LETTRE IV
A MADAME LA rUÉSIDENTE DE BR AGEL0.NG:XE (9).
Sur la mort de Madame de Gaumont sa mère.
DIEU SEUL
Madame ma chère cousine.
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes (10).
La mort est le moyen le plus efficace pour vous bien pénétrer de cette vérité. Car certainement quand on la médite bien, elle nous fait voir qu'il n'y a que Dieu seul à estimer, à aimer, à rechercher en toutes choses, et que le monde et tout ce que le monde estime et aime n'est rien ; car enfin que resteuil de ce mondeetdelout ce qui est au monda à la mort ? N'en éprouve-t-on pas une privation générale, mais si générale qu'elle n'excepteaucune chose, soit des biens, soit des plaisirs, soit des honneurs, soit des créatures qui nous sont lesplus chères VC'esldanicettfa vue que l'Apôtre exhorte les personnes qui sont les i»lus engagées dans le monde, àenuser comme si elles n'en usaient point (I Cor. vu, 29 - 31 ) , les personnes mariées à vitre comme si elles ne t'étaient point, ceux qui s'v réjouissent commcs'ils ne se réjouissaient pom^ ceux qui pleurent, commes'ils nepteu^ raient pomr. C'ést-à-dire, que l'on soitaussi peu attaché à ce qui nous peut plaire en la vie présente, comme si l'on n'y avait rien qui fût agréable ; que l'on s'attriste aussi peu
toujours ses lettres : nous ne rapporterons dorénavanl ces paroles tout au long, que lorsqu'elles auront une liaiion cssciiticUe avec celles qui gui-. \roiil.
dans les sujets de peine, comme si l'on n'avait autun" sujet de douleur; et tout cela, dit l'Ap(Vrc, parce que le temps est court, parce que /a fii/ure du monde passe (/ Cor. vu, 31); i-ri vérité ce n'est pas la peine de s'en ciuijarrasser. Mais quelle folie ccpemlant de la plupari des Chrétiens! ils savent ces choses, ils iavent qu'il faut tout quitter hou gré mal gré : jiourquoi ne pas donner à Dieu par amour ce qu'il lui f.iudra donner par force ? En faisant de bonne volonté ce que nous ne pouvons ])as éviter indistiensablement, on entre dans un Itonheur éternel; en le taisant [)ar l'oree, on se [irocure des maux infinis.
J'aurai soin devant Uieu, avec son divin secours, de l'âme de madame votre mère ; et certainement si nous avions la foi du purgatoire, que ne ferions-nous pas? Cependant notre foi nous le devrait faire connaître comme nos yeux nous font connaître les feux de cette vie, quoique d'une autre manière. Il faut donc aller au secours de l'âme de madame votre mère, comme au feu qui brûlerait une maison. Il y faut aller par de fréquentes firières.; mais c'est là le moindre secours : il faut offrir pour elle toutes sortes de bonnes œuvres, et particulièrement les œuvres de charité, soit spirituelle, soit corporelle. Surtout il faut assister au très-divin sacrifice à son intention, offrant l'adorable Jésus, qui est la victime pour nos péchés, et faisant célébrer le plus de messes que l'on pourra. Je ne suis pas tout à fait certain, mais on me mande que les indulgences pour les trépassés ne sont pas révoquées; si cela est, il faut tâcher de les gagner pour elle ; car c'est l'application du sang de Jésus- Christ et de ses mérites que les indulgences. Si vous avez quelques médailles bénites, ordinairement on peut en appliquer toutes les indulgences aux âmes du purgatoire. 11 faudrait voir l'écrit de ces indulgences el les gagner en faisant ce qu'elles prescrivent.
Au reste, je prends tout à fait part à votre douleur et à la perte de la famille que j'honore plus que je ne puis dire, et que je vous prie de saluer de ma part, ce que je fais trèsrespectueusement ; saluant à mon ordinaire les bons anges qui vous gardent, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris, et des personnes (pii y sont : Notre conversation, dit rA|)ôlre, est dans les deux. (Pliilipp. ni, 20.) Si j'étais à Paris, j'aurais le bien de vous donner un petit livre de la dévotion à ces bienheureux esprits, que la divine Providence, ma toujours très-bonne el très-fidèle mère, m'a fait donner au public. Si vous voulez le faire acheter, il n'est que de 13 ou 20 sous. Il se vend chez Varin, libraire, rue Saint-Jacques à l'enseigne du Saint-Scapulaire. Je vous 'indique, car Je crois que Dieu en serait g'orihé.
Je suis, avec beaucoup de respect .Madame" ma chère cousine,
\'otre très-liumble cl très-obéissant serviteur BoiDON, le (lauvre serviteur de l'admi-
ŒUYRES COMPLETES DE BOUDO.X.
rable Mère de Dieu
79(i toujours vierge et im-
maculée en sa sainte conception ; vérités pour lesquelles je voudrais mourir de bon cœur avec le divin secours (11).
Je souhaiterais que les sœurs de la Croix eussent recours aux saints anges au sujet de ceux qui les persécutent.
.1 Evreux, ce samedi, jour dédié à la (rèssainle Vierge, le Iti de janvier 1700.
LETTRE V
Boudon s'excuse de ne lui avoir pas rendu sa visite.
Madame ma chère cousine,
Dieu seul en trois personnes et toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ , Sauveur de tous les hommes. C'est dans cette divine union que je vous assure que non-seulement je me suis informé de vous dans le peu de temps que j'ai été à Paris, mais que je m'en suis informé avec soin et plusieurs fois. Les sœurs de la Croix m'ont dit qu'elles ne savaient j)as où présentement vous logiez, et que la supérieure, qui était absente, me le dirait h son retour. Madame la supérieure m'a dit aussi qu'elle ne le savait })oint et que la sœur portière me le dirait ; ce qu'elle a fait lorsque j'étais sur le point de m'en retourner pour faire mes visites avec le secours divin. Au reste, je suis occupé très-particulièrement de l'âme de feue madame votre mère; tous Jes jours je me souviens d'elle au saint autel et encore en d'autres temps; il ae se faut pas lasser de tâcher de l'assister par le très-saint sacrifice de la messe, jiar les aumônes, [irières et autres bonnes œuvres que l'on jieut faire et qu'il faut offrir à Dieu |)ar Notre-Seigneur Jésus-Christ à son intention. Je salue à notre ordinaire votre bon ange, vous étant et à toute la famille que j'honore oarfaitement, avec bien du respect,
Madame ma chère cousine.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur, BouDON, le pauvre prêtre de l'admiraljle Mère de.Dieu, toujours vierge et immaculée en sa toute sainte conception, vérités pour lesquelles il me serait doux de mourir avec le secours divin.