‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 134 sur 436 · ÀVERTISSEMEXT SUR CETTE NOUVELLE EDITION · texte numérisé non relu

ÀVERTISSEMEXT SUR CETTE NOUVELLE EDITION

L.i vivatilé avec laquelle on a attaqué dans un journal aiigUis un certaiti i\ombre de faits étonnants ra|i|)()rlés dans celle \ie, nous oblige à nieltie ici quelques observations préliminaires.

tu iiiiisire archevêque de Franco a fait des remarques uès-solides sur les faits étonnants que renferme qu Iqucfois la vie des personnes distinguées par leur piété. Voici un extrait de ses sages el judicieuses réflexions.

En donnant au public la vie toute miraculeuse d'une personne éniincnie en piété, j'éprouve la même ciainle que ressentit autrelois le célèbre Tlicodoret, lorsqu'il enlrepril u'écrire la vii; almirable de saint Siniéon Slylile. L'univers entier, disait-il, est témoin des prodiges que je vais raconter; et cepembmt j'appréliende de les écrire, de peur de livrer la vérité à la crilique des hommes incrédules. Ils ont coutiinie, continue-t-i!, île mesurer tout, selcui le cours ordinaire des choses du monde, et ce qui leur parait passer les bornes des lois communes de la natuie ,ils le regardent comme une fable (5). Théodorel, en parlant ainsi, avait en vue les faux sages du paganisme, qui, ne Soûlant rien reconnaître de divin dans le chiislianisme, n'y voulaient rien voir de surnaturel el de miraculeux. Mais d'une part la certitude des laits •lu'il avait à raconter, et de l'aiUre le nombre de ceux qui, instruilsdes mystères de Dieu, étaient digne» lie coimaitre les merveilles de sa conduite sur ses sainls, et d'en tirer du fiuit , délennincrent ce grand lionime adonner son histoire, malgré les vains discouis de l'incrédulité.

Les mêmes moiils m'inspirent la même confiance qu'a Théodorel : cl quoi(iue le monde soit encore, plein de ces faux sages qui blasphémeni volontiers ce qu'ils ignorent, et qui sont toujours prêts à rejeter sans examen, ce qui est au-dessus du cours ordinaire de la nature , j'ai cru avec le lameux évéque 'de

(S)Narralionera aggredipertimesfo.ne veritatisprorsns tin Si quid ven> dicalur q-iod ejus excédai limites, Tal^a expers fAula videaLuv. Supra eniiu naiuram sunt qu* videlur oralio, lis qui diNiiiisni^sleriis iinlîali non suni. ûv.ut ; solout aiilCQi humiaes natura meliri ca quae dicuu- {Hisl. relûj. cap 20.)

S79 ŒUVRES COMPLKTES DE BOllDON. fi^.O

Cvr, qu'il valait micu\ sVxposor à Iciir (rivole rriiique, (]\\o de laisser >laiis l'oiilili les niorveilles dp Oicii. et de priver les àiiies soliilenieiil vertueuses, du fruit quelles pourront tirer d'une vie qui n'est pas lunins instructive qu'elle est a iniiralile...

Dieu, pour cdiifondre l'orgueil des linnmies, ne se borne pas à romniuniqucr ses lumières il des âmes simples; il y joint souv-miI d'autres prodiges sensibles, afin que ces lumières divines soient connues, qu'elles soient respectées par ceux mêmes qui auraient plus de peitje à y ajouter foi, et que les inslructions qu'il veut donner au monde par elles , en deviennent plus éclatantes. C'est encore la pensée de Théodorel dans l'endroit que j'ai cité. Pour rendre plus ellicace l'exemple des saints. Dieu, dit cet ancien auteur, joint aux veitus dont il les remplit, li'S miracles qu'il fait par eux ou en leur faveur, alin que le bruit de ces prodiges réveille ratiention des liouinies,et les dispose par la curiosité et ladm miion, à recevoir avec fruit les instructions salutaires qu'il prétend leur donner par la bouche de ses saints, et par l'exemple de leur vie. Siinéon dans un désert, élevé sur une colomie, »ivant dans une ausiérilé niiiaculeuse, et une contemplation encore plus étonnante, attire l'admiration de toutes les nations : on vient en foule autour de lui, pour être lémoin d'un spei tacle si incroyable; mais en satisfaisant sa curiosité, on est instruit par le spectacle même qui l'a excitée. On voit ce que peut l'aniour de Dieu et le zèle île la pénitence; on voit ec que peut notre nature , toute faible qu'elle soit, lorsqu'elle est soutenue de la grâce; on entend de la bouche de cet homme miraculeux des instructions de salut, et on les reçoit avec fi uit dans un cœur piépare par l'admiration. C'est ainsi que dans les derniers temps, l'auslérilé de sainte Thérèse, et les visions merveilleuses dont Dieu la favorisa, contribuèrent ïi la sanctification de tant d'àuies qui ont été les iinilalrices de sa ferveur. Le spectacle de sa vertu, le succès de ses prédiclions, les contradictions même (|u'elle essuya, servirent à nianilcsler de plus en plus les grâces dont Dieu la comblait pour l'instruction des autres, et accréditèrent ses ouvrages qui ont été pour tant de personnes une source précieuse de sainteté.

Dieu a usé de mémo ii l'égard de la veriueuse lille dont j'écris la vie. Il en a fait tout à la fois, et un prodige de patience, et un prodige de giàte... . i

Les hommes pénèuent rarement dans les desseins de Dieu. Il suflit que ce qu'on leur raconte ail quelque chose d'extraordinaire, pour (|u'ils s'en moquent :« Le n onde , disait le célèbre Bossuel, évèi|uc de Meaux [ij , le monde ne goùle point ces choses, et souvent il en fait le sujet de ses railleries. On y traite les contemplaiif>, de cerveaux faibles et blessés; les ravissements, les extases et les saintes délicatesses de l'amour divin, de songes et de creuses visions. L'homme animal, dit saint Paul, qui ne veut ni ne peut entendie les merveilles de Dieu, s'en scandalise. Ces admirables opérations du Saint-Esprit dans les âmes, ces heureuses communicalions et cette douce familiarité de la sagesse éternelle qui fait ses délices de converser avec les hommes, sont un secret inconnu dont on veut raisonner à sa faniaisie. Parnn tant de pensées qui se forment sur ce sujet dans tous les esprits, comment empècherai-je la profanation du mystère île la piélè (jue le monde ne veut pas goûter? Dieu le sait , et il sait encore l'usage que je dois faire des contiadiclioiis qu'on trouve sur sou chemin dans une matière où tout le monde se Cl oit maître . Mais qu'importent , cuniinue le même auteur, qu'importent ces oppositions, à qui cherche la vérité"? Dieu connaît ceux à qui il veut [lailer : il sait les trouver, il sait malgré tous les obstacles, faire dans leurs cœurs, par nos faibles diseouis, les impressions qu'il a résolu. >

J'entre dans la pensée de ce g and homme, de cette lumière de l'Eglise de France dans le dernier siècle. Il faut travailler a l'édilication des élus de Dieu, sans craindre les mépris de ceux dont il reprouve l'oigueil. Qu'importe qu'ils nous contredisent, pourvu que Dieu soit glorilié dans rassemblée des saints?....

Quand ce que les vies des personnes éminemment pieuses coiiliennent de divin et d'extraordinaire est avéré, on peut en toute liberté les donner au public; il ne convient pas d'ensevelir dans l'oubli les merveilles de Dieu, ni d'éteindre dans les (énèbres du silence la lumière qu'il a suscitée pour la consolation de ses saints, et il n'est pas juste, à cause des contradictions des incrédules , de priver les justes de ce secours ijue Dieu leur a préparé.

Ce n'est pas en effet pour ce monde curieux et critique que j'écris ; il lui faut pour l'amus' r d'autres événements et d'autres spectacles ; des guerres intéressantes, de sanglantes victoires, des empires ébranlés, des conquêtes, des passions, des intrigues. On ne rencontrera rien de pareil dans cette vie ; et qui ne la lira que par curiosité n'y trouvera pas de quoi contenter son goût. Mais ce qui paraît insipide à l'esprit curieux peut avoir de quoi satisfaire, de quoi même charmer les personnes qui ne cherchent qu'a s'édifier. Lu acte héroïque de patience, un trait admirable d'humilité, une mortification constaininent soutenue, une obéissance toujours contredite et toujours fidèle, une vie éprouvée, une mort sainte, suffisent pour occuper, pour intéresser le lecteur pieux qui sait, comme dit I Ecriture, que Vlwmme patient est ;)/iis eniiiiable que l'homme courageux, et que celui qui se dompte lui-même , est plui yrand quc le héros qui force des vitlci, (i'}.

Ce serait donc en vain qu'on voudrait nous alarmer sur le succès d'une vie qui ne raconte presque que des pratiques pieuses, ou des grâces surnaturelles. Les saints Pères n'ont peint en la fausse deli- CKitesse de ne pas oser prêter leurs plumes à de pareils récits. Ils savaient qu'i/ est toujours honorable, comme du l'Ecriture, de raconter les merveilles de Dieu (5). Et ce qui est digne de remarque, c'est que ce sont les plus savants, les plus judicieux , les plus critiques d'entre les saints l^éi'es qui ont donné à l'Eglise les vies mir.iculeuses de plusieurs personnages illustres de l'antiquité. Saint Athanase n'a pas craint de raconter les inervi.illes de la vie de saint Antoine , et de rapporter môiiie les prestiges que le démon employait pourseduiie, ou pour effrayer le saint solitaire. Theodoret n'a pas craint de décrire la vie etonnanle et presque incroyable de saint Siméon Stylile; saint Sulpice Sévère, celle de saint Martin; saint Jérôme, celle de saint Paul erniile , et ne tant d'autres: Kulin, celles des solitaires de l'Orient. Il n'est question pour ceux .ni eutieprcniieiu de donner au public ces sortes de vies , que de s'assurer de la venté, de n'être point la dupe des bruits populaires, et de démêler avec discernement ce qui est de l'esprit (le Dieu...

Dieu a |>revu que ses merveilles feraient souvent la matière des blasphèmes des incrédules et des impies, et il n'a pas laisse d'en opérer sans nombre pour le salut de ses élus; c'est à nous à imiter sa sage conduite, et pour le salut des élus, nous devons raconter ces mêmes merveilles, dussent-elles être mal

{i) Préface sur les étals d'oraison, tome XXVll de» sup expugnalore urblum. (Prof. xvi, 32.) <'^.»\ res de Uossuel, édition de Versailles, page 5«. (.li) (ipera Uei. revelare et couliteri UOnofiDcuiii est.

i-l'l .Uelior est (.àiieiis viro torli et qui iloiiinutur auinio {Tub. \ii, 7 )

581 L'AMOlîR DE DIEU SEUL. - DISCOURS PRELIMINAIRE. r,8î

reçues par les incn-diiles. Il luiiis siiflii de faire observer en ce lieu, que celles que nous r»p|»ortona dans celle hisloire, de quelnue espèce qu'elles soiejit, el quelle qu'en soil la inaliére ou rnrcasloii , ne leiideiii toutes qu'à la sancli(icalion des ànies, ci à l:i jîlciire de Dieu, à inspirer aux lidèlei un généreux délacliemenl de loules choses, ei un amour tendre et feivent peur Jésus-tlirist...

Le témoignage de Nicole est d'un grand poids auprès de cerlaines personnes; c'est ce qui nous engage, quoique nous soyons bien éloignés (l"ailopt<'r Ions ses senliinenls sur d'autres malien-s , à rapporter ici les réflexions sur lesquelles il appuie l'usage (pi'il a fait d'une vision de sainte Tliéièsi', vision très sinuliére, mais en même temps iros-instruclive. Les p:iroles de cet auteur ont une application sensible

loui ce que la vie qui est contenue dans ce livre renlérnie de merveilleux cl d'insli uiiif tout ensemble (5).

« Je ne ferai pas diflieulté de rapporter ici ce que sainie Thérèse dit d'une vision par laquelle Dieu lui flt voir quelque chose des supplices de l'enfer; el je ne crains pas de dire que ce serait une force d'esprit Ires-mal entendue, que de n'en 'être. pas effrayé, et de traiter cela d'imagination. Il faudrait être assure que c'en fùl une, pour avoir dioit de la mépriser. Or on est bien éloigné de pouvoir avoir cette assurance à l'égard des visions qu'elle rap|)orle : On peut dire au contraire "avec véiilé, qu'y ayant deux choses qu'on peut nicllre en doute dans les visions, 1° si la personne qui les rapporte est sincère ; i" si ce n'est point une illusion de son imagination; les personnes de bon sens qui examineront sans prévention les ouvrages de cette illustre sainie, seront d'aboid pleinement convaincues de la première, qui est son entière sincérité, el à l'égard de la seconile, elles auront de la peine h se persuader que des imaginations mènent les unies dans un état aussi saint, et aussi divin que celui où il parait que Dieu la niellait par ses visions, ni que Dieu ait voulu joindre tant d'efleis miraculeux à des illusions fantastiques. »

C'est ainsi que Nicole confondait l'incrédulité par un raisonnement aussi court que solide. C'e.si ainsi, que sans égard à la fausse délicatesse de notre siècle, il lirait avantage pour l'édilicalion publique, d'une vision de sainte Thérèse, et qu'il la faisait seivir à l'instruction.

Nous terminerons cet avertissement par une pensée de saint François de Sales, tirée de Vlntroduelion à la vie dévole, part, ii, cliap. 17 : < Il y a des vies où il y a plus de sujet d'admiration que d'imitation, comme celles de sainie Marie Egyptienne, de saint Siniéon Slylite, des deux saintes Catherine de Sienne et de Gènes; de sainte Angele, et autres semblables ; lesquelles ne laissent pas néanmoins de donner un grand goùi général du saint amour de Dieu. >

Au reste celle matière a été disculée avec tant de sagesse et de solidité par Boudoii dans le discours préliminaire qui va suivre, que nous nous empressons d'y renvoyer le lecteur.

(5') Essais de Morale, l. IV; Traité des fins de l'homme, I. u, De l'enfer, chap. 10,

Page 1