LETTRE XXX
Se détacher de tout, pour s'attacher à Dieu seul, l'aroles du Père de Condren à ce s:ijel.
DIEU SELL
Ma chère fille, Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. I! n'y .i point de consolation véritable ni de véritable joie qu'en Dieu seul, mais celle qu'on en regoitne se peut expliquer ; c'est un avant-goût et un conmiencement des joies du ciel où il ny aura que Dieu seul ; et parce qu'il n'y.aura que Dieu seul, ce sera un lieu d'une''lélicité parfaite sans le mélange d'aucune peine. Que l'on est malheureux de chercher autre chose 1 et c'est ce qui fait qu'il y a peu de personnes parfaitement contentes, même parmi celles qui sont à Dieu, parce qu'elles ne se contentent pas de Dieu seul. Ai)rès s'être détachées d'une infinité de ('hoses. elles demeurent arrêtées à leur intérêt pro()re spirituel; et la \ue qu'elles en ont, l'ociupatlun qu'e1les en
font, les inquiète, les trouble et leur cause mille scrujiules
Je lisais pi'ésentement la Vie de ce séraphin terrestre (k\ces derniers temps, le père de Condren, dans laquelle on uiarquo (lu'A sa mort on lui entendu dire souvent ces p'ar(des. « La mort est un tcm|)s où l'inlérêl pro(>re se réveille plus que jamais, je désire quitter tout, renoncer h moi-môuu', oublier tous mes besoins |iour ne penseriiu'à Dieu. » Aussi était-il l'homme de Dieu seul. Ah I qu'il fait bon s'oublier en toutes choses pour ne plus penser ([u'à Dieu I La résolution, ma chère lille, que notre bon Sauveur vous eii ailonnée à la sortie de votre retiaiie, est un ellet précieux de ses plus grandes miséricordes sur vous ; soyez-y fidèle, oubliezvous sainteme.'il vous-même pour ne plus vous oc;;uper que de Dieu seul. Laissez-lui toutes vos all'aires spirituel les entre les mains; pensezaux siennes; que les affaires de sa divine gloire soient votre unique tout eu toutes choses.
N'oubliez point d'envoyer ^ M. votre frère le livre De la sainteté ecclésiastique, pour la gloire de Dieu et de sa trèssair.te Mère. Je vous remerci-ïde l'application que vous avez à mon bon ange gardien ; je vous assure qu'elle ne sera pas sans bénédiction. Je no vous oublie pas devant Notie-Seigneur tou« les jours ; je m'en souviendrai avec son divin secours, imrticuiièrement le jour que vous me marquez. Je n'ùuljlierai pas ircni plus votre chère sœur le jour de la fêle da Notre-Dame. Je salue votre bon angC; etc., et suis, ma chère tille, etc.
^4 Evreux, ce 27 août, jour de ia précieuse mort du P. Gabriel Marie, conducteur de la bienheureuse Jeanne de France dans (a foudation de l'ordr? de l'Annonciade.
LETTRE XXXL
k LA MÊME.
Union avec Jésus-Christ. Avewjtemenc des Chrétiens
DIEU SEIL
Ma chère lille.
Dieu seul, Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur. L'âme qui lui est unie entre dans ses sentiments qui vont tous à la séparation de la créature, et qui ne nous enseignent qu'une |)rivation entière de tout ce qui n'est pas Dieu. Oh I que les créatures pour lors deviennent ennuyeuses, et le monde atl'reux, et foutes ses maximes ! Il est vrai que l'aveuglement des Chrétiens est infiniment déjilorable sur ce sujet, puisqu'étantdiscijiles de notre bon Sauveur qu'i.ls reconnaissent pour leur Dieu, bien loin de s'attacher à ses divines maximes, qui sont la vérité môme, souvent ils les suivent moins dans leur pratique que les infidèles, dont plusieurs sont [ilus modérés dans la recherche des (daisirs et des vanités du siècle. Cependant, comme notre bon Sauveur ne perd rien de sa divine paix dans l'opposition que ses disciples ont pour lui, il faut aussi,
OEUVRES COMl'
ma chère fille, que vous conserviez la vôtre (jui doit êirc une participation de la sienne, étant auprès de cette créature du monde dont vous me parlez; il faut on avoir compassion, prier pour elle, lui insinuer doutcnient les vérités chrétiennes, [irendre son temps pour cela, car il faut agir avec une sainte conduite, lui inspirerquelques dévotions à la très-sainte Vierge et aux ipcns anges, et vous tenir ensuite en repos.
J"espère ([ue la divine Providence, si je suis encore au monde, me mènera à Paris l'hiver [irochain, jioiir environ trois semaines, et je vous promets, avec le divin secours, que je vous irai voir. Je serai bien aise en Notre-Seigneur de voir le bon Père n)aître dont vous me parlez, et je vous exiiorte à avoir une entière confiance en lui. Ce qu'il vous a dit marque infailliblement qu'il n'est pas de la nouvelle doctrine, car ces gens-bi n"ont garde de jiarler de la sorte. Quelquefois le démon se sert de ce prétexte pour eni|)è(her le bien, et des gens qui n'aimeiu pas-la pureté des voies de Dieu traitent les personnes qui les enseignent (le la sorte.
Approchez- vous de la communion vivante du corps du Fils de Dieu avec confiance. Il n'y a point h craiiidre quaml Ton est en r'ésolution de lui être saintement uni, lenonçant à tout attachement volontaire h toute fiutre chose.
Je n'ai point vu les discours moraux dont vous me parlez, mais je crois que ce n'est pas !a leciuie que vous devez faire. Je ne sais si vous avez la Vie du P. Seiirin et la yie du P. Jean Chrysostome. Il y a [ilusieurs vérités qui vous peuverit servir jiour la gloire de Dieu, et (jui |>euveiit servir aux ciinnuunautés régulières. Faites voir au Père maître la Vie du P. Chrysostome, oiî j'ai marcjué sa conduite et ses sentiments toui;haiil la vie régulière.
^'ous poiirrez encore m'écrire, car je crois, si je suis encore au monde, <jue la divine Providence ne me fera partir d'Evreux pour le grand voyage que je reconnnande à vos ]irières (une communion, s'il vous plaît, jiour cela, en i'hoiuieur de la très-sainte A'ierge, des bons anges et des saints patrons des lieux par où je passerai et des lieux oîi j'irai); je crois, dis-Je, que la divine Providence, ma bonne ujère, ne me fera partir qu'au commencement de la troisième se- .niaine d'après Pâques.
Il n'est |ioint à propos présentement, ce nie semble, (jue vous fassiez une confession depuis celle «lue vous m'avez faite. A l'égard d.' vos pénitences, faites ce que le Père Maître vous dira, et aussi au sujet de la fille dont vous me jiarlcz. Pour moi, je ne saurais approuver cette réserve, et j'en ai horreur. Je salue votre bon ange, etc., et suis, ma chère fille, votre, etc.
A Evreux, ce 2 avril, fêle de l'humble et d,u ijrand suint François de Paulc.
LETKS DE BOl](>()N. (jag
LETTRE XXXn.
Eloge de sainte Polentiane. Il se félicite de n'avoir jutnuis eu ni serviteur ni servante. Etre en garde contre la promptitude et l'activité naturelle. Catalogue des ouvrages (ju'il a donnés au public.
DIEU SEUL
iMa chère fille.
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union du sacré cœur de notre bon, Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. Vivons, ma chère fille, et mourons dans cette divine i)nion. Que tous les moments qui nous restent de vie puissent être animés de son seul Saint-Esprit, (''est dans cette union que la glorieuse Potentianes'est élevée heureusement à l'éminente gloire qu'elle possède et que Dieu renouvelle par la découverle de son saint corps, coiume vous me l'apprenez, dont je bénis son aimable et divine providence, et de la connaissance qu'elle vous a donnée du lum prêtre tlamand tout plein de zèle pour l'honneur de notre biui Sauveur et de son immaculée Mère. Je vous assure que j'ai fjien du respect pour lui el pour son saint ange, car il ne faut jamais oublier ces célestes esprits.
Je vous reuiercie de la charité que vous avez pour mademoiselle Galland : il est vrai qu'il faut agir prudemment à cause des suites. Sa tante est une personne de Dieu que la divine Providence, ma très-bonne ei très-fidèle mère, m'a donnée pour me rendre de grands services dans mes besoins, n'ayant jamais eu de serviteur ni de servante i)ar son infinie miséricorde; ce que j'estime une faveur inestimable, car notra grand Maître n'en a jamais eu, et il disait, dans l'excès de sa divine charité, çh'î/ e'tail venu pour servir, et non pas pour être servi. (Matth. XX, 28.) Priez, s'il vous plaît, pour sa conservation; elle vous salue avec bien du respect, et votre bon ange : c'est la divine Providence qui la conserve, car elle est bien infirme et bien âgée.
La paix est le partage que le Fils de Dieu a laissé à ses disciples. Demeurez-y en sou saint nom et en celui de sa bénie Mère et des lions anges : tâchez doucement de pacifier votre esprit et d'en arrêter la promptitude. Ce que vous me marquez de votre disposition est un effet de sa divine grâce. Attendez en patience que la divine Providence fortifie votre santé : donnez-vous de garile de vous presser, ni d'aller aux offices de la nuit, ni de jeûner les jeûnes de la Règle; autrement vous êtes en danger de retomber, et le démou se mettra dans l'empressement qui vous est naturel. Il faut même prendre garde aux jeûnes de l'Eglise; la longueur de vos maladies le demande. Une des grandes maximes pour servir Dieu, à votre égard, est d'éviter votre activité naturelle, et de ne pas vous hâter. Je salufr votre chère sœur et sou bon ange» tous les,