‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 222 sur 436 · LETTRE XXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIX

Combien les âmes en purt/utoire ont besoin du secours de nos prières.

DIEU SELL

Ma révérende Mère,

Dieu seul , Dieu seul en trois personnes, etc. Tous les hommes verront cette grande vérité à l'instant de la sé[>aration de leur âuie d'avec leur corps, mais ce sera Iden tard. On verra dans un grand jour le rien du monde, le rien de toutes les choses du muude, le rien de toutes le> créatures: pour lors le grand tout de Dieu seul paraîtra, mais d'une manière dont il n'est pas possible de se former aucune idée. Notre séraj)hique mère sainte Thérèse, à la vue de quelques rayons de lumière qui lui étaient donnés de ce grand tout de Dieu seul , assure que les cheveux lui dressaient à la tête, par la frayeur qui la saisissait devant une majesté si terrible.

C'est tievant cette majesté suradorable que la sœur .\niie-Thérèse a paru. Je n'apprends sa mort que présentement, environ quinze mois ajirès la date de votre leUie. Je ne sais point oii la lettre a pu être pendant un si long temps. Je ne laisserai [las d'otlVir mes cliétives prières pour cette âme, sachant la sainteté infinie de Dieu. .4 près tout, il n'y a rien à craindre; il y a toujours assez de jiauvres âmes dans les feux épouvantables du purgatoire, dont la grandeur des peines inconcevables demande notre secours; et c'est un grand abus d'oublier, comme on le fait, des âmes qui y gémissent quelquefois, jiarce que l'on pense qu'elles sont dans le lieu du repos. J'ai su un saint solitaire que Dieu a honoré de miracles, qui a été environ neuf mois en purgatoire jiour un seul pèche véniel ; et encore n'en fut-il délivré qu'en faveur de la très-sainte Vierge , la mère de toute miséricorde : c'est ce qui a été révélé à une âme très-sainte que j'ai eu la grâce de connaître, dont les dons extraordinaires ont été aiiprouvés jiar des personnes dune grande érudition et expérience , et iioiii la vertu a été éminente. Toujours estil vrai, et je le mande pres(iue toujours quuinJ je jiarle de ce sujet, que saint Beruard lut repris par saint Etienne , son su-

périeur et son abbé, de ce qa a]Tres bien des années i! avait cessé de prier pour l'âme de son père décédé. 0 jugements de Dieu, que vous êtes de grands abîmes !

La divine Providence m'a fait voir ici h Paris la pauvre Mme Biscain qui ne voit plus. Heureuse si elle connaît son bonheur ! (|u'il est bon de fermer les yeux à tous les objets corporels avant que la 'mort les y fasse fermer 1 Je prends la liberté dans la charité lie notre bon Sauveur et de sa très-miséricordieuse mère do vous la recommander toujours.

Et ce[)endant je n'oublie point la charité que vous avez exercée envers nous, pendant que la divine Providence m'a arrêté à Chartres : certainement j'en ai toute la reconnaissance possible, ce qui n'est rien ; mais j'espère de la divine Providence, ma bonne mère , qu'elle vous en tiendra compte.

11 faut vous dire, ma chère Mère, que, sans avoir apjiris aucune nouvelle de la jiauvre sœur .\nne-Thérèse, j'ai tous les jours oU'ert mes chétives prières pour elle de[ uis que je l'ai connue, et elle m'a été présente tous les jours devant Dieu. Oh 1 que les miséricordes de notre bon Sauveur sont grandes sur cette âme! Je prierai aussi, avec le secours divin, pour Mlle d'Avignon et pour la sœur Perrine. Je salue vos bons anges, tous les bons anges et saints patrons de votre ordre et de votre communauté, que je prie notre bon Sauveur de combler de ses saintes grâces, de la ville et du diocèse de Chartres, et je suis avec bien du resjiect, etc.

A Paris, ce 7 août, fête de saint Albert, et de saint Gaétan, le grand saint de la divine Providence.

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