CHAPITRE IV
Les persécîitions que saint Taurin souffre
des hommes.
Après que saint Paul a parlé de sa patience, de ses persécutions, de ses souffrances, dans sa //' Epltre à Timothée (m, 12), il déclare que tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ seront persécutés. Les croix sont le partage de tous les véritables Chrétiens; mais ceux qui y ont plus de part sont les hommes apostoliques qui sont destinés pour en être la lumière et les guides. Aussi dès lors que le Fils de Dieu choisit saint Paul, dont nous venons de parler, pour être son apôtre, quand il en parle, il dit (-4c/.' XI, 15, 16) : Cet homme est dans mon dessein un t'ose d'élection pour porter moti nom devant les gentils, car je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom. El le même Apôtre allant à Jérusalemassure (Act. XX, 22, 23) qu'il y était obligé par le Saint- Esprit sans savoir ce qui lui devait arriver, sinon que par toutes les villes le Saint- Esprit lui déclarait et l'avertissait que des chaînes et des afflictions l'attendaient en la ville de Jérusalem.
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ŒUYIIES COMPLETES DE BOl'DO.N.
Ce sont les piocieuscs giAces que la divine Providence a faites h saint T.iuiin, lorsqu'il est venu en la ville d'Evreux. Comme il était plein de foi et du Sainl-lisprit, i! y jeia la terreur dans les puissances de l'enfer , qui tremblent à la seule vue d'un homme où il n'y a que Dieu seul. Kt c'est ce qui avait obligé le démon de paraître dans des animaux furieux, comme il a élé dit, pour tàclier de l'intimider et empêcher son entrée dans la ville; mais voyant ses artifices inutiles, il se servit des libmraes ses esclaves, à qui il inspira sa fureur. C'est une 'vérité que la rage des persécuteurs n'est point une tentation purement humaine , mais qu'elle vient du démon. C'c.sl pourquoi lorsque l'esprit de Dieu, dans le chal.ilre n , 10, de l'Apocalypse, prédit une persécution qui devait arriver aux fidèles, il lui attribue par ces paroles : Sachez que le diable mettra en prison quelques-uns d'entre vous. C'est que les persécuteurs agissent par son mouvement, et qu'il est le vrai auteur de leurs actions violentes.
Il anima donc contre saint Taurin trois sortes de jiersonnes : les ])rêtres des idoles, les magiciens et le préfet de la ville, afin qu'avant uniensembleloutesleursforces il le ])ût combattre avec plus de succès. Il avait dessein d'exciter une sédition parmi lepcul)le contre lui par les |u êtres des faux dieux, et faire un grand bruit jiarmi des gens qui j)rennenl feu aisément, quand il s'agit de quitter leurs superstitions. Il voulait faire des choses extraordinaires et qui eussent beaucoup d'éclat par le moyen des magiciens, et enfin se servit de l'autorilédu préfet pour empêcher la publication du saint Évangile. Les prêtres des idoles étant possédés de son esprit de fureur, cherchèrent toutes sortes de moyens pour perdre le saint, ayant consjiiré sa mort, et ayant pour ce sujet engagé vingt hommes ; mais couime ils étaient sur le jioint d'exécuier leur malheureux dessein, ils en furent empêchés rniraculeuseluent par le signe de la croix que fit l'homlae de Dieu, qui les rendit immobiles.
Pendant que ces choses se )iassaient, le diable voyant sans etl'et tous leseU'orts qu'il avait fait'^s par les ])rêtres des idoles et par les magiciens, suscita le préfet qui s'apjjelait Licinius, et il irrita son esiiril contre le saint. 11 ordonna à ses soldats de s'en saisir et de le lui emmener en un village que l'on nomme Gisay, où il était pour lors. Ce qui ayant été exécuté, et le saint comparaissant devant le préfet, il lui commanda de lui dire d'où il était, et le sujet de sa venue dans le pays d'iivreux. Alors l'homme apostolique afùès avoir réix)ndu qu'il était llomain de nation et avoir fait connaître sa famille, comiuença à lui p-arler d'une grande force des écrits de la religion chrétienne, il lui découvrit la vanité des idoles qui ne sont rien; que ce sont les ouvrages des mains dos hommes, des figures qui ont une bouche et qui ne parlent jioint, qui ont des yeux et ne voient point, qui ont des oreilles et n'entendent poiril, qui oot des mains et ne peu-
vent rien toucher, qui ont des jiieds et ne marchent point, qui, bien loin de servir <le firotection h ceux qui les invoquent, ne peuvent passe sauver elles-mêmes. (P.sn/.cxxsiv, 13, 18.) Mais que le Dieu (]u'il venait annoncer était infiniment grand, qu'il avait fait le monde et toutes les choses qui y sont, étant le Seigneur du ciel et de la terre.
Ensuite il lui tit connaître son amour excessif dans le mystère de l'Incarnation, il lit un excellent discours de la résurrection, de la longue et interminable éternité, des su|ijilices incompréhensibles que soutl'riront les mécliants dans les enfers et des récoiniienses des bienheureux dans le ciel. Mais Licinius, demeurant dans son égarement et endurcissant son cœur, commanda qu'on le dépouillât et qu'on le fouettât cruellement, autant de temps qu'il serait nécessaire pour lui faire perdre la vie.
Mais la divine Providence en disposait d'une autre manière, le réservant à achever le ministère qu'il avait reçu de Noire-Seigneur Jésus-Christ, qui était de rendre témoignage à l'Evangile de la grâce de Dieu. Ainsi pendant qu'une grêle de coups tombait sur son corps innocent, on entendit une voix céleste qui lui dit, ne craignez rien de ce que vous devez souffrir; et après cela, les mains des bourreaux devini-ent sèches, ce qui les mit hors d'état de continuer ses tourments.
Ce miracle et les grandes vérités de la religion qu'il avait prêchées, ayant étonné Léonille, femme du ]irésident', donnèrent lieu heureusement à sa conversion au christianisme, dont elle fît même sur-le-champ une haute |)rofession avec tant de force et de courage, qu'elle osa bien reprocher à son mari sa cruauté et son aveuglement. Ce qui l'ayant mis dans une furieuse colère, il commanda aussitôt de la charger de chaînes et de la lier étroitement aussi bien quesainl Taurin, et de les conduire ensemble dans une ali'reuse prison. Ainsi l'apôtre d'Kvreux aussi bien que saint Paul, eût la joie d'engendrer à Jésus-Christ dans ses liens cette dame, comme ce docteur des nations son cherOnésime.
Cependant s'il souffre comme lui jusqu'à être lié de chaînes comme un criminel, la parole de Dieu n'étant pas liée, les chaînes et les supplices ne lui jiouvant interdire la confession et la prédication de la foi. C'est pour lors qu'il a pu dire aux peuples d'Evreux, comme le grand Apôtre à ceux de Corinthe : C'est sur vous que les preuves de mon apostolat ont jiaru par une continuelle patience. (// Co;-. vi, !i.) Et [lour nous, nous devons dire, avec l'Eglise d'Evreux, qu'il serait difficile d'en raconter tous les sujets, tous les combats qu'il a donnés, et tous les tourments qu'il a soufferts, et nous écrier avec elle, comme toute l'Eglise le fait de saint Martin, et encore avec plus de sujet ; O homme très-heureux qui a remporté la palme tlu martyr! quoiqu'il ne soit pas n»ort par le martyr, ayant soiill'ort les fouets t-t des i)einesVapabies de donner la mort. On