‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 175 sur 436 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Saint Taurin est envoyé à Evreux, vat la divine Providence.

Je n'entre point en discussion ni du Souverain Pontife qui a envoyé saint Taurin à Evreux, ni du temps qu'il y est venu. Je sais qu'il y a de la ditliculté à l'égard du temps ue sa mission, et à l'égard du Pape qui la lui a donnée. Mais comme je n'écris pas pour satisfaire à la curiosité des esprits, mais à la piété des fidèles d'Evreux, il suffit qu'ils apprennent la très-grande miséricorde de Dieu aui les a délivrés de l'enfer, leur

envoyant saint Taurin, pour éclairer ceux qui les ont précédés, qui étaient dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, et poui' conduire leurs pas dans le chemin de la paix

Les circonstances des choses ne doivent pas faire douter de leur vérité , autrement il faudrait révoquer en doute et la création du inonde et la naissance du Sauveur, .-a sainte vie et sa précieuse mort. Car combien de ditféreiUcs opinions entre les savants sur le calcul de la création du monde et de la naissance de Jésus-Christ, de l'âge qu'il a véiu, et de l'année qu'il a été crucifié.

Entrant dans les desseins de mon divin Maître, et je renonce pour jamais en sa sainte présence à en avoir d'autres , j'écris afin que le feux de son divin amour brûle dans les cœurs, car c'est ce qu'il est venu api)orler en terre . et c'est ce qu'il a apporté par saint Taurin. Coiume il nous assure qu'il ne veut autre chose , c'est donc tout ce que nous devons vouloir. C'est j>ar suite ce que je dois prétendre écrivant cette vie. Mais il sera bien difficile que ce feu sacré ne s'allume vivement dans nos cœurs si nous entendons bien ces trois vérités. La première que Dieu tout bon et tout miséricordieux nous a délivrés des peines infinies de l'enfer jiar la mission de saint Taurin. Hélas ! nous en parlons en des termes ordinaires, comme d'une chose commune ; mais c'est ce qui est inexplicable. La seconde, qu'il nous amis en état de participer pour jamais à son bonheur même, ce qui est bien admirable , le bonheur de Dieu même, si nous sommes fidèles à sa grâce. La troisième, que ce discernement qu'il a fait de nous d'avec tant de nations infidèles, n'a point d'autre cause que sa seule bonté. Hé! comment méditer avec attention ces grandes vérités, sans être consommé dans les plus vives flammes du pur amour !

Ecrions-nous ici avec le Psalmiste : 0 Jérusalem, ô église d'Evreux, chante les louanges du Seigneur, chante les louanges de ton Dieu, il napoinc traité de la sorte les autres nations. {Psal. cxlvii, 12-20.) Qu'un chacun de nous dise avec le même Prophète ; mais c'est ce qui se doit dire a\ec de fortes réflexions : Si le Seigneur ne m'eût secouru , mon âme seraitdéjà dans l enfer. [Psal. cxxiii, l-tj.) Hélas! nous foulons aux pieds les cendres de ceux cjui nous ont précédés, qui y brûlent pour jamais. Comment pouvoir penser à cette vérité sans être saisi de toutes parts d'une frayeur inexplicable? Qu'Israël dise maintenant : si le Seigneur n^eût été avec nous, si le Seigneur, dis-je, n'eût été avec nous, notre âme eût passé au travers des eaux impétueuses qui nous auraient abîmés. O mon âme, bénis le Seigneur, et n'oublie jamais toutes les grâces que tu as reçues de lui.

Mais il ne faut pas oublier son saint, dont il s'est servi pour nous favoriser de tant de dons et de tant de grâces. 11 est notre père qui nous a engendrés à Jésus-Christ par le saint Evangile ; il le faut aimer comme le

OEIJYRES COMPLETES DE BOUDON

père ae nos Ames, il le faut révérer comme l'npôtre qui a l'ait reluire le lioau jour de la «race dans le pays que nous halnions , il le faut suivre lidèieiiient comme le pasteur que le ciel nous a doiiné pour nous faire entrer dans !a bergerie de Jésus-Christ , lorsque nous étions des brebis errantes ; il le faut écouter comme notre maître qui nous est venu enseigner la science du salut.

Mais il est le saint patron que la divine Providence a donné au diocèse d'Evreux ; et puisqu'elle veut que nous le regardions comme le modèle sur lequel nous devons régler nos mœurs, afin que le divin amour s'allume dans nos cœurs, c'est la lin que nous nous devons proposer en écrivant cette vie, et le grand motif que doivent prendre ceux qui la liront, et très-particulièrement les pasteurs des âmes, Dieu l'ayant rendu un exemplaire achevé de ceux à qui il en confie les soins.

C'estce qu'a fait toujours l'Eglise d'Evreux, comme il se |)eut voir dans les anciennes leçons de l'office divin, qui selisaientil va jilus de quatre cents ans dans les fêtes de son saint apôtre , et qui se gardent dans les archives du célèbre monastère d'Evreux qui porte son nom , dans lesquelles elle exhorte h une sainte joie de ce que la divine Providence nous a donné un i;uide si assuré, et un docteur rempli d'une science si divine, pour nous conduire dans le chemin de l'éternité et pour nous instruire dans les voies du salut. Et elle remarque que sa pure vie, entre les vies des autres saints, est l'une de celles qui renferme des vertus plus solides pour nous conduire plus efficacement à Dieu.

C'est pourquoi elle veut que nous la considérions avec beaucoup d'attention, toutes ses actions et les manières qu'il a tenues pour arriver à Dieu : ce qui ne sera pas, comme elle assure, sans une grande bénédiction; et c'est pour cela qu'elle en fait voir la divine vocation, sa prompte et lidèle obéissance à s'y soumettre , la pure vue qu'il y a eue de Dieu seul, le parfait mépris de tout ce qui n'est pas Dieu, les grandes choses qu'il a soutferles et qu'il a faites pour sa gloire.

Elle dit qu'il a élé le parfait imitateur des apôtres saint Pierre, saint Jacques et saint Jean, que Notre-Seigneur Jé^us-Christ a appelés à sa suite, car la vocation divine est d'une nécessité indispensable. On a beau avoir de bonnes intentions, si le Seigneur n'édifie la maison, en vain travaillent ceux qui tâchent de la bâtir. C'est une vérité de foi, révélée par le Saint-Esprit dans VEpitre aux Hébreux {v, 4), personne ne doit s'attribuer cet honneur; car si Jésus-Christ luimôme ne s'est point introduit dans son pontificat, où est la personne, quelques qualités qu'elle puisse avoir, 'et quelque bien intentionnée qu'elle puisse être, qui doive s'ingérer et se faire sa vocation? Ainsi saint Taurin ne s'est pas introduit lui-même pour être pontife. Malheur à ceux qui entrent dans l'élal ecclésiastique, ou qui y engagent les autres sans la vocation de Dieu, quelque

bonne intention qu'ils puissent avoir; et à plus forte raison quand c'est par des vues humaines. Oh! combien y en a-t-il qui s'y ingèrent par îles motifs de leur étalilissement temporel, ou de l'honneur, ou d'une vie aisée? combien y en a-t-il qui permutent ou résignent leurs bénéfices par la vue d'un revenu [ilus consitléialtle, ou de quelques avantages temporels? il y en a même à la mort qui les résignent par' des vues de chair et de sang. Combien y a-t-il de patrons qui les donnent aux "^i)lus dignes entre les dignes, comme l'ordonnent les conciles , et comme le ])rix du sang de Jésus-Christ le demande? Combien y en a-t-il entre les personnes, et quelquefois qui ont de la vertu d'autre part, qui, dans leurs permutations ou résignations, considèrent fortement cette obligation? ou pense avoir beaucoup fait quand on a dit, c'est un honnête homme. Mais que reste-t-il à toutes ces personnes qu'une attente redoutable du jugement de Dieu? il faut entrer par la porte de la bergerie qui est Jésus-Christ, ceux qui montent par ailleurs sont des larrons et des voleurs.

C'est par cette porte que saint Taurin est entré dans l'état ecclésiastique, y ayant été appelé par Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme les saints apôtres; et à leur imitation ayant tout quitté jiour le suivre :il a oublié sa nation et la maison de son père, toute son illustre famille et ses amis. 11 s'est séparé des personnes les plus chères qu'il eût au monde, sans avoir égard ni à la chair, ni au sang, et à toutes les tendresses que son bon naturel lui pouvait donner. Il les a abandonnés pour ne les revoir jamais en cette vie.

On ne peut douter que ce ne fût un coup bien sensible à la pieuse Euticie sa mère, qui l'aimait comme son enfant, et comme une personne que les belles qualités naturelles et les rares vertus rendaient parfaitement aimable. Mais c'était une mère vraiment chrétienne, qui servait en es[)rit et en vérité le Sauveur de tous les hommes, qui déclare qu'il est venu njettre la division entre le fils et le père, la mère et la fille, et que celui qui aime plus son fils que lui n'est pas digne de lui. Ainsi l'histoire nous apprend que, bien loin de former des obstacles aux desseins de son lils, elle l'animait généreusement à les exécuter, et à une sé- ]>aration si dure à la nature : en cela bien éloignée de ces parents qui font tant de difficultés à leurs enfants qui veulent quitter le siècle pour suivre les conseils de Jésus- Christ, et qui apportent tant de retardement sous le faux prétexte d'examiner leur vocation; jux qui aveuglément les engagent dans le monde sans y considérer l'ordre de Dieu. Ce sont ces domestiques de l'homme, dont le Fils de Dieu dit qu'ils seront ses ennemis.

Saint Taurin quitte donc Rome , pour lors une des villes les ()lus florissantes de la terre, pour aller dans un pays éloigné parmi des peuples étrangers, où il ne pouvait attendre que des rebuts, des mépris et toutes

VIF. DK SAIM TALKI.'<.

CIIAl'. 11.

sortes de croix. Ktaiit issu du parenls nobles et riiiies il pouvait |iréleiiilrc aux iionnours et aux dignités du siècle, il pouvait aienor une vie douce et aisée, il [louvait donner à ses sens les satisfactions rjui leur "sont propres; niaislamour de Jésus-Christ lui fait considérer ces avantages du siècle comme îles pertes. Il estime, avec le graml Apôtre [Philip, m, 8), que tout n'est qu'une

iierte en comparaison de la liante science de ésus-Christ, pour l'amour duquel il renonce h toutes choses, les considérant comme de la boue. 11 préfère une rigoureuse iiauvrclé dans un entier dénùmcnt de tous les biens de la terre, à toutes ses richesses. Comme un hcmme vraiment apostolique il s'en va sans or, ni argent, ayant pour toutes provisions les soins tle la divine Providence.

Il savait !a grAce que Jésus-Christ nous a faite de s'ôtre rendu ])auvre pour nous, étant riche : il savait que c'était la iiremière chose que le Fils do Dieu ordonne à ses apôtres, afin de donner à son peuple la connaissance du salut ()our la rémission de leurs péchés; mais ô déplorable état de grand nombre de bénéficiers qui sont employés dans les mêmes fonctions 1 ce n'est pas seulement la seconde ou la dernière (ju'ils se proposent, je iiarle au moins de l'esprit de pauvreté, car c'est ce que l'on ne considère pas du tout.

Bien loin d'avoir les mômes sentiments que Jésus-Christ a eus, comme le veut l'Ajiôtre (Philip, ii, 5), on est rempli de desseins entièrement contraires. On regarde si les bénéfices sont bons, c'est-à-dire s'ils ont un gros revenu quand on les accepte ou plutôt quand on les brigue, et on a les mômes vues quand on les change. Ordinairement on commence par là : Combien le bénéfice vaut-il ?

Tous les biens, tous les revenus de notre apôtre d'Evraux consistaient dans la conîiance en la seule Providence. On lit dans les anciennes leçons de son oOice, dont nous avons parlé, qu'il pouvait dire avec saint Pierre, le prince des apôtres : Je n'ai ni or ni argent. Mais on y apprend que les aumônes qu'une si bonne mère lui faisait donner étaient uniquement employées ou a bâtir des chapelles, ou à édifier dès hospices pour les pauvres, ou à assister tous ceux qui étaient dans le besoin. O mon Dieu 1 dans quel état épouvantable sont ceux qui emploient en des usages profanes, en des jeux et des divertissements, en de folles vanités, les revenus ecclésiastiques qui , dans le sentiment des Pères sont les vœux des fidèles, le prix des péchés et le patrimoine des pauvres! Mais si Dieu prononce ces vérités terribles dans le prophète Isaïe (v, 8) : Malheur à vous qui joignez maison à maison, et qui ajoutez les terres aux terres ; quel malheur sera-ce pour ces ecclésiastiques qui ne pensent qu'à acquérir et à amasser de l'argentl Saint Jérôme et saint Bernard remarquent que ces paroles condamnent principalement l'avarice de ceux qui font une profession particulière d'être à Dieu. Et cependant, ce

OEUVRES COMPL. DE HoUDON. lll.

qui est digne de larmes, ceux qui d'autre nart sont exempts <les autres vices tomnent dans celui de l'amour du bien temporel, et certainement il est rare de trouver des personnes qui en soient véritablement détachées. Mais quelle horreur de voir des bénéliciers mourir de cet attachement, et à qni l'on trouve des -sommes considérables d'argent amassé.

L'avarice est un péché que Dieu déteste, et cependant c'est l'idole auquel la f)lupart du monde sacrifie. C'est cette idole , disent encore les leçons de l'odice de saint Taurin, que l'on va chercher jusque dans les lieux les plus profonds de la terre, qu'il a toujours détestée. .Mais ne détournons |)oint les yeux do dessus ce patron que la divine Providence nous a donné. Considérons avec attention, comme le veut l'Eglise d'Evreux dans les mêmes leçons, le chemin qu'il nous a tracé , les démarches qu'il a faites , ce qu'il a pratiqué pour l'établissement du règne de Dieu. 11 a été un bon pasteur, à l'imitation de Jésus-Christ, et, comme cet aimable Sauveur est descendu du ciel en terre pour recouvrer l'homme perdu, saint Taurin est venu d'un pays très-éloigné dans un pays étranger pour le chercher. Il a fait de longs et pénibles voyages, il est allé de tous côtés, dit l'histoire de sa Vie, pour gagner tout le monde à Jésus-Christ, et il n'a rien épargné pour ramener toutes sortes de personnes dans les voies du salut.

Malheur à nous au milieu de nos tiédeurs, ou pour mieux dire de nos glaces et de toutes nos insensibilités, à la vue du zèle de cet homme apostolique qui n'a rien, à l'imitation de saint Paul, qu'il ne donne librement, jusqu'à sa personne môme, pour les âmes. 11 ne faut que des paroles pour instruire les peuples des campagnes par des catéchismes, il ne faut que des paroles pour les exhorter au service de Dieu, et on néglige de faire le catéchisme , on néglige de faire de saintes exhortations qui sont nécessaires, puisqu'il ne suUit pas d'être éclairé, mais qu'il faut pratiquer. Ou bien on fait des catéchismes d'une manière inutile, se contentant d'apprendre par mémoire les vérités sans les faire entendre. Ainsi et les pères et les enfants ne connaissent point Dieu , après avoir dit et redit les vérités du catéchisme. La divine Providence nous a fait donner un livre au publie , intitulé La Science sacrée du Catéchisme, où nous avons remarqué plus au long cet abus, qw'une longue expérience d'un grand nombre d'aiir nées de visite nous apprend tous les jour-;. Il ne faudrait que faire un peu de chemin dans l'étendue d'une paroisse, et aller dans les hameaux pour y' faire assembler les personnes qui les habitent, et qui se trouvent rarement dans l'église de la paroisse, pour les catéchiser et les instruire, il ne s'agit pas de faire des trois cents lieues, comme saint Taurin, pourles aller chercher, et on ne s'en donnera pas la peine ; ce que l'on ferait avec ardeur et oromptitude s'il

OEUVRES COMPLETES DE C()«;i)ON d'empêcher qu'on enlevai

élail question quoique dîme.

Le bon [lasleur, dit notre divin Maître, appelle ses propres brebis [iar leur nom: il ne se doit donc pas contenter on général de les appeler. C'est une grande vérité qu'il n'y en a pas une seule dont il ne doive prendre soin , puisqu'il n'\' en a pas une seule dont il ne doive répondre au redoutable jugement de Dieu. O condition formidable des pasteurs ! c'est pourquoi il y a des manuels qui leur ordonnent de tenir un registre, qui est apjiclé le registre de l'étal des âmes, dans lequel toutes les personnes des lamilles sont marquées, afin de les connaître toutes en particulier. Le Fils de Dieu, ne dit-il pas : Je connais mes brebis , et mes brebis me connaissent. [Joan. x, li.)

.Mallieur à nous dans nos ténèbres , plus épaisses que les ténèbres palpables de VEpypte, après que le Soleil de justice nous a fait luire une lumière admirable iJes montagnes éternelles par la prédication de saint Taurin et par ses exemples , qui nous devrait faire voir dans un grand jour ce que valent les âmes. Quand on dit qu'une seule vaut plus que toutes les couronnes et que tout le monde ensemble , c'est beaucoup dire en vérité ; car une seule donc mérite jilus de soins et de travaux que tout ce qui fait les soins et est le sujet (les travaux de tous les homme.' de la terre.

Mais voii'i quelque chose de plus fort, il n'y a jamais eu de sujet qui méritât plus de larmes que les tourments et la mort d'un Homme-Dieu ; et cependant il défend qu'on pleure sur lui, comparant les maux de sa douloureuse pi-ssionet de sa mort ignominieuse avec la perte des âmes; voulant nous apprendre qu'il n'y a rien digne de larmes comme leur damnation éternelle; et après cela les patrons des bénéfices donneront la charge de ces âmes sur une simple recommandation, ce qu'ils seraient bien fâchés de faire s'il était question de donner une de leurs fermes. On les résignera comme nous l'avons dit, on les permutera avec des personnesqui ne sont pasles plus dignes d'entre les dignes.

Ecrivons encore ici ce que nous savons dans le dernier gémissement de notre oœur. H y a des pasteurs dans les cani[)agnes, et (m bien des lieux, qui abandonnent les pauvres âmes dans l'extrémité de leur vie.

Quand ils ont donné les sacrements aux malades, ils ne les vont jjIus voir. Ils sont administrés, disent-ils, et il y a des paroisses où les pauvres gens craignent tie recevoir les sacrements, dans la persuasion oîi ils sont qu'ils ne verront plus leur curé, il y en a ou les pasteurs se hâtent de donner les sacrements, pour s'exempter de la peine de rendre des visites à leurs malades, qui demeurent sans secours dans un temps on les démons font leurs derniers efforts pour les perdre, et où ils peuvent même retomber dans le péché.

Levez-vous, ô Seigneur, prenez votre cau^e en main, qtie l'houinm ne s'emporte .

pas sur vos divins intérêts : que si dans son aveuglement incom|)réhensible, il ne sait pas peser la grandeur de l'uutrage qu'il fait au sang de Jésus-Christ, qu'il apprenne à le pleurer avec des regrets inconsolables, par les larmes que le même Sauveur y a données; qu'il se souvienne qu'à cette vue il est entré dans une agonie qui lui adonné une sueur de grosses gouttes de sang qui coulaient sur la terre. Il faudra être bien dur pour retenir ici ses larmes. Et comment n'en laisserons-nous point couler de nos yeux et des larmes d'eau, pendant qu'un Homme- Dieu répand de larmes de sang de toutes les parties de son corps qui coulent sur la terre, comme de petits ruisseaux.

Qu'on ne s'étonne donc pas de la digression que je fais pour une affaire de lello conséquence aux yeux de Dieu. Je ne sais comment j'aurais pu m'empêcher dans les mouvements forts qui m'en ont pressé dan» la seule vue des seuls intérêts de Dieu seul. Et après tout, ce n'est pas trop s'écarter» écrivant la Vie de saint Taurin, de faire voir la grandeur du sujet qui lui a fait quitter son pays, tous ses biens, tous les [)laisirs de la vie, pour s'exposer à toutes sortes de croix. C'est môme entrer dans la fin pour laquelle je dois écrire, et pour laquelle ou doit lire sa sainte Vie, qui est l'imitation de ses mœurs et en particulier de son zèle apostolique pour le salut des âmes, et pour la gloire de la suradorable Trinité dans leur salut. C'est ce que nous devons apprendre dans ce chapitre, qui traite de sa mission dans le pays d'Evreux, et ce que l'Eglise môme nous ordonne de faire dans les lei;oiis de l'office du saint.

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