‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 273 sur 436 · LETTRE XCIX · texte numérisé non relu

LETTRE XCIX

Combien il est avantageux d'être abject en toute manière.

DIEL SELL

Ma chère sœur,

La faiblesse qui vous est , d'une manière particulière, si naturelle, vous pourra beaucoup servir, si vous en faites un usage chrétien, à glorifier notre bon Sauveur et sa trèssainte Mère ; et il me serait difficile de vous dire combien il est avantageux d'être abject en toute luanière, abject dans la petitesse de son esprit, abject dans la faiblesse de sou corps, abject dans sa condition, abject dans son état, abject luême dans la pauvreté intérieure. Car il y a un malheur, et un grand malheur aux riches de pensées , de sentiments, de belles expressions, aussi bien qu'aux riches de biens extéiieurs et temporels. Or, [jour faire un usage chrétien de l'alijection , il faut en faire estime, il faut aimer ces voies qui doivent relever nos espérances, bien loin de nous abattre, car l'abattement serait pour lors un eU'et de notre orgueil; prenez-y bien garde. Mandez-moi toujours ce que vous apprendrez ; car Notre- Seigneur et sa très-digne Mère en tirent leur gloire , et ce n'est que dans cette vue que je vous dis de le faire. Si on no veut

pas de vous, demeurez en paix. J'espère restei- ;"! Paris , avec le secours de la divine Providence, le reste de l'hiver. Je suis logé à présent en la communauté de Saint-Josse; si je change , je vous le manderai. Je salue votre saint ange, etc., et suis, ma chère sœur, etc.

A Paris, ce 3 décembre , fête de saint François-Xavier.

LETTRE C

// l'exhorte à porter les effets de la pauvreté dans l'ordre de la Providence, et à avoir recours à ceux qui la peuvent assister. Il In fortifie, par son propre exemple, contre la ttonte qu'il yaà demander l'aumône.

DIEU PEIL.

Ma chère fille.

Dieu seul. Dieu seul en trois personne», et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les honunes. Vivez, agissez, et souffrez dans la divine union de ce cœur adorable. Unissez-vous à lui eu tout ce que vous ferez, en tout ce que vous souffrirez; et souvenez-vous que cet aimable Dieu-Homme a dit que les oiseaux avaient des nids, et les renards leurs tanières pour se retirer, mais qu'il n'avait pas où reposer sa tête.{Matth. viii, 20.) Regardez donc votre pauvreté comme un grand don de Dieu, puisque c'est le don que le Père éternel a fait à sou Fils bien-aimé. Mais il faut en porter les efl'ets dans l'ordre de sa divine Providence qui oblige à souffrir de la nécessité, et à avoir recours à ceux qui peuvent assister. Les Capucins sont pauvres, les religieuses de Sainte-Claire sont pauvres ; ces religieux et ces religieuses vont demander l'aumône : s'ils ne le faisaient pas, de peur d'importuner, ils manqueraient à Tordre de Dieu. Notre-Seigneur m"a fait la grâce de demander l'aumône dans les églises et dans les rues, et aux portes îles maisons ; et il m'a bien fallu surmonter, avec Je secouis divin, la répugnance que j'.> avais. En demandant l'aumône, j'ai trouvé des personnes, nonseulement qui ne me regardaient pas, comme vous dites ijue M. le curé de Saint-Nicolas fait à votre égard, mais qui m'ont rebuté, et qui, donnant l'aumône aux autres pauvres, ne me l'ont pas voulu donner : il faut surmonter, avec le secours divin, votre timidité naturelle cjui est oi)posée à l'ordre de la divine Providence sur vous. Vous devez aller trouver M. le curé de Saint-Nicolas (39), et lui dire vos besoins, et aux autres personnes h qui vous le pouvez. S'il fallait faire quelque chose de plus, il n'y aurait pas à hésiter; tout est donné à la mortiûcation de la propre volonté, de la propre inclination, de la propre humeur

Je vous enverrai un écu à la première commodité; je le laisse à Mlle d'Outrebois,

(39) M. Bosguérard.

iio;;

i.i:ttri;s. — a madamI'; iiF.Mti.

miG

l'Ile vous enverra aussi mu'l(iiic rliose n la |iri'iiiière occasion, la divine Trovidonre, ma toujours lr(''s-honnc et Irès-tidèle mère, me faisant jiarlir deniain pour Paris. H ne tant |ias s'arrêter Ji dos ciio^os pareilles Ji ce que vous me mandez qu'il vous a semblé que je vous parlais. Continuez vos prièresà la Mère de Dieu , dame de tout lion sei-cjurs pour raoi, et à honorer mon lion ange dont je vous remercie. Je salue celui (]ui vous garde, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Rouen et des personnes qui y sont. Aotre trùs-humble et obéissant serviteur, etc.

Le k juillet, veille de la fête des joies de la sainte Mère de Dieu, en quelques lieux.

Page 1