‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 181 sur 436 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Saint Taurm donne au diocèse d'Evreux pour patronne spéciale la Reine des anges, et les secours qu'il a reçus de ces sublimes esprits.

Nous pouvons dire avec plus de sujet au commencement de ce chapitre, ce que saint Jérôme a écrit au commencement de la Vie ;le sainte Paule, que, quand tous les membres Je notre corps seraient changés en autant de langues, nous ne [jouirions jamais assez dignement expliquer Ig grandeur, les avantages, et la douceur de la protection de lu très-sainte Vierge, Mère de Dieu.

C'est une protection si elTu-ace auprès de son Fils qui est tout-puissant, que les ordres, les congrégations, les villes et les royaumes s'y sont mis avec une entière confiance d'en recevoir toutes sortes de secours dans leur besoins. C'est ce qu'a fait le feu roi Louis le Juste, de très-glorieuse mémoire, par un vœu et une obligation solennelle ; et c'est ce qui a été ratifié et renouvelé par le roi à présent régnant; et qui a été suivi des bénédictions abondantes que le ciel a répandues depuis ce tem|)s-là sur la France, et de la proctection singulière el étonnante qu'il lui a donnée contre tous ses ennemis. Aussi l'angélique Docteur l'appelle la Tour de David, d'où pendent raille boucliers de toute l'armure des plus forts. Grégoire VII, Souverain Pontife, voulant reconnaître les services que la princesse Matliilde avait rendus à l'Eglise contre les scliismatiques, croit ne le pouvoir mieux faire qu'en la mettant sous la protection de la Mère de Notre-Seigneur ; et il lui écrit qu'il ne désistera jamais de le faire. Ce Pontife a été honoré de plusieurs miracles après sa mort.

Nous devons donc regarder entre les faveurs que Ion a reçues de notre bon Sauveur Jésus-Christ par le grand saint Taurin, comme l'une de's plus considérables, la protection particulière de son immaculée Mère, qu'il a donnée au diocèse d'Evreux, dédiant à Dieu, sous l'invocation de son saint nom, la première église qu'il y a consacrée, et l'en établissant singulièrement la protectrice, el la patronne spéciale.

Que nous serions heureux si le faux culte de Diane ayant été changé en la solide dévotion de la très-pure Vierge, nous pouvions avoir quelque part à un changement pareil en la ville d'Ephèse. Le peuple de cette ville avait été autrefois si superstitieusement attaché au culte de cette fausse déesse, qu'elle en était appelée la grande Diane des Epliésiens ; el après la destruction de ce culte superstitieux, il a été le peuple incomparable pour sa piété envers la Mère de Dieu. Il suffit de savoir ce qui s'est passé dans le troisième concile général tenu dans cette ville; et l'un des quatre que saiiit Grégoire le Grand respectait comme les quatre évangélistes, pour n'en pouvoir douter.

C'est avec une joie singulière que nous en rapporterons ici quelque chose; car nous pouvons dire, avec le dévot saint Bernard, qu'il n'y a rien qui nous donne une plus sainte satisfaction que de parler de ce qui rei^arde l'honneur de la très-heureuse Vierge. Les Pères du concile, au nombre de plus de deux cents, étant assemblés dans la grande église d'Ephèse, dédiée à Dieu, sous le nom de la très-sainte Vierge, el qui pour ce sujet en portait le nom, et y étant demeurés toute la journée sans en sortir, tout le peuple de la ville, qui ne pensait qu'aux intérêts de la glorieuse Mère de Dieu, attendait aux portes du lieu où se tenait le concile, avec un zèle si ardent que toutes les

VIE DE SAINT TALRIM. — CHAI'. Vil.

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