conserve , et dès lors qu'on perd l'humilité, tout est perdu, tout le bien s'en va, l'Esprit de Dieu se relire. Il faut que nous en soyons revêtus, car sans cette vertu nous ne pouvons porter en vérité l'habit de Jésus-Christ, qui est le vêlement du Chrétien [lar le dé()ouillemeut du vieil homme, de l'ancien Adam. Il faut que nous en soyons couverts jiour être à l'abri des orages et des tempêtes do la mer agitée du siècle. L'interprète que nous venons de citer remarque que le mot grec, ne signilie jias seulement se revêtir, mais se revêtir d'un liabil survile que les esclaves mettaient sur les autres habits, de sorte, dit-il, que ce verbe convient fort proprement au dessein du jirince des a|iùlres , revêtez-vous comme d'un habit étroit et servile de l'humilité envers les autres. C'est-à-dire contraignez l'humeur naturelle qni tend à l'élévation, serrez-vous par le vêtement de l'humilité, ne vous donnez jias la liberté de suivre les mouvements de la nature corrompue, humiliez-vous sous cet habit servile qui convient aux esclaves, vous tenant au-dessous des autres.

-Mais notre Maître céleste nous enseigne que les princes des nations dominent sur elles, et que les grands les traitent avec autorité, mais qu'il n'en sera pas de même de ses tlisciples, parce que quiconque désirera être le plus grand d'entre eux, doit être le serviteur des auties; quiconque voudra être le [iremier doit être le serviteur de tous. Car le Fils île l'homme n'est pas venu jiour être servi, mais pour servir, et pour donner sa vie [lour la rédemption de plu- ^ieurs. Admirable doctrine de notre divin Maître, ,qui nous apfirend assez combien les Chrétiens sont obligés à l'humilité, et ((ue ceux qui y sont les [)lus grands, comme les apôtres , doivent en avoir une plus grande. Que c'est en l'humilité que consiste la grandeur chrétienne.

C'est cette vertu que nous a enseignée notre divin Sauveur, particulièrement par les opprobres qu'il a soullertes sur la croix; c'est sur la croix qu'il nous l'a méritée et qu'il l'a obtenue pour ses lidèles : ainsi cette vertu est le fruit de la croix, que ncms Jjouvons dire avoir remporté un glorieux triomphe en ce sujet dons .Marie-Elisabeth, ]iuis(pj'elle a été l'une de ses plus humbles servantes. Et c'a été sur la profondeur d'une 'Humilité abîmale ([u'elle a élevé si haut l'éditico de toutes les vertus que nous avons

admirées en elle, v.eitainement, nous pouvons dire avec grande justice qu'elle a été l'admirable en toutes sortes de croix, dont les anéantissements lui ont acquis une rare humilité, qui a servi de fondement à une vertu incomparable qui l'a rendue le prodige et le miracle de notre siècle.

Il est assuré que les croix qui portent humiliation conduisent eilicacement à l'humilité, si l'on en fait un saint usage ; de là vient ([u'elle en fiiisait une haute estime, et qu'elle se teiiait bienheureuse d'en avoir. Les médisances donc, et les calomnies que l'on disait d'elle, ne la troublaient pas, no lui donnaient aucun mouvement contre les jiersonnes qui la maltraitaient do la sorte, elle ne faisait que dire dans une grande douceur, je (irie Dieu qu'il les fasse de grandes saintes ; et dans les plus atroces calomnies dont l'on tâchait de noircir sa ré-' putation, toutes les plaintes qu'elle en faisait, était de reconnaître que sans le secours de Notre-Seigneur, elle serait tombée dans tons ces maux, et qu'au reste, ces gens qui |)arlaienl si cruellement d'elle avaient raison. Comme un jour on lui ra|)porlait qu'un bouime publiait que ses trois filles étaient de méchante vie, elle remercia Dieu de la jiart qu'il leur donnait à ses voies humiliantes, et en marqua beaucoup de consolation, car elle était fort convaincue des paroles du Fils de Dieu, qui nous déclare bienheureux lorsque les hommes nous maudiront, et diront tuute sorte de mal contre nous.

11 serait difficile de déclarer ici les sentiments bas et humbles qu'elle avait d'ellemême. Nous avons vu son innocence, son éloignement des fautes les plus légères, et néanmoins, elle s'estimait la plus grande jiécheresse du monde L'on rapporte le même sentiment de l'humble et du grand saint François d'Assise, et plusieurs ont de la peine à compreiidre les pensées de ces saints : mais il faut savoir que le jugement qu'ils font d'eux-mêmes, n arrive pas par raisonnement de l'esprit humain, ils portent des impressions de grâces, et ont des vues qui sont bien au-dessus di; la jiortée de la lumière ordinaire. La lumière admirable oiî ils entrent dans la manifestation do la grandeur de l'être suradorable do Dieu qui se fait d'une manière très-spéciale, et la vue qui leur est donnée dans ces clartés célestes de leur néant, de leur cajiacité à toute sorte de mal, de la grandeur des miséricordes de notre Sauveur sur eux qui les a préservés d'y tomber, de la multitude des grâces qui leur a été accordée, des faveurs extraordinaires dont ils ont été honorés, toutes ces choses les anéantissent et les mettent au-dessous de toutes les créatures, dont il n'y en a pas une qui no voie au-dessus d'eux.

C'est dans ces vues que leur cœur se brise de douleur pour la plus légère laute, quoique commise sans en avoir une entière connaissance ; qu'une seule de ces fautes légères leur fait pratiquer des iiénilences épouvantables, les fait soupirer quelquefois du-

LE TUIOMl'llE r>E LA CllOlX. — l'AKT. III.

raiil toiile leur vie, leur tait ré[)aii(lre îles lorreiUs ilc iiirnies. Ainsi notre vertueuse mère, après s'ôtre lOiit'essée, téinoigtiiiiltant de contrition, que souvent ses tilles ne pouvaienl contenir leuis larmes. Klle se jetait à genoux devatit elles, leur tliMuaiidait pardon, baisait la terre, et ellelaisaii cela avec une humilité si éditiante, que celles qui la voyaient en demeuraient grandement touchées. Klle faisait les mômes choses la veille de la rénovation des vœux, elle le faisait avec beaucoup de larmes, de telle manière que ses religieuses ne pouvaient s'empêcher de fileurer avec elle.

Elle pleurait en lisant ses Règles, considérant qu'elle était bien iiuiigne de leur observance. Elle ne voulait pas ôtre si bien habillée que les autres, disant qu'elle en était indigne, ainsi on lui voyait quelquefois ses habits fiar lambeaux. Elle s'estimait indigne de commander aux autres, elle se regardait comme les ânes qui, portant quelque chose de précieux, demeurent toujours ce qu'ils sont, et elle se voyait toujours avec toutes ses grâces dans la misère. Elle croyait être inutile au monde et à la communauté, dont la divine Providence pourtant l'avait faite la fondatrice. Elle se voyait éloignée de toutes les vertus, elle pensait ne valoir rien, qu'elle était i)leine de sensualités , elle avait une patience à étonner, et elle croyait n'en avoir point, elle s'estimait pire que les démons etalidessous de Lucifer. Oh ! que les pensées des saints sont éloignées de celles des autres. Les saints sont grands devant Dieu, et il n'y a rien de plus abject à leurs propres yeux, pendant que des gens qui sont tout jileins de défauts ont encore des pensées de vanité.

L'humilité semblait lui être naturelle et elle disait qu'elle ne savait ce que c'était que l'humilité. Elle priait Dieu de lui apprendre. Après la fondation même des religieuses, elle était dans la pensée qu'elle n'avait point encore servi Dieu, et elle s'écriait : Or ça je vas commencer à bien faire. Son sentiment était qu'elle était la cause de tous les maux qui arrivaient à sa maison, et elle priait tous ceux qui la venaient voir d'avoir recours à Notre-Seigneur pour elle, afin qu'elle n'empêchât pas l'œuvre de Dieu. Quand elle faisait réllexion à ce q-u'autrefois on disait d'elle, qu'elle était magicienne, et qu'elle serait brûlée, à quoi elle s'était résolue sans s'étonner, elle assurait que si cela fût arrivé , elle n'aurait pas causé le retardement aux œuvres de Dieu , qu'elle le faisait, elle dont l'aimable Providence se servait pour les établir d'une manière miraculeuse. Dans cette vue elle désirait de mourir, jiour la vive crainte qu'elle avait que ses péchés étaient la cause de toutes les oppositions qui arrivaient à son ordre , et làilessus elle s'écriait dans une humilité profonde, il faut que je sorte hors du monde et que l'on me jette comme un autre Jonas, aliu que la tempête ceSse, je ne fais point de petits maux.

'Elle s'apercevait bien du progrès que les a'iitres faisaient eu la v(;rtu , il n'y avait •lu'en elle où elle ne connaissait rien de bon, ce qui lui faisait dire : lesautres sont humbles, et moi je ne suis (ju'une superbe, lesautres se souvent, et moi je me damne; qu'elle avait [)l'.is de besoin d'être assistée (les secours divins qu'aucune personne de la terre, et tant plus elle recevait de grAces, et plus elle se (iéliait d'elle-même. Ouand on lui disait qu'on la méprisait, elle répondait : si on me connaissait bien, l'on me mépriserait encore bien davantage ; et comme un jour on lui rapporîait qu'un prêtre avait dit qu'il y avait bien des folles et des sottes en sa maison , toute sa réponse fut : (Mil que ce monsieur nous dit bien nos vérités. Ohl s'écriait-olle dans une autre occasion , quelle grâce si au|iaravant notre mort nous connaissions bien notre néant par une pure vue et sans mélange!

Notre bon Sauveur voulut un jour lui en donner quelque lumière , et elle a déclaré i]ue c'était une chose pitoyable ; c'est une chose étonnante d'entendre parler sainte Catherine de Gênes sur ce sujet, et il n'y a rien de plus capablede confondre l'orgueil de l'homme que ce qu'elle a écrit de son être malin (lar le péché. O mon Sauveur, que de sujets de tous côtés de nous tenir bien bas, et de nous abîmer en votre présence; hélas ! quel moyen d'avoir quelque bonne estime de soi-même? Marie-Elisal)etlien avait si peu, que, (juoiqu'elle eût un excellent esprit , elle estimait toujours les sentiments des autres meilleurs que les siens. Ses avis étaient pleins d'une lumière extraordinaire, et suivis de grands elfets, et néanmoins on avait de la peine à la faire jiarler. Si quelquefois on l'obligeait à dire son sentiment, elle n'y était nullement attachée, mais elle se soumettait incontinent avec une condescendance admirable. Une personne lui ayant apporté la Vie de la sainte sœur Catherine de Jésus. Carmélite de la réforme de la sérajihique sainte Thérèse , et lui ayant dit qu'elle y verrait quelque chose de sa vie, elle rentra en elle-même et les démons ont été contraints d'avouer qu'elle s'était mise plus de cinipiante fois au-dessous d'eux. Quand elle lisait la \'ie des saints, elle disait qu'elle ne s'y reconnaissait que dans les cha[iitres qui traitaient du péché.

Jamais elle ne s'excusait, mais elle s'accusait toujours. Le juste, dit la divine parole, (Psal. xviii, 17) dès le commencement est l'accusateur de soi-me'me ; au contraire le pécheur cherche toujours à se justifier. L'humilité de l'un fait qu'il s'avoue coupable , la superbe de l'autre est cause ciu'il veut toujours paraître avoir bien fait. Notre véritable humble s'accusait toujours d'avoir manqué, se donnait toujours le tort, quoiqu'elle n'eût commis aucun défaut. Il n'y avait rien de plus obéissant, et elle s'accusait de n'être pas obéissante , il n'y avait rien de jili'.s humble, et elle s'accusait d'un orgueil insupportable; ce qui est aisé à faire quand on ne uuus impute pas les clio:;es dont nous

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON

nous reconnaissons coupables, mais quand on nous les attribue, qu'on nous les reftroclie, que l'on nous en blâme , c'est ce qui est dillicile , et c'est ce qu'elle faisait pour lors avec des sentiments d'une humilité rare, mais qui laissait une merveilleuse édification.

Elle disait qu'il n'y avait point de sœur dans la maison qui ne. lui fit leçon de vertu, et elle les considérait toutes pour les imiter. Elle mettait l'honneur dans le méfiris, et elle (H'otestait que la mort lui était plus douce que l'élévation. Comme l'on unit la maison de la Madeleine à la sienne, et qu'on voulut la faire entrer dans cette maison pour régler les choses, et que cependant Ton craignait qu'à raison de la su|iérieure qui y gouvernait, cela ne fit de la difliculté, parce qu'il semblerait qu'il y aurait deux supérieures, elle se déclara aussitôt, assurant qu'il n'importait pas en quelle qualité elle îû\. en cette maison, pourvu qu'elle pîit servir à la gloire de Dieu , qu'elle désirait plutôt y laver les écuelles que d'y commander. Et c'ertaineuient elle souhaitait avec plus d'ardeur d'être sans charge, que les personnes ambitieuses ne le désirent.

Tous ses désirs ne tendaient qu'à l'humiliation; c'est pourquoi elle voulait être sœur converse, et elle a fait auprès de ses supérieurs tout ce qu'elle a pu pour l'obtenir. Elle désirait de passer pour folle, et dans cette vue elle avait démandé à Dieu la grâce de le servir comme ont fait quelques saints qui ont faitlesfous. Elle aimait beaucoup cet état, parce que l'amour-propre a de la peine à s'y glisser; et il n'y en a point qui porte une privation plus générale de l'estime et de l'amitié des créatures. Tous les autres états pour ignominieux qu'ils puissent être trouvent quelque place dans l'esprit ou dans le cœur de quehjue personne; car il est trèsrare qu'il n'y en ait aucune sur la terre qui n'ait quelque lumière de la vertu cachée dans l'abjection. Mais l'état de folie, quand il est cru tel, rend la personne généralement incapable de toute l'estime et de toute l'amitié des bons et des méchants. O saint et divin état, oîi il n'y a que Dieu seul ! Elle désirait que son corps sentit si mauvais après sa mort que l'on n'en pîit pas a[i|irocher, car elle était insatiable d'hurailiytion, elle la désirait pour toute sa vie, et elle la désirait encore après sa mort. Toujours est-il vrai qu'elle en a eu encore après être sortie du monde, mais toute glorieuse qu'elle est dans le ciel paraissant après son décès, elle a encore bien montré l'estime qu'elle en faisait, déclarant que les atfaires de sa congrégation, qui est celle de Notre-Dame du Uefuge, se doivent perfectionner par l'humiliation, comme elles avaient commencé à s'établir par cette voie; et que les religieuses qui seraient les plus humbles seraient celles qui auraient plus de bénédiction et qui réu.ssiraient le mieux.

l'our y arriver plus cfiicacement pendant qu'elle vivait, elle cachait avec une adresse Uiorvcillcuse tous les talcnis naturels qu'elle

avait abondamment ; et le commun des hommes, si l'on en a le moindre, n'oublie rien pour le produire. Elle cachait sa qualité, conduite bien rare, eh I que le monde ne lait-il pas {lour la montrer? Ceux qui sont de naissance n'oublient rien pour le paraître ; ceux qui ne le sont pas recherchent toutes sortes de voies pour persuader qu'ils sont d'une famille considérable. Elle était d'une très-noble famille, et néanmoins elle n'a jamais voulu être appelée madame, mais seulment mademoiselle. Procédé bien opposé à lacoiruiition desjours où nous vivons présentement, où depuis quelques années la pluiiart des demoiselles veulent être traitées de dames, et de petites bourgeoises, et même des filles li'artisan veulent qu'on les appelle demoiselles ; car enfin il est vrai, notre siècle est le siècle de la superbe, et il le faut dire avec larmes parmi beaucoup de bien qui s'y fait , et en tant de réformes qui s'y sont introduites, au milieu de la science qui y règne, jamais on n'a vu moins d'humilité, moins de soumission, jamais plus d'atfectation d'indépendance.

Notre humble mère agissait quelquefois d'une telle façon qu'on l'eût prise pour la fille d'un laboureur ou une sœur converse. Elle avait horreur des louanges, et elle ne les pouvait souffrir. Elle craignait plus l'honneur que le poison, aussi e t-ce un venin bien plus dangereux dont se trouvent infectés plusieurs qui par la grâce de notre bon Sauveur sont libres de tous les autres vices. L'une des grandes peines qu'elle portait était lorsque l'on disait du bien d'elle ; pour la bien tourmenter, il fallait l'honorer. Un jour une religieuse lui ayant dit qu'elle ressemblait à sainte Thérèse dans ses maladies, elle voulait qu'elle se confessât de lui avoir dit ces paroles, répétant celles-ci plusieurs fois : Qui te loue te trompe, qui te loue te trompe. Ce qu'elle écoutait fort volontiers était lorsqu'on lui parlait de ses fautes, et elle a commandé souvent aux sœurs converses de lui dire ses manquements, recevant avec grand respect ce que la simplicité faisait dire à ces bonnes sœurs.

Pour elle jamais elle ne disait la moindre parole à sa louange, tant elle avait en horreur ce que le monde estime. El elle aimait si saintement à parler contre elle, que, lorsqu'elle s'appelait pécheresse, il lui semblait avoir du miel en sa bouche. Elle demandait avec tant d'humilité les petits services qu'on lui rendait, qu'elle semblait être plutôt une novice que la fondatrice d'un ordre. Quand quelqu'un la priait de [)rier pour lui, elle rougissait d'une humble pudeur. Oh ! disait-elle, l'on est bien humble à mes dépens, car elle pensait qu'il fallait être beaucoui) humble pour se recommander à ses prières, je ferai prier Dieu pour d'autres personnes. Comme elle demeurait toute consternée quand ou lui rendait de l'honneur, elle était tout eu joie dans lesoccasions humiliantes. Sa giando joie était d'être méprisée de tout le monde ; et elle s'écriait : oh 1 si nous faisions et >ou{-

LE TUIOMl'Ili: 1>K i..V CHOIX. — PAUl. III.

friims jiour Dieu oo qiiu l'on fait et ce que l\)ii soulFro |ioiir le iiKtiuie, pour 6tre ensuite diiaiiiô cl puni éteim-llenieiit, nous serions lie giJMules saintes. \ érité liien étonnante, mais (lui mérite île tçrandes réllexions. Olil si les niomiains la considéraient bien; elle (ii>ail qu'eHe était prête à taire sa eonfession générale dans une place jiul)lique si son directeur lui ordonnait. .Mais, mon clier ku leur, celle confession aurait été une matière admirable [lour taire son éloge, jamais elle n'aurait pu nncux taire [lour s'acquérir la dernière répulalion, ayant passé toute sa vie dans une innocence qui l'a fait paraître iilutùl un ange qu'une créature mortelle. Mais c'est ce qu'elle ne voyait pas.

Elle n'apercevait que son néant et sa misère, ce qui lui a fait dire qu'elle ne savait pas counnent elle pourrait avoir de la vanité. 0 mon Sauveur, comment donc est-elle si commune au milieu de tant de défauts ! elle demandait de grandes grâces pour ceux qui brûleraient ses écrits. Détachement qui n'est pas ordinaire ; car c'est à cette matière oii il est aisé de se prendre, et ceux qui n'aiment plus rien souvent, ont de l'amour pour ces productions spirituelles, après tout le prétexte de la gloire de Dieu n'y manque pas.

Mais la vertu d'humilité «pii était si foncièrement dans cette grande servante de Notre-Seigneur el de smi immaculée Mère, ne manquait pas de pratiques extérieures. Au conimenceuieiit quelle retira les iilles lie mauvaise vie n'étant pas encore reliligieuse, elle allait vêtue d'une robe de toile noire recueillant le fumier avec ses mains qui étaient des jilus belles mains du monde et portant la civière. Elle ne se souciait pas d'être vue dans cet état de personnes de qualité. Plusieurs personnes veulent bien pratiquer des exercices humiliants, mais à condition qu'elles ne seront pas connues. Sa tille étant touchée des humiliationsqu'elle exer(,'ait, elle lui Qt porter la hotte et des pierres pour lui apprendre à s'humilier. Une femme vraiment chrétienne tâchera de donner les sentiments de Jésus-Christ à sa famille. .\près tout, l'humiliation est le remèJe à l'orgueil notre grand mal ; or, une mère dans le monde qui verrait sa tille malade ne vouloir pas de médecine, laisseraitelle de lui donner? Tous les plus vils offices de la maison étaient ses occupations or-

ilinaires. Elle levait, écurait la vaisselle, elle balayait et recueillait avec ses mains les ordures. Elle sarclait au jardin, faisait tomber les chenilles des arbres, baisait les pieds des pénitents, nettoyait avec ses mains délicates les souliers de ses sœurs, et faisait toutes ces actions quoiqu'elle en demeurât fort incommodée à cause des tluxions qu'elle avait au bras.

C'est cet abîme d'une humilité anéantissante (jui a attiré l'abîme îles plus douces miséricordes et des plus saintes grâces de Dieu sur elle. C'est dans cette vallée, dans ce lieu où elle s'était réduite qu'elle a disposé dans son cœur des élévations (lui l'ont fait arriver à une si éminente (leifection ; que celui qui a donné la loi lui a donné sa bénédiction, qu'elle est allée de vertu en vertu, et qu'elle a vu le Dieu des dieux en Sion. C'est dans cette humilité anéantissante qu'elle s'est mise à couvert de tous les maux que lui ont faits les hommes et les démons, les démons ne sachant où se prendre où ils ne trouvaient rien. C'est là où elle a découvert les tromperies de ces anges apostats , qui se transfiguraient quelquefois en anges de lumière pour la jeter dans l'illusion, et qu'ainsi elle est demeurée dans la vérité. Car comme une personne sufïïsante sera tôt ou tard prise dans leurs lilets, celle qui sera vérilablemeiit humble ne tombera point dans leuis pièges. C'est [lar la sincère pratique de celle vertu que la croix a triomphé en elle d'une manière si noble au milieu d'une inondation de toutes sortes de peines de la part du ciel, de la terre et de l'enfer, et qu'elle a remporté de si glorieux triomphes. Au reste, elle disait que l'inquiétude et le chagrin, aussi bien que l'abattement, venaient de défaut d'humilité, qui est douce , paisible, patiente, attendant le secours de notre bon Sauveur, sans s'étonner, sans se décourager de ses fautes, quoiqu'on les regrette, qu'on les déteste, que l'on s'en confonde devant Dieu. Elle voulait aussi que l'on fût gaie dans son humilité, et non pas à charge aux autres par une contenance morne, triste et mélancolique, ou par un défaut de condescendance; elle disait que r'étail le moins que l'on jjouvait faire pour un Dieu si miséricordieux et si libéral que.de le servir de bonne grâce et dans une sainte joie.

ORAISON

A LA BIEMIEL'BELSE VIERGE «ASS LES SOLFFBANCES.

O ma sainte Dame, je veux toujours finir aussi bien que commencer, à vos pieds sacrés, tout ce qu'il plaira à l'aimable providence de votre Fils bien-aimé me donner le mouvement de faire pour sa gloire et pour ses divins intérêts, l'unique but de tous mes desseins. C'est donc à vos pieds que j'apporte cet ouvrage, le tinissant, comme je l'ai l'ait dans son commencement, et je bénis la divine Providence, ma très-douce et très-fidèle mère , qui veut que je finisse à un jour de samedi tout consacré à votre honneur. Il y a longtemps que vous savez, ma glorieuse maîtresse, que je ne veux rien faire que par vous, que j'ai remis entre vos mains sacrées toutes les bonnes œuvres sans réserve qu'il plaira à votre divin Fils me faire la grâce de faire pour en disposer selon votre bon plaisir ; car vous savez bien ce qu'il en faut faire pour la plus grande gloire de Dieu seul, qui est la seule choss

S75 ŒUVRES COMPLETES DE BOUDOIS. Ei-;6

que je désire et que je veux désirer à ma vie el à ma mort, cl apiès ma mort. 0 vierge Siiiule, vuus êtes liieniicureuse, parce que vous avez cru, mais vous êtes bieuiieureuse, pane que vous avez soutl'ert. C'est à votre imit.ition, c'e^.! par votre secours que votre bonne et tidèle servante a trouvé son bontieur dans une ve [ileine de maux. C"est dans cette saillie voie de croix que vous avant suivie avec tant de tiilélilé, nous la disons bienheureuse avec vous, et que nous croyons fermement que tous ceux qui souffrent ciirétiennement sont bienheureux. Oui, ma ciière maîtresse, je veux vivre el mourir à vos ]neds avec le secours divin, croyant de tout mon cœur que bienheureux sont ceux qui l'ieurent , bienheureux sont ceux que les hommes haïssent, qu'ils chassent, 5 qui ils disent lies injures, et dont ils ont le nom en abomination à cause de voire Fils l)ien-aimé; el (]ue c'est un sujet de joie el de transport de joie, parce que la récompense en sera grande dans le ciel. O bienheureuse Vierge, iraiiétrez-nons la grûce de vivre toujours, et de mourir con>tauuuent dans celte foi, ne nous arrêtant qu'à la parole de Dieu seul. Dieu seul. Dieu seul, toujours Dieu seul. Ainsi soit-il.

Loué soit à jamais noire bon Sauveur Jésus-Christ dans le mystère du très-saint sacreuient de l'autM, dans les mystères de l'Immaculée Conception, de la perpétuelle virginité, de la tuaternilé divine de la glorieuse Vierge, dans ses anges et dans ses saints.

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