‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 200 sur 436 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

A MESSIEURS LES CURÉS d'ÉVREUX.

M. Boiidon leur demande le secours de leurs prii'res. Son zèle pour la gloire de Dieu ; ia conliance en Jésus-Christ ; son humilité.

Messieurs,

C'est la dernière des créatures qui vous adresse cette chétive lettre pour supplier votre charité d'avoir soin de sa misère devant la majesté de Dieu tout bon. J'ai cru que l'adorable Crucifié serait glorifié si , ayant été appelé par un excès de son amour à l'arcbidiaconat d'Evrenx, nous avions soin de nous recommander à vos saints sacrifices, ne l'avant pu faire de vive voix, quelques afl'aires importantes [lour la gloire de notre divin Maître m'ayant ol)ligé de ijartir d'Evreux plus tût que je n'aurais souhaité.

Ce n'est pas. Messieurs, le pauvre [lécheur que je recommande à votre souvenir ; je vois devant Dieu que je mérite d'être effacé dans l'esprit de toute créature : ce sont les seuls intérêts de Dieu tout bon dont je vous supplie d'avoir soin dans vos prières. L'âme chrétienne, dans les pures lumières que sa foi lui donne, doit cheminer toujours dans la vérité : c'est ce qui fait qii'elle voit que Dieu seul étant uniquement estimable, tout l'être créé ensemble n'étant qu'un jiur néant, elle ne doit faire cas que de ses seuls intérêts. Si toute créature n'est qu'un pur néant, comment pourrait-on dire queses intérêts et affaires seront quelque chose de considérable? Ce sont donc les seules affaires de Jésus-Clirist notre Dieu , que je recommande à vos soins. Vous savez assez que celui qui arrose ou qui plante n'a aucune vertu, maisqueDieuseul par son Fils Jésus-Christ est celui qui donne accroissement, opérant tout en toutes choses. (7 6'or. iii,7, 8.) C'est de lui seul que dérive toute bénédiction au ciel et en la terre ; c'est en sa seule force (jue nous sommes puissants : si nous avons quelque lumière, c'est à la faveur de sa divine clarté ; c'est lui seul qui fait de gramies choses , la création de soi n'e»t capable que de détruire son ouvrage par sa faiblesse et sa malice. C'est pourquoi il est vrai de dire que partout oii Dieu se rencontre, il n'y a ijue grandeur et sainteté ; mais quelques efl'orts que puisse protluire la créature, assistée, si vous le voulez , de toute la puissance des hommes, après tout ou n'y verra que faiblesse, misère et corruption. De là vient que les saints, remplis de Dieu et vides d'eux-mêmes, ont fait beaucouji [tour la ^rloire de leur cher Malîre, quoique desti-

tués de tout secours humain, et, pour l'ordinaire, rebutés, méprisés et persécutés de la plupart des créatures, pendant que des l)ersonnes illustres dans le monde, et par leur naissance et par leurs richesses , et par leur esprit, avec toute l'amitié des hooaraes, ont peu fait pour les affaires de Dieu; car il est vrai que c'est de Jésus seul qu'il est dit : Qui facit mirabilia magna sotus. {Psal. cxxxv, 4.) Toute ma confiance est en la divine vertu ; et ce qui me console dans ma misère, c'est que j'espère que mon Seigneur Jésus-Christ paraîtra avec plus d'éclat dans une créature si abjecte, comme je le suis, il est seulement àisouhaiter que je n'apporte point d'obstacle à ses nouveaux desseins, par mes infidélités qui sont extrêmes. Il est à désirer que l'adorable Dieu- Homme me donne un esprit de mort pour tout l'être créé, afin que je donne lieu à ses diverses opérations; que je meure à moimême , afin qu'il n'y ait que lui seul qui yive. Tout ira bien, si le pauvre archidiacre est bien détruit , bien anéanti par l'Esprit de Dieu : pour lors Jésus vivra et régnera, et opérera ce qui sera nécessaire pour un ministère si divin. C'est dans cette vue que j'ai offert l'archidiaconé d'Evreux à la trèsdigne !\[ère de Dieu, sachant que, si elle l'a une fois entre ses mains, i! sera tout au pouvoir de son Fils bien-aimé. J'en ai fait la cérémonie à Paris, assisté des prières de grand nombre d'âmes saintes. Je vous envoie la copie de l'oblation , afin que vous y joigniez les vôtres.

Priez donc Dieu, Messieurs, pour ses intérêts, qui seront bien établis quand je serai bien détruit, et que son seul Esprit vivra dans ma chétive et déplorable personne. O mon Dieu ! que ne peut pas la créature saintement transformée en Jésus-Christ?

Mais que peuvent tous les hommes, avec tout leur esprit et toute leur suffisance, quand ils n'ont pas l'Esprit de Jésus-Christ "' Dieu tout bon, à la faveur de sa sainte Mère, de saint Joseph, des anges et des saints, me donne des attraits bien puissants ])Our travailler en sa vertu dans le ministère où il m'a appelé. Je vous puis dire avec vérité que j'ai une grande soif de me rendre à Evreux, coarcior donec veniam. J'ai confiance en votre charité que vous nous y assisterez, pour l'établissement de la gloire de Dieu , de votre zèle , de vos travaux et de vos conseils. C'est avec regret qu'il faut que je diffère jus(|u'à Noël pour lue rendre eu votre ville : des affaires qu'il n'est [)as en mon pouvoir de ([uitter ui'y obligent, mais ce sont affaires de Dieu ; car ce serait une

LETTRES. - OULATION DE LARClIll)

DEVRKLX A l.\ Ste VIERGE.

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graiule Iraliison à un enlésinsticiue do s en oc(U|ier d'autres : je Iravaille à les terminer, pour pouvoir vmiuer avec loisir à la charge <ino ta divine Providence m'a commise. J'ai été bien aise de vous témoigner que ce retardement n'a été que pour mieux avancer, et que Dieu me lait la grûce de voir que c'est avec toute justice que je dois tout quitter i»our m'cmplover totalement où je suis appelé, à l'arcludiaconé d'iivreux. Je suis avec toute sorte d'atl'ection et de respect,

Messieurs, Votre très-humble cttrès-obéissant serviteur,

Henui-M.\rie Boldom,

L'esclave de la sainte Vierge, et trèsindigne archidiacre d'Evreux.

,■1 Rouen , ce & de juillet 165i , jour de l'octave des bienheureux apôcres saint Pierre ei saint Paul.

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