DELATION
DE L'ARCnlDLiCOXÉ d'ÉVRELX, Ali COEIR DE LA SAINTE VIERGE, FAITE PAR M. BOL DON, LE 5 MAI IGo^.
DIEU SEtL.
Grande et puissante Reine du ciel et de la terre, admirable Mère de Dieu, divin sujet des plus douces complaisances de la suradorabie Trinité, obligeante et charitable Marie, princesse la plus aimable , la [>lus aimante et la plus aimée qui fut jamais , ma chère espérance après Jésus et ma plus douce consolation, ma très-chère et lidèleÀlaîtressp, ma joie, mon honneur, mes délices, mou refuge et mon appui; prosterné devant le Irônc de vos miséricordes, et abîmé de-
vant vos grandeurs inelfables, je reconnais
tout tenir île la bonté charitable de votre divin cœur. Je le dis en votre présence, intelligences amoureuses du paradis : si je ne suis pas damné , j'en ai obligation à votre divine Heine et à la mienne ; si je vis, ce n'est que par les Caveurs de l'auguste Marie, et je lui en doisaulant d'actions de grâces que j'ai vécu de moments. Je chanterai à jamais vos miséricordes , ô grande Reine! .Ma langue s'atlacliera plutôt à mon palais, qu'elle cesse de (lublier par tout vos bontés sur la dernière et la plus misérable des créatures. Puisque donc, ô très-pure et toujours immaculée Mère vierge 1 la divine volonté a voulu que je dépendisse si absolument et si universellement de vos charitables bolltos^ soufl'rez pour l'honneur et la gloire de cette volonté divine, que jamais je ne fasse rien (pii ne soit dans une entière et absolue dépendance de vos divines grandeurs. Souffrez que le plus dé[)lorable et le plus inlidèle des cœurs proteste aujourd'hui à votre cœur très-précieux et suraimable, qu'il ne veut iilus vivre que pour sa gloire et pour son lionneur. Oui, ô cœur admirable 1 je me dédie en la manière la plus étroite qui se [misse faire selon la volonté de Jésus, à sa gloire et à son amour. Je dédie et consacre tout ce que je suis et tout ce que je serai jamais, à son divin pouvoir; et s'il m'est permis de m'élancer dans son saint amour, je ne veux plus avoir d'autre ambition quo d'être sa victime : il ne sera jamais dit, m les grandes miséricordes de Jésus continuent à m'assister, queje serai à moi-même, et dans le temps, et dans l'éternité. Je veux fiar une résolution irrévocable être tout à Marie : je me livre sans aucune réserve au divin pouvoir du très-saint cœur de la non jamais assez aimée Marie. Faites de moi, ô précieux cœur 1 tout ce qu'il vous plaira; disposez de toutes les bonnes œuvres que la grâce me fera faire, pour les donner à qui il vous plaira, et de tout ce q^uo j'ai jamais fait en la vertu de Jésus : tout est à vous, vous êtes mon grand maître; traitez-moi comme il vous plaira , faites-moi souQYir tout ce que vous voudrez ; je ne veux jjlus avoir d'autre volonté que la vôtre , puisque votre pure et sainte volonté n'est autre que la volonté de Jésus.
C'est donc par conséquent à vous, ô aiaimable cœurde matrès-chèreMère , qu'appartient l'arcbidiaconé d'Evreux , puisque la divine Providence me l'a mis entre les mains. Ce sera vous, ô cœur ravissant! qui en serez le maître, et non pas moi, puisque je n'ai rien qui ne soit à vous : je renonce pour toujours à l'avoir pour moi. Souffrez, 6 divin cœur! que je ne le prenne que pour vous le donner ;.je ne m'y considérerai jamaisque comme l'instrument de vos ordres. O mon cher ange ! ô amoureux séraphins I ô glorieux saint Michel! ô vous tous illustres esprits de l'empyrée ! présentez cet archidiaconé au cœur de l'aimable Marie; le présent en sera mieux accepté venant de vos mains angéliques.
O gl^nouî saint Joseph! ô liisriple du pur amour, saint Jean l'évangéliste! ô vous mes saints patrons et mes saintes patronnes, qui êtes les favoris du cœur de iiarie, avec tout le reste des saints , offrez ce bénéOce au cœur précieux de notre incomparable Maîtresse. Puisque je suis votre esclave, soufflez que je m'adresse à vous, comme à mes bons maîtres, sur ce sujet où la gloire du bon Jésus est intéressée. Et vous, mon cœur, puissiez-vous vous consumer dans les belles et chastes flammes de l'amour de Marie! ou mourir, ou aimer : et mourir et aimer ; et mourir à force d'aimer cette sainte princesse 1 O mes pensées, mes desseins , mes ]iaroles, mes affections, mes actions , mon cœur, mon âme! allez, courez, volez, perdezvous, abîmez-vous, dans le pur amour du cœur incomparable de Jésus et de Marie, pour l'honneur et la gloire de lasuradorabîe Trinité, qui seule doit être tout en toutes choses. O Dieu seul, Dieu seul. Dieu seul, toujours Dieu seul à jamais, au grand jamais! Dieu seul pour toutes choses, en toutes choses, en Marie , dans les anges et les saints, dans toutes les créatures , mais Dieu trèsuniquement seul, et rien autre chose.
Ce D mai, la veille de la fête des souffrances du bien-aimé disciple saint Jean Tévangéliste devant la porte latine, mon très-fidèle ami, à un mardi de l'année 16oi, jour dédié à la mémoire des saints anges, mes très-honorés maîtres , Henri-Marie Boudon, l'esclave de Jésus, Marie, Joseph, des anges et saints, le très-indigne archidiacre d'Evreuï.
£1. Boudon renouvela celle oblation de son archidiacone' en 167i, le jour de la fête de l'Anno7iciatiou, qui cette'anne'e-là avait été' Irons fc're'e au 3 aiî'i7. Il la renouvela depuis, en 1680, le jour de la fête de l'Assomption. Voici l'acte de cette dernière rénovation.
O grande et incomparable Reine des anges et des hommes! toujours vierge et immaculée dès le p»remier instant de votre toute sainte conception, admirable Mère de Dieu, (juand je pense aux obligations incroyables que je vous ai, à tous les amours, les bontés et les miséricordes que vous m'avez toujours fait paraître ; à l'enfer, à l'ire de Dieu, dont votre Fils adorable m'a délivré par votre puissante faveur; aux grandes miséricordes de Dieu tout bon que j'es]ière par vos charitables intercessions : quand je pense à ce que je voudrais faire pour vous et pour votre amour, mon aimable et non jamais assez aimée jtrincesse, je ne trouve ni parole, ni pensée pour vous dignement remercier; point d'amour en moi pour vous aimer comme je le voudrais bien, [loint de désirs assez vastes jiour vous glorifier. 11 est vrai, ma souveraine dame et très-bonne maîtresse, que je voudrais fondre en actions de grâces. Je voudrais être tout changé en langue, pour vous aimer, pour vous bénir, pour raconter à toutes les créatures du Ciel et de. la terre vos charitai^les bontés,
pour publier d'un bout du monde à l'autre vos admirables grandeurs. Je voudrais avoir un cœur dans lequel tous les amours sacrés qui ont été, qui sont et qui seront jamais, fussent renfermés, et que ce cœur se multipliât en autant de cœurs qu'il y a de gouttes d'eau dans la mer, -pour vous aimer de la bonne manière. Je voudrais avoir autant de vies qu'il y a de créatures, pour les sacrifier à Dieu seul en voire honneur. Mais aa moins, ma très-sainte patronne, ma très-fidèle avocate, ma très-douce et très-chère mère, n'ayant qu'une âme, une vie, un cœur, un corps, tout est à vous cent millions de fois plus qu'à moi-même. Voilà donc mon âme et toutes ses opérations, ma vie et tous les moments de ma vie, que j'offre, que je dédie, que je consacre sans réserve à Dieu seul dans l'union avec mon Sauveur Jésust;hrist en votre honneur, désirant de tout mon cœur vous honorer sans cesse j)ar tout ce que je suis et par tout ce que je ferai, et renouvelant la donation que je vous ai faite de la valeur de toutes les bonnes actions que l'Esprit de votre Fils bien-aimé me fera faiie et m'a fait faire; vous donnant tout ce que je puis vous donner dans l'ordro de Dieu, et cela sans la moindre réserve, remettant tout en vos pures et virginales mains pour l'appliquer à qui bon vous semblera, pour en disposer selon votre bon jilaisir, qui n'est autre que le bon plaisir de Dieu. Et en particulier, ô ma fidèle protectrice , je renouvelle l'offrande que je vous ai faite du grand archidiacone d'Evreux, ne me regardant que comme une personne qui n'y agit que sous vos ordres et dans une défiendance entière de votre souveraineté, ne considérant ce bénéfice que comme une chose qui vous appartient entièrement, n'y voulant rien faire qu'en qualité de votre chapelain, quoique très-indigne de cet honneur que j'estime inconiparablement plus que toutes les premières dignités du monde.
Prosterné donc à vos pieds sacrés, en l'honneur de la très-sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, en Thonneur du Verbe incarné qui a bien voulu s'assujettira vous, je vous fais une dédicace solennelle de tout ce que je suis, de tout ce que je fais et de tout ce que je puis avoir, et en particulier du grand archidiacone d'Evreux. O reine de paix ! regardez des yeux de votre miséricorde toutes ces choses qui sont à vous, vous y intéressant pour les défendre, pour les soutenir et y attirer les plus saintes bénédictions du "ciel. Levez-vous, ma trèschère Maîtresse : que l'homme ne se fortifie point, que je trouve ma joie dans le salut que vous me donnerez. Levez-vous pour me secourir ; combattez ceux qui combatteni contre vos intérêts; qu'ils deviennent comme la poussière que le vent empor'.e, et qne. l'ange du Seigneur les poursuive; qu'ils soient surpris dans le piège qu'ils ont dressé en secret, |)arce que vous délivrez le pauvre du plus puissant que lui.
Otous les neuf chœurs des bienheureux^ anges! ô saints et saintes de Jésus, et par-
liculièrement glorieux archanges saint Michel, samt riatiriol, saint Hapliuël, mon boa ange gardien, ange lutélaire du diocèse d'Kvreux, anges tutélaires de toutes les églises, de tous les lieuv et do toutes les personnes cjui y sontl O saints évôcjues d'Kvreux, spécialement saint Taurin, saint Klerne, saint Gaud, saint Lau, saint Aquilin, tous les saints dont il y a des reliques, saints patrons do toutes les églises et de toutes les jtersonnes de ce diocèse, saint Joseph, saint Jean-Baptiste, saint Jean l'évangéiiste, tous mes saints patronset patronnes, saints archidiacres avec tous les anges tutélaires qui vous ont autrefois gardés, venez à mon secours, aidez-moi à présenter cette olliande à notre commune reine, aidez-moi à l'aimer. Mais comme cela ne me contente |ias encore, adorable Jésus, souffrez que je me jierde en vous, pour aimer par votre amour, ]>our louer par vos louanges la très-pure \ ierge Marie, votre véritable Mère.
Au nom d'un seul Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; au nom de ^ésus, sous la protection de Marie, de Joseph, de Joachim, d'Anne, de tous les bons anges et saints patrons du diocèse d'Evreux et spécialement de ceux du grand archidiaeoné, je fais celte présente otfrande et dédicace ; ce que j'ai signé de mon sang, et ce que je voudrais avoir signé jusqu'à la der-
LKTTKKS. — A M.\DAME Dt imACKLO.-NO.M:;. TJ*
de vous en écrire et de vous envoyer son livre touchant la solennité dudit feu. C'est assez, pounvous recommander ce dessein, que de vous dire qu'il y va de l'intérôt d'un Dieu pour qui nous devbnsem|)loyer nos vies, des millions de vies, si nous les avions, quand il ne s'agirait que d'empôcher le inoindre péché véniel. Si ce soin regarde tout le monde, à pins forte raison les prêtres, (jui ne doivent plus avoir d'autres soins que de soutenir la gloire du Dieu grand, au service duquel ils sont appelés d'une manière spéciale. C'est j)Ouri]uoi, dès la première entrée qu'ils font dans l'état ecclesiasti(iue, ils |irotestent que le Seigneur est leur partage; partages! noble, dit le grand saint Jérôme, que celui qui ne s'en contente pas uniquement, s'attachant encore à ses intérêts propres, ou a ceux des créatures ses semblables, mérite de la perdre entièrement : Qui cum Domino aliud^aliquid ihabere cupit, Dominus pars ejus fieri ncquit. Dieu tout bon nous ayant fait tomber entre les mains l'archidiaconé d'Evreux, sa divine volonté ensuite nous applique spécialement à procurer sa gloire dans tout le diocèse. Je suis. Monsieur, etc.
A Montigny, la veille de la Saint-Jean,
mère goutte.
Henri-Marie Boudon.
LETTRE m.
k UN OCRÉ DE LAIGLE (8.)
Sur les feux de la Saint-Jean.
DIEU SEUL
Monsieur,
Je me rencontrai ces jours 'passés dans une coumiunauté .d'ecclésiastiques à Paris, où l'un des jirincipaux me fit l'honneur de m'entrelenir fort longtemps touchant les abus qui se commettent aux feux de la Saint- Jean ; ce qui l'avait obligé d'en faire impri^ mer un |)etit livre, dont la pratique a été reçue en plusieurs liiocèses. Comme son zèle ne respire que la gloire de Dieu et de son Fils lésus-Christ notre adorable Maître, et qu'il va eflicacementà détruire ce que le démon a introduit dans ce que la sainte Eglise a établi par rEs[)rit de Dieu, j'entrai aussitôt dans son dessein, ne pouvant laisser échapper aucune occasion de rendre quelque gloire à celui qui n'a pas épargné sa propre vie pour nous. Dans la suite du tem[>s nous tâciieronsde coopérer en la vertu de JésusT Christ à un si saint dessein. Mais comme il m'a témoigné avoir reçu des lettres qui lui marquent particulièrement Laigle comme un lieu où se commettent quantité de désordres aux feux de la Saint-Jean, je lui ai prorais
(8) Laiylc est une vifle du diocèse d'Evreux. i'J) Elle élail Icinnic de M. de BragL-loiigne, picsldeiil an ',>:irleMiL'nl de Urîlagnc.
(10) C'est ainsi ((iic lîoiid^jji lou'iiiciirail prcfiuo