‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 180 sur 436 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les bétiMiclions de la divine Providence aux truiuux apoftuliiiues de saint Taurin,

Le grand Apôtre écrivant aux Thossalonicicns (il, 1), leur assure que son entrée parmi eux n'a point été sans fruit, anrès avoir souU'erl beaucoup de maux et d opprobres h Pliilippes. C'est qu'il y avait été l'ouellé et mis en prison, après y être allé par l'ordre do Dieu et par une révélation expresse. Le môme honneur étant arrivé à saint Taurin, comme nous l'avons dit dans le chapitre précédent , son entrée parmi les peuples d'Evreux ne sera pas sans de grands ed'ets d'une bénédiction extraordinaire. L'n iiabitant de la ville ayant été trouvé digne lie le loger chez lui, | endant qu'il prêchait dans sa maison l'Kvangilo do Jésus-Christ, le diable plein de rage jeta sa (ille, nommée Euphrasie, dans le l'eu, oii en [leu de temps il lui lit perdre la vie étant entré dans son corps. Mais ses flèches aijjuës, jjour me servir des paroles de l'Ecnlure, tirées d'un puissant bras , accompagnées de charbons ardents, retombèrent sur ce maudit esprit; car le saint ayant élevé ses cris au Seigneur, lorsqu'il y était et toutes les personnes présentes dans l'allliction, il en fut exaucé. Pendant que tous ceux qui avaient vu ce spectacle de douleur étaient dans les larmes, aussi bien que les veuves assemblées autour de saint Pierre [AcC. ix, 39) à la mort de Tabithe, il pria à genoux à son imitalion, et se tournant comme lui vers le corps mort, il lui commanda de se lever, et il lui rentlil la vie. Et comme jilusieurs crurent au Seigneur aiirès .la résurrection de Tabithe, de même six- vingts personnes reçurent le saint baptême, après qu'on leur eût fait voir Euphrasie vivante ensuite de sa mort.

Le saint ayant fait une action si glorieuse ?i Notre-Seigneur Jésus-Christ dans une maison particulière, alla au temple de Diane, dont le culte superstitieux régnait pour lors dans le [lays d'Evreux, pour y atliiquer le démon dans son fort , en découvrant la vanité et le rien de l'idole de celte fausse divinité. Il y prêcha hautement que l'idole do Diane n'était qu'une statue de pierre, muette et sans sentiment, et que ce n'était qu'un esprit maliieureux de l'enfer qui i)arlait par elle. A ces paroles les ministres de l'idole, s'élant furieusement irri-

tés, crièrent h leurs peuples que cet étranger (pii leur parlait était un séilucteur et un magicien, et se iiroslernant devant l'idole iiiililoiaient son secours. Diane, disaient-ils, écoulez-nous, exaucez nos iirièies, défendez votre honneur contre voire ennemi. M |ie!sonnc ne répondait. Ce qui obligea le saint de leur dire, comme autrefois le grand prophète lilic aux faux i)rophètes de liaal (/// Ittfj. xviii, -2'), se moquant de leur. superstition : Cri';z plus liauC, alin que l'on vous entende. Mais toutes leurs clameuis furent inutiles, l'idole de Diane demeurant muette.

Alors l'homme de Dieu, revêtu de sa force divine, voulant leur découvrir quel était celui <|ui leur parlait quelquefois par cette statue de pierre, commanda au démon de so manifester ; et <> même temps on entendit sortir de l'idole une voix lugubre qui dit : «Cessez, misérables, cessez de |)lus implorer mon secours, voici (lue je suis lié, depuis que Taurin, le disciiile de Jésus-Christ, est venu en cette ville. » Après ces paroles on peut aisément penser l'étrange consternation où se trouva tout le peuple qui les entendit. Cependant le saint n'oubliant rien de tout ce qu'il |)ouvait faire en la vertu de son .Maître pour ouvrir les yeux de ces inlidèles, il or;lonna encore au démon de sortir de l'idole, et de montrer sons une forme sensible quelque cho-o de la laideur que le |)éché lui a causé. Et voici que cet esprit infernal parut sous la tigured'un vilain Maure, jetant feu et flammes par la bouche, et une fumée horrible par les narines, ayant lo reste du corps dans un état épouvantable. A cette vue les peuples firent de grands cris, tous furent saisis d'une frayeur extrême ; et se prosternant aux pieds de saint Taurin, le priaient de les délivrer de ce monstre.

On lit quelque chose de semblable do saint Etienne, Chartreux et évêque de Die, qui lit voir à ses diocésains les démons avec leurs horribles figures lorsqu'il leur prêchait, pour leur appreiulre quels hôtes ils avaient quand ils étaient en péché mortel. Ensuite de cet etfroyable spectacle notre apôtre ayant répondu àces peuples consternés qu'ils ne pouvaient être délivrés de ce monstre d'enfer sans la foi en Jésus-Christ, ils demandèrent le saint baptême; et ce jour-là il y eut deux mille personnes baptisées, et quelque temps après douze cents.

Or le nombre de ceux qui croyaient an Seigneur tant hommes que femmes, s'augmenta de [ilus en plus, et le saint les exliortait tous de demeurer fermes dans la volonté d'être au Seigneur, car c'était un homme rempli du Saint-Esprit et de foi : et c'est ce qui doit être inséparable de ceux qui annoncent l'ELvangile de Jésus-Christ. 11 faut ici considérer une chose irès-remarquable sur ce sujet , que Notre- Seigneur ordonna à ses apôlres de se tenir dans la ville de Jérusalem jusqu'à ce qu'ils fussent revêtus de la vertu du Très-Haut, et cela après avoir eu la mission immédiate de sa propre bou-

a:UVRES COMl'LKTES DE BODDON.

cho, el en avoir reçu l'ordre ti';iller par tout le inonde, el de prêcher l'Evangile à tous les hommes. Ainsi ilsnecoramencerent.de parler publiquement qu'après avoir reçu le Saint-Esprit, s'y étant disposés unanimement par la persévérance dans les [irières avec la très-sainte Vierge Marie, Mère de Jésus.

C'est de celte manière qu'après avoir été revêtus de la vertu du Très-Haut ils annoncèrent l'Evangile, qui ne consiste pas en paroles seulement, connue nous le crie l'Apôtre {I Cor. 1, 17. 18), mais en puissance, en présence du Saint-Esprit, el en plénitude de grâce; et dans cette plénitude, quoiqu'ils fussent envoyés comme des brebis au milieu des loups, dont tout le monde était plein, ils changeaient ces loups en agneaux, les converlis.sant à la foi. « C'est en cette sorte, » dit saint Jean Chrysostome, «que douze [irédicateurs, qui n'étaient que de pauvres pêcheurs, ont converti tout le monde infidèle : » el à présent que le monde chrétien est plein de prédicateurs qui sont des personnes considérables |)our leur éloquence et leurs sciences, el pour leur autres qualités ; la conversion des mœurs est rare : c'est que sou vent on a beaucoup de l'esprit de l'homme, et peu de l'esprit de Dieu.

Comme saint Taurin en avaitla plénitude, il ne faut pas s'étonner s'il a paru comme une lumière; el comme le soleil en son midi, pour parler avec le Psalmiste, dissipant les nuages de la gentiiilé d'Evreux. 11 s'arrêta de prime abord dans la ville, instruisant de plus en plus, et animante la persévérance ceux qui avaient reçu la foi. Ensuite il alla de village en village, et par les bourgs, donnant partout la connaissance du salut, détruisant les autels des faux dieux, abattant les idoles, consacrant des temples au vrai Dieu, faisant édifier de petits hospices pour les pauvres, leur procurant des secours dans leurs besoins, consolant les atlligés, se faisant toutes choses à tous, fiour les gagner tous à Jésus-Christ. C'est de cette manière par la prédication de saint Taurin, que les habitants du pays d'Evreux, qui autrefois n'éiaient pas le peuple de Dieu, sont maintenant son peuple à qui maintenant il fait miséricorde, la nation sainte, le peuple que Dieu s'est acquis, afin qu'il publie la puissance de celui qui l'a appelé des ténèbres à son admirable lumière. (/ Peir.x.i,9.)

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