A MADAME SIMON
Jl lui donne des avis sur les opérations du démon en elle.
DIEU SELL
Ma chère fille, L'état où vous êtes, qui est un état qui de soi tend à une séparation extraordinaire de la créature, est un elfet des plus grandes miséricordes de Notre-Seigneur par sa trèssainte Mère; et quand vous me dites qu'il augmente, cela veut dire que les grâces do Notre-Seigneur croissent en vous, et qu'il y multi[)lie ses dons et ses faveurs. Toutes les inclinations que vous porte?;, toutes les peines que vous soutirez, tous les mouvements que vous ressentez, dont vous m'écrivez, sont en vous sans être de vous : ce sont autant d'opérations de l'esprit malin qui, vous crucifiant de la sorte, servira, malgré lui et contre ses perverses intentions, à raccom[ilissementdes dessoins de notre Dieu très-bon etlrès-miséricordieux sur vous. Il mo semble que vous feriez bien de vous servir de M. Delahavo. et vous avez bien fait de lui liarler. 11 a raison de dire qu'il vous faut exercer dans la pratique de la mortilicalion, car il faut entrer dans les desseins de Dieu sur vous, qui paraissent manifestement par la permission qu'il a donnée au démon de do vous exercer. Si cet esprit malin vous
(•28) Elle éiail du liurs-ordic.
\i9) Autrciilcnl appelée .Maiie-Aiigélique de l:i Providence. Elle mourut à Evreiix en (iilcur de Kiim«lc> le 16 février 1G84, et fut eiilerrée dans
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crucitie de son côté, exerçant les ordres de Dieu, il faut que, d'autre part, les hommes servent à Dieu pour la même fin, quoique ce soit d'une autre manière, par amour de sa divine conduite. Votre fi(lélité doit être plus grande que jamais à ne vous prendre, à ne vous trouver en rien, avec le secours do la divine grâce et sous la protection de la sainte Mère de Dieu, <les bons anges et des saints. Cependant il faut quelquefois ui peu vous soutenir, non pas en vous-même ni par nature, mais pai- charité divine. C'est en cette vertu que les créatures doivent quelquefois vous aider à porter vos maux ; mais jamais ne le désirez ni ne vous plaignez, quand vous serez libre, d'en être maltraitée. Au reste, adorez et honorez Notre- Seigneur Jésus-Christ, non-seulement tenté par le démon, mais emporté psr ce malheureux es[)rit en plusieurs lieux dilférents, et livré entre ses mains. Que votre état honore cet état : unissez-vous donc, et demeurez toujours dans l'union de ce divin Sauveur humilié d'une manière si extraordinaire sous le pouvoir du démon. C"est en lui seul que nous trouvons notre force, notre vertu, et il est notre unique tout. De bon cœur, je prends votre volonté et votre esprit pour les remettre entièrement en ses divines mains. Ah I qu'il soit votre protection, la vie de votre vie et votre unique tout en toutes choses !
Dans les moments que vous aurez libres, ayez recours à la très-sainte Mère de Dieu ; mettez-vous tout de nouveau sous sa maternelle protection. Ayez recours aux bons anges, et particulièrement au vôtre, à saint Michel, saint Cabriel, saint Ra[)liaël et aux sept esprits qui sont devant le trône de Dieu et de qui on reçoit la paixlÀpoc. i, k), selon le témoignage de l'Ecriture. Ayez recours au bienheureux P. Jean de la Croix, et sachez que, quand le démon aurait le pouvoir de nous étrangler, en cela il ne nous pourrait pas nuire à l'égard du service de Dieu. Je vous recommanderai demain, avec le secours divin, à l'archange saint Michel, sur la sainte montagne oiJ je célébrerai le saint sacrifice de la messe et oij je prêcherai , ce que j'ai fait encore hier aa'môme lieu. Aimons bien les bons anges. Je salue le vôtre et tous les bous anges et saints patrons de la ville et du diocèse d'Evreux, et suis, etc.
A Rouen, la veille de la fête de l'apparition de saint Michel archange.
LETTRE LX-XYIl (30).
A liNE INCONNUE.
Cirronstances de la vie crucifiée et de la mort bienheureuse de la susdite Marie-Angélique de la Providence.
DIEU SEUL
-Ma très-(^hôre fille.
Dieu seul dans l'union de notre bon Sau-
ré|,'lise des leligieiises ursiilines de la même ville. Vijycz sa Vie éeiile p:n- Boudon.
(^■0) On ij,'iii)ie à i(ul Boudon avait écrit celte lettre, parce qu'il ne s'y trouve point d'adresse.
LETTRES. — A UNE RELIGIUSE DE HOLEN.
veur Jc^sus-Cîirisl. C'est dans celle hieiilieuri'U>e el ilivme union que nous avons tout >.ujet lie croire que niaïkinio Simon, ilite mère Angélique de la l'rovidciu'c, a vécu et a tini sa vie, ce qui est arrivé le IGile février. à un vendredi, jour tout consacré .'i la mémoire des douleurs de notre bon Sauveur, elle qui avait été une si Ijelle image de sa sainte passion durant sa vie. I.a divine Providence, qui dispose de loul, a voulu que nous l'ayons assistée à sa mort, qui a été le précieux momeni qui l'a unie [larfaitement a la Irès-sainte et suradorahle Trinité, noire principe, noire centre el notre un. La mère supérieure de nos Ursulines d'Evreux dit qu'elle lui avail déclaré, un an avant son bienheureux 'décès, le temps de sa mort, et qu'elle avait vu deux anges proche ot à côté de leur grand autel, qui disposaient comme de sa sépulture dans le lieu où elle il été enterrée et où elle a jiassé tant lie nuits entières en oraison devant noire grand el divin Maître, au Irès-sainl Sacrement de l'aulel. Klle a voulu ù sa mort signer encore, comme elle a pu, dans un papier qu'elle m'avait prié de lui dresser, qu'elle mourait la victime du saint Sacrement, et qu'elle était prête de donner son sang (lour la défense de l'immaculée conception do Notre- Dame, desa perpétuelle virgitiité et de sa ditine maternité. Elle a été exercée par les démons jusqu'à sa mort; et quelques heures avant que de mourir, elle soutl'rail des peines qui ressemaient la rage, et elle nie dit qu'il n'y avait plus de miséricorde de Dieu pour elle; ce qu'elle disait par les mouvements de l'esprit malin qui l'agitait, el dont Dieu s'est servi pour punir en elle les plus légères fautes qu'elle pouvait môme commettre dans cet étal; ce qui m'a paru assez sensiblement, car les moindres fautes où elle se laissait aller dans ce temps étaient aussitôt punies par les tourments que les démons lui faisaient soutl'rir. Ces fautes étaient comme de demander dans ses maux quelques soulagements qui n'étaient pas nécessaires pour elle.
Aussitôt qu'elle eut expiré, il se fit un grand concours de monde pour venir adorer et bénir Dieu dans sa servante : on lui faisait toucher des chapelets, on lui baisait les pieds, on |)renait de ses habits par dévotion, et cela dura jusqu'à neuf heures du soir; ce qui est assez surprenant, car elle n'était connue dans Evreux que île très-peu de personnes. Les écoliers, les enfants même y accouraient en dévotion. L'on fait plusieurs neuvaines sur son tombeau, el Dieu inspire une contiance extraordinaire en sa servante, non-seulemenl parmi le sim|ile peuple, mais parmi les personnes doctes et qualifiées. Toute la communauté des Ursulines en est merveilleusement touchée, et il y a une dévotion universelle dans tout" celle grande communauté envers celle sainte
âUiO.
Elle est décédée à 3i ans ; el l'on peut
dire après avoir passe pur le feu el l'ean {l'sul.Lw, 12), comme parle l'Ecriture, son pauvre corps ayant été consumé par les ardeuis étonnantes d'un feu qui la brûlait au dehors, el étant quelquefois, immédiatement a|)rès, plongé dans U^s rigueurs inexplicables d'un froid qu'on aurait eu de la [leineà (oncevoir. Elle soull'rait des peines pareilles à celles des martyrs : les démons la tourmentaient cruellement ; il lui semblaif(|u"on lui coupait les entrailles avec dçs rasoirs, qu'on lui jierçail le corjis avec des feis ardents : les luuniues en paraissaient môme visiblement. Les démons la jetaient en l'air comme une balle ; elle avait des douleurs à la têle, comme si on la lui eiit percée d'épines, et aux pieds cl aux mains, comme si on les lui eût jiercés de clous; elle soutl'rail des maux de cœur incroyables. Joignez à cela des veilles continuelles durant des nuits entières, des disciplines qui quelquefois ont duré cinq heures, sans tous les autres instruments de pénitence tlont elle se servait. Sa nourriture n'était souvent que d'un simple morceau de iiain jiar jour, et de l'eau pure ; elle ne voyait point le f^u durant les [dus rudes hivers. .Vvec tout cela, elle éprouvait des peines intérieures lerribles, et toutes sortes de tentations des dénions qui lui causaient des désespoirs elTroyables : elle pensait ôtre réprouvée, et elle lie voyait que l'enfer : le j)lus souvent elle ne pouvait pas discerner ce qui était libre en elle, d'avec ce qu'elle souffrait sans liberté : elle croyait consentir et être dans le péché : elle souffrait pour différentes personnes vivantes et décédées, et elle jiorlait les peines qu'elles devaient endurer , notre bon Sauveur la voulant unir à sa qualité de victime pour les pécheurs.
Bénissons , ma très-chère fille , adorons, aimons, remercions et glorifions la trèssainle et suradorable Trinité dans toutes les grâces qu'elle a opérées par Jésus dans son humble servante. Je la prie, prosterné dans mon néant en sa divine présence , qu'elle nous fasse miséricorde , et qu'elle accom- |ilisse ses desseins en nous, par les mérites de notre bon Sauvetir en sa fidèle servante. Je prie son saint ange qui l'a gardée, que je salue avec respect, qu'il vous serve d'avocat pour ce sujet. Je salue votre bon ange et tous les saints patrons de la ville el du (iiocèse de Paris, et suis, ma très-chèro lille. etc.
-1 Evreux, ce il mars 168i.