LETTRE XLII
A I.A MÊME
S'abandonner à l'Esprit de Dieu, renoncer à soi-même, se combattre soi-me'me, obligations essentielles du christianisme, sans lesquelles les pratiques extérieures servent de peu.
DIEU SEUL
Ma chère fille.
Je me sens pressé de vous écrire d'avance pour !e commencement de l'année où nous allons entrer, pour prendre de Notre-Seigneur les dispositions que nous avons dû avoir en même tem[)s qu'il nous a fait la grâce d'être Chrétiens, et que je prie cet aimable Sauveur «le nous donner jiar le précieux et charitable cœur de sa très-sainte Mère, afin qu'une bonne fois nous commencions des années chrétiennes, des années de Jé-^us-Chnst, par Jésus-Christ et pour Jésus-Christ, qui doit être notre unique tout en toutes choses.
Pour cela, il me semble que nous devons nous laisser entièrement entre ses divines mains, nous abandonner parfaitement à son divin Esprit, qui doit être l'esprit vivifiant de noire âme, qui la doit animer, qui la doit conduire, qui la doit gouverner, qui nous doit inspirer les mouvements sacrés nécessaires pour tendre ?i Dieu seul, notre dernière tin, qui nous doit mettre dans l'esprit toutes les bonnes pensées, tous les bons desseins que nous devons avoir pour l'intérêt de Dieu seul, qui doit former dans nos cœurs tous les [lieux mouvements de son pur amour. Car enfin, c'est une grande vérité que nous avons l'honneur d'être ses membres, et que ce n'est pas aux membres de conduire et gouverner, mais de se laisser gouverner et conduire par cet adorable Sauveur, qui est le chef de tout son corps mystique.
La disposition donc où nous devons entrer, avec son divin secours, et sous la protection de son immaculée Âlère, des bons anges et des sainte, est une disposition de renoncement à nous-mêmes; car ce «om.'îtne'mes est étrangement opposé à cet aimable Sauveur. Aussi est-ce la grande leçon qu'il fait à tousceux qui veulent être lie sa suite, par ces divines paroles : Si quelqu'un, Uit ce divin Maître, veut venir après moi, qu'il rc-
naiice à soi-mi'mc. ( Matih. \\\, 2i. ) l'our être donc h Jésus, il ne faut plus être h soimême ; pour être éclairé fructueusement de son Saiiit-Esjirit, il faut renoncer à son ])ropre esprit; pour avoir part à ses divins seiilimeiits, il faut se déftouiller de ses propres sentiments ; pour ressentir ses inclinations, il faut se détacher de ses inclinations; I)our être revêtu de ses vertus, et particulièrement de celles qui lui sont les plus chères, comme l'humilité, la pureté, la douceur, la charité, il faut raortitier véritablement nO'^ passions, et s|)écialeraent elles de l'orgueil, de la sensualité, de la colère, île limpa' tience et de l'aigreur; enlin, pour vivre de sa vie, il faut mourir à notre ancienne vie.
Voilà les obligations (jue la qualité de Chrétien emporte nécessairement, obligations indispensables, si peu pratiquées," et même si peu connues. Toutes les pratiques extérieures, sans cela, serviront de[)eu. Cependant, si nous n'y prenons garde, elles nous amusent, et souvent elles nous abusent ; et, il le faut dire avec grande douleur, grand nombre de Chrétiens s'y laissent tromper : ils vivent avec de grarides et de belles apparences de christianisme, pratiquant grand nombre d'exercices de [)iété qui sont bons et saints, mais qui sont déjiourvus de l'esjirit intérieur qui les doit vivifier, qui, n'étant autre qu'un esprit de mort, suppose nécessairement le renoncement de soi-même. C'est cet esprit qui doit être l'esprit de notre esprit, l'âme de notre âme, afin que nous puissions être de véritables adorateurs de Dieu, qui cherche et demande des gens qui l'adorent en esprit et en vérité. Omon Dieu! ne vivons donc plus que de la mort.
Ce sont là les nouvelles que j'ai à vous dire, à madame Anne et à .Marie Simon; car celte lettre est pour vous trois : c'est le salut que j'ai à vous donner; ce sont les étrennes que j'ai à vous présenter pour le commencement de l'année qui va entrer.
Que notre grande application désormais soit d'offrir des hosties au Seigneur, par le sacrifice de nos passions, de nos inclinations, de notre propre humeur ; et si les combats que nous avons à donner pour ce sujet sont grands, sont violents, sont fréquents, bien loin de nous en décourager, c'est ce qui nous doit animer généreusement à une si sainte guerre, puisque plus nous aurons de [lassions à combattre, plus nous aurons d'heureuses occasions de faire des sacrifices à la grandeur de Dieu. Si nous avions à nous plaindre, ce serait du peu que nous avons à immoler à cette grandeur suprême, devant laquelle des millions de mondes et toutes les créatures qu'ils pourraient renfermer, quand elles lui seraient immolées, ne seraient que de petits néants qui lui seraient otferts en sacrifice.
coiisoninic dans la spirini.ililé. i (Préface sur fins- divinement après les avoir expéiimenlées. > (Cin"
Iruiiion past. de M. de (;aHit)rai, ii. 140-143.) < Ce qinénie éirit\, lu 14.) Voyt/, aussi le livre de
{lieux auu-ur, dif-il riicore, est iiicoinparalile sur IJondon, inlilulé : L'homme de Dieu enta personni
Ifs cpivnv. s df la vit- spirituelle, dont i! parle si uu (i. P Jeiin-Josevh Sitrin. Jésuite.
(F.lJVRES COMPLETES DE BOIDON.
Mais )e grand moyen pour olitenir cet esprit lie moit, qui est l'esprit du Cluétien, et si essentrél au christianisme, qu'il n'y a jioint lie fidèle qui puisse s'en excui|iter, est ■Je s'adonner saintement à l'exercice de l'oraison, et d'y persévérer avec une fidélité inviolable. Je vous recommande bien toujours la dévotion cordiale à la Mère de Dieu (je ne la [mis oublier jamais ), et celle des bons anges et des saints. Je vas, avec le secours divin, commencer une neu vaine pour l'intérêt de Dieu par Jésus-Christ et en Jésus-Clirist, sous la protection de sa bienheureuse Mère, des bons anges et des saints. C'est la seule chose considérable ; tout le reste n'est rien : nous ne pouvons donc mieux linir et commencer l'année : iaissonslîi nos propres intérêts, laissons-nous nousmêmes, oublions-nous nous-mêmes.
Je salue bien aussi Mlle de la Forest, tous vos bons anges, les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse d'Evreux, et suis, avec bien de l'affection en Notre-Seigneur et sa virginale Mère , à toutes; votre, etc.