‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 184 sur 436 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

La précieuse mort du saint.

Le préfet étant converti avec toute sa famille, toutes les personnes de !a ville nt (,'es lieux circonvoisins, l'Eglise d'Evreuxjouissait d'une douce paix. Tout le inonde ne pouvait se lasser de remercier la divine Pro-

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ME Dt; SAINT TALIIIN. — CIIAP. VIII.

viilunce de b içiAce ii'U'il avait rct,uc \mv l'iionuue do Dieu , à qui il donnait niillo bénédictions. Mais pendant (]ue tontes chose? étaient ainsi dans le caiiue, le dialile ne uianiiua pas de le troubler. Il suscita des nations étiangùies (lui , entratit dans les tiaules >■ lirenl de j^ianils ravages; ce ((ui avant jeté la consternation parmi le peujile d'Evreux, ils eurent recours à leur cliarita- Lle pasteur, alin qu'il leur servît de médiateur pour apaiser la colère de la justice divine, et pour détourner le lléau de la guerre dont ils étaient menacés. Le saint aussitôt eut recours îi la jirière, son ret'dge ordinaire , et alin (|u'elle fut plus ellicace il ordonna un jeûne de trois jours.

Or dans ce temps l'ange du Seigneur lui apparut, et il lui dit, comme à saint Paul <ians la navigation i>érilleuse où il se trouva étant conduit à Rome :<i Ne craignez point, sachez que Dieu vous a donné tous ceux pour qui vous priez. Bénissez-le, et lui rendez actions de grAces, personne ne périra par les ennemis; mais lo pays sera ravagé, et demeurera long[eai|is désect, et dans une grande désolation. Et enfin Dieu se souvenant de ses misérironles le rétablira. Et pour vous il vous délivrera de cet exil de la vie présente dans huit jours, et il vous rendra la couronne qui est due aux travaux que vous avez soutïerts pour sa gloire.»

Le lendemain ayant assemblé lespeuple>, il leur ajtprit ce que l'ange lui avait révélé, et le jour de son bienheureux décès étant arrivé, qu'il avait manifesté aux habitants • le la ville, il se rendit de grand matin dans l'église de Notre-Dame, où, après avoir célébré les divins mystères, il leur fit une exhortation divine pour les animer de plus eu plus dans le service du vrai Dieu , et à la persévérance dans la religion chrétienne. 11 leur prédit plusieurs choses qui leur devaient arriver. Alors tous les fidèles d'Evreux, aussi bien que ceux de Milète, quand ils surent qu'ils ne verraient plus saint Paul , fondirent en larmes , étant sensiblement touchés de ce qu'ils en seraient privés par sa mort. Le saint qui avait un vrai cœur de père n'oublia rien j)Ourles consoler dans une douleur si pressante; et demeurant assis dans sa chaire épiscopale il leur donna sa mainte bénédiction, leur disant : Demeurez en paix, mes chers enl'arUs, Notre-Seigneur Jésus-Christ sera avec vous.

Or, dans ce temps une multitude innombrable d'anges [larut, comme il a été remarqué, avec des vêtements d'une blancheur charmante qui l'environnèrent: et on entendit des voix célestes qui disaient: Venez avec nous, bienheureux Taurin, venez dans le lieu du repos éternel ; après les jours de peine et de travaux, entrez dans la joie de votre Seigneur. On laisse à juger des consolations divines dont furent comblées toutes les personnes qui étaient présentes; mais on a écrit qu'il y en eut qui furent transportées d'une joie si pure et si grande, qu'il leur semblait être déjà dans les cieux. L'Eglise dit quelque chose de îemblableduglor.eux sj.int

Martin, évè(|ue de Tours, lors(iu'elle (hante dans l'un des réfions, et dans l'une des antiennes de son odice. Oit ! l'homme bienheureux, dans le décès duquel les chœurs des saints, des anges, et de toutes les vertus celestes, et les troupes des vicJ-f/es se trouvent, et l'appellent à leur bienheureuse société, disant : Demeurez avec nous pour jamais.

Saint Jéiômerat>porte de saint Paul ermite, que son Ame fut vue à sa mort par saint Antoine sous uneforme sensible, éclatante d'une blancheur admirable, au milieu des troupes des antres, et des chœurs des prophètes et des afiùtres, dont l'un des premiers prononce généralement de tous les véritables Chrétiens qu'ils ne sont plus étrangers, mais citoyens avec les saints, et domestiques de Dieu.

Il n'y a donc pas à s'étonner si les saints et les anges du ciel se trouvent à la mort des saints de la terre qui leur sont alliés et citoyens avec eux de la même ville. Si les habitants de la sainte Sion sont venus en si grand nombre au décès de saint Taurin, se rendant sensibles aux hommes qui après un si ravissant spectacle entrèrent dans de nouvelles admirations par la vue d'une nuée céleste qui remplit toute l'Eglise. On pouvait pour lors dire du saint ce que le Proi)hèle- Roi a chanté de son Maître {Psal. xcvi, 1, 3) : Le Seigneur règne, que la terre s'en réjouisse : Il est environné d'obscurité et de nuages. Il fallait que les ténèbres couvrissent le lieu où il mourait, comme ils se firent sur toute la terre è la mort de Notre-Seigneur Jésus- Christ lorsqu'il allait entrer dans le royaume du ciel.

Ces nuages sacrés ayant duré environ l'espace d'une heureet s'étantdissipés, ontrouva le saint qui avait expiré doucement dans sa chaire épiscopale, dans la posture d'un homme qui fait l'oraison (et elle avait été durant sa vie son occupation presque continuelle), les mains étendues et les yeux élevés vers le ciel. Le corps de saint Paul ermite fut trouvé dans une situation quiy avait du rapport après son décès par saint Antoine, ce qui le laissa quelque temps en doute de sa mort ; car ce corps si accoutumé à l'oraison semblait encore prier, dit saint Jérôme, par sa posture extérieure.

C'est ainsi que la mort des saints du Seigneur est précieuse devant ses yeux, dit le Prophète-Roi. Dieu redoublant ses grâces et exerçant sur eux des providences toutespuiss'antes, en prenant des soins pleins d'un amour ineti'able, et répandant sur eux des bénédictions extraordinaires, donnant ordre à ses anges de veiller sur leur garde par une protection particulière. C'est ainsi que leur mort précieuse est la fin de tous leurs maux qui sont passés bien vite, et le coaimencement d'une gloire infinie qui durera éternellement. C'est ainsi qu'ils se trouvent abîmés dans la joie de Dieu même, de Dieu seul, qu'ils voient et qu'ils expérimentent combien il est doux à ceux qui dans un détachement universel du monde et de tout ce que le monde estime et aime, de toutes les

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rréaturos, ifoiU cherché, et ii'oHt aimé que lui seul.

11 n'en est pas nin'-i des impies, il n'en est ()as ainsi. Le Propliète-Uoi dont nous venons de parler, nous déclare {Psal. \x\iu, 22) que la mort des pécheurs est très-mauvaise; et il le faut bien dire, puisqu'elle est le comniRncemeiU des peines incompréhensibles de l'enfer qui ne finiront jamais. O mort, que ton souvenir est douloureux et ta mémoire amère à tous ceux qui sont attachés à la créature ! .Mais y a-t-il quelque chose de créé que l'on ne doive quitter et nous en restera-t-il quelque chose après que l'on sera sorti de ce monde ?

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