‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 215 sur 436 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

Détachement de soi-même; abandon à la Providence. Maximes sar l'oraison et sur la confession générale

DIEU SEUL

Ma chère lille, Dieu seul. Dieu seul en trois personnes et toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. Cette sainte union nous sépare diviuemeut de nous-mêmes par un heureux détachement ; et dans ce détachement on se désoccuoe de ce qui nous regarde, el de ce <[uo l'activité de propre es-

prit produit : c'est où il faut que .es retraites extérieuresse terminent avec le divin secours. C'est l'elfet que notre bon Sauveur, doit produire en vous, si vous vous rendez lidèle a la grâce. Vous êtes Iroj) occupée do vous-même , et c'est ce qui cause bien des réllexions qui sont suivies de craintes mal fondées, qui, vous embarrassant, servent d'obstacle à la gloire de la très-sainte et suradorable Trinité en vous.

Continuez à faire votre oraison en la manière que vous la faites : si elle changeait souvent, co ne serait pas un état, et pour lors vous ne pourriez vous arrêter à rien : demeurez-y tant qu'il plaira à la divine l'iovidence ; et quand elle vous fera sortir de votre dis[iosition, jiour lors il faudra suivre son divin attrait. Demeurez sans réserve abandonnée à toutes les conduites de cette bonne mère ; elle est la meilleure et la plus fidèle des mères : c'est ce que j'ex|iérimente depuis que j'en ai reçu l'être par sa miséricorde qui est incompréhensible. Cet abandon ne doit pas em[iôclier que vous ne disiez à votre Mère, supérieure en simplicité toutes les incommodités que vous avez, et même vous devez le faire; et ensuite demeurez en la sainte paix de noire bon Sauveur. Cette paix divine doit vous tirer des pensées que votre imagination vous cause au sujet de la mort de feu votre frère le Feuillant ; ce n'est qu'une production du votre esprit actif et inquiet : mais ne cessez de prendre soin de son âme par tout ce que l'on [)eut faire pour les pauvres âmes du purgatoire, qu'il ne faut jamais oublier.

C'est un pur elTet de votre amour-pro|ire, que la pensée de faire une nouvelle confession générale , et il y faut renoncer comme à une production duVieil homme qui vit en vous. Il faut éviter le bandement de tête dans l'oraison, et ne pas se laisser aller volontairement à des raisonnements qui disi raient de Dieu, quoique d'ailleurs ils soient bons. Je ne vois guère d'apparence de demander d'autres confesseurs que vos Pères ; et peut-être, dans le temps oiî nous sommes, serait-ce une chose, dangereuse.

Je ne crois pas que la divine Providence, si elle me laisse au monde, me fasse aller à Paris qu'après la fête de la Pentecôte. Vous pourrez m'écrire à Evreux pour la fête de l'admirable Ascension; car apparemment la divine Providence m'y fera retourner vers ce tem[is-làd'un voyage qu'elle me fait laire. Je salue avec bien du respect M. votre frère de Saint-Sulpice, votre chère sœur, vos bons anges, etc.

A Evreux, le jour que l'on célèbre la fêle du bienheureux saint Joseph.

LETTRE XXVL

A LA MÈj\lE.

S'humilier de ses fautes , mais se donner de garde du dépit et du découragement que l'amour -propre excite en nous.

DIEU SEUL

Ma chère (ille.

Dieu seul. Dieu seul eu ttois personnes,.

OFl VRrS COMl'I.FTES DE BOUDON.

eti-. 11 est vrai , notre grande all'aire est 'lo nous laisser bien humilier en toutes clioses, et (l'accepter de l>on cœur et dans une grande paix tous les états où nous nous trouvons, (]iit nous servent à nous tenir bien bas et à inortilier notre orgueil. C'est pour cela que Dieu tout bon et miséricordieux permet jilusieurs chutes qui nous arrivent : certes il ne les aime pas, et il ne peut les aimer; mais il aime l'humiliation qui en arrive. L'on rapporte qu'un jour il disait à une âme : « Tes fautes sont autant de portes par où j'entre dans toi ; » il voulait dire que ses fautes, servai;t à l'humilier , .servaient en même temps à lui donner une véritable entrée dans son cœur ; car enlin son esprit demeure et repose sur l'âme véritablement humble. Humilions-nous donc de nos chutes; mais donnons-nous de garde du dépit, du chagrin, de l'inquiétude que l'amour de nous-mêmes nous en donne, et le démon. Il est vrai que l'enfer nous appartient par nos péchés; mais il est vrai que le paradis est à nous par les njiséricordes intinies et par les mérites du sang de notre bon Sauveur. La vue de ses mérites infinis ne doit jamais nous laisser abattre ; il semble jiar votre lettre que vous l'êtes trop : l'esprit qui vous y fait dire que vous périssez et que vous êtes perdue, n'est point l'Esprit de Dieu,

Vous |)ouvez vous accuser de vos fautes ]ilus souvent que vous ne faisiez, [misque votre confesseur le veut de la sorte; mais cependant il faut se donner de garde de l'excès qui pourrait s'\' glisser jiaresprit de nature. Qu'il vous sullise donc d'aller ordinairement deux fois la semaine à confesse : il n'est point nécessaire que vous demandiez permission de vous confesser à moi , et il suffit que.vous fassiez une confession depuis le dernier jubilé, où vous direz avec simjilicité ce dont vous vous souviendrez, sans vous appliquera faire une exacte recherche.

L'esprit de mort met dans une parfaite indifférence à l'égard de toutes sortes d'états, soit de santé, soit de maladie, et à l'égard de toutes les suites qui en arrivent • il faut, avec le secours divin, que la|volnnté propre meure, et qui dit la mort s[)irituelle, dit une entière inditl'érence pour toutes sortes d'états. Vivons donc de cet esprit de mort, et demeurons dans une paix sans reserve k l'égard de tout ce qui peut nous arriver : cet état n'empêche pas le sentiment, mais l'adhérence au sentiment et aux inclinations et aversions. Cependant prenez garde de ne rien dire de contraire aux personnes pour qui vous ressentez de l'aversion, et de ne pas nième blâmer en vous-même volontairement ce qu'elles disent ou font, et bien moins de les blâmer avec les autres.

Ne vous inquiétez point de ce que le Père maître vous a dit touchant votre oraison. Le Saint-Père n'a point condamné la véritable oraison de quiétude qui est un don de Dieu, mais l'oraison oisive de la fausse quiétude. Continuez à faire voire oraison à

votre ordinaire, sans vous embarrasser l'esprit sur cela. Je salue M. votre frère qui est à Saint-Sulpice, voire chère sœur, vus bons anges, etc.

11 faut avoir soin de l'âme du bon Père confesseur, décédé, [>ar prières, communions, mortiticatioiis, application d'indulgences, le très-saint sacrilice de la messe et toute sorte de bonnes œuvres; U ne faut rien négliger [lour cela.

A Erreux, ce 31 octobre , veille de ta fête de tous les saints.

LETTRE X.WII.

A LA AIÉME

Elof/e du P. Jean de ta Barrière, instituteur des Feuillants. Avantage pour une communauté' d'être sous la protection de la sainte Vierge. Zèle de M. Boudon pour l'Immaculée Conception.

DIEU SEUL

Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. C'a été dans celte sainte et divine union cpie votre bienheureux Père Jean de la Barrière s'est si heureusement séparé de soi-même et du reste des créatures, et s'est élevé si divinement à l'union parfaite avec Dieu. Sa sainte vie, i[ui a été une mort continuelle au vieil homme, et qui n'était animée que de l'Esprit de son Sauveur, marque assez cette vérité. Ma chère fille, à l'imitation de ce bienheureux, ne vivons jilus que de la vie de Jésus-Christ. Ah ! que lui seul vive et règne souverainement en tout ce que nous sommes, en tout ce que nous faisons, en tout ce que nous soutTrons. Quoique la sainte image de votre bienheureux Père marque, par ce qui est écrit au bas, le jour de sa précieuse mort, le 26 de ce mois, je trouve néanmoins autre ])art qu'elle est arrivée aujourd'hui 28; c'est jiourquoi j'ai destiné ce jour pour adorer la suradorable Trinité des personnes divines dans leur fidèle serviteur. J'ai célébré le saint sacrifice de la messe en action de grâces de toutes leurs miséricordes sur cet homme admirable. J'ai fait brûler un cierge devant sa sainte image en la chambre où la divine Providence me loge. En vérité, si cette divine Providence vous fait me donner quelque chose de cet homme divin, je l'en bénirai très-particulièrement.

Je la bénis aussi de tout mon cœur du choix qu'elle a fait de votre chère Mère supérieure, qui doit beaucoup espérer de la main libérale de Notre-Seigneur, et pour elle, et pour toute votre communauté, s'étant mise avec elle sous une [irotection s{)éciale de l'immaculée Mère de Dieu. Cette souveraine des anges a autrefois dit à la séraphique Thérèse, qui voulait qu'elle fût reconnue pour supérieure dans la maison où elle était élue pour la gouverner, qu'elle avait bien fait de lui céder ainsi la supériorité. Et, eu effet, on ne peut pas mieux faire, car c'est le grand moyen qu'elle soit entre les maius

LETTUF.S. — A L\ MKRE I LISABI'/ni DE SAINTË-M.UME.

.lo Dieu qui nous veut lc\is avoir par ceti.G l)iiMilieuieuso créature, comnie l'enseigne excclieinnieni votre i^lorieux l'ère saint Hernaru. Mais, de plus, ipic pourrait mieuv faire un;' liUe de ce grand saint, dont le cœur ne seiiililait être qu'une vive llainiue du jiur amour de Dieu seul, dans l'amour inevplicalile qu'il a porté à sa très-digne Mère? Je vous avoue que la nouvelle que vous m'en donnez, me consuleiicaucoupen Noire- Seigneur, et il n'\ a point d'autre consolation qu'en lui-. Oli 1 si je pouvais l'aire savoir à tous les hommes combien la singulière dévotion à l'innnaculée Mère de Dieu est une rare faveur de notre bon Sauveur 1 combien les avantages qui en arrivent sent grands! combien il est doux de mourir à ses |iiedsl Non, c'est ce qui ne se jieut exjiliquer, et c'est ce que l'on n'entendra jamais assez dans cette vallée de larmes.

Mais ce qui nie donne encore une joie très-sensible en Notre-Seigneur, c'est la dévotion (jue votre chère Mère a pour rimiiiaculée Conception de la Vierge toute sainte. Présentement que celte vérité a été tant éclaircie (li), il est bien dillîcile de l'aimer beau'"OU}), et de ne pas entrer dans ce sentiment. Ah 1 qu'il est juste d'entrer dans le parti lie cette Mère admirable, en toutes les manières possibles, selon l'Esprit de Dieu! La divine Providence m'en a fait faire le vœu dans ma jeunesse étant écolier, et c'est avec une dévotion de tout mon cœur que je le renouvelle, "t que je désire d'y demeurer, avec le secours divin, jusqu'au dernier ioupir de ma vie.

Je vous prie de bien saluer votre digne Mère supérieure de ma paît, et de lui bien témoigner ma reconnaissance pour son souvenir que je ne mérite pas, et de iui dire que je l'honore [larfailement : saluez aussi •a mère sous-prieure, votre chère sœur, et toutes celles que j'ai eu le bien de voir. Je salue en même temfis vos bons anges et tous les bons anges et saints patrons de votre congrégation et institut de la ville et du diocèse où vous êtes, cl je suis, etc.

A Eireiix, ce 28 d'avril, jour dr hi précieuse mort du bieuheureuj: Jcoji de lu iUir^ rière.

LETTRE XXVin,

Chercher, aimrr el In'nir Dieu en toutes choses; s'abstenir de parler dans l'e't/lise. M. Iloudon sollicite des prières pour le

succès d'un (jrand voyaije qu'il allait entreprendre.

DIEU SELL

Ma chère fille,

Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, etc. Il est vrai, i''est lui seul qu'il faut chercher au milieu de nos pensées, el parmi tout i e qui nous arrive et tout ce que nous souffrons; c'est lui seul ()u'il faut vouloir en tout re (jue voulons; c'est iui seul ({u'il faut aimer en tout ce que nc'us aimons; c'est en lui .-eul qu'il faut mettre toute notre consolation el toute riolre joie, en tout ce ipii nous consol(! ou ijui nous réjouit; c'est lui seul (pii nous doit suffire dans toutes les privaiions intérieures el extérieures que nous éprouvons. Bénissons-le pour ses dons, jiour ses grâces, pour ses consolations : recevons-les avec reconnaissance; mais ne nous arrêtons ni à ses dons, ni à ses grâces, ni à ses consolations, et ne considérons que le Dieu du ciel dont la seule gloire et le.i seuls intérêts doivent enlever entièrement nos esprits et nos cœurs, ("est en lui seul qu'il nous faut reiioser, el il est lui seul le centre de notre âme. Entrons et laissonsnous perdre par son Saint-Esprit dans un. abandon général el sans réserve à s.;n aimable et divine providence : laissons-nous perdre dans son abîme sacré et intîni \inv.v n'en jamais sortir. O la bienheureuse et oivine perle, et qui vaut mieux que la possession d'un million de mondes!

C'a éié pour vous une grâce de ne [loinl parler pendant voire retraite : il y a bien souvent de l'amusement à tant conférer avec le directeur. En vérité, j'en reviens toujours à Dieu seul ; ù que bienheureuse est ï'âmaà qui il suffit lui seul! Vous avez bien fait de ne pas vous mettre en peine des distractions de votre imaginalion durant l'oraison; il faut les mépriser el ne s'en pas ociU| cr ni inquiéter. Au reste, l'amour de Dieu seul conduit à l'amour d'une grande |iauvreté, car c'est un amour dénué : aussi, il donne une haute estime ei en pénètre l'âme; ce qui la tient dans un resjiect inexplicable, mais particulièrement dans l'église. Oh!

surloui, ma chère lille, n'y parlez jamais; et s'il y avait nécessité de dire quelque parole, que ce soit à voix basse el avec une sainte et divine frayeur. Ce même amour du Dieu seul donne une vraie cliarilé pour le prochain, dans lequel il regarde et vénère son image; ainsi, jamais il ne souffre le moindre défaut de respect.

(Il) noiidoa ne vent pas dire par là, que l'Eglise oi'u, à son epoiiue (xvir siècle) , deliiil co Jine une M;rilc lie loi le seiilimenl île rlminaculée Conception de la .sainte Vierge, mais seulenienl qu'elle penchait poui' ce sentiniiMU , et qu'elle désirait qu'il lui embrassé pir tous les fidèles. \ oy. son livre De la dàv.iiion à rtmiiiaculée Mère de i»iei< . p. 11)9. « L'Kj;lise. >ditBossnet (senii. 1, sur /aCoiifeplioii), avec l'exaitiludc et la précision qui lui sont propres, « l'Eglise ne nous oldigc pas de cioiio la conceptiou de Ma ic inuiiatiike, niais elle muis f.iil culcudic

que celte créance lui est agréable. Il y a des choses qu'elle commande, où nous Taisons cônnailre noire obéissance : il y en a d'autres qu'elle insinue, où niuis pouvons témoigner noire affection. 11 est de notre piélc, si nous sommes vrais enfants de l'Eglise, non-seulement d'obéir au.\ commandements; mais de tléihir aux moindres signes d'une mère si bonne et si sainte. • — On sait que l'Eglise a promulgué le diisnie de riinmaiulec Conception lo 8 décembre IS54.'

8ïa

Soyez fidèlo à l'oraison, et vivez et u)nurez liansla paix de notre bon Sauveur Jésus- Christ. L'inquiétude ne sert à rien, non pas même pour ses défauts, dont il faut attendre la délivrance en patience, des grandes miséricordes de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Prenez le billet dont vous me parlez et briilez-le, disant en toute huudiité à notre hon Sauveur que vous ne voulez rien en (larticulier, mais que vous abandonnez à son aimable providence votre corps et votre âme, lui en laissant tout le soin, et voulant dépendre uniquement de sa divine conduite. 11 n'est pas nécessaire que le Père Maître prenne une direction particulière de votre conscience, si cela lui fait peine : il sullit que vous lui demandiez quelques avis d.ms le besoin pressant, et je vous assure que jtour tout cela il faut beaucoup s'attendre et se reposer sur les soins de la divine Providence, sans s'embarrasser de la créature.

Je ne vois guère de moyen de vous écrire jusqu'au commencement d'octobre, qu'il semble que la divine Providence me fera retourner à Evreux. Il (larait ([u'elle me doit faire faire trois cents ou quatre cents lieues; ainsi, vous voyez bien que je ne serai guère en état de recevoir des lettres (13). Je salue votre chère sœur et louti's les dames de ma connaissance. Je vous prie de recommander à la providence des trois personnes divines de la suradorable Trinité, les intérêts de Jésus et de Marie dans notre voyage ; car voilà toujours tout : les seuls intérêts de Dieu seul en toutes choses, et ils nous doivent uniquement suffire. Je vous sup(ilie d'invoquer la bonne Vierge, qui est, avec bien de la justice, nommée de la sorte, son cœur materne] a\ant pour nous autres pauvres et chélives'créatures des boniés inexplicables, les bons anges et les bons saints, et spécialement les bons anges des lieux par où je passerai, et les saints patrons des lieux où la divine Providence m'arrêtera, et les saints qui ont vécu dans un abandon et une dépendance particulière de la divine Providence, afin que tous ensemble ils demandent l'établissement du règne de Jésus en notre voyage. Je salue votre bon ange, tous les bons anges et saints jiatrons de votre congrégation, de la ville et du diocèse de Paris. J'oubliais de vous dire que le bienheureux Jean de la Barrière est l'un des saints sous la protection duquel je mets notre voyage. Invoquez-le pour nous, et le bon ange qui l'a autrefois gardé : il ne faut que l'intention, cela ne multiplie pas les pratiques. Je suis, etc.

A Evreux, ce ih d'avril, veille de la précieuse mort du bienheureux César de Bus, fondateur de la Doctrine chrétienne.

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