‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 185 sur 436 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le corps dusaint est mis dans le tombeau par MU ordre céleste.

Dieu veille sur ses saints par une providence qui ne se peut expliquer. Il les garde, pour me servir des termes de l'Ecriture {Deitt. xïxii, 10), comme la prunelle de ses yeux. 11 n'y a point de mère qui ait des soins pour son enfant comme il en a pour eux. Il tient compte de tous leurs cheveux, il garde tous leurs os; il ne s'en brisera pas un seul, il prend plaisir non-seulement de les remplir de biens spirituels, mais il leur fait rendre des honneurs qui n'ont jamais été accordés aux plus grands monarques du monde.

C'est ce que nous devons admirer dans le glorieux saint Taurin, dont le ciel se charge de la sépulture, envoyant un de ses anges pour y donner tout l'ordre nécessaire. Les peuples qu'il avait instruits n'avaient pas encore essuyé leurs larmes pour la perte d'un si digne pasteur, qu'ils entrèrent dans de nouvelles peines par la crainte qu'ils avaient de la profanation de ses sacrées reliques par les nations étrangères. C'est ce qui les obligea d'avoir recours à Dieu leur unique refuge, alin qu'il se levât pour faire justice, pour prendre la défense de la cause de son saint, et que son corps ne fût point un sujet de joie aux nations infidèles, qu'ils ne pussent point lui dire des paroles d'insultes en triomphant de lui, afin qu'il leur fermât le passage, et dit : Je suis son Sauveur ; qu'ils devinssent comme la poussière que le vent emporte et que son ange les poursuivît. Ayant ainsi crié au Seigneur, ils en furent entendus et les tira de toutes leurs peines. 11 leur envoya son ange à l'entour d'eux pour servir de protecteur au corps du bienheureux.

Car à peine avaient-ils achevé leurs prières que l'ange du Seigneur leur apparut sous la figure d'un homme vénérable, et (pii avait quelque chose de divin, qui leur dit : Prenez le corps de votre Père et me suivez. Ces sortes de paroles, que c(uelques théologiens appellent substantielles, et qui sont dites en la vertu de Dieu, ont toujours leur effet. Il ne faut donc pas être sur[iris si les peujiles sans difficulté s'y soumirent. Ils prirent donc le saint corps, et sortant par la porte du côlé de l'occident, a[>rès a\oir fait quelque peu

de chemin, l'ange leur ordonna de s'arrêter, leur marquant le lieu oi!i ils le devaient ensevelir et y poser le tombeau qu'ils avaient déjà prépaie.

Ce fut dans cette séparation de ce qui leur restait de [)lus cher de leur pasteur et de leur bon Père que la douleur se renouvelant ils fondirent tout de nouveau en larmes, jetant des cris pitoyables : et ce fut pour lors que nous pouvons dire ce qui est écrit du prophète Elisée, que le corps mort de saint Taurin prophétisa, c'est-à-dire qu'il fît un miracle surprenant, qui n'est pas cependant sans exemple dans l'histoire des Vies des saints, car ce corps se leva comme s'il eût été encore animé et parla à ses enfants, les consolant avec une douceur du paradis, et leur ordonnant d'écouter avec resjiect et soumission ce que l'homme angélique leur dirait. Cet ordre du saint ayant été suivi d'un profond silence de tout le |ieuple, l'ange les assura de sa protection. Il leur déclara qu'il avait été l'ange gardien de saint Taurin pendant sa vie, et qu'il en garderait les reliques a[>rès sa mort, qu'ils cessassent d'en craindre la profanation , parce qu'il saurait bien l'empêcher. Que le lieu du tombeau de leur apôtre demeurerait longtemps caché, mais que son nom serait grand dans l'Eglise. Et ajirôs leur avoir promis que leur piété envers le corps de leur Père ne serait pas sans récompense et leur avoir souhaité la paix que notre Sauveur a laissée pour partagea ses disciples, il leur donna sa bénédiction et il disparut.

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