‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 27 sur 436 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De son antoxir ardent pour le glorieux suint

Joseph, dans l'union avec Notrc-Seiyneur

Jesus-Chri<i.

Saint Joseph est l'inoomparable entre les saints, parce ()ue ses grâces n'ont rien eu qui les égale parmi les pures créatures , si Ion excepte sa virginale épouse qui ne peut souffrir de comparaison dans l'être purement créé. C'est une vérité que nous écrivons avec toute la joie dont nous sommes cai'ables , voulant de tout notre cœur prendre part à tDut ce qui regarde l'admirable Mère de I)ieu, un million de fois plus qu'à tout ce qui louche nos propres intérêts. Mais à la réserve de celte liien-ainiée tille du Père éternel, saint Ju>eph est rincomjiarable; car duquel des sainls, et même des anges, peuton dire qu'il a été l'époux d'une mère de Dieu, le père puiatif et nouiTicier de celui qui a créé l'univers, et qui donne la nourriture à tout ce qui la reçoit? Mais, ce qui est étrangement surprenant, c'est qu'il a eu pour sujet un Homme-Dieu devant qui les ijuissances des cieux tremblent. Ces grâces ['élèvent à la hauteur d'une gloire inexplicable, et jettent l'étonnemenl parmi tout ce qu'il y a de jilus sublime dans le paradis.

Toutes ces grandeurs ont jiour fondement l'union qu'il a eue avec Notre-Seigneur Jésus-Christ qui ne peut souffrir de comparaison entre les justes, non plus que dans ses grâces, à cause de la part qu'il a eue au mystère de l'incarnation. Il ne faut donc pas s'étonner s'il a été le saint de la grande et tendre dévotion du P. Seurin. Cet homme de Dieu portant ses inclinations oii Jésus avait mis les siennes, c'est ce qui lui avait donné un amour indicible pour cet admirable saint, dont il voulut même jiorter le nom, pour témoigner en toutes façons qu'il était tout à Joseph, parce que Joseph était tout à Jésus. Il y avait déjà jilusieurs années qu'il l'honorait d'un culte particulier avant sa venue à Loudun ; mais les i)rises qu'il eut en ce lieu avec les démons , lui servirent d'occasion pour faire des jirogrès merveilleux dans une dévotion si juste et si solide. Ce fut par cette dévotion, jointe à celle de la très-pure Vierge, qu'il triompha glorieusement de toutes les puissances de l'enfer. 11 eut recours à cet illustre saint dans une grande confiance, et mit d'abord toute l'affaire de la possession sous sa puissante protection. Il la commença par une iieuvaine qu'il ht en son honneur, avec les sentiments et l'application d'une dévotion extraordinaire; et il obligea la Mère des Anges qui était possédée, de le prendre durant quelque intervalle où elle était libre, jiour son père et pour son jirolecteur. Ce dessein d'agir sous la protection d'un si grand saint, i\t peur aux démons dès le cûmmencement ; inftis dans la suite ils en ressentirent de si grands effets contre eux, qu'ils furent contraints d'avouer que le Père avait fait une chose bien agréable à jaint Joseph. Et à la

lin, I.évialhan, le diable d'orgueil, fut chassé par ce saint ([ui a été admirable en son liumililé; et il aiiparut même à la Mère des Anges, lui promit sa délivrance, et lui ortioiina de dire de sa part au Père qu'il eût bon courage au milieu de toutes les contradictions qu'il soutfrait.

Mais il sera bon pour faire voir davantage le secours du grand saint Joseph, de donner quelque connaissance du misérable état où était réduite la Mère des Anges, prieure des L'rsiilines de Loudun, quoiqu'elle fût encore assez jeune. C'était une tille d'esprit, d'une humeur douce et flexible , d'un jugement solide, mais d'une santé faible. Comme elle avait un naturel vif et les passions fortes, quoiqu'elle se fût étudiée à les modérer avec le secours de la grâce , cependant elle était bien éloignée de l'esprit de mort où Notre-Seigneur l'appelait. Elle avait suivi un traiiv de dévotion commune, sans beaucoup s'ajuiliquer à ce qui était de i)liis parfait; et quoique, par la miséricorde de Dieu, elle ne tût (las sujette à des péchés notables, cependant sa vie imparfaite était cause que les diables avaient [iris un tel empire sur elle, qu'ils l'avaient rendue incapable d'aucun exercice de piété. Oh 1 plût à Dieu que toutes les personnes religieuses fissent bien réllexion sur l'état imparfait qui donne tant de prise aux démons 1 11 y avait deux ans qu'elle était dans une telle insensibilité de cœur, qu'elle ne pouvait quasi s'élever à Dieu. Elle faisait tous ses exercices de piété d'une manière pitoyable, le diable la tourmentant et l'inquiétant si fort, qu'elle ne ]iouvait presque plus rien faire; mais ce qui était de plus affligeant et de [plus dangereux, était la vexatioii cruelle d'isacaron, démon d'impureté qui lui causait des tentations si épouvantables, que sans un secours extraordinaire elle serait tombée dans le précijiice.

Enfin l'état de celte fille était si déplorable, que le P. Seurin ne savait presque y trouver de remède. S'il voulait insinuer tians son cœur et dans son esprit quelques maximes chrétiennes, il trouvait tout fermé. L'esprit malin même avait prévenu son cceur d'une grande aversion et défiance du Père, dans la crainte qu'il en avait, et il lui avait fait ]jendre le dessein de ne se découvrir [las entièreiiîent à lui, et de dissimuler beaucoup de choses ; ce qu'elle faisait très-bien, ayant l'esjjrit subtil ; en sorte qu'elle ne donnait aucune véritable connaissance de son fond, et le diable se vantait qu'il ne soulîVait jamais que rien fût reçu en son âme qui pût être utile pour la piété. Le Père considérant toutes ces choses, et voyant que les exorcismes demeuraient sans etfet , jugea qu'il fallait avoir recours à Dieu par l'oraison dont nous parlerons autre part, et se servir de saint Joseph jiour avocat auprès de sa divine Majesté. Ce fut sous la i)rolection de ce glorieux éjioux de '

la Vierge des vierges.

qu il trouva le remède à ces grands maux. Un jour, comme il ))riait devant le très-saint sacrement, il eut une inspiration qu'lsacaron

l.'HOMMK liK DIEU. — PART. II.

pressait extraordiriflirement la Mère des .\nges, et cul <> môme tem|)s luniicre de ce qui se passait dans son intérieur; il y court, et lui avant dérouvert ses dispositions intérieures, elle en demeura heaucoup étonnée, et pour lors elle sentit une ouverture de cœur pour lui, et jirit résolution d'y avoir confiance ; ce qui fut un coniniencenient de mauvais augure pour les démons, ijui virent leurs forces s'altaiblir et TAme de la .Mère pré()arée h recevoir les jilus saintes grâces. Sa dureté de cœur lui fut Oléc, et elle entra dans les senlinicnts les plus tendres d'une sainte dévotion. Comme le Père lui enseigna que {"application généreuse à la vie intérieure, et spécialement à Toraison, étaient les cliosesqu'elle pourrait faire, qui seraient les plus agréables à saint Joseph, ce saint étant d'une manière s|.éciale le père et le iirotecteur de l'oraison et de la rie spirituelle ; elle s'y appliqua avec tant de courage, et y lit de si grands firogrès en peu de teni|)S, que les démons en étaient même surpris, disant qu'à peine avaient-ils vu aller une âme si vite dans les voies du divin amour.

Ils en furent enfin chassés par son puissant secours. Lévialhan, comme nous l'avons dit, le prince de l'orgueil, fut vaincu par un saint si humble; et I.sacaron, après sa sortie, dit que Joseph l'avait chassé lorsque le démon superbe était sur le point de faire affront aux minisires de l'Eglise. Balaam depuis fui obligé d'écrire le nom de Joseph bui la main de la .Mère comme la marque de son libérateur; mais les faveurs de saint Jose-ih envers la .Mère des Anges ne s'arrêtèrent pas là : comme il a été uni si intimement à notre bon Sauveur, ses secours miséricordieux, à l'imitation de Jésus, s'étendent aussi bien sur les maladies du corps que sur celles de l'âme ; et véritablement on peut dire qu'il est le grand saint qui assiste toutes sortes de personnes dans tous les dili'érends étals et pour toutes sortes de besoins. Bienheureux ceux qui ont recours à sa protection, et qui lui ont une dévotion solide 1

La Mère des .\nges qui avait ressenti les etfets de son assistance contre les démolis et dans ses misères spirituelles, (il une douce expérience de son secours dans une maladie mortelle où elle fut réduite : c'éiait une |ileurésie accompagnée de violents accès d'une lièvre ardente, qui l'avait mise à l'extrémité ; et étant désespérée du médecin, comme après la réception des sacrements elle entra dans l'agonie, et qu'alors on n'attendait plus que le dernier moment qu'elle expirât, ce fut une chose merveilleuse de lui voir demander tout à coup ses habits, ayant le visage extraordinairement beau, et assurer qu'elle était guérie. En etfet, on la vit sortir d'une agonie mortelle, toute pleine d'une grande santé, se lever incontinent, marcher, parler et agir avec les autres, comme si elle n'eût fias eu la moindre atteinte de la plus légère maladie. Le médecin survenant , qui croyait fermement la trouver morte, fut tout hors de lui-même

(piand il la vit dans l'étal d'une parfaite santé; et tout calviniste qu'il était, il fut obligé d'avouer i)ubliquement que cette guérison était miraculeuse ; il en fut bien touché, mais non pas converti, semblable en cela aux Juifs (]ui, selon la remarque de saint Augustin, étaient tous dans l'admiration des miracles de notre Sauveur, et ne se convertissaient pourtant pas, demeurant toujours dans leur opiniâtreté. J'avertirai ici le lecteur de n'être jias surpris si l'on se servait d'un médecin huguenot dans une comnuinnuté religieuse , ces bonnes filles ne le taisant qu'à force et dans la dernière nécessité, parce qu'il n'y en avait oas en ce tem|is-là de calholiaue dans la ville dof Loudun.

Mais voici comme cette guérison miraculeuse arriva. La Mère des Anges étant à l'extrémité, saint Joseph lui parut visiblement comme dans une nue d'or, l'ange gardien de la Mère se faisant voir à elle en même temps sous la forme d'un jeune homme à peu près de dix-huit ans et d'une beauté admirable, tenant en sa main un llambeau allumé qui lui semblait être comme de cire blanche; ensuite saint Jose()h s'approcha d'elle, lui fit une onction par trois fois à l'endroit du côté où la pleurésie était formée, avec une liqueur sacrée ; et dans un instant, comme il a été remarqué, cette bonne Mère fut entièrement guérie. 11 resta cinq gouttes de cette sacrée liqueur sur un linge que j'ai eu la grâce de voir et de toucher; et c'est une chose incroyable de voir combien de miracles la toute-puissance de Dieu a opérés par ce linge ainsi teint de la sainte omtion, comme nous Talions dire par la suite de ce chapitre.

Dieu, dont les bontés sont infinies, comme l'enseigne saint Augustin, ne permet jamais un mal que pour un bien; et ainsi, si par une secrète conduite de sa divine providence i! a permis aux démons de posséder les religieuses ursulines de Loudun, il ne l'a fait que pour en tirer sa gloire et le bien de ces âmes. .Mais entre plusieurs choses qui ont éclaté en son honneur, à celui de son Eglise et à la confusion de l'enfer, il faut remarquer principalement la gloire qui lui est arrivée par les grands miracles qu'il a faits en faveur de saint Joseph, et il semble que l'un de ses grands desseins en cette possession a été d'inspirer de plus en plus et d'accroître la dévotion des peuples envers ce grand saint, par les merveilles qui ont été opérées |iar ses intercessions; Dieu pour cela disposant de toutes choses en sa divine providence avec une suavité et une force nonpareille. fit connaître à la .Mère des Anges qu'il demandait d'elle pour sa délivrance, qu'elle fît un vœu au tombeau de saint Fran(;ois de .Sales en Savoie, quand elle serait en liberté. Ensuite il donna le mouvement à la défunte reine .\nne d'.Vutriche de glorieuse mémoire, et à l'éminentissime cardinal de Richelieu, de lui ordonner de passer oar Paris, afin que.

ŒUVKES COMPLETES DE BOUDON

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passant par plusieurs provinces, dans tant de villes lélèhres et devant tant de personnes si qualiliées, les mirailcs qu'il devait opérer en faveur de saint Joseph par le linge inibu de la liqueur sacrée de Tonclion

3 ue la Mère des Anges portait avec elle, evinssent plus publics et j)arussent avec plus d'éclat.

Et de vrai, c'est une chose admirable que la multitude nombreuse des miracles opérés par l'ailouchement et la vénération de ce linge dans toutes les provim-es par oi'i la Mère passait; et on pouvait niéiiie dire que c'était une espèce de miracle que le concours despeuples qui venaientenallluencede toutes parts par un secret instinct, dans tous les lieux oii la Mère logeait, jiour y trouver le remède h leurs maux, qui souvent étaient guéris sur-le-champ. S'ils n'avaient été si publics, l'on aurait de la peine à le croire , et à raison de la manièn' étonnante dont ils ont été opérés. Le P. Jacquinot, provincial de laCom[)agniede Jésus, personnage d'une grande autorité, estima que cette conduite (le la divine Providence en faveur du ()ère putatif de Jésus, si glorieuse à Dieu et à ce saint, qu'il jugea en devoir écrire à son général à Rome. Il lui mandait dans sa lettre, que les miracles qui étaient arrivés étaient des plus étonnants qui se fussent jamais faits. Le P. Bajole, religieux de la même Comjiagnie, illustre par ses emplois et par ses écrits, a rendu témoignage de plusieurs arrivés en sa jirésence, et ])lusieurs ont été même faits en des personnes qualifiées. La pieuse mère du P. Seurin en fut guérie miraculeusement, et un conseiller du célèbre parlement de Bordeaux, qui fit Ldtir une chapelle en l'honneur de saint Joseph. Les prélats les approuvèrent , et la dévotion pour cet admirable saint en reçut un notable accroissement. La reine de France et Mgr le cardinal de Richelieu voulurent honorer ce linge miraculeusement teint de licjueur sacrée. Le premier jjrésident de Grenoble avec les plus illustres de cette cour souveraine, la Mère de Chantai , et une infinité de personnes de tous états et conditions firent la même chose.

Mais ce q li est l)ien merveilleux, est que les moindres choses qui touchaient à ce linge en recevaient une vertu surprenante. Pour l'ordinaire on y faisait loucher quelques petits morceaux de papier; et Dieu tout bon s'en servait |iour l'aire les mêmes miracles. Que Dieu est bon, et qu'il est admirable dans ses saints I L'Ecriture sacrée ne nous a|)prend-elle t'as que les malades étaient guéris |iar la seule ombre de saint Pierre?Ce linge exhalait souventdes odeurs célestes, que l'on a souvent senties d'un quart de lieu de loin, et le papier qui le touchait prenait les mômes odeurs. Le P. Seurin en écrivant dit : « Il s'est passé tant de merveilles en ce sujet, qu'il y aurait assez de matières [)Our en faire un gros volume. » Et on peut dire en particulier qu'un des grands desseins de la divine Providence en Pairaire de la possession de Loudun, a été

d'aci-roître la dévotion de saint Jose(ih. Saillie Thérèse dit que « c'était un saint propre à obtenir toutes choses de Dieu, » qui voulut que la Mère des Anges fût délivrée entièrement par la sortie du dernier démon le jour de la fêle de celte séraphique sainte, sans aucuns exorcismes, [parce qu'elle était la grande dévote de cet incomparable saint. Mais je ne [luis finir ce discours delà gloire de saint Joseph, sans publier le secours miraculeux qu'il obtint encore à la Mère des Anges au retour de son voyage du tombeau de saint François de Sales ; car étant tombée malade d'une fièvre continu.e avec une inflammation de |)Oumoii, un Pèro jésuite qui était près de célébrer le très-saint sacrifice de la messe à minuit de la sainte fête de Noël, étant revêtu d'aube et d'étole, monta au lieu où elle était malade, et lui ayant appliqué le linge teint de la précieuse liqueur de l'onction, au même instant elle se trouva parfaitement guérie à la vue de toute la communauté et du peuple qui attendait au dehors l'issue de l'application de ce linge : tout le monde ne pouvant se lasser de bénir Dieu qui est si admirable dans ses saints. Ensuite la Mère assista sans aucune incommodité à la messe de la nuit sacrée, à celle de l'aurore et à celle du jour, sans se sentir d'aucun reste de sa maladie. Mais les effets miraculeux que Dieu o|iérait par ce moyen ne s'arrêtaient pas seulement aux corps, plusieurs en ont reçu de grands secours pour leurs âmes, soit pour se faire quittes de leurs imjierfections, soit pour faire des progrès notables dans les voies de la sainteté. Toutes ces grâces augmentaient de plus en plus le zèle du P. Seurin pour saint Joseph : il travaillait de toutes ses forces en la vertu de Jésus Christ, et par ses entretiens particuliers, et par ses discours publics, à porter tout le monde à l'honorer, ne pouvant assez dire combien sa protection était puissante, dont lui-même avait eu tant d'expérience, et même dès sa jeunesse, par les faveurs extraordinaires qu'il reçut dans l'église des Carmélites, consacrée à Dieu sous l'invocation de ce bienheureux saint.

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