LETTRE XLI
A MADAME DE ROLVES (17) , A ÉVREL\.
// lui fait le récit de sa réception et de nés travaux apostoHipicf à Bordeaux. Ceux qui s'aband'innent à la Providence, re'coptpensés dès cette vie. l'.locjc du P. Surin.
UlEli SËII,.
Ma chère fille ,
11 fait bon s'abandonner uniquement el sans réserve, pour toujours et sans aucune exception de temps, à la divine Providence : nos réserves tarissent le courant des eaux de ses plus grandes miséricordes , et nos défiances empêchent les plus douces bénédictions de ses soins. La créature qui demeure toujours en elle-même par ses propres lumières, ses réilexions, ses inquiétudes, demeure toujours dans la peine et dans l'embarras : il n'y a qu'en Dieu seul , dans l'union de notre bon Sauveur , que nous pouvons trouver notre repos. Mais nous ne serons jamais en Dieu, qu'à proportion que nous sortirons hors de nous-mêmes; et nous en sortirons, quand nous nous oublierons de tout ce qui nous touche , pour ne nous {dus occuper que du seul intérêt de Dieu seul, par Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa très-sainte Mère. Or, cet oubli va au détachement universel de nous-mêmes en toutes choses, et de tout ce qui nous regarde, ne voulant être rien , ni dans aucun autre état, soit intérieur, soit extérieur, que celui où nous sommes ; car entin il est infiniment juste que Dieu , cet Etre infiniment
(17) Celle vertueuse ilaiiie rendit de graiidii seivioes M liuuJoii peiidaiil plusieurs années, et il avait tn e'Iu la plus gramle coi.liance. Il aniiunce sa mon h .M. Busgueraiil. curé de Saiiil-Nicolas de ItouLii , «-Il ces termes: i La pauvre Mme de
OKt'VBhS CoaPL. 1>E BOCDON. 11.'.
Guuves est morte. Messieurs de la calhédrale font aujourd'hui un service pour elle, en leLoiiiiaissance des soiiis qu'elle pii'iiail de leur église. Je la recommande à vos prières , et auï prierts de tous ceiii ([ue vous pourrez. »
œUVRES COMPLETES DE BOUDON.
8ii
souverain, soit maître en toutes choses ; (jue sa divine volonté s'accomiilisse uniquement en nous.
-, Nous sommes dans une continuelle expé- '' risnce de la douceur de sa divine provi- .' dence, qui, en vérité, se montre une bonne mère à notre égard, en quelque lieu que nous soyons. Elle nous fait ressentir ici les plus doux ctfets de sa divine miséricorde pour toutes choses. Nous y avons été reçus par Mgr l'archevêque de^ Bordeaux avec une grande bonté. 11 nous a donné des permissions amples pourtravaillerpuur la gloire de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère : il nous a donné plusieurs fois à manger, et nous a même invités d'aller le voir en sa belle maison de campagne. Nous avons reçu Je même traitement de M. son grand vicaire, de MM. ses archidiacres et de ses aumôniers. 11 en a trois ; et les autres domestiques nous ont marqué bien de l'honnêteté. J'appris hier, chez Mme l'ancienne première présidente , que dans la pensée que je dusse aller célébrer le très-saint sacrifice de la messe dans l'église cathédrale, l'on s'y était préiiaré dans la sacristie avec des honnêtetés bien obligeantes. Nous sommes obligé de jtrôcher plusieurs fois la semaine dans cette grande ville; et une chose merveilleuse et (lui marque une pure |)rovidence de Dieu , c'est que l'on vient à nos discours avec empressement ; et, quoique nous les fassions dans une grande simplicité, à l'ordinaire, il plaît à Notre-Seigneur tirer sa gloire de noire néant : les savants y viennent , les supérieurs d'ordres; il y a même un prédicateur très-célèbre, qui est provincial dans son ordre, qui y amène toutes les personnes qui prennent avis de lui. Allant célébrer la trèssainte messe avant-hier, au deuxième couvent des Carmélites, je fus surpris de voir l'église pleine, quoiqu'il fût matin, el de personnes de qualité et considérables , pour nous entendre parler de notre bon Maître et de notre bonne maîtresse. Mais qui |)Ourrait dire la douceur de la divine Providence sur nous, généralement à l'égard de toutes choses? Nous avons passé par des lieux oà elle nous a fait recevoir avec une charité étonnante. Nous avons trouvé des personnes illustres, comme des marquises , des comtesses, qui ne nous avaient jamais vu, qui nous ont reçu dans leur logis, et pris soin même do notre dépense pour notre voyage. Ici, à Bordeaux, nous sommes logé chez les mères Carmélites du premier couveni , avec une très-grande charité ; et deux ou trois autres communautés nous ont témoigné qu'elles auraient bien voulu nous faire la même chose. Je vous dis ces choses, uniquement pour vous apprendre combien la conduite de la divine Providence est douce, et qu'il est plus avantageux qu'on
ne peut jamais dire , de s'y abaudonner : je vous dis ces choses pour vous inviter à vous y abandonner entièrement , pour vous inviter à son amour, à ses louanges, à la bénir, à l'adorer, à la remercier. Dans cette vue d'apprendre combien elle est aimable et douce , j'ai pensé que vous feriez bien de dire ce que je vous mande à Evreux , comme, dans l'occasion, à M. le grand vicaire, à M. le sacriste; mais n'en parlez qu'au commencement du mois d'août et à propos , pour la gloire de Dieu et de sa sainte Mère. Cependant, prenez garde de ne rien dire en cela par aucun mouvement de vous-même et qui vous fasse prendre part à ce qui me regarde. Que la nature n'y ait aucune part, mais le seul esprit de Dieu, atin que sa seule gloire y soit recherchée, et la conduite de sa divine providence glorifiée ; car voilà tout ce que j'y cherche et tout ce que je désire qui y soit recherché. Agissons toujours en CÎirétiens, c'est-à-dire, toujours avec ces trois choses , par res|irit de Notre-Seigneur, pour sa [»ure gloire, dans son union , comme le membre la doit avoir avec le chef. Comme M. Preissart écrit quelquefois au P. Maur, à Bordeaux, si par rencontre il savait ces choses, il faudrait le prier qu'il n'en mandât rien ici.
J'espère partir d'ici, sous le secours de notre bonne mère la divine Providence, sous l'assistance de la très-sacrée Mère de Dieu, des bons anges et des saints, le 24 du présent mois, i)0ur aller dans quelque autre province où QJle nous mènera. Je vous manderai, avec le divin secours, où je serai; et dans le temps que vous apprendrez les bontés el miséricordes de la divine Providence, vous direz que je ne suis plus à Bordeaux, car il sera vrai.
L'on nous a donné un morceau de la camisole du saint homme le P. Surin ; nous vous en lerons part, s'il plaît à Dieu, et à Mme Anne et h Marie Simon (18)i En vous écrivant je leur écris, car je ne vous sépare pas. Nous faisons encore ici une neuvaine pour remercier Notre-Seigneur et sa sainte Mère, des grandes et admirables grâces du P. Surin : nous ne vous y oublions pas, non plus que dans le reste de nos dévotions. Nous avons eu la consolation en Notre- Seigneur d'entrer dans la chambre où il a demeuré : je vous avoue que je suis tout pénétré d'estime de sa sainteté qui me jiaraîl entièrement admirable. Que Marie Simon ait bien recours à cet incomparable serviteur de Dieu , qui , pour délivrer une personne possédée, a offert à Dieu d'être à sa jjlace ; ce qui est arrivé, et ce qui ensuite l'a fait passer pour un insensé et extravagant, et lui a fait souffrir des maux qui ne se peuvent dire (19).
Je vous manderai, avec le divin secours,
(18) Mme Anne el Marie Simon , dont il est faii mention dans celle leiire, sont Mme Anne Lffebvre et la sœur Marie Ani;élique de la Providence, donl Boudon a écrit la Vie, toutes deux lompajjnes de Mme de Rouves.
(19) Le P. Surin , Jésuiie , mouiui en odeur de sainteté le 21 avili ItiGS. Voyez les éloges que M. Bonnet donne à ce Peie et à ses écrits dans ses ouvrages contre le quiélisnie. « Les («rils de ce saint religieux, dit-il , sont les leçons d'un iiumme
JUj