VIE DE SAINT TAURIN. — CHAP. XII
gt^Iisle. dit qnp Jésus fit encore re second jiiiracleqiinnvl il fut venu de Judée en dalilée, parlflnt de la i^uérisoii du lils d'un seigneur de la cour à Capliarnaùm, et nous ra|i|)orlons ce second miracle de saint Taurin, d'nn grand nombre qui se sont faits et qui se font de nos jours |)résenlement. pour ne pas grossir ce traité, comme nous l'avons déjà dit. Or, depuis ce temps-!5, ledit Jacques \'allée est si parfaitement guéri, qu'il n'a pas ressenti le moindre mouvement de son épilepsic. Ce qui a été jugé miraculeux par ceux qui l'ont traité en sa maladie, et dont lis ont donné de bonnes aitestations, avec lo sie^ircuréde Damville, ses quatre luèires habitués, le sieur jirocureur fiscal du lieu, et le sieur Mulot, cliirurgien do Son .Vitesse Royale madame la duchesse d'Orléans.
CHAPITUE XII.
Pratiqurs de pieté pour les neuvaines que l'on fait en l'honneur de saint Taurin.
Noire-Seigneur Jésus-Christ, parlant des besoins du co'rjis, dit ces divines paroles : Cherchez premièrement le royaun^e de Bien et sa justice, et toutes choses vous seront données par surcroit. {Matth. vi, 33.) Car enfin, c'est l'intérêt de Dieu qu'il faut avoir en vue principalement en toutes choses. 11 faut donc avoir la gloire de la très-sainte Trinité pour fin principale dans le secours qu'on lui demandera, par l'intercession du saint, dans les infirmités corporelles, et autres be- .soins temporels. Et c'est une très-grande vérité que si nous pensions bien à Dieu, Dieu jtenserait à nous, et dans toutes nos nécessités, avec une providence ineffable.
Il faut avoir une grande confiance en la divine Providence, i.nvoquée par les mérites du saint, car Notre-Seigneur nous dit qu'en vérité si nous avons la foi, et si nous n'hésitons point, nous obtiendrons tout ce que nous demanderons en la prière. Ainsi il disait à des malades qu'il guérissait : Qu'il vous soit fait selon votre foi. C'est pourquoi l'Eglise|d'Evreux, dans les anciennes leçons de l'office de saint Taurin, qui sont gardées depuis tant de siècles dans l'abbaye qui en porte le nom, exhorte à ne douter nullement de l'effet des prières que l'on présente à Dieu parles intercessionsdu saint, qu'elle dit prier avec soin pour les besoins des hommes. Elle propose l'exemple de sa foi, qui impétrait tout de la divine majesté. Elle assure que nos vœux en seront reçus selon notre foi, et qu'il n'y a rien que nous ne jiuissions espérer par la faveur d'un si puissant protecteur, qui nous a assistés en tant de manières si eflicacement; et s'adressant à un si bon patron, elle lui dit : Nous croyons que vous pouvez obtenir tout ce que vous demanderez.
11 faut ensuite se disposer à la neuvaine par une bonne confession, entrant dans l'esprit d'une sincère pénitence; particulièrement considérant toutes les obligations de son état pour voir à quoi l'on manque, et P<iur s'acquitter à l'avenir de ses devoirs. Grand noiûbre de personnes, soit de l'état
OEVVRES COUPL. DE BoiDOIl. III.
ecclésiastique, soit séculier, sont perdues pour n'y avoir pas assez bien pensé. On n'y pense guère pendant la vie, et on n'y pensw guère môme h la mort. Ainsi un visiteur, un curé, un juge, un marchand, s'en vont à l'autre monde sans avoir jamais considéré iVfond ce qu'ils ont dû faire pondant qu'ils étaient au monde. Il faut regarder avec soin si l'on n'a rien du bien d'aulrui, si l'on a pour le [irochain, et luèmo jiour nos ennemis, Ja charité que Jésus-Christ nous ordonne. Après cela if faut s'a|iprocher de la communion vivifiante du corps de notre adorable Sauveur.
On doit assister tous les jours au Irèssaint sacrifice de la masse, l'offrant avec le prêtre en l'honneur du saint, et si l'on est dans le pouvoir, le faire célébrer une ou plusieurs fois.
Il faut aller tous les jours de la neuvaine h son sacré tombeau, et si l'on n'est pas sur les lieux, on peut prier quelque personne lie piété pour s'acquitter de ce devoir et pour y faire célébrer les divins mystères.
Comme les saints ne sont arrivés à la sainteté que par le dénûment d'eux-mêmes et la mortification, il est bon d'en jiratiquer les actes tous les jours, renonçant à quelque inclination, se privant de quelque plaisir, souffrant chrétiennement quelque jieine. On pourrait aussi, si cela se peut, jeûner un des jours de la neuvaine, et tout cela en l'honneur du saint.
Mais pour obtenir efficacement ce que l'on demande h Dieu, il faut, avec la foi dont nous avons parlé, exercer les œuvres de miséricorde, corporelles et spirituelles: car le Fils de Dieu qui est la vérité 'même a dit : Donnez et il vous sera donne; on vous fera la même mesure que vous aurez faite aux autres. Soyez miséricordieux comme votre Père est iniséricordieux. Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, vous serez les enfants du Très-Haut, qui fait du liien aux ingrats et aux méchants. [Luc. VI, 38, 36, 35.) Il ne suflit donc pas de dire, je pardonne à mes ennemis, je i:e leur veux point de mal ; il faut leur vouloir du bien et leur en faire dans les occasions. Il faut ici se faire à soi-même une bonne mesure des grâces que l'on demande à Dieu, une mesure pressée et entassée, et qui se répandra par-dessus, comme parle notre divin Maître, puisque c'est une vérité de foi (pi'on nous fera la même mesure que nous aurons faite aux autres.
Chaque jour de la neuvaine, on pourra méditer et lire l'un des chapitres de ce petit traité, pour bénir et remercier la glorieuse Trinité des grandes grâces qu'elle a faites à saint Taurin, et de la haute gloire à laquelle elle l'a élevé, y prenant part de tout son cœur et s'efforçant, avec le secours de la grâce, d'imiter ses vertus.
Ainsi le premier jour on pourra lire le jjremier et le second chajiitres, pour rendre grâces à la très-sainte Trinité des grands desseins qu'elle a eus sur Taurin, des faveurs qu'elle lui a faites dans sa jeuness.e, de la
œUYRES COMPLETES DE BOUDON.
mission qu'elle lui a donnée pour le pays d'Evreux. et en prendre l'occasion de faire une sérieuse rétlexion sur la grâce qu'elle nous a accordée d'être Chrétiens, comme il est marqué dans le deuxième chapitre
Le second jour, on lira et méditera ce qu'il a soutl'ert des démons et des homuies, en travaillant à la conversion des âmes, et nous en apprendrons ce que nous devons souffrir pour notre propre salut, et la gloire de Dieu dans notre salut. On demandera beaucoup cette grâce par l'intercession du saint, que l'on remerciera pour ses travaux Apostoliques,! que l'on verra dans les troisième et quatrième chapitres.
Le troisième jour, ou lira et méditera les bénédictions que Dieu a données à ses travaux dans le cinquième chapitre. Et comme elles sont une source de celles que l'on reçoit présentement dans le diocèse d'Evreux, on s'appliquera à en reconnaître la bonté, et les miséricordes de la divine Providence. On demandera pardon du mauvais usage que l'on a fait, et on prendra une forte résolution, avec le secours divin, de s'en mieux acquitter à l'avenir.
Le quatrième jour, on méditera ce qui est écrit dans le sixième chapitre, de la faveur spéciale que le diocèse d'Evreux a reçue, saint Taurin lui donnant pour patronne l'admirable iMère de Dieu ; et on [irendra tout do nouveau une sainte résolution de lui avoir plus de dévotion que jamais, en considérant les avantages. On méditera aussi les secours des bons anges à saint Taurin, et à même temps ceux que nous en recevons. On fera de fortes rétlexions pour se persuader de nos devoirs envers ces bienheureux esprits, et de nos ingratitudes qui sont surprenantes. On aura une dévotion particulière à tous ceux qui ont assisté saint Taurin depuis le commencement de sa vie jusqu'à sa mort. On les priera d'intercéder auprès du saint pour les demandes qu'on lui fait. C'est une bonne pratique, quand on honore un saint, d'avoir intention d'honorer à même temps le bon ange qui l'a autrefois gardé, ra[iportant à l'honneur de l'ange ce qu'on fait en l'honneur du saint.
Le sixième jour, ou fera réflexion sur les miracles rapportés dans le septième chapitre, et qui sont arrivés pendant sa vie. Les conversions qui s'en sont suivies nous doivent fortement animer à un changement de vie et de mœurs.
Le septième jour on méditerasa précieuse mort dans le huitième chapitre; et à même temps combien il est doux et avantageux de Unir sa vie après l'avoir passée dans le service de Dieu. On priera le saint de nous impétrer la grâce finale. On lira aussi le neuvième chapitre.
Le huitième jour on considérera avec attention l'invention miraculeuse du corps de saint Taurin par saint Lau dans le chapitre dixième, et l'invention des reliques du bienheureux saint Gaud, évêque d'Evreux.
Ou eu méditera les vertus héroïques, les
obligations que l'on a à leurs travaux, et ou prendra résolution de les honorer jiarticulièrementle reste desa vie.
Le neuvième jour, on fera beaucoup de réflexions sur la conduite de la divine Providence, qui continue encore dans nos jours à faire des niiiacles par saint Taurin ; qui est un témoignage manifeste qu'elle veut que l'on se renouvelle dans sa dévotion. Ce serait donc manquer à ses divins desseins de demeurer dans une malheureuse tiédeur à l'égard de ce [iremier apûtre et de ce premier évêque d'Evreux, lorsqu'elle nous en prêche, par la voix éclatante des miracles, les secours et les bontés.
Il faut donc fréquenter plus que jamais son église, al 1er sou vent à son sacré tombeau, se souvenir de lui tous les jours, lui avoir recours dans tous les besoins publics et particuliers. On en a fait graver une dévole image depuis peu; elle devrait paraître dans toutes les maisons du diocèse d'Evreux, puisqu'elle est l'image du saint dont Dieu se sert pour ne cesser jamais de lui bien faire, et [)Our continuer même sa divine et toute-puissante protection, l>ar des œuvres miraculeuses. On la trouve chez le sieur Audigé, libraire à Evreux.
On a écrit avec bien du sujet que les saints sont les rédempteurs des villes et des lieux où ils sont patrons; que par leurs jirières ils en détournent les calamités publiques et particulières , et qu'ils y attirent toutes sortes de bénédictions. La préservation de la ville d'Evreux de l'hérésie en a été une très-singulière et si considérable, que les députés du clergé vers Charles IX en obtinrent pour ce sujet qu'elle serait exempte de prêche.
Allons donc avec confiance au glorieux saint Taurin , notre Père, notre pasteur, notre apôtre , notre patron, notre prolecteur dans toutes nos nécessités, et pour obtenir de la suradorable Trinité toutes sortes de grâces.
Laissons-nous à Notre-Seigneur Jésus- Chiist, pour être renouvelés dans l'esprit de piété envers ce saint. L'ancien cérémonial de plus de quatre cents ans de l'abbaye qui porte son nom à Evreux , après avoir exhorté à célébrer sa grande fête avec une sainte joie , nous apprend que tous les religieux étaient revêtus d'aubes blanches, dont il y en avait quatre qui portaient des chapes à la solennité des vêpres; qu'il y en avait six des principaux qui les portaient à l'invitatoire des matines; que les chanoines de la cathédrale assistaient à l'c'fïice ; que la messe pi'incipale était célébrée pontiticalement [>ar l'évêque , et, en son absence, par le doyen ou une autre dignité; qu'il y avait trois diacres et trois sous-diacres qui servaient la sainte messe, deux chanoines, deux religieux et deux chapelains de la cathédrale; que l'on portait solennellement à la |)rocession le chef de saint Taurin et le chef de saint Lau. L'ancien Martyrologe de la même abbaye dit que Ton faisait la fête de la translaliuu
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des rulicjues (le ces lieux saints le cinqu.ièim; l'nii des faui)ourgs lie la ville d'Evreux, d"aoùl. On voit aussi, dans les aneiennes a été donnée pur vœu jiar Giiljerl de Saintleçons dont nous avons parlé plusieurs l'ois, Martin, qui en était pour lors abbé, lanque l'on célébrait la fête de l'invention du née 1239.
corps de saiiit Taurin, qui est le cinquièuie 1/églisede Lczouxen Auverj-'iicayanlpour
de seiiteuibre, avec oetave. La cliAsse pré- jiatron saint Taurin, fait la l'ôte de sa transla-
cieuse de ses sacrées reliques, (lue nous .lion le 21 de novouibrc. Il est aussi le patron
voyons présentement en son éj;lise et mo- de la célèbre abbaye de Fétamp, qui eu
naslère des religieux de Saint-Benoit dans fait lafôte de première classe.