‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 177 sur 436 · VIE DE SAINT TAIRI.N. - CII.M'. IV · texte numérisé non relu

VIE DE SAINT TAIRI.N. - CII.M'. IV

comme un ours i^pouvaiilable , il lui parut t'Oinme uu lion fur itnix, il l'allaqua sous la forme il'uii grand inilllc ; ei l'iionuiietle Dieu, au nom de la trt^s-sainle Trinité, dont il venait iirôchor la foi, aven le seul signe de la croix, triompha glorieusement de cet esprit fier et orgueilleux.

C'est une ancienne tradition que, le démon avant été ainsi vaincu par le saint, une des cornes du hullle qui l'attaqua lui demeura entre les mains, pour servir de marque de sa glorieuse victoire; et cette corne, qui est d'une grandeur singulière, est encore présentement conservée et montrée dans la célèbre abbaye de Saint-Taurin d'Evreux.

Je ne fais |ioint de ctilliculté de parler do cette tradition , ai>rès uiessire Claude de Saintes, qui a été évoque de cette ville. Ce grand prélat est assez distingué pour ses rares mérites. Il a été grand pour sa profonde érudition, qu'il a assez fait voir dans ses doctes écrits contre les hérétiques , et particulièrement dans son livre de l'Eucharistie : ouvrage achevé, dont l'un des plus savants théologiens de la Compagnie de Jésus, le célèbre François Turlian,a rendu ce témoignage, qu'il n'y arien d'omis de tout ce qui regarde la doctrine, et qu'il renferme lui seul tout ce que les autres auteurs ont écrit de ce sujet. Mais il a été encore plus grand par l'éminence de ses vertus, et spécialement [>ar son esprit de pauvreté et son assiduité à l'oraison, par un saint mépris des honneurs du siècle. Il a été un des théologiens du concile général de Trente, où il donna plusieurs marques de sa grande érudition; et il a assisté au dernier concile de la province de Normandie, dont il a dressé les actes ; et, à son retour de ce concile, ayant réformé le bréviaire d'Evreux, il y a mis la tradition dont nous parlons, etquise trouve dans les livres des antiquités de la ville.

Après tout, ce n'est pas une chose nouvelle que les démons aient paru sous la forme de ditférentes bêles, et que môme ils soient entrés dans leurs corps : l'histoire est pleine de ces apparitions. Ces esprits qui étaient les plus nobles images du Créateur, qui brillaient par leurs éclatantes clartés, qui étaient élevés avec tant de gloire audessus d ureste des créatures, ayant dégénéré honteusement de leur glorieuse condition par le péché, sont devenus semblables aux bêtes. L'Ecriture les y compare, les rejirés«ntant comme des baleines, des aspics, des basilics, des lions et des dragons; c'est pourquoi il ne faut pas être surpris s'ils sont contraints de se voir sous ces figures qui marquent l'énormité du péché. Oh ! qui saurait ce que c'est que l'olTense de Dieul

Les Pères de l'Eglise nous ont parlé de ces apparitions ; saint Athanase en rapporte plusieurs dans la Vie de saint Antoine, et saint Jérôme, dans celle de saint Hilarion, dans laquelle il remarque que non-seulement on amenait de différents lieux à ce saint des personnes possédées du diable, mais encore des bêtes mômes, dans lesquelles ce cruel esprit était entré, et il écrit

([uecela arrivait ordinaireuienl. Il parle en particulier d'un chameau d'uiH' énorme grandeur, dans lequel li; démon était entré, qui fut mené au sai-iit par [dus de trente hommes qui le conduisaient, étant lié par de grosses cordes; ses yeux étaient tout de sang , et ses rugissements elfrojables.

L'homme de Dieu l'ayant aperçu, commanda aussitôt nu'on le laissAt libre; et cet animal furieux s en étant ai)proché comme pour le dévorer, tout à coup tomba à ses (ncds, ayant la tôté contre terre, faisant [laraître autant de douceur qu'il avait marqué auparavant de cruauté.

Or, si saint Jérôme rapporte qu'on amenait tous les jours, c'est-à-dire ordinairement, à saint Hilarion, de ces bêtes féroces dans lesquelles le diable était entré, pour l'en faire sortir, il n'y a pas à s'étonner si l'on a écrit (lu'il est entré une fois dans le corps d'un bulïïe pour attaquer saint Taurin. Mais l'Ecriture ne nous apprend-elle pas qu'une légion de démons entra dans un grand troupeau de pourceaux qui paissaient sur une montagne, qui se précipita du haut de la montagne dans un lac, et y fut noyé. Nous lisons dans la vie d'un des i)lus grands serviteurs de Dieu de notre temps, qui a été donnée au public, que le démon a transporté le corps mort d'un dragon, dans lequel il s'était mis, et à qui il donnait du mouvement, dans l'un des monastères de religieuses dont il était le digne fondateur; qui ayant aussitôt connu que c'était un pur etfet du malin esprit, ces sortes d'animaux ne se trouvant pas dans notre France, elles eurent recours à Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont la divine vertu ayant obligé le démon de sortir de ce corps, il le laissa dans leur cour, où il fut brûlé à la vue de toute la cocnmunauté, et dont il a eu autant de témoins que de personnes religieuses de cette maison.

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