LETTRE LXXXVII
k LA MÈRE ANNE mRDlX, IIELIGIEISE DE LA VISITATION, A NANCY.
Prier pour les âmes du piirtjatuire ; Idt/ appliquer les indulgences de l'Eylise.
DIEU SELL
Ma révérende mère,
Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Sa divine et aimable providence nous faisait écriie ce malin dans la Nie d'une bonne tille d'Evreux (3o), dont elle nous donne le mouvement de donner au public la Vie et les merveilles que sa grâce a ojiérées en elle , alhi qu'elle y soit louée, aimée etgloriUée; elle nous faisait, diî-je, écrire les vues qui lui ont été données |ilusieurs fois de personnes que nous avons connues, et d'une rare probité, qui ^outfraient étrangement au milieu des tlamlues puriûantes du purgatoire, et durant un long temps. Ahl c'est que le Dieu que nous adorons est infiniment saint, et que la pureté de l'âme doit être extrême, avant qu'elle puisse lui être unie parfaitement. C'est ce qui nous doit apprendre qu'il faut tout faire et tout ioulfrir pour ces pauvres âmes, et ijuil ne faut pas se lasser d'en prendre soin, comme il arrive ordinairement. La foi du jiurgatoire e>t bien assoupie, aussi bien que (les autres vérités chréiieniics. Je vous réjjèle ce que je vous ai dit autrefois : l'un des plus grands secours, pour ces pauvres âmes, c'esi l'applicalion des indulgences qu'on leur peut faire , puisque c'est l'apjilication des mérites de notre bon Sauveur. Il faut donc bien savoir ces indulgences et n'être
pas négligents dans leur usage ce qui serait une grande inlidélilé , ( ruauté et abus de ces trésors infiniment précieux que la divine l'rovidcnce nous met entre les mains. Helasl que dirait-on d'un homme à qui l'on aiiraitdonné cent mille écus pour distribuer aux pauvres ilans un lempsoii ils périraient de faim, et qui, )iar négligence, les laisserait dails ses colfres sans en faire usage l Je n'oublie pas votre chère sœur, ni au sainl autel ni ailleurs. Je salue vos bons anges, tous les bons anges et saints patroc de votre institut , etc., et. suis, ma révérende mère, etc.
-•l Evreux, ce 20ft'vner, fêle de saint Eticher, ëvt'que d'Orléans.
LETTUE LXXXVIII.
A UNE BELIOIELiE.
// l'exhorte à souffrir avec patience, pour la considération des peines du purijatoire.
lUEU SELL.
Ma chère sœur,
Dieu seul. Dieu seul en trois iiersonnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. Tout le bonheur de l'âme consiste dans sa ilivine union, et on ne peut lui être uni qu'étant parfaitement purifié. C'est à cela que le purgatoire est destiné, dont les |)eines, dans le sentiment des Pères, sont épouvantables; et il est infiniment juste que la justice de Dieu soit satisfaite. Mais Dieu tout bon et tout miséricordieux, dans l'excès de ses plus grandes miséricordes, fait soutfrir les âmes dès celte vie, donl les soulfrances leur servent beaucoup à diminuer celle de l'autre vie. Oh ! l'heureux purgatoire de la vie présente ! et mille et mille fois heureuses les âmes qui y sont [mriliées , Dieu tout bon ayant égard dans cette vie h la bonne volonté et à l'amour avec lequel on soulfre ! .\insi , peu de peines en ce moiirie, portées chrétiennement, servent beaucoup plus que plusieurs très-grandes de l'autre vie. Ne soyez donc jias allligée, ma chère sœur, de soutfrir dans cette vallée de larmes : loin de vous en inquiéter, de vous en décourager, de vous en abattre, de vous en embarrasser, d'en prendre des scrupules, vous avez tout sujet d'en bénir la divine Providence, notre toujours très-bonne et très-fidèle mère , de l'en aimer, de l'en remercier, de l'en adorer, de la glorifier. Je vous regarde comme l'une des [)lus heureuses personnes de l'état chrétien, et je ne saurais assez vous dire combien votre bonheur est grand.
Je vous remercie [lour les honneurs (jue vous rendez à mon bon ange ; je vous assure qu'il en sera reconnaissant. Je salue très-particulièrement celui qui vous garde, tous les bons anges et saints patrons de votre institut, de la ville et du diocèse où vous êtes, et des [>ersonnes qui v siml , la
(35) Mario-.\iigélii|iiiMk' la Providence , dont il est parlé dans les lettres picccilciilis.
révérende mère prieure , lui demandanl en tonio liumilité le secours de ses |)rières, et désirant offrir -i Dieu l'ouï bon el lout misérii-ordieuï celles que je peux f.ure.avec le div;n secours, pour elle, pour vous, pour la sœur de la Passion el toute la coiuiiiunaulé. Oh! qu"il fait l)on converser avec les saints anges! nous en avons les moyens faciles, étant toujours proche dp nous , quoiqu'ils ne soien.i pas aperçus des yeux de notre corps. Je vous recommande singulièrement leur dévotion, qui est une source de grandes bénédictions, et je demeure dans leur union, ma chère sœur, etc.
A LvreuT, ce 26 mai, jour de la précieuse morl de la vénérable Manjuerile du Saint- Sacrement, reliyicnsc Carmélite, dont la divine Providence s'eut servie pour faire honorer particulièrement l'enfance de notre bon Sauveur.
molles complaisances. .\Ii ! Dieu seul, et toujours Dieu seul; je ne veux cesser de le dire.
Je salue avec Ijien du respect la mère supérieure et toute votre clière communauté, dont je me souviens trôs-particulièremenl, comme aussi deM.de Ouerlivir, vicaire général, et de .Mlle de Francheville (36). J'ai oublié le nom de la bonne demoiselle, dont la divine Providence s'est servie pour me nourrira Nannes ; mais je puis vous assurer qu'elle m'est tous les jours présente devant Dieu, en la présence duquel je ne la veux oublier jamais, étanttout pleiadereconnuissance, et plus que je ne puis exprimer, de sa charité vraiment chrétienne à mon égard; je me souviens aussi particulièrement de sa compagne. Je salue vos bons anges, etc.
A Paris, ce k de décembre, fête de la <jlorieusc sainte Barbe, la patronne de la bonne mort.