‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 135 sur 436 · DISCOURS PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRELIMINAIRE

ÉCLAIRCISSEMENTS DES GRACES EXTR.\()RDINAIRES DONT IL EST PARLÉ EN CETTE VIE.

Le Seigneur esl bon envers tous les Jwmmes, faire des maisons; » et il lui parla de la

dit le Psalmi.ste (Pgat. cxliv, 9); (7 remplit sorte, l'ayant assurée que ses filles étaient

tout ce qui vit de ses bénédictions (Ibid.): le lieu de son repos ; que le Dieu d'Israël

toute 'a terre est pleine de ses miséricordes est bon à ceux qui ont le cœur druil ! Ses

(Psat. cxviii, Gij ; il annoncera sa paix à son divines familiarités dans l'ancienne loi avec

peuple, il l'annoncera à ses saints et à ceux ses fidèles serviteurs sont bien étonnantes.

^1(1 entrent dans leur cœur pour se convertir. Qu"on lise ce qui est écrit en sa divine pa-

iJbid., 16.) Néanmoins le salut qu'il donne est role avec Abraham, Isaac et Jacob, et il sera

l'en près de ceux qui te craignent , afin que bien diffi.-ile quy l'on n'entre dans des admi-

so gloire habite dans notre terre {Psal. rations dont il nest pas aisé de revenir.

Lxxsiv, 9, 10); et il est vrai que ses lidèles L'Ecriture nous enseigne même qu'il jiariait

serviteurs sont à projirenient parler le tem- à Moise connue un ami h son ami ; et il

pie de sa gloire, c'est dans eux qu'il l'ait avait pour lui des bontés si surprenantes,

paraître la grandeur de sa niagniticence ; qu'en de certaines occasions il ne veut rien

c'est pourquoi la divine parole enseigne l'aire que de son consentement. Il annonce

qu'il est admirable dans ses saints [Psal. sa parole à Jacob, les règles de sa justice et

Lxvii, 36); ce sont ceux qui racontent les de ses jugements à Israël, et il n'a point

miracles du Seigneur et qui publient toutes traité de la sorte toutes les autres nations;

ses louanges. Oh! qu'heureuxdoncsont ceux mais il découvre à ses prophètes ses mys-

qui gardent les règles de sa justice, el qui tères les plus cachés, il leur fait voir ce qui

font en tout temps ce qui est juste ! n'est pas encore, et il les lait entrer dans la

Si ce grand Dieu des éternités veut bien participation de sa connaissance divine à

mettre son |)!aisir à être avec les enfants l'égard des choses futures,

xles lK>mmes, il faut avouer que les saints s>'il traite de la sorte avec ses saints dans

sont les délices de son cœur : « Hâte-toi, le temps d'une loi de rigueur, que ne fera-

ilit-il à la grande el séraphique Thérèse, de l-il [las dans la loi nouvelle, qui est une loi

OTl'VRrS COMPLETES DE DOUDON.

toute d'amour? Ahl non-senloment le Père éternel rendra sou Fils bien-aiiué visible, qin se fera liommc pour converser visibleiuent avec les lioiiinies, niais il le donnera enrore à ses pauvres et chétives créatures pour satisfaire pour leurs crimes, pour mourir afin de les délivrer des peines infinies qu'elles méritaient, en donnant jusqu'à la dernière goutte de son sang.

C'est ainsi, s'écrie le disciple de l'amour, l'aimable saint Jean l'Kvangéliste à qui tous les fidèles doivent avoir une grande et spéciale dévotion, c'est ainsi que Dieu a aime' le monde (Joan. u\, 16); mais l'excessive cliarité d'un Dieu qui n'a point de bornes ne s'arrêtera pas là : un Dieu fait homme donnera encore son corps et son sang pour servir de nourriture aux fidèles, aux pauvres, aussi bien qu'aux riches, aux dernières personnes de la terre, aussi bien qu'aux [irinces et aux rois, et même à ses plus grands ennemis, qui le reçoivent par des communions sacrilèges, et qui le placent dans leur cœur avec le démon. Ces vérités ne sont pas problématiques, elles ne laissent aucun lieu de doute, puisque ce sont des vérités de foi ; après cela, dit saint François de Sales, je ne vois plus rien de diflieile à croire des grâces extraordinaires que l'on rap[)orte de certaines âmes. Car enfin toutes les grâces, pour singulières qu'elles soient, n'ap|:rochent pas de celle de la divine Eucharistie, dans laquelle Dieu donne son corps à manger et son sang à boire ; et cela, non jias par des anges qui le représentent , ou par des formes miraculeuses qu'il produise, comme il arrive presque toujours dans les apparitions et visions surnaturelles, mais par soi-même, se trouvant réellement présent.

r ne faut donc jias s'étonner des grâces singulières qu'il fait à ses saints qui sont .«ics véritables serviteurs, qui vivent dans les voies les plus saintes de son pur amour, qui ne respirent que sa plus grande gloire , qui ne recherchent (|ue ses divins intérêts, qui n'ont point d'autre [ilaisir qu'à lui plaire, qui mettent toute leur joie à souffrir pour son amour; car si la foi nous apprend qu'il s'est fait homme, qu'il est mort sur un gibet, qu'il donne son corps en nourriture pour ses ennemis (car nous étions tous enfants d'ire et de colère sans cet aimable Sauveur), et qu'après nous avoir délivrés de l'enler, il continue encore ses miséricordes infinies aux pécheurs qui continuent dans leurs crimes, dont plusieurs reçoivent son corjis et son sang véritablement et réellement, quoiqu'en état de (léché, [leut-on avoir de la peine à croire les grâces les plus extraordinaires des saints (jui n'appioi:hent pas de celle-là? Certainement, du un savant personnage, si nous confessons (ju'un Dieu s'est fait homme, il n'y a (las grande dilliculté à croire qu'il |)orle aux hommes , et paiticulièrement si l'on considère, comme il a été dit, qu'ordinairement il ne le fait pas par lui-même. Si nous demeurons d'accord qu'il s'est laissé crucifier pour eux , doit-on s'étonner s'il les console ? s'il s'est fait

comme leur serviteur, doit-on être surpris s'il paraît quelquefois à ses plus fidèles serviteurs? Mais c'est une chose étrange que la faiblesse de l'homme, selon la remarijue de saint Augustin; dès lors, dit ce Père, qu'une chose n'arrive jias communément, quoiqu'elle soit peu considérable , on l'admire, on s'en occupe , pendant qu'à peine considère-t-on les œuvres les [ilus ériatantes de la divine Providence si elles sont ordinaires. Il y a plus, l'on ne fait [las attention aux promesses que Dieu a faites à son Kglise jiar la bouche de celui qu'il avait choisi pour en être le chef, car il est rapporté dans le chafiitre ii, ^. 17, des Actes des apôtres , que quelques-uns se moquant des dons extraordinaires qu'ils avaient reçus. Pierre se levant avec les onze, éleva sa voix, et dit au l)euple juif et à tous ceux qui demeuraient en Jérusalem : // arriv'ra aux derniers jours, dit le Seigneur, que je répandrai de mon esprit sur toute chair, et que vos enfants et vos filles prophétiseront , et vos jeunes qens auront des visions et vos vieillards des songes, et en ce jour-là je ri'pandrai mon esprit si(r mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront. (Joël, ii, 28.) Le Seigneur, qui est véritable en toutes ses paroles, comme parle le Psalmiste [Psal. cxliv), 13), et saint en toutes ses actions n'a pas manqué à ses promesses.

Cependant il ne faut pas s'imaginer que ces derniers jours dont il est parlé aux Actes des apôtres, doivent seulement s'entendre de leur temps, ou des premiers siècles dans lesquels la religion chrétienne avait besoin de ces dons gratuits pour soutenir sa créance contre les infidèles. Il est vrai que dans ces temps les miracles étaient ordinaires, qui depuis n'ont pas été si fréquents ; néanmoins Dieu n'a pas laissé d'en faire d'aJudrables dans la suite des siècles, et de se couimutiiquer par des voies extraordinaires à plusieurs âmes saintes. Saint Grégoire le Grand, qui vivait dans un siècle auquel la religion chétienne était bien établie, a fait des livres entiers des grâces singulières, des dons gratuits que Dieu communiquait à un grand nombre de personnes dont il écrit la vie, et qui marchaient par le sentier étroit de i'Ëvangile.

11 faudrait ignorer toute l'histoire ecclésiastique pour ne pas savoir cette vérité, et le Dieu que nous adorons n'est-il pas toujours le même, sa divine main est-elle moins |)uissante, ses bontés ne sont-elles pas toujours aussi grandes ? Le P. Louis de Léon, religieux de l'ordre de Saint-Augustin, lecteur de la divine Ecriture à Salamanque, qui a été appelé la lumière et la gloire de l'Espagne, écrivant de celte matière au sujet (le sainte Thérèse avant sa béatification, l'Eglise n'ayant encore rien prononcé de sa béatitude, enseigne que Dieu , dans les grâces exlraordinaiies qu'il fait dans les derniers temjis, veut montrer que sa grâce ne vieillit poi'nl, et que la vertu de son esprit, qui a été grande dans l'âge d'or da

niscoir.s rp.ELniiNAmr.

IFi^liso nnissanie , n'est pas moindre dans les nulles loni|)S.

Tous les sii'fles nous on rendent d'illustres ténioii5nayos : les déserts sont ilevenus des iiaradis par les jjrAces (|ue Dieu y a répondues ; et leurs angéliques liabilants y menant une vie toute céleste, y conversaient familièrement avec Dieu et avec ses aiij^es. Les cloîtres ensuite ont été remplis de saints par leur entière séparation dos atlatliemcnts aux créatures et par leur intime union avec le Ciéateur. Dans Tordre seul de saint Itciioit l'on en compli! plus lie cinquante mille canonisés; Ion en a vu, do ces jiersonnos léuiinentes en sainteté , jusqu'à neuf cents qui vivaient ensemble dans un seul monastère. Tous les autres ordres approuvés par ITiglise ont eu un yrand nond)re tie ces unies d'élite (|ui ont été les prodiges de leurs temps. Le siècle, au mili(!u de toute sa corru(ilion, n"a |)as été privé de ces gr;li:es; il a eu ses saints, des ^ens qui no tenaient en rien .'i la terre, qui, selon la doctrine de l'Apôtre, étant mariés, vivaient comme ne l'étant point, qui usaient de ce monde comme n'en usant point {I Cur. vu, 20, 31); et la Jivine Providence en a voulu l'aire paraître un nombre considérable même au nulieu des cours, et en d'autres états oii les désirs du siècle régnent davantage.

>oire siècle malheureux ne laisse [)as de produire ces âmes innocentes. Il y en a (|ui servent Dieu dans la sainteté et la justice, .<e tenant en sa présence tous le; jours de leur vie, qui l'adorent en esprit et en vérité. Le savant et pieux cardinal Lîellarmin assure qu'il y en a plus qu'on ne pense. Le l'on P. de Condren, décédé en odeur ae sainteté, et qui a été l'un des plus éclairés de nos derniers jours dans la science des saints, a été dans le môme sentiment : mais comme le monde ne connait pas Dieu, selon le témoignage du Fils de Dieu même, il ne faut jias s'éionner si les saints lui sont cacliés. Leurs [dus grandes vertus ne leur paraissent que des bassesses, et leur vie une pure folie. Les mondains mômes ont de la peine à se persuader que dans les derniers temps il y ait des saints, do peur que leurs actions ne Soient une condamnation de leurs moeurs déréglées; ainsi ils clierclient des excuses dans leurs péchés, témoignant malheureusement que tous les autres sont dans les mêmes égarements, ne considérant pas que l'Evangile subsiste toujours, qui est la règle de tous les Chrétiens, dans lequel celui qu'ils reconnaissent pour Dieu nous exhorte à être parfaits à l'imitation de son Père céleste. Ainsi le grand Apôtre veut que nous soyons les imitateurs de Dien[Ephes. i, 5), et il nous déclare nettement que la volonté de Dieu est que nous soyons des saints.

Or Dieu tout bon et qui est riche en miséricorde sur tous ceux qui invoquent son saint nom, et dont la divine parole nous assure qu'il fera la volonté de ceux qui le craignent, et qu'il exaucera leurs désirs (Psa/. cxuv, 18, 19j, garde ses saints comme la prunelle de l'œil, et les couvre sous l'ombre de

OTlvres coMrr.. pe Bciî>on. U!.

ses ailes [l'ial. xvi, 8); il exauce leurs désirs, et écmile la préparation de leurcu'iir (Psnl. X, 17); il se déc-lari; hautement leur |irolecteur, il e>t leur f nce, leur appui, leur soutien, leur refuge et leur libéiateur {Psal. cxiii, 9; XVII, 3); il les couvre de ses épaules, pour jiarler le langage de rKcriture, et sa vérité les environne comme un bouclier (/'*■((/. xc, 4-, 5) : il est avec eux dans Tnflliition, il les en lire et les remplit do gloire {Ibid., 15), il donne ordre à ses anges do garder les hommes en toutes leurs voies, et (le les |iorter entre leurs mains (Ihid., 11, 12); il car.-he ses saints dans le secret de son visage, il les tient à couvert dans son tabernacle ; il fait éclater sa miséricorde sur eux, et sa divine protection leurscrt comme d'une ville bien munie, {l'sul. xxx, 21, 22.)

Aimez donc le Sriijncur, vous tous qui êtes sc^ suints, agissez courcKjcuscment, et que votre cœur se fortifie, vous tous qui espérez en lui [Ihid., 2i, 23); entrez dans les transports d'une sainte joie et d'une divine allégresse. O monde, ô mondains, ù personnes tièdes, fjui marchez si lentement dans les voies de Dieu, oh! si vous saviez les biens cl les douceurs {(u'il cache à ceux qui l'aiment en vérité; si vous saviez les bénédictions dont il les prévient, les grâces qui les accompagnent, les faveurs dont il les comble i Nous en lisons en vérité de grandes dans la vies des saints. Mais l'un de ces saints, le glorieux Ignace de Loyola, fondateurde la Compagnie de Jésus, disait très-bien, ([ue tout ce qui est rapporté do fdus sublime de ces âmes éminenles, dans leurs histoires, n'approche pas de ce que l'esprit de Dieu a fait en elles, et qui nous est caché; ce qui a fait dire au Propliète-I\oi que tout l'honneur do la lilleduroi est au dedans. Oh! qui jiourrail énétrer ce que l'esprit de Dieu a ojiéré dans leur intérieur! Ces hommes divins qui goûtaient et voyaient combien Dieu était doux pa'' leur propre expérience, bien loin d'avoir de la peine à croire les grâces extraordinaires qui en sont rapportées, savaient que c'étaient les moindres elfets des communications d'un Dieu qui a des bontés infinies: plusieurs, disait saint Bernard, voient les croix des serviteurs de Dieu, mais jieu les onctions de leurs grâces.

Mais il ne faut pas penser que Dieu, dont les miséricordes sont infinies, ait borné ses commuriicalions divines à l'égard seulement des hommes; il a fait éclater les merveilles de sa grâce dans de simples femmes et filles, et il prend plaisir à faire paraître la grandeur de sa puissance dans les instruments les plus faibles, comme l'Eglise le remar(iue dans le glorieux triomphe du martyre de tant déjeunes tilles. C'est pourquoi, en ce que nous avons cité de sfinl Pierre aux Actes des apôtren. Dieu promet qu'il répandra de son esprit sur toute chair, sur ses servantes aussi bien que sur ses serviteurs. 11 promet le (ion de jirojdiétie aux filles; il veut confondre de la sorte l'orgueilleuse sagesse du monde, laissant tant de doctes qui parleur

ŒUVRES COMl'LETES DE BOLDON.

Sââ

vaine sulllsance se rendent indic.nes de ses (Ions. Le P. Ribera, grand lliénlogien, mais (jui était plus grand par son humiliti' que jiar sa science, l'enseigne très-bien en la Vie qu"il a écrite de sainte Thérèse, dans latiueile il déclare que Notre-Seigneur dit à cette séraphique sainte que les savants n'étaient pas disposés à recevoir ces grâces extraordinaires; et c'est parce qu'ils marchent en des choses grandes, et que leur cœur est élevé, ce qui lait dire à notre bon Sauveur à son Père : Je vous rends grâre, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que vous avez caché ces choses aux sages et aux lirudenls, et que vous les avez découvertes aux petits : oui, mon Père, car tel a été votre plaisir. Et comme le plaisir du Père éternel faisait tout le plaisir de ce Fils bienaimé, l'évangélisle saint Luc nous apprend qu'à cette heure-là même qu'il dit ces choses son esprit eut un transport de joie et il voulut encore, selon le sentiment d'un savant interprète, se donner cette joie, voyant que Dieu donnait ses grâces extraordinaires à des personnes simples, dont les sages et les grands du monde n'avaient pas de connaissance.

Mais la divine parole nous enseigne expressément que Dieu dans l'ancienne loi s'est communiqué à de simples femmes ; et .si, dans l'ordre de son aimable providence il destine un Siméon le juste, qui savait par la révélation divine riiicarnation du ^erbe, pour publier hautement et publiquement que l'enfant Jé^us était le Sauveur du monde, à même temps il choisit Anne prophétesse, qui servait Dieu jour et nuit dans les jeûnes et dans les prières, pour parler de ce divin Sauveur à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël ; mais qui ne sait les faveurs singulières que Dieu tout bon a faites dans tous les siècles à tant de pures vierges, de saintes veuves et femmes ; comme aux Gertrude, aux Mechtilde, aux Brigitte, aux Elisabetii, aux Catherine, aux Marguerite, aux Thérèse et autres semblables.

Il est vrai que les enfants de ténèbres ne sont pas capables de comjirendre ces œuvres de lumière: celui qui marche dans les ténèbres, dit le Sauveur du monde, ne sait où il va, il ne découvre pas les plus beaux, les l'ius grands, les plus rares objets au milieu d'une nuit fort sombre. C'est ce qui arrive à ceux qui vivent dans l'amour des choses du siècle; autant qu'ils y ont d'attachement, autant leurs esprits sont-ils dans l'obscurité; >car c'est le propre de l'attachement aux créatures que l'aveuglement dans cette vue: Un Père de l'Eglise s'écrie que le monde est un grand aveugle. Comment donc dans son avi'uglement pourra-t-il voir les merveilles que Dieu opère dans ses saints?

L'homme animal, selon la doctrine du grand Apôtre (/ Cor. ii, li), ne comprend pas les choses de l' esprit de Dieu, parce qu'elles lui passent pour folie; et il n'est pas capable de tes concevoir, parce que c'est par l'esprit qu'elles se discernent. Or par l'homme animal il ne faut pas seulement entendre, selon

la doctrine d'un pieux et savant interprète, celui qui est dominé par les sens, mais celui qui étant justifié n'est pas parlait, ne vit |)as du senl es|)rit de Dieu. Car celui-là même ne connaît pas la pureté de la vie spirituelle ; il y a des gens de bien à qui le lait se donne .seulement et non pas la viande solide, parce (ju'ils ne sont pas encore assez forts; et la raison en est, comme l'enseigne l'iiomme apostolique que nous venons de citer, par ce qu'ils sont encore charnels. Or tous ceux que l'on nourrit de lait, ce sont encore les paroles de l'Apôtre aux Hébreux (v, 13, 14), sont incapables des discours qui reijardent la justice, parce qu'ils sont encore enfants, et la viande solide est pour les parfaits, dont l'esprit est accoutume' par un long exercice à discerner le bien et le mal.

Car l'homme spirituel juge de (otites choses, nous parlons toujours avec l'Apôtre (/ Cor. Il, 15), et lui ne peut être jugé de personne. c'est-à-dire enseigne l'angélique Docteur, qui ne soit spirituel; non jilus que les sens ne jugent pas la raison, ni un homme endormi celui qui veille : c'est la doctrine des autres Pères et saints docteurs. Comme celui, dit saint Bernard, qui est ignorant du grec, n'entendra pas celui qui le parle, de même la langue d'amour sera barbare à celui qui n'aime point. Nous avons rapporté plus au long le sentiment des saints docteurs sur co sujet, dans le livre de l'oraison qu'il a plu à la divine Providence nous faire donner au public. Nous dirons encore seulement ici que saint Bonaventure enseigne que plusieurs sages et docteurs, n'arrivant pas à la science des saints , s'en moquent, en cela combattant contre Dieu, qui en est le haut distributeur.

Sainte Thérèse, la grande et si)irituelle maîtresse des voies intérieures, en ses derniers jours , enseigne, au chapitre 34 de sa \\e, qu'un homme docte peut gouverner une âme d'une voie extraordinaire, en voyant si ses grâces ne sont pas contraires à l'Ecriture ; mais pour le reste, dit cette grande sainte, qu'il ne se rompe pas la tête et ne s'aiambique pas le cerveau, qu'il ne pense pas comprendre ce qu'il n'entend pas, car en cela elles ont plus grand maître qui les conduit, et elles ne sont pas sans directeur, ni supérieur. Que le savant s'humilie, voyant que Noire-Seigneur fait une petite vieille plus savante que lui, quoique très-éminent c!i doctrine. Quand donc la sainte enseigne que les doctes ne l'ont jamais trompée, elle entend dans les conseils qu'elle en a reçus pour les voies ordinaires, et pour ne rjen jienser dans les choses extraordinaires que conformément à la foi catholique ; et elle déclare que c'est un abus de vouloir connaître l'esprit dessaints sans l'avoir. N'est-ce pas ce que nous dit l'Apôtre, en la /" Epitre aux Corinthiens (n, 16), (lar ces paroles : Qui a connu les pensées du Seigneur, et qui lui a donné conseil ? Mais, pour nous, nous avons le sens de Jcsus-Christ ; car, comme expliquent les inter|)rètes, les jicnsées ou la sagesse du Seigneur étant au-dessus du

niscoiiis i'iîi:i.!Mi.\Aiui"..

tnut, il juge tic toutes rhoscs, fît ne peut ôtic jnyé (le ]iersfiiHi(;, parce ipii' toute autre sagesse lui est inférieure. M.iisavec le sens de Ji^us-Cluist on ju^e de tout ; pane ipie c'esl Iinr son esprit, qui r(?side d'une inaniùrc s|iéiiale dans ses saints, que les choses de Dieu se tliscernent.

Ce qui a iail éevirc h l'iirainentissinie cardinal de Uiclielieu, dans son livre De In pirfeclion (et eelaavec heaucouodluiinililé); Je laisse à faire un plus long examen de la théologie niysti(ju(! à eeux qui, la connaissant par une longue et sainte expérience, en savent si bien tous les replis que ceux qui me ressemhlent doivent les révérer avec ininiilité sur la simple connaissance qu'ils en ont. la(]uclle, bien que vraie et ceriaine, les laisse néanmoins dans une telle obscul'ité dos circonstances parliculièies qu'ils ne sont pas les plus savant<, en ce qui est de leur détail, que les aveugles en la distinction des couleurs ; la pratiipie étant la seule théorie de cette haute théologie. Aoilà les sentiments d'un grand cardinal, d'un grand évéque, d"un grand docteur et d'un grand esprit; mais si ce rare esprit, avec tant de lumières, tant de science, et avec toute sa théologie, a cru devoir révérer, avec ceux qui lui ressemblent, les secrets de la théolo*.;ie mystique, ou les opérations les (il us .sintjulières et les [ilus intimes de l'esiirit de Dieu en de certaines âmes choisies, il est iden juste que des gens bien éloignés de toutes les qualités de cette éminente personne ne les méprisent pas : il est juste et raisonnable ([u'il- iie jugent jias de ceijuils ignorent, puisqu'ils ne sont pas plus savants, en cette matière que les aveugles en la distinction des couleurs, et qu'une |iersonne qui ne sait pas une lan^^ue dans son intelligence. 1! est vrai qu'il faut être retenu jiour ne pas croiie légèreuient aux choses extraordinaires. La doctrine des saints et l'ex|iérience nous apprennent que le diable imite les voies de Dieu, et (jue ((uelquefois il se traiKsforme cli ange de himiére, ce qu'il fait avec beaucoup d'artilices, lorsqu'il remarque que Dieu veut faire éclater les merveilles de sa puissance et de son amour en quelques personnes ; car [lour lors il n'oublie rien pour en tromjier quelque autre, et cependant la rendre célèbre parmi le monde, en donnant une haute estime, opérant dans elle des merveilles apparentes de dons trèssinguliers et d'une grande sainteté. Particulièrement il fait tout son possible pour surprendre ceux qui la conduisent et les autres jiersonnes de mérite, parce qu'il sait trèsbien la grande gloire qui arrive à Dieu de sa divine conduite sur ses saints. Ainsi il travaille à s'opposer à ses desseins par une trompeuse imitation de ses voies, dont il arrive un grand mal parmi le monde, et même des personnes de probité : car, dès lors que les tromperies et les illusions d'une âme qui passait [lour une sainte sont découvertes, à môme temps l'on pense et l'on dit que c'est la même chose de celles qui sont véritablement conduites par l'esprit de

Dieu. C'est ce qui airiva du trin|is de sainte 'I héi'ès(ï. I.o démon lit éclater avec, tant de bruit par toute riispagne, en une si haute 0|)ininon de saiiUeté, une créature qu'il avait lrom|iée, i(u'on venait de toutes jiarls pour la voir et pour avoir recours h ses jirières; mais enfin, ses illusions étant découvertes, mainte Thérèse en souffrit beaucoup. Si l'on parlait des giùces extraordinaires (pi'elle recevait de Dieu, aussitôt Ton disait (pie c'étaient des tromperies jjareilles à celles de cette jiersonne, et elle fut réduite dans un état tel qu'elle avait de la peine à trouver un religieux ou un ecclésiasti({uo (jui voulût la confesser ou conférer avec elle.

Il y en a donc que le diable trompe ; mais il y en a qui se trompent eux-mème par la faiblesse de leur iuiaginatioii, s'imaginant voir et entendre des objets et des voix extraordinaires, (juoiqu'en effet ils ne voient et ils n'entendent rien. 11 y en a (pii non-seulement sont lrom|iés par le démon ou par eux-mêmes, mais qui trompent (lar une malice volontaire et diabolique; ainsi nous • répétons ce que nous avons dit : qu'il faut être retenu [lour ne pas croire légèiement aux choses extraordinaires ; et les directeurs doivent s'applicjuer h conduire par les voies de pure foi, qui est le moyen immédiat de l'union de l'âme avec Dieu. C'e>t ce que le grand docteur de la théologie mystique, le bienheureux P. Jean de la Croix, enseigne parlaileu^ent en ses livres divins, dans lesquels ii donne j)0ur règle à l'égard des choses extraordinaires, comme les visions et révélations, de les laisser [)Our telles qu'elles sont devant Dieu, s'arrôtant seulement à la foi. Doctrine saine mais très-sûre, qui met à couvert de toutes les illusions des démons, et en assurance les directeurs et les personnes qui prennent leur conseil ; car, s'arrêtanl ù la foi , l'on ne peut errer, l'on marche par un (•hemiii assuré, et la lumière qui con(Juit est infaillible, puisque c'est la lumière de Dieu. D'autre part, ces grâces gratuites tjue Dieu donne, comme les visions et révélations, ayant leur effet indéjiendainineiU de nos réllexions , Ion ne perd rien à ne les pas examiner. Mais si au contraire l'on veut beaucoup les examiner pour y donner créance ou les rejeter, souvent il arrive que l'on prend les dons de Dieu pour les tromiieries du malin esjirit, et les illusions du diable pour de véritables grâces de res|)rit de Dieu. Je ne veux pas par là conclure que les directeurs ne se servent des marques que les saints docteurs nous ont données pour discerner le véritable esprit de Dieu, dans ce qui arrive d'extraordinaire, d'avec l'esprit malin, comme nous le dirons ensuite; mais je veux dire qu'après tout il faut beaucoup suspendre son jugement, et ne faire aucun fond certain sur ces choses singulières, et mettre tout son appui sur la foi. Mais à l'égard des personnes qui les lecjoivent, elles ne doivent pas beaucoup s'en occuper, les laissant, comme il a été dit pour telles qu'elles sont devant Dieu ; et, do

ŒrVRES COMPLETES DE BOLDON.

celle manière, si c'est le déiuon qui agit, il demeurera confus; si c'est le Saint-Esprit, il augmentera ses bénédictions.

De plus, il faut savoir et l'apprendre aux autres que la sainteté ne (:onsi^te pas dans les révélations quoique véritables, ni dans les bonnes visions, ni dans les miracles et autres dons gratuits; car ils peuvent compatir avec le péché mortel, et, selon le témoignage même du Fils de Dieu, plusieurs de ces gens qui en auront été favorisés seront damnés. Il ne faut donc pas s'étonner si Dieu les accorde à des justes qui n'approchent pas de la sainteté de phisisurs autres qui ne les ont pas. La sainteté ne consiste donc i)as dans les dons gratuits, comme le ■\ulgaire l'estime, et i! faut bien se donner de garde de les désirer ni d'y mettre sa complaisance, ce qui serait une ouverture à toutes les illusions diaboliques. Us ne doivent pas régler notre conduite, mais la foi, mais la doctrine de l'Eglise; l'on ne doit pas .s'y appuyer, mais en avoir une crainte ]iaisible qui" ne trouble pas. Les directeurs ne doivent pas en faire trop d'estime ; ce qui arrive souvent à ceux qui ont peu d'expérience, qui en sont tout dans l'admiration. Ils doivent éviter de faire paraître leur estime devant les [>ersonnes qui ont ces dons; mais, d'autre part, il faut aussi qu'ils ne les abattent pas et ne les mettent pas dans le découragement. « Il y a des directeurs, » dit la grande sainte Thérèse, «qui s'étonnent davantage, quand on leur communique des grâces particulières, que si on leur disait des grands crimes que l'on eût commis. »

11 faut donc éviter toutes les extrémités: se re|)Oser entre ces deux sorts, c'est être eomme les colombes de l'Ecriture, dont les l)lumes sont argentées et dont les ailes sont éclatantes comme l'or; et, lorsque le roi du eiel fera le discernement de ses justes qui sont comme des rois en sa présence i)ar l'élévation de leur sainteté, ils deviendront j)lus blancs que la neige dans Selmon, et ils arriveront à la montagne oïl le Seigneur a désiré d'habiter et oij le Seigneur liabitera éternellement. Il ne faut donc pas aller ni à droite ni à gauche, car Dieu conduit les justes par des voies qui sont sans aucun détour. Si la divine parole nous déclare (Eccli. XIX, 4.) que celui qui croit promplement est léger de cœur, elle nous apprend que l'incrédulité déplaît à Dieu par la punition qu'il en a faite. Saint Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, en est un illustre télûoin; car, n'ayant pas voulu croire aux j)aroles de l'ange qui lui apparut, il demeura muet en punition de son incrédulité. Si le disciple bien-aimé nous exhorte à ne pas croire à tout esprit, mais à juger si les esprits viennent de Dieu, le grand Apôtre nous ai]prend ( i r/iess. v, 19) qu'il ne faut pas éteindre l'esprit, c'est-à-dire, comme l'explique un savant homme, que l'on ne doit pas empêcher l'usage des dons du Saint- Esprit. Le même a()ôtre [Ibid., 20) ne veut lias qu'on néglige les [irophéties, mais que i ou examine toutes choses, conservant ce

qui est bon et rejetant tout ce qui uaralt mauvais.

Xous avons tâché avec le secours divin do garder ce milieu ou celte règle, quand nous avons jiarlé des grâces extraordinaires de la bonne sœur dont la divine Providence nous fait écrire la \'ie. Nous n'avons pas donné légèrement notre créance aux choses extraordinaires qui se sont passées en elle; nous n'avons pas cru à tout esjirit à l'égard des lévélations et des visions qu'elle a eues; nous l'avons dit, Satan se transforme quelquefois en ange de lumière (// Cor. xi, 14); et il trompe en de certaines occasions, nonseulement les justes qui vivent dans une justice commune, mais les saints les plus élevés dans les voies de la iierfeclion, comme l'on [leut voir en la 'Nie de la Bienheureuse Catherine de Boulogne, en sorte qu'il môle ses illusions avec les dons les |)lus solides de l'esprit de Dieu. Nous protestons donc que, nous teujuit ?i la sûre doctrine de l'admirable docteur des voies intérieures, le bienheureux P. Jean de la Croix, coadjuteur de la grande sainte Thérèse dans la réforme du Carmel, nous laissons toutes les. grâces extraordinaires dont nous parlons jiour telles qu'elles sont au jugement do Dieu.

Mais nous les proposons, parce qu'elles ont toutes les marques qu'elles viennent de l'esprit de Dieu, selon les instructions que les saints docteurs et les autres maîtres de la vie si)irituelle en donnent. Voici en quoi on connaU si un esprit est de Dieu, nous enseigne le favori de Jésus-Christ en sa J" Epitre (iv, 2) : Tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est venu dans la chair est de Dieu; c'est-à-dire, comme l'explique un interprète, tout esprit qui confesse Jésus- Christ, non pas par ses paroles seulement, mais jiar ses actions. Aussi le Fils de Dieu, qui est la vérité même, nous donne la bonne vie pour règle du juste discernement qu'il faut faire des bons et faux prophètes. C'est par leur fruit, dit ce maître céleste, que vous les connaîtrez; car un bon arbre ne {leut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre de bons fruits. Cette règle supposée qui nous est donnée par le Fils bienaimé du Père éternel , que nous devons écouter, nous pouvons dire que les grâces singulières de notre bonne sœur ont uu fondement très-solide; car si c'est par les fruits d'une bonne vie qu'il faut connaître si les grâces extraordinaires sont véritables, nous avons tout sujet de penser que ses dons viennent de l'esprit de Dieu, sa vie s'étant toute [lassée dans les pratiques les plus solides de la vertu.

L'humilité, qui est le fondement de tout l'éditice spirituel de la perfection , a été grande dans cette servante de Notre-Seigneur et de son immaculée Mère; et si le célèbre chancelier de l'université de Paris, Gerson, assure que, pour faire le juste discernement de la bonne ou fausse monnaie des grâces extraordinaires (c'est comme ce grand homme s'explique), i! ne faut que

DISCOIRS l'UtLIMl.NAlRK.

BOl

liien iliscerner si la personns esi vérilablemi'iit luiiiiliK'; l'on peut ravorablean'iil juger de ces f^râces, a.vanl excellé en la veitu irtiiuniiilé : elle avait de si bas senliiiienls d'elle-ioi''me (|a'elle aurait embarrassé à la mort tout autre confesseur que son directeur, qui, par une sin^iulière coiiduile de la divine Providence, vint tout à propos d'un long voyage (ju'il avait l'ait pour l'assister h ce redoutable passage de l'éternité; car elle s'accusait d'une manière si étonnante qu'il fallait la connaître à fond pour ne la pas prendre pour une grande [léclieresse. Klle a éié très-obéissante, ce qui est encore l'une des plus grandes marques de l'esprit de Dieu, selon îe sentiment des Pères de la Yie spirituelle; sa patience a été invincible au milieu des croix qu'elle a portées, qui ont été longues et extrêmes; sa paix profonde parmi tous les troubles qu'elle a soufferts ; son égalité admirable dans tous les différents états de sa vie. Elle a vécu dans une sainte haine de soi-même, ne voulant aucune consolation des créatures, ne cherchant jamais aucune satisfaction dans les choses môme les plus saintes ; désirant d'être inconnue et aimant la vie cachée. Elle a été dans un entier abandon à la divine Providence, son détachement a été universel.

Mais elle a été singulièrement détachée de ses propres lumières et des dons gratuits. Voici quelques-uns de ses sentiments au sujet des révélations : « Les révélations, disait-elle, auxquelles on peut donner quelque créance sont celles qui sont conformes à la foi, qui nous portent à une véritable conversion des mœurs et il la solide recherche de ce qu'il plaît à Dieu. Encore la créance que l'on y donne n'est pas tant à raison qu'elles nous sont données que parce qu'elles ont de la conformité à ce qui a été révélé de Dieu dans l'Ecriture ou par la tradition; il ne faut s'en servir qu'autant qu'elles servent de moyen solide pour l'établissement de l'intérêt" de Dieu. » Elle déplorait certains directeurs ou autres personnes, qui donnaient créance trop légùreluent, et qui les tenaient pour très-assurées, pendant que les âmes qui les reçoivent sont toujours dans la crainte d'être trompées , et qui n'en parleraient jamais, si ou ne les obligeait d'en rendre compte.

Mais l'esprit de mort qu'elle portait était général à l'égard de tout l'être créé, à l'égard de ses intérêts spirituels, de l'élerniié bienheureuse ou mallieureuse; elle ne s'arrêtait pas au paradis, uiais seulement au Dieu du paradis ; et, ce qui est bien considérable, est sa consiante lidélité et sa persévéraiii;e inviolable dans le service de Dieu et de son immaculée Mère jusqu'au dernier soupir de sa vie. Pour juger sainement de la vertu d'une personne, il ne faut pas s'arrêter à de certaines actions particulières ou à des états qui n'ont pas de durée, ce serait le moyen souvent d'être trompé. Combien a-l-on vu de personnes qui paraissaient être j;randcs en piété, mais dont l'éclat d'une

fausse vertu a été à la un découvert! Ordinairement ces gens sont connus dans la suite de leur vie, et tôt ou tard le diable se manifeste. La persévérance d'une bonne vie jusqu'à la mort est un etlet de l'esprit de Dieu.

La bonne sœur dont nous parlons a eu ces dons de persévérance ; et, ce qui est admirable, elle a [lersévéré au milieu des plus cruelles peines que la nature soulfre. Elle a étéabandonnée,comuieJob, auxdémonsjiour )a faire soullrir ; elle a été éprouvée par des jieiiies sensibles qui venaient de Dieu, et ce- ])endant elle ne s'est jamais lassée des souffrances. Elle s'est comme nourrie et a vécu des supplices de la croix ; enfin elle a eu une foi très-pure, sans la(juelle tout le resta est inutile; et il est à remarquer que quelques hérétiques ont eu de bonnes mœurs, et dont même la probité de vie a servi d'occasion à l'établissement de leurs erreurs. Plusieurs solitaires qui menaient une vie admirable tombèrent dans l'hérésie des monotliélites; et saint Bernard, parlant d'un certain personnage de son temps qui était dans l'erreur, et qui séduisait ses amis par ses austérités et pénitences extraordinaires : « Plût à Dieu, dit ce saint, qu'il eût la doctrine aussi saine que sa vie est sainte ! » ces paroles font juger que sa vie était véritablement sainte, puisque ce Père souhaite qua sa doctrine soit aussi saine.

De plus, les dons extraordinaires ae son immaculée .Mère ont servi à prier pour les j)écheurs ou à travailler pour leur conversion, à prtrter h la pratique de la vertu et au service de Dieu, à prier pour l'Eglise et pour les personnes de toute sorte d'état, n'ayant rien qui ne soit conforme ù la doctrine des saints ou qui soit contraire à la foi mais avant toutes les marques de l'esprit de Dieu, l'on en a vu de grands effets pour la gloire de Notre-Seigueur ; [)lusieurs personnes en ont reçu des secours considérables, et Dieu tout borî et tout miséricordieux y a répandu une bénédiction abondante. C'est ce qui nous a pressé d'en parler, et en la manière que nous avons dit, ne faisant que les f)roposer, et en ies laissant pour telles qu'eles sont au jugement de Dieu. Or, l'incertitude de ces grâces, dit le célèbre P. Louis de Léon dans son aiiologie pour sainte Thérèse, ne doit pas empêcher qu'on ne les expose, parce qu'encore que le diable se transforme en ange de lumière, et que toutes- sortes de révélations ne doivent pas être écrites cependant, comme c'est une chose indubila ble que Dieu parle quelquefois à des âmes qui sont entièrement à lui, et se montre h elles en des manières différentes, il y en a qui méritent d'être publiées ; et c'est ce qui a été pratiqué dans tous les siècles. Quel saint y a-t-il, continue ce grand personnage qui n'ait eu des dons extraordinaires, et n'est-ce pas une chose commune d'en parler dans l'histoire de leur vie?

Cependant, dans notre siècle corrompu, l'on trouve des gens qui soutiennent que l'on doit supprimer ce qui est cxtraordinairo

tor,

OELYKES COMPLEirS DE BÛIDON.

dans la vie des saints ; mais, pourrônomîre à leur opinion, il faut leur dire qu'il "n'y a jamais eu de saint qui n'ait eu de grâces singulières ; et qu'ainsi l'histoire de leur vie serait peu consiiiérabie si l'on supprimait ce qui les a fait arriver à la sainteté : et. [lour parler nettement sur celte matière, l'on doit savoir que les saints ont eu plusieurs sortes de grâces; ils ont eu la grâce sanctifiante dans nn éminent degré, et des secours abondants pour accroître cette grâce, des lumières vives et pénétrantes que Dieu est le grand tout, et que tout le reste en sa divine présence n'est rien. Ils ont eu des mouvements puissants du divin et pur amour. Ils ont correspondu avec les secours divins qui leur ont été donnés, avec une fidélité inviolable aux attraits de l'esprit de Dieu, ils ont uiarclié à grands pas dans les voies les plus saintes de la perfection, ils ont été dans une pratique si héroïque do la vertu que leurs exemples étonnent, et tout cela assurément d'une manière extraordinaire. Si dans ce sens il ne fallait pas écrire ce qu'ils ont eu d'extraordinaire, il ne faudrait plus écrire leur vie.

ils ont eu d'autres grâces que l'on appelle gratuites, comme les visions et révélations divines, le don de prophétie, de faire des miracles, et autres semblables dons. Il est vrai, comme nous l'avons remarqué, que la sainteté ne consiste pas dans ces dons ; mais ordinairement Dieu les accorde à ces âmes éminentes, ce qu'il fait pour sa gloire; et il ne leur accorde pas ces sortes de glaces, selon ladoctrinedes Pères spirituels, pour être mises en oubli. S'il conduit ses saints par des voies pleines de merveilles, selon le témoignage de l'Ecriture {Psal. lxvii, 3G), c'est parce que, selon la même divine parole, il veut paraître admirable en eux. L'on rapporte sur ce sujet qu'il dit un jour à la séraphique Thérèse, que ce n'était pas pour elle qu'il lui faisait ces grâces, mais pour la gloire qu'il en voulait tirer. Aussi saint François de Sales dit très-bien qu'il est à propos de lire même dans les Vies des saints de certaines choses qui sont admirables, quoiqu'il n'y ait rien pour l'imitation, parce qu'elles servent à l'honneur de Dieu et encouragent à son service.

^ C'est pourquoi l'archange saint Raphaël, l'un des sept jiremiers princes du ciel, qui sont les plus (irès du trône de Dieu, et à qui ilest juste et avantageux d'avoir une dévotion spéciale, dit à Tobio (\ii, 7) : // est bon decacher le sccrcldu roi; tyiais, pour les œuvres de Dieu, c'est une chose sainte de les découvrir et manifester. Certainement les grandes faveurs de Dieu envers ses bons serviteurs et lidèles servantes encouragent beaucoupà le chercher, et les fortifient dans les voies pénibles de son service. Elles servent h nous confondre dans nos tiédeurs et animent grandemenlà lasainteté;ellesfoiitparaîtn! la grandcurdesa magnificence, elles fontéclatersa toute-puissance, elles font voir combien il est admirable; elles montrent qu'il est toujours le même, que sa force et sa bonté ne sont jias

diminuées; c'est pourquoi, dit un grand prélat dans son api'robation de la Vie de la vénérable sœur Marguerite du Saint-Sacrement, religieuse Carmélite: il importe que les fidèles ap|irennent qu'en tout tem|)s Jésus-Christ a la même charité pour nous, et que ses grandes familiarités avec son Eglise n'ont i;as été toutes renfermées dans les siècles précédents. Et, de vrai, si dans l'Eglise Jésus- Christ est toujours le mèmechef de son corps mystique, doit-on s'étonner si l'on en voit les mêmes influences?

Après cela, je dis que nous ne devons pas penser être plus sages que tant de saints, tant de docteurs, tant d'illustres personnages qui ont écrit les Vies des saints, et qui ftnt rap|)orté les grâces gratuites que Dieu leur a faites; cc|ieiidant je ne nie pas que quelques auteurs iiarliruliers n'en aient écrit avec quelque imprudence, et n'aient jiublié des choses qu'ils auraient dû supprimer. Mais l'imprudence de ces auteurs ne doit pas empêcher que l'on ne manifeste les œuvres merveilleuses de la toute-puissance de Dieu dans ses serviteurs. C'est la conduite de sonesprit dans les livres canoniques de l'ancienne et de la nouvelle alliance, oii l'on y jieut remarquer des familiarités étonnantes de ce souverain du ciel et de la terre avec de jiauvres et chélives créatures. Les Pères do l'Eglise qui ont été aniniés de cet es|)rit, ont tenu la même règle. Combien de visions divines, decoramuiiications de Dieu, de combats avec les dénions, saint .\thanase rapporte en la vie de saint Antoine ! Saint Jérùmo ne fait-il pas la njême chose daiis les vies des saints qu'il a écrites? les Pères grecs se sont comportés de la même manière.

Mais quelques-uns objectent que cela était bon dans les jireiniers siècles, |iarce que le jiagaiiisme régnait encore. A cela il est aiséde répondre, quoique nous en ayons dit quelque cliose, qu'il ïeiuble t]ue l'on devrait tirer une conclusion toute contraire à eelle qu'ils prétendent ; car si dans ces temps l'ou cachait aux catéchumènes, quoiqu'ils crussent en Jésus-Christ, le mystère de l'Eucharistie, qui est la plus grande communication de son amour, il semblerait que l'on ne devait pas manifester si facileu'ent ses familiarités avec ses saints aux infidèles qui pouvaient bien en prendre occasion d'en faire des railleries, juiisque nous voyons que cela arrive encore aujourd'hui jjarmi de certains Chrétiens qui, se piquant de bel esprit, mé- [)risent ce qu'ils ignorent.

Mais que (lourront dire ces gens à l'égard des autres saints et docteurs (|ui ont écrit des vies des saints dans la suite des siècles, et après la destruction du paganisme dans des jiays chrétiens? n"ont-ils pas tenu la même conduite ? Saint Bonaventure, dans la Me de saint François, y a-t-il supprimé les miracles des grâces que Dieu a opérés dans son fidèle serviteur? Les histoires des ordres réguliers sont (deincs de ces merveilles, et qui sont entre les mains d'un chacun dans ces derniers temps. Ceux qui ont écrit les T'ic.-: de saint C;ijctan, l'admirable saint de lu

niSCOlIlS IllKLIMINVIUi:.

divine Providence ; de ^iiiiil Ignace, le iondaleurdo la Com(iaynic de Jésus; de saml Franrois Xavier, de sainl Franrois de Borgia, du ijienluMireux Stanislas Kusita, de saint Pliiii|)l>e de Néii, de sainte Tliérùse, dubienheurecx Jean de la Croix, l'inconiparablo dans l'amour des soutfranccs: et d'un grand nombre de personnes décidées en odeur de sainteté, n'y ont-ils pasimblié les grâces extraordinaires qu'ils ont reçues? L'Eglise ni^'me dans les lei^ons de l'oilice divin, dans les fôlt's des saints, ne fail-elle pas la môme chose? elle a approuvé les révélations de Brigitte, dont il y a un gros volume ; et un pieux et savant cardinal n'a pas cru rien faire d'indigne de son esprit, de sa doctrine et de sa piété, de faire de doctes remarques sur ces révélations, |)Our les soutenir et les éclaircir, et pour donner le moyen aux fidèles d'en faire un saint usage.

Nous venons lie dire que le Sainl-Esiirita tenu la même conduite dans les livres canoniques ; mais nous ajoutons (et nous en avons déjà dit quelque chose) que les miracles de sa toute-puissance qui y sont rapportés sont si singuliers et si surfirenants qu'il n'y a que la seule foi qui nous les fasse croire. Certainement peut-on s'imaginer rien de plus étonnant que ce qui est écrit dans VExode des miracles de Moïse et des merveilles que le démon o|iérait par les magiciens ses suppôts ; que le passage du peuple d'Israël par la mer Rouge, Dieu le leur ayant rendu libre par la séparation des eaux qu'il tenait suspendues comme deux murailles pour ce peu[ile. et s'en étant servi pour abîmer un roi et toute son armée; que la manne dont il nourrit les mômes Israélites dans le désert ; que la longue conversation qu'il a eue avec Moïse ? Que peuvent dire les forts esprits après toutes ces bontés indubitables d'un Dieu envers les hommes et dans une loi de rigueur, eux qui ont tant de peine à ne pas :rouver à redire aux familiarités du môme Dieu incarné nui n'approchent pas de ces miracles, et dans une loi toute d'amour? Mais si les manières dont ces divines familiarités sont rap(iortées les choquent, qu'ils se souviennent des visions de plusieurs projihètes dont nous ne pouvonsdoutersans crime, dans lesquelles il y a des a|iparitions sous des formes si étranges. Les formes des animaux mistérieus que vit le prophète Ezéchiel ne paraissent-elles pas monstrueuses? n'est-ce pas une chose extraordinaire ce que nous lisons dans le Livre de Tubie , que non-seulement un ange du ciel, mais l'un des premiers princes de la cour céleste s»^ soit travesti en homme, ait paru manger et boire, lui ait fait ses allaires, se soit servi de serviteurs et de chameaux [>our le voyage qu'il lit, allant recevoir l'argent qui était dû à son père?

Nous avons dans la nouvelle alliance un livre tout entier des visions célestes, qui est le livre canonique r.4/joco/y/>sf, c'est-à-dire, par excellence le livre de la révélation; et ces visions divines monlrées au disciple bicn-aimé de Jésus, cl au cher enfant de

Marie, ont été écrites par un ordre exprès de Pieu même. Cependant dans ces visions dont il est parlé, il y a plusieurs choses ilont les esprits sulFisants et qui pensent êlro quelque chose, quoiqu'ils ne soient rien, pourraient plus se choquer que de celles iiu'ils blâment dans les Vies des saints. Que diraient-ils s'ils y lisaient ce qui est écrit dans VApoc'ilypse (ix), que le Verbe do Dieu ait paru monté à cheval à son cher favori, saint Jean l'Evangéliste? ne trouveraient-ils jias bien occasion de railler d'une telle apparition d'un Dieu que les cieiix et lu tenu ne peuvent comprendre qui se fait voir monté à cheval? Mais après la forme de serviteur (|u'il a l'rise, s'étant fait entant, et s'élant assujetti à ce qui accompagne cet bumlile état, les gémissements, les soupirs et les larmes; après s'être réduit à ôtre emmailloltéel enveloppé de langes, et cela pour ses ennemis, il est facile de croire des faveurs bien moindres qu'il a faites à ses fidèles serviteurs et servantes, à ses véritables amis, qui n'ont respiré que sa ulus grande gloire.

Mais, disent de certaines personnes, la publication de ces grûces extraordinaires sert d'occasion de scandale h quelques-uns. Un célèbre docteur écrivant pour la défense de sainte Thérèse et des dons gratuits qu'elle avait reçus, réiiond à celte diliiculté, et dit: par cette môme raison il n'eût pas fallu publier l'Evangile, parce qu'il a été l'occasioa d'une plus grande perte à ceux qui ne l'ont pas reçu; et le grand Apôtre n'a pas laissé de prêcher Jésus-Christ crucifié, quoiqu'il fût un sujet de scandale aux Juifs, et semblât une folie aux gentils. [ 1 Cor. i, 23.) Car ceux qui périssent, écrit le même Apôtre, tiennent la prédication de la croix pour folie. {Ibid., 18.) Le même docteur que nous venons de citer, enseigne qu'en ce sujet le diable qui est artificieux, paraît dans quelques esprits, retenu et soigneux du bien du prochain, afin que pour éviter un dommage particulier, il prive le public d'un grand bien, et parce qu'il sait bien qu'il perdra beaucoufi.

11 y en a d'autres qui objectent que l'on ne sait ces familiarités divines que des personnes qui les ont reçues. Mais le pieux évoque de Tarassoune répond à cette objection que l'on faisait au sujet de sainte Thérèse, par ces paroles :Je prie ceux qui n'ap- [irouvent pas la sainte Mère (il parle des gens qui n'approuvent pas qu'elle eût écrit elle-même des communications que Dieu lui avait faites) de considérer que ce que nous savons aujourd'hui des glorieuses actions des saints, c'a été de leur bouche ; particulièrement les faveurs, les visions, les révélations et vertus intérieures. Saint Paul était l'un des plus grands saints de l'Eglise, et toutefois il a écrit les révélations et visions qu'il a eues. 11 cite ensuite plusieurs saints qui ont lait la même chose, et particulièrement les Pères du désert, qui racontaient simplement les choses grandes aae- Dieu avait laites en eux.

ŒUVRES COMPLETES DE BOL'DON

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Les ppisoniies qui ne sont pns arrivt^es nu degré 'l'Iiuaiilité de ces saints ont de la peine a eiinip'vndi-e ce procédé; mais il est aisé cie Je concevoir, si Ion considère que lessainls voyant dans une iumière adiuiralile leur néant elle grand tout de Dieu, qu'il ne leur appartenait que la confusion, et la gloire à I>iei'. seul, ils n'étaient jias (>ropriétaires do ses dons, ils lui en renvoyaient tout l'iionneur ; ainsi ils parlaient' de leurs grâces conune do celles d'une autre personne, et ils ne reclierL-liaicnt que le seul intérêt de Dieu seul. C'est de la munièie que madame de Cardonne, ce prodii;e de sainteté de nos derniers jours, selon le témoignage de la séraphique Thérèse, manitestail ses grâces assez facilement. Seulement il faut ici prendre garde que peu de personnes |)euvent et doivent imiter ces grandes ûmes, car il yen a bien peu qui soient assez humbles et assez jiénélrées de la vérité de ce qu'elles sont, et de la grandeur infinie de l'Elre suradorable de Dieu : et ce leur serait une occasion dangereuse de vanité.

11 n'en est pas de même des saintes âmes dont nous parlons, qui sont comme >i elles n'étaient pas, s'étant saintement oubliées elles-mêmes. C'était le divin état de sainte Thérèse dont nous parlons si souvent, qui l'arlant h un excellent religieui, lui dit ; j'ai coutume de dire, je ne sais |)lus ce que je suis devenue. Dans cette bienheureuse jierte d'eux-mêmes, lessaints onlapprisleurs grâces les jilus extraordinaires. Ainsi saint Bernard a dit qu'il avait reçu un lait miraculeux de sa bonne et fidèle mère, la irèspure Vierge. Ainsi sainte Catherine de Sienne a déclaré que notre bon Sauveur avait pris son cœur. Ainsi saint Ambroise a manifesté les révélations qu'il avait eues de plusieurs corps saints.

La bonne sœur dont nous écrivons, n'a parlé des grâces qu'elle a rerues que par obéissance et par ordre de son directeur. Celte âme lui avait été adressée par une dis- ]>osition singulière de la Providence, dès l'âge de six à sept ans, et elle n'en a point eud'autresjusqu'àsamort ; il est vrai qu'elle a reçu des avis d'autres personnes à raison de son absence, et par son ordre; sa vocaiion l'appelant en ditlérents lieux, pour y exhorter au règne de Dieu, et d'autre part l'emploi que la divine Providence lui a donné, ne l'obligeant de résider que durant un certain temps de l'année. De plus comme il ne voulait pas s'arrêtera ses lumières, il était bien aise qu'elle prît des conseils d'autres personnes ; et je dirai ici en passant que c'est une chose déplorable de voir des directeurs qui s'attachent les âmes, et qui en sont plus jaloux que les maris de leurs femmes : je crois pouvoir m'expliquer de la sorte après le bienheureux P. Jean de la Croix, qui s'est exprimé de cette manière dans ses divins ouvrages, qui sont entre les mains d'un chacun.

Ce directeur, qui par une disposition divine a vu un grand nombre d'âmes favorisées cxlraordinairement de l'esprit de Dieu,

ne s'étonnait pas des faveurs particulières de la bonne sœur ; et, comme il était trèspersuadé que la sainteté ne consiste pas dans ces choses, il ne s'y arrêtait pas, mais seulement aux pures voies de la foi. H y a fait si peu d'altcntion, presque durant tout le cours de sa vie. que cela est cause qu'on ignore un grand nombredes grâces dont elle a été favorisée. Bien loin de la piroduire, il la tenait très-(-acîiée, et il n'avait pas la moindre pensée de la manifester jamais : ce[iendant son absence l'ayant obligé de la coiilier à quelques personnes intérieures et spirituelles, soit pour la confesser, soit[)Our en prendre d'autres soins; et, d'autre |)art, des gens de mérite s'étant ajierçus des soliiles vertus qu'elle pratiquait, et, uans la haute estime qu'ils en avaient, ayant eu recours à ses ))rières et en ayantressenti de grands effets, tout cela donna lieu de la faire connaître. Ceux qui en savent les particularités sont convaincus qu'il y a eu une conduite très-spéciale de la divine Providence; ce que remarquant son directeur, il a cru être obligé d'entrer dans ses desseins et de ne pas résister à ses ordres. C'est ce qui lui a fait changer les sentiments qu'il avait toujours eus de ne la produire en aucune manière, et il a cru ne devoir jias cacher des grâces si précieuses et des vertus si exemjilaires. C'est ce qui lui fit ordonner, sous jirétexte de lui rendre conqite de toute sa vie, de lui raconter tout ce qui s'était passé en elle, ce qu'elle a fait dans une grande simplicité. Nous en avons des mémoires très-fidèles, et nous en avons reçu d'autres fort exacts des personnes à qui on l'avait confiée en l'absencede celui qui la dirigeait, et des personnes avec qui elle a demeuré, qui sont témoins de la plupart des choses (lu'elle a faites et qui lui sont arrivées extéi'ieuremeiit.

Nous [H'ions en toute humilité le Père éternel qu'il veuille bien en tirer sa gloire, [.ar Jésus-Christ son Fils bien-aimé, et qu'il nous donne pour ce sujet son Sairit-Ksprit, (jui soit le princi[ie et qui anime tout ce ipie nous écrivons, afin qu'en tout ces trois personnes suradorables soient uni(]ueiiient louées, aimées, remerciées ei glorifiées, (jui vst l'unique fin que nous avons et que nous voulons avoir, écrivant cette Vie. Car enfin. Dieu seul. Dieu seul, et toujours Dieu seul 1 Je dois donner ici avis que, quoiqu'il soit viai que les voies des saints soient bien ditl'érentes, néanmoins il y en a quelquesunes qui ont beaucou|) de rapport, comme il se voit eritre la vénérable sœur Marguerite du Saint-Sacrement, Carmélite, et la bonne sœur dont nous parlons, à l'égard des peines qui leur ont été causées par les démons, et ce qu'elles ont souffert pour obtenir la conversion des pécheurs. C'est pourquoi il ne faut jias s'étonner, si dans quelques sujets, nous disons des choses semblables à celles qui ont été écrites de la vénérable sœur .Marguerite.

Enfin nous disons avec l'illustre défenseur des grâces faites à sainte Thérèse, le

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L'AMOLIl DE Dltl Stl L,

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ctMèbre docteur Louis de Léuii, qu'il est aisé de reiHîirquer que les niôuies choses que l'on objecte h i)résont, nu sujet des grâces extraordinaires de porsouiies éiuinciit(,'s eu sniuleli^ ont élé ohjeclées [lar le passé. L'on s'est servi des niôuies raisons, l'on a allégué Jes iu<^uies prétextes. Les saints, les docleurs, les uiailres de la vie spirituelle y ont répondu comme nous faisons, et ont écrit

les Vies et les grâces singulières {]es iiersonnes décédées en odeurde sainteté, avant que 'l-'glise en eût encore rien décidé; parce qii'iU rapportent les cliosesconinie appuyées seulement sur la loi et sur le témoignage des liomnies, et non [las sur l'aiitûrité de l'I-Jglise : ce qui est conforme à l'esprit de celle môme Fglise, et aux décrets des Souverains Pontifes.

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