A LA MÈRE PRIEURE DES BÉNÉUICTIXES DU SAINT-SACREMENT
Âvanlage des souffrances. Soumission à la Providence.
DIEU SEUL
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacrécœurde notre bonSauveurJésui-Christ, Sauveur de tous les hommes. C'est dans cette union, ma Révérende Mère, que je vous écris; et considérant que nous ne sommes qu'une même chose avec Jésus- Christ, éiant un même corps mystique avec lui, il faut de nécessité que nous soufl'rions, puisque toute sa vie n'a été qu'une vie de souU'rances : autrement ce nous devrait être nne désolation indicible, car ce serait une marque que nous ne serions pas vérilahle-
(12) On ignore à qiii Udiiilon .iv:iit ailressé ccUilellre : l'enveloppe a élé pciihie; il ne l'.i poinl bigitée. L'original l'cpiiiilanl cil de son écrilure, el
ment unis avec lui. C'est pourquoi les souffrances ont fait la joie des saints, car c'est une des marques les plus certaines que nous lui sonunes véritablement unis. Oheureuses donc, ma Révérende Mère, les peines ()ui nous arrivent! ô quelle faveur! ô quelle grâce! Oh ! si nous savions le don de Dieu, quand nous sommes dans la peine!
Pour ce qui regarde lesdillérents états oii la divine Providence nous met, ce n'est pas à nous à les choisir, mais à les accepter. Une des plus saintes dmes de notre siècle disant un jour à Noire-Seigneur, dans un transport d amour : Je voudrais soulfrir tuus lesntaux imaginables pour l'amour de vous, Noire-Seigneur lui dit : Tu commences à tn'aimer. Mais quand l'amour est parfait, il ne veut plus rien; il veut tout, il ne veut rien ; il veut tout ce qui lui arrive, et il ne veut rien de ce qui ne lui arrive |)as ; voilà la perfection : c'est une illusion de vouloir Être dans d'autres états oîi l'on n'est pas, sous prétexte de mieux faire. Dieu est fidèle ; il ne nous manquera jamais, et nous soutiendra toujours dans nos faiblesses. J'aimerais mieux marcher sur les bords d'un }irécipice, dans l'ordre de Dieu, que dans le chemin le plus assuré, hors de son ordre. Or l'ordre de Dieu nous est connu dans l'étal oiî nous sommes, quand il n'arrive pas par notre choix. Je salue votre boa ange gardien, etc.
A Evreux, ce 20 juin, dans Voctave de lu fêle de l'Excès de l'amour d'un Dieu envers nous.
LETTRE VllI.
A ON INCO.NSC (12).
Excellentes pratiques pour la vie spirituelle.
DIEU SEUL
Dieu seul en l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Le bonheur de l'âme ne se trouve qu'en Dieu ; elle n'aura jamais de repos qu'elle ne se repose en lui ; mais il faut qu'elle s'y repose pleinement, [tour être dans une parfaite paix. Comme Dieu seul peut faire notre félicité, il ne faut vouloir que Dieu seul, n'aimer que lui seul, n'ad- 'lérer qu'à lui seul pour être bienheureux.
L'âme qui est à Dieu seul, reposant dans son centre, est dans une jiaix que tous les liommes et les démons ne peuvent troubler un seul instant ; mais c'est dans le fond de l'àme que cette paix devient immuable, quelques tempêtes et orages qui puissent s'élever dans la partie inférieure, raisonnable et même sensitive; et les obscurités cjue les nuages forment dans ces parties inférieures, sont quelquefois si grandes, que le fond d« l'àme demeurant caché, et ce qui s'y opère, l'on possède la paix sans la connaître.
AQn que l'âme soit à Dieu seul, il fa i'; qu'elle ne soit [du; à elle-même, ni à au-
il est aisé de reconnaitre son b.ivle d.ins loulo !a leino.
OELiVRES COMPLETES DE BOLDON.
SOO
cune créature; ce qui denwnde un entier iftgagemenl. Pour peu que Tâmo sorte, ou s'égare de son centre, qui est Dieu seul, elle devient en méaie temps malheureuse, et est lians la peine ou le tour.nent. Voilà la cause des troubles et des inquiétudes de tant de personnes, qui font même jirofession spéciale d être à Dieu ; c'est qu'elles n'y sont qu'en partie; elles ont avec Dieu quelque autre chose.
Pour aller à Dieu, il faut sortir hors des créatures ; à mesure que l'on en sort, l'on entre dans la bienheureuse jouissance de Dieu : si vous avez beaucoup de la créature, vous avez peu de Dieu; si vous avez beaucoup de Dieu, vous avez |ieu de la créature: l'on trouve Dieu seul, quand tout est perdu.
Or nous avons beaucoup de la créature, quand nous avons beaucoup de nous-mèlues, quand nous sommes tendres sur ce qui nous louche, que nos propres intérêts nous sont bien sensibles, que nous sommes affligés dans nos perles, que nous nous réjouissons dans les bons succès qui nous arrivent. Nous sommes à nous-mêmes et dans nousmêmes, lorsque la propre humeur nous gouverne, nous maîtrise et domine en nous avec la propre inclination, en sorte que l'on se voit toujours dans le même esclavage des passions.
Cependant, pour aller à Dieu, il se faut, quitter et les autres créatures ; et pour aller à Dieu seul, il se faut laisser tout à fait, et tout ce qui n'est point Dieu.
Pour être uni à Jésus-Christ, il faut se niorliiier et renoncer à soi-même ; c'est la première leçon du Chrétien, qu'il n'a))prend cependant jias souvent à la mort même.
Pour renoncer à soi-même, il faut dompter ses sens, mais particulièrement un certain empire que la |jropre humeur s'acquiert, exerçant une espèce de t} rannie dans nous, en sorte que presque toujours dans les mêmes occasions, l'on a les mêmes emportements, les mêmes mouvements et paroles de dépit, de colère, de chagrin et d'inquiétude; l'on remarque les mêmes impatiences et les mêmes discours que ces impatiences produisent. ''
C'est à ces choses que le renoncement chrétien nous oblige de nous ajipliquer : 1° par un examen (larticulier que l'on doit faire tous les jours sur les vices ou défauts des vertus qui nous sont les plus nécessaires, conférant mois avec mois, semaine avec semaine, pour voir quel proût l'on fait dans le saint exercice du renoncement de soi-même. 2° 11 faut s'aiipliquer quelque petite pénitence après ses chutes, comme de baiser la terre ou un crucitix, faisant quelques actes de contrition; ou bien de s'abstenir de parler quand on en a envie et qu'il n'est pas nécessaire; ou enfin se uiortitiant en ce que l'on veut, ne le faisant pas; ou eu faisant ce que l'on ne veut pas. 3° H faut avoir recours h l'oraison, particulièrement à celle qui se fait de la passion du Sauveur, se souvenir de Dieu, et l'adorer a toutes
les heures du jour, avoir un singulier recours à la très - heureuse et immaculée Vierge Mère de Dieu, à saïut Joseph, aux glorieux anges et aux saints.
Avoir pour grandes maximes que l'enfer nous est dû , et ensuite se persuader une bonne fois que l'on ne saurait nous faire tort, que toutes les créatures ont droit de nous exercer, de nous maltraiter, sans que nous ayons aucun véritable sujet de nous plaindre, car tout cela sera toujours bien audessous des peines de l'enfer que nous méritons
Cela nous doit apprendre à ne nous plaindre jamais d'aucune perte, puisque nous avons mérité de perdre Dieu; d'aucune peine que l'ignorance ou la malice des créatures nous peut faire, puisque nous avons mérité d'être tourmentés dans toute l'éternité de peines extrêmes qui ne finiront jamais, et d'être les esclaves des démous. Cela nous doit apprendre la douce et miséricordieuse conduite de l'aimable Providence de Dieu, qui nous change des peines inQnies en des peines qui passeront si tôt : il n'y a qu'à en faire usage avec le secours de la grâce. Au lieu donc de nous plaindre dans nos maux, nous avons sujet de nous réjouir ; et ce qui fait le sujet de nos douleurs, doit être la matière de nos joies.
Avoir pour maxime qu'il ne faut jamais se décourager, le découragerapnt, l'inquiétude et le dépit étant des choses qui viennent du dérèglement de l'amour-propre, de la nature corrompue et des démons ; quelques chutesque l'on fasse, il faut aussitôt se relever ; et si l'on tombe souvent, il faut se relever souvent et promptement sans aucun retardement. Avoir encore pour maxime que la divine Providence est la meilleure des mères; que celle qui nous a assistés depuis tant d'années que nous sommes au monde, ne nous abandonnera pas pour quelque peu d'années qui nous restent ; iairo cependant ce qu'il faut faire dans son ordre, et ne s'appuyer que sur elle seule.
Pour bien confesser ses fautes, il est à propos de les faire connaître, le mieux que l'on })eut, et les circonstances ; comme par exemple, pour faire bien connaître des impatiences ou des mouvements de colère, il faut dire, quand cela est, si l'on en a été beaucoup ému, si elles ont fâché le prochain, si on les a rebattues, si cela a duré une heure ou deux ou un après-dîner; si ensuite cela a été suivi d'autres impatiences, de mauvaises humeurs qui aient fait soutfrir les autres, qui aient donné mauvaise édification ; si, dans ces impatiences, ona f'icles défauts d'autrui, et devant des personnes qui ne les savaient pas ; si l'on est habitué à cela de}>uis quelques années ; si l'on ne se corrige point; si ces impatiences n'ont point fait faire des actions de dépit contre soi-même, comme de ne pas vouloir manger, uu travailler, ou parler, ou choses uareilles
Dieu seul dans l'union de noire bon Sauveur Jésus-Christ par la bienheureuse Vierge
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