LETTRE IX
1 Là MÈRE ELISABETH DE SAINTE-M AUIE, RE- LIGIEUSE FElilLLANTINE, A PAKIS.
Jl lui donne des avis salutaires eu égard à ses infirmités. Unir toutes nos actions à celles de Jésus -Christ.
DIEU SECL.
Ma chère fille,
Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Clirist. Dans cette sainte union, il faut perdre toute propre volonté, s'abandonnant sans réserve h son aimable providence ; son bon plaisir divin doit faire tout notre plaisir : ainsi, souffrir quand il lui jilaît que nous souffrions, et ne point souffrir auanii il en dispense. Oli ! qu'à jamais sa tres-sainte volonté soit faite, et que seulement il soit glorifié. Jl est vrai qu'il faut jirendre garde à ne pas tantérouter bien des prétextes que la nature peut nous donner dans la vue de quelques incommodités que nous avons; et trop donner dans ces vues, c'est le moyen de ne jamais faire grande chose dans le service de notre divin Maître. Cependant quelquefois il y a de justes sujets de considérer ces incommodités. Pour garder quelque milieu à votre égard, je )iense que vous ferez bien après Pâques, (juand le temps sera plus doux, d'aller à matines, et de surmonter de petits maux (pii pourraient servir d'occasion à n'y pas aller ; et de continuer, à moins que vous ne vissiez qu'il vous en arrivât des maux considérables, ou que vous eussiez un juste suict d'en craindre les suites. En attendant, humiliez-vous, disant à votre Mère les choses avec simplicité, et notre bon Sauveur y donnera bénédiclion. Pour les sujets de vos exercices, prenez simplement ceux qui TOUS toucheront le plus ; mais souvenezvous de VOUS unir toujours à notre bon Sauveur en toutes choses, de faire votre oraison dans l'union de ce Sauveur priant, votre retraite dans l'union de ses retraites, et ainsi du reste, et offrez-les au Père éternel, car enfin hors de lui nous ne sommes rien.
Priez pour mes visites, que j'espère commencer, avec le secours divin, au commencement du carême. Je salue vos chères sœurs, messieurs vos frères, vos bons anges, tous les bons anges et saints patrons de votre institut et du diocèse de Paris. La divine Providence, ma bonne mère, me prépare un long voyage après Pâques : offrez-le bien , dans l'union des voyages de notre bon Sauveur, au Père éternel , et à cet aimable Sauveur sous la protection de son immaculée Mère, des bons anges et des saints. Je ne saurais vous dire quand la divine Providence me donnera le moyen de vous voir. Pour rester quelques semaines à Paris, je
n'y vois pas grande apparence qu'à la fin de l'année, si jo suis encore au monde. Je suis, ma chère fille, etc.
A Errcux, te 26 février , fête de sainte Mec h tilde.
LETTRE X
// l'exhorte à renoncer à la cré turc pour s'attacher au Créateur. Danger des liaisons humaines.
DIEU SEtL.
Ma chère fille.
Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. C'est dans celte union que l'âme, s'attachantà Dieuseul, trouve sa ju'ix et son repos. C'est une vraie illusion de s'arrêter aux créatures, nous ne sommes pas pas pour elles, cl si un os hors de sa place dans notre corps nous donne tant de tourment et ne cesse de nous faire souffrir jusqu'à re qu'il soit remis, comment nos pauvres âmes pourraient-elles être sans peine, étant hors de Dieu seul, qui est leur unique centre, et leurunique et dernière fin ? Tenez pour une grande et véritable maxime, que, jiour être dans un vrai' repos, il faut que notre cœur sorte des créatures el retourne à Dieu, et à Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur. La liaison que vous aviez avec la personne dont vous me parlez, était bien humaine de part et d'autre, comme les effets que vous me marquez le montrent bien. Ah! ma chère fille, quand la liaison est divine et chrétienne, elle ne cause point tous ces effets, ces regrets, ces sensibilités dans la séparation ; l'on ne souffre pas d'être séparé d'une chose à laquelle on ne tient I)oint. Ne vous engagez plus jamais dans ces amitiés de la créature ; il ne faut plus aimer que Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur. Le conseil que l'on vous a donné de rompre entièrement, vient de l'esprit do Dieu; et les peines qui vous arrivent à ce sujet, viennent de la nature corrompue et du démon. Nous ne vous oublions pas en présence de notre bon Maître et de notre bonne maîtresse.
La divine Providence, ma touji)urs trèsfidèle mère, m'ayant conduit cet élé à bien des bouts de la France, pour y annoncer le royaume de Dieu, elle m'arrête de tous côtés dans les lieux où je passe, [lour y crier au feu du divin amour. Elle nous a occupé à donner les exercices de la retraite à différentes communautés de divers diocèses, et nous y sommes encore présentement occupés. L'on nous attend pour le commencement de décembre dans une autre ville (lour le même sujet, et apparemment la même divine Providence ne nous reconduira à Evreux, si nous sommes encore au monde, que vers le mois de janvier; en ce temps vous pourrez nous y écrire. Je suis encore dans une province éloignée d'Evreux ; nous avons besoin de vos [)rières et de celles de vos amies, les temps, la saison, les chemins
ŒIVRES COMPLETES DE BOIIDON.
soi
étant difficiles. Je salue avec bien du respect votre clière sœur. Je vous su|i|ilie de présenter mes civilités au Père votre chei frère : il est vrai que ses enijilois de prédicateur et de confesseur sont bien dangereux dans la jeunesse où il est, el qu'il y a un extrême danger de s'y jirendre aux créatures : beaucoup d"oraisons et une retraite bien ménagée ties créatures, autant qu'on le peut, sont bien nécessaires. Abandonnezvous entièrement à tout ce qu'il plaira à la divine Providence de disposer de vous, mais ne demandez rien : ces demandes souvent sont indiscrètes et quelquefois n'ont j as de bons effets. Je salue voire bon ange, tous les bons anges et saints patrons de votre institut, de la ville et du diocèse où vous êtes. Je suis, ma chère fdle. etc.
Le 12 nnvcinùre, fi'te de saint Martin, Pape et glorieux martyr de Jésus-Christ.