LA.MOUU DE DIEU SEUL. — PAI5T. III
rablo lia Dieu, qui se trouve li'une laçon si spéciale dnns le sacreiiieiit de rainour. Hélas ! les froideurs et les glaces, ijui sont si communes parmi tant de Chrétiens, h l'égard (l'un mystère ((iii est la consommation de l'amour d'un Dieu envers les hommes, no viennent (jue des ténèbres épaisses que leur causent les péchés. Dieu est peu aimé, parce qu il est peu connu. Oh 1 si les hommes connaissaient Dieu! iiue ne feraient-ils pas jiour lui rendre le culte (]ui lui est dû'? I.o respect qu'ils auraient pour un Dieu sous les espèces eucharisti(iues serait extrême ; la modestie ([uils garderaient dans nos églises serait admirable ; l'on y garderait en tout temps un silence profond ; les esprits seraient dans une admiration perpétuelle des uiiraclesque laloute-puissance divine opère dans ce mystère, et les cœurs en seraient tout consumés d'amour.
La sœur Marie-Angélique uisail qu'elle ne savait pas comment on ne faisait pas tout son jiossible pour demeurer dans nos églises, autant que l'ordre de Dieu le pouvait permettre ; aussi elle ne se lassait jamais d'y rester, et à peine l'en pouvait-on tirer pour prendre le peu de nourriture qui lui était iiécossaire ; ce n'est pas que le grand dégagenii nt oîj l'esprit de Dieu la mettait ne lu: en fit porter la privation dans une profonde jiaix, quand la divine Providence en disi>osail de la sorte. Elle s'appliquait à son ouvrage, les jours de travail, avec beaucoup de fidélité ; mais lesjours de dimanches et de fêtes qui lui étaient libres, elle demeurait incessamment aus pieds de nos autels; et, comme elle y passait les nuits entières, comme nous allons le dire avec le secours divin, elle y était le jour et la nuit, à l'exception peut-être d'une heure , ou environ, iju'elle était obligée d'en sortir pour aller oiî elle logeait prendre son peu de nourriture. 0 mon Dieu Iles anges, ces esprits bienheureux qui jouissent de vous dans la gloire, quittent bien leurs demeures célestes pour vous tenir compagnie ()roclie de nos autels, quoique ce ne soit pas pour eux que vous vous êtes mis d'une manière si admirable dans ces lieux ; et les hommes vous y abandonnent, quoi(|u'il n'y ait que leur amour qui vous y fasse rester
Car il est bien'jusle, comme le dit une grande sainte, que la cour se trouve oii est le roi. Je sais ce que quelques-uns objectent, que Dieu étant partout, il n'est pas nécessaire d'aller dans nos églises pour l'y trouver; mais ils ne prennent pas garde que ce sont des lieux consacrés particulièrement h la prière, et qui ont été appelés pour ce sujet, par notre Sauveur même, des maisons d'oraison; ils ne prennent pas garde qu'un Dieu s'étant fait homme, sa sainte humanité n'est pas [lartout; que les respects, les obligations, les amours que nous lui devons, nous obligent d'aller où elle se trouve. Ah ! sera-t-il dit que le tout aimable Jésus sera avec les hommes jusqu'à la consommation des siècles dans le très-saint Sacrement de l'autel, et que les hommes, ces ingrats, ces in-
sensibles à des amours si jires'anls, V.y laisseront si souvent seul, eux (pii totiversent incessamment avec de chétives créatures! Les diables n'ont rien oublié pour tAcher d'cmpôcher notre Sœur de se trouver si assidûment eu la iirésence de notre bon Sauveur sur nos autels. Dans le chapitre qui traite de sa générosité, et peut-être ailleurs, nous avons parlé des elftjrts incroyables qu'ils ont faits pour l'en détourner; il n'y a sortes de ruses dont ils ne se soient servis, lui mettant en l'esprit raille raisons apjtarenles pour l'en dissuader, et qui paraissaient être lorl raisonnables. Ils lui ont môme paru visiblement, comme il a été dit, ayant pris la forme de personnes qu'elle devait considérer, lui remontrant qu'elle faisait des choses au-dessus de ses forces ; ensuite voyant que tous leurs artifices étaient inutiles, ils lui ontcausé des maladies qui semblaient lui être des obstacles invincibles. Mais ces moyens ne leur réussissant pas, ils lui ont causé des frayeurs étranges, ils ont fait des bruits épouvantables; et, a[)rès cela, ils ont usé de main mise, et, pour ne pas répéter ce qui a été dit à ce sujet, nous dirons seulement qu'ils l'ont battue cruellement, en sorte que le sang lui en sortait par le nez, et que son corps en demeurait tout froissé. Mais pendant que l'enfer frémissait de rage de voir une tille mener ici-bas en terre la vie du ciel, tout le paradis était en joie; ses bieHheureux habitants se faisaient voir à elle de temps eu temp-s. Les anges lui paraissaient dans des respects qu'on aurait peine à s'imaginer, proche du tabernacle; et les plus élevés de ces sublimes esprits, les séraphins, se sont montrés à elle quelquefois sous des formes sensibles. Un jour ils lui téiuoignèreut leur joie pour son assiduité à demeurer auprès de notre grand et commun Maître; mais une autre fois, ayant manqué de veiller une nuit auprès de notre bon Sauveur, sainte Catherine de Sienne et la vénérable Marie - Madeleine de Saint-Josepli, religieuse Carmélite, dont la mémoire e.>t en bénédiction, lui apparurent, et elles lui en lirenl un sensible re|iroche.
Il est bon de remarquerici que ces deux personnes éininentes en sainteté ont été toutes deux des ])lus appliquées à la dévotion du très-saint Sacreiiient de l'autel. Sainte Catherine de Sienne veillait les nuits proche de l'autel où résidait cor(iorellement le Seigneur de toutes choses, et la vénérable Marie-.Madeleine de Saint-Joseiih en faisait !a lieudeses délices : l'onaécrit d'ellequ'elle crt;yait que, comme il y a des saints anges que la divine Providence destine pour demeurer proche de leur grand Uoi au trèssaint Sacrement de l'autel, de même il y avait de certains saints qui étaient destinés jiour y être avec ces glorieux esprits, pour y aimer, gloritier et adorer tous ensemble cet aimable Sauveur ; et l'histoire de sa vie, écrite par une savante plume, et autori>ée par d'insignes approbations, raiiporte qu'après sa mort elle a été vue |iar des ûmes privilégiées proche du saint -autel; aussi ella
disait, dans le transport de son amour pour ce mystère tout d'amour, parlant à ses religieuses de Nolie-Danie du mont Carmel : « iMes Sœurs, voulez-vous ôiie du noiidire de ces bienheureuses âmes qui tiendront compagnie à l'adorable Jésus, après leur mort, au très-saint Sacrement? » Cet aimable Seigneur de toutes choses y avait invité lui-même lasœurMarie AnE;élique,au moins pendant qu'elle vivait ici-bas en terre, et comme son propre esprit lui fournissait quantité de raisons qui lui montraient de grandes dillicuilés, il lui dit : Ma qrdcc le doit suffire. [II Cor. kii, 9.) Lorsqu'elle voulut en parlera son directeur et lui déclarer les pensées qui lui avaient été inspirées sur ce sujet, tout à coup elle demeura interdite, le démon lui brouillant les esjints, ce -qui lui arriva trois ou quatre fois; et entin en ayant eu la liberté, son directeur lui accorda la liberté d'exécuter son dessein. Les i^râces qu'elle a reçues dans ses veilles sacrées ne peuvent laisser de doute que Dieu tout bon nel'yappelilt d'une manière très-spéciale. Pendant un long temps elle veillait toutes les nuits sans prendre un quart d'heure de sommeil, et elle en revenait gaie tous les matins, sans avoir la moindre envie de dorndr, quoiqu'elle travaillai seule dans un cabinet écarté, soutTranl dr- grandes incommodités de corps et d'esprit. Entrant dans l'église, plusieurs fois elle en a été délivrée tout à coup ; plusieurs fois, durant 'es plus grands froids d'un hiver rigoureux, elle suait comme en plein été, et se trouvait toute trempée dans la sueur qui découlait do toutes parts de son corps; peu après elle était comiue si on l'eût essuyée devant un bon feu, et comme si on lui "eût donné une chemise blanche. Elle s'est trouvée même dans l'impossibilité de sortir du lieu saint où elle passait les jours et les nuits, arrêtée par une vertu invisible ; mais les grâces intérieures qu'elle y recevait ne se peuvent dire.
Lorsque sous quelque prétexte qui paraissait très-raisonnable, comme de maladie, et qui était même très-juste hors d'une conduite particulière de Dieu, elle ne veillait pas comme à l'ordinaire, elle en était châtiée très-rigoureusement et elle en souffrait des tourments pitoyables. Pour avoir manqué en choses légères à sa grâce, elle a été durant un mois privée de la facilité qu'elle avait à passer les nuits entières eu oraison devant son bon iMaître; à peine élait-elle entrée dans l'église, qu'elle s'en- •lormait d'un sommeil qu'elle appelait un sommeil de bêle; [lartout elle était tentée de dormir, et il ne se passa [iresque pas dejour durant tout ce mois quelle n'eût des tentations extraordinaires. Elle ne trouvait en elle que de la résistance au bien, des opf)0sitionsà l'humiliation, des rébellions aux mouvements de la grâce, et sou esprit demeurait dans une grande stupidité, aussi bien que ses sens; d'autre part, elle était portée, «■outre son ordinaire, à chercheriez soulagejpenis du torjis, ce qui lui était une éirango
OtLVRES COMPLETES DE BOL DON.
eut dire que ce mois lui
loi fut
peine. L'on terrible.
Cependant, pour y apporter quelque remède, elle demanda à son directeur de se lier tes jambes proche des genoux avec deschaînes de fer et d'autres choses très-piquantes, alin que la douleur qu'elle en ressentirait la pût empêcher de dormir; mais tout cela demeurait inutile et n'avait aucun elfet. De plus, étant prosternée devant le saint autel, elle en avait été visiblement rejetée par une main invi>ible, en présence de plusieurs peisonnes ; mais ce qui lui causait des souffrances inex|)]içables, c'était lerebut qu'elle éprouvait de la part de Dieu : elle ra|i|>elait le froid de Dieu ; elle assurait qu'il surj'assait incomparablement toutes les autres sortes de tourments et qu'il la réduisait en des états lamentables. Tout cela servant de prétexte à la tentation de ne jilus veiller devant le très-saint Sacrement, elle demanda la permission de ne i)lus le faire, alléguant môme qu'il y avait de l'irrévérence et du défaut de respect, à raison do son sommeil ; mais la permission ne lui ayant pas élé accordée, elle se souvint qu'autrefois, lorsqu'elle se levait les nuits dans sa petite chambre pour jirier, elle s'était lié la têle par les cheveux à un clou pour s'empêcher de dormir ; car elle s'y élaitaltachée si fortement qu'elle ne pouvait en aucune façon se remuer sans éprouver une extrême douleur. Ce souvenir lui donna le dessein de laire la môme chose; mais aussitôt qu'elle en eût [iris la résolution, il lui survint une frayeur extraordinaire, et elle rentra dans une si grande répugnance, qu'elle en frémissait par tout le corps ; son imagination était remplie du cent choses qui l'en dissuadaient; dans lu temjis qu'elle destinait |iour l'exécution de son dessein, elle tombait malade à l'extrémité.
Eidln, néanmoins, la grâce divine lui faisant surmonter toutes ces tiiincullés, elle se lia par les cheveux, durant la nuit, à la grille du chœur des religieuses, se tenant debout, les bras étendus en croix; pour lors il lui vint dans l'esi'rit qu'elle faisait une action ridicule, que Dieu ne demandait pas cela d'elle, et elle ressentait de l'horreur de son action. Cependant elle a dit depuis: Il y avait quelque chose en moi-mêma qui me faisait agir avec un tel em|iire que je ne jiouvais résister. Elle se trouva aussitôt dans une intime union avec notre bon Sauveur en cet élat, et elle souffrait de grandes douleurs aux mains, aux pieds et au côté; les rebuts qu'elle avait purtés de Dieu furent changés en caresses, et elle [lassa six heures de la sorte toute remidie de délices célestes; car, (juoique d'un côté elle soulfrit beaucoup, tl 'autre part elle était comblée d'une douceur du paradis. Ce temps ne lui dura guère, et il lui sendjlait que ces six heures qu'elle avait été liée à la grille, les bras étendus eu croix, n'avaient été que des moments.
Cependant cette mortiûcation et ces grâces ne la délivrèrent pas encore de son assoupissement, qui lui continua même dans U
LAMOUR m niKL' sr;i;L, — part. iii.
7(in
prière ilii jour cl peiidniit son trav.iil. Oli ! si H'oii sdvnil ce (]iic cVsl ()iio Ips nminilres it)ti(lélil6s .'i Difii I C'est ce (]iii rol)ligi'n do vouloir conliriucr le ^lôn)orL'^l^(io dniit ello s'était servi; in;iis, eu vouKiiit lier ses cheveux, les mains lui deineuièront ininioliiles ; ce que voyant la uitre supérieure des religieuses Ursuliiies, (pii savait son ('■lat, elle prit la peine elle-ui<}nio de la lier à la grille (le leur eliteur, la sœur ayant mis un morceau de bois sous ses pieds, alin d'6- Ire encore jilus ineoiumodée, son corps n'ayant pas tant d'ap|iuiet ses clieveux (-tant si serrés h la trrille qu'elle ne pouvait |>as baisser en aucune nianière la lùte. Elle crut en cet iMat voir notre lion Sauveur, qui lui paraissait dans une beauté ravissante, avec plusieurs séraphins qui l'ortaient les instruments de sa passion douloureuse, plusieurs saints et saintes, et en particulier saint Elie, sainte Thérèse et le bienheureux P. Jean de la Croix, et tous dans des clartés si brillantes et des lieautés si ravissantes, qu'il semblait que ce lieu était devenu un petit paradis. Elle ne laissait pas pourtant de soutl'rir en son cor[)s de très-grandes douleurs, mais ipii étaient mêlées de tant de délices saintes, qu'elle disait que tous les plaisirs du monde n'étaient jias une paille, com|)arés à ces douceurs divines, et qu'on les donnerait sans réserve pour en jouir un seul instant. Elle passa cinq heures en (Ctte manière, comblée de faveurs dont le Dieu de toute bonté voulait bien l'honorer.
Comme elle persévérait constamment dans une pratique si morlilianle, le diable, qui en prévoyait les effets, voulut l'en détourner, lui paraissant sous une forme monstrueuse et la menaçant de la dévorer ; mais notre bon Sauveur lui apjiarut comme il était dans sa tlagellation, ce qui ht fuir ce monstre : il se montra à sa servante tout couvert de sang, ayant la chair emportée en de certains endroits, en sorte que l'on voyait à découvert les os, et il lui laissa de fortes impressions d'une pauvreté entière. Ah 1 s'écriait-elle ensuite, quelle extrême confusion de se voir si éloigné de la pauvreté du Seigneur de toutes choses, et que c'est un grand bonheur de n'avoir rien du tout, d'ôtre jiarfailement pauvre à l'extérieur et à l'intérieur, d'être pauvre des biens temporels, de l'honneur, de l'estime et de l'amitié des créatures, des plaisirs de la terre, d'être dans une totale et universelle )irivation de soi-même ! Cette apparition a été ra|iportée ci-devant dans le chapitre de la pauvreté.
Une autre fois étant tourmentée d'une furieuse colique et ressentant une répugnance extiôme à continuer sa pénitence, et, malgré toutes ces oppositions, l'ayant continuée, comme elle avait la tête attachée à la grille par ses cheveux, et que ses mains étendues en croix y étaient liées par le secours qu'on lui donnait, ses nerfs se rétrécirent, et elle souffrit d'extrêmes douleurs ; au lieu que les autres fois seà peines étaient
mêlées des délices célestes, elle sn trouva le cteur tout navré et mis conmic sous le picssdir; notie bon Sauveur lui faisant connaître qu'il lui faisait la gr;1ce de participer .'i sa croix, et que, tu' |)ouvanl souffrir en sou corps naturel, il continuait sa [lassion en son corps mystique, en la personne de ses fidèles. Enfin, après un mois do punition si terrible pour une légère infidélité, et après une |)énitence si rigoureuse, Dieu tout bon et tout miséricordieux la délivra de son incommodité de dormir. Cet exemple, et ce nous pouvons expérimenter par nous-mêmes, si nous avons des yeux pour voir ce qui se passe dans l'intérieur, nous doivent bien apprendre combien nous devons veiller sur la fiilélité que nous devons à Dieu. Je connais des ûmes qui marchent dans les voies de la perfection, qui, pour des infidélités qui ne sont pas de conséquence, sont de|)uis |ilus de trente années dans la privation de certaines grâces, (pioi qu'elles fassent jiour en obtenir le pardon. O mon Soigneur et mon Dieu! il est infiniment juste que votre indigne et chétive créature soit grandement punie pour le plus petit détour qu'elle fait de vous.
Le Seigneur mortifie et vivifie, dit le l'Ecriture. (/ Reg. 11, 6.) C'est de la sorte qu'il a mortifié la sœur Marie-Angélique; mais il l'a remplie d'une vie de grâce, lui donnant la force de veiller tant de nuits en sa divine présence au jiied de son saint autel ; elle y a veillé les nuits entièiesdurant plusieursannées, et, ce qui est bien rare parmi les saints mêmes qui ont eii celte grâce, sans y dormir du tout. Pour l'ordinaire, nous avons dit qu'elle faisait durant ces temps-là des répalations à l'adorable Jésus au très-saint sacrement de l'autel, tenant un cierge qu'elle faisait brûler, et se mettant à la posture des criminels; quelquefois elle demeurait prosternée le visage en terre durant presque toute la nuit; quelquefois les bras étendus en croix et prosternée; d'autres fois, ce qui était surjirenant, la moitié du corps courbé, et le tête suspendue sans être soutenue d'aucune chose.
Elle comtuuniait tous les jours, et elle disait qu'elle ne savait pas comment on ne faisait pas tout son possible pour jouir d'une faveur si divine. Mais comment dire, comment penser autrement? Pouvoir se nourrir tous les jours de la chair d'un Dieu, et ne pas le faire, c'est ce qui est incompréhensible. 11 est vrai qu'il faut avoir les dispositions requises pour avoir cet avantage, (|ui est capable de donner une sainte envie aux anges du ciel : il faut être véritablement mortifié, et être dans un saint dégagement des créatures et de soi-même; il faut être dans les mêmes inclinations de notre bon Sauveur, aimer la pauvreté le mépris et la douleur ; il faut être dans ces mêmes aversions, avoir une sainte haine de ce que le monde estiiup, des biens, des honneurs, des plaisirs. Mais, en vérité, la violence qu'il faut faire à la nature corrompue, à ses inclina-
OElVr.ES CX)MPi.ETES DL liOlDON.
Vos
tion-s à sa proi)re liutneur, avec le seronrs de la gréoe que notre bon Sauveur donne abondamment à ceux qui font usage de la grâce commune, est peu de chose si on la compare au bien infini auquel on prétend. O mon Dieul que ne font |ias les mondains, et quelle contrainte ne se donnent-ils jias pour la possession du faux honneur ou des biens de Ia terre? Et pour vous, ù grand Dieu des élernités ! hi^las! que fait-on? que soutfre-t-on ? 0 Dieu d'inlinie majesté ! faites un [leu connaître ce que vous êtes à ces misérables aveugles. Ce que je vais dire n'est pas une exagération : s'il fallaitallerau bout de la terre, s'il fallait passer au milieu des épines, des roues et des rasoirs, etsculfrir tous les tourments du monde jiour une seule conmiunion, il n'y aurait pas à délibérer pour une personne qui marche dans la véritable lumière. Notre sœur ne se privait pas de ce bien infini par elle-même ; et on l'a vue, en de grandes maladies, se lever et se traîner, pour ainsi dire ; car à peine pouvaitelle lever les pieds pour aller recevoir ce don céleste; c'est ce qui était cause quelquefois qu'elle communiait à deux heures a|)rès midi, attendant toujours qu'elle fût dans le oouvoir de le faire. Elle a été durant un long temps que, soulfiant des extases continuelles durant le saint sacrifice delà messe, l'on était obligé de la faire placer, dès le commencement, proche des degrés de l'autel; car, perdant l'usage des sens durant cet état, et ne s'ai)ercevant pas de ce qui se passait, elle n'eût pas pu changer de iilace. Mais c'est une chose merveilleuse, que j'ai toujours expérimentée quand je lui ai donné la divine communion : dans cette [irivation de ses sens, sa bouche s'ouvrait toujours pour recevoir son adorable Sauveur, lorsque la sainte hostie en était toute proche, quoiqu'elle ne s'aperçût pas de l'action. C'est ce qui obligea, comme ou vit que ses extases continuaient, à lui donner la sainte communion dès cinq heures du matin, dans l'église des religieuses Ursulines, lorsqu'il n'y avait personne du dehors.
Comme le diable avait fait tous ses elToits l^our l'empêcher de veiller au [lied du saint autel, il n'oublia rien pour la piiver, au moins queli^ues jours, d'une nourriture si divine; il la tenta en toute manière pour tâcher de lui persuader qu'elle ne la devait pas recevoir si souvent ; mais comme nous avons déjà fiarlé de ses tentations dans le ihapitre de son obéissance, il nous sulTira de dire ici que tous les etforts de l'ennemi demeurèrent inutiles ; elle ne regardait que l'ordre de Dieu en la fréquentation de ce divin sacrement. « Quelques ardeurs, disaitelle, que j'aie pour le recevoir, je m'en [)riverai volontiers quand la divine Provide:ice en ordonnera de la sorte : Dieu et sa sainte volonté sont la même chose. » Aussi, comme il a été remarqué, quelque répugnance qu'elle eût de s'en 8[ii)rocher, par tous les )>réteites que le diable lui pouvait suggérer, elle ne s'en retirait pas d'elle-même ; wr c'esv enfin l'esprit de Dieu qui nous doit
ont de leur sont nature et véritable
régbr uniquement, riusicurs grands désirs de communier, qui causés par les mouvements de la de l'amour-propre, n'ayant pas la disposition requise, et'plusieurs de ces per sonnes s'approchent, ou se retirent de la communion vivifiante de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par leurs propres lumières, et souvent avec opiniâtreté. La volonté divine, que nous devons suivre parfaitement, se manifeste par l'impuissance où la divine Providence nous met de comnuinier, soit à raison des maladies, soit à raison de quelques autres erai)êchements que l'on ne peut pas surmonter, soit par ordre du directeur qui ne le juge pas à propos; et pour lors il en faut porter la privation dans la sainte paix de notre bon Sauveur, ne voulant rien de ce qu'il ne veut pas, et voulant tout ce qu'il veut; aussi, d'autre jiart, il faut s'en approcher aussi souvent que l'ordonne le directeur, à qui l'on doit s'en rapporter quand il est homme de Dieu, d'une saine doctrine, sage et expérimenté.