LETTRE CVII
A LA MKMK.
Il lui rrpi'le que c'est Dieu seul quelle doit eviisajier iluns les causes secondaires qu'il emploie pour la secourir.
DIEU SUIL.
Ma chère fille,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. C'e.>t dans celte divine union que je vous écris, ne voulant ni rien être, ni rien faire, ni rien soulfrir que dans cette sainte union; mais dans l'union avec Notre- Seigneur Jésus-Christ. Il faut regarder les choses dans la pureté et dans la sainteté de sa divine lumière, il les faut voir comme il les voit. Nous devons donc toujours regarder son adorable Providence en tout ce qui arrive, rien n'arrivant que par ses ordres. Considérez-la donc en mon indigne [lersonne; c'est elle qui s'en est servie pour prendre soin de vous depuis plus de soixante ans. Ne me regardez pas, moi : je ne suis que le pauvre instrument dont elle se sert; ainsi appuyez-vous uni(juenient sur elle. Je le dis par ma propre expérience : c'est la meilleure et la plus fidèle des mères; elle est toute-puissante jiour faire tout ce qu'elle veut, et elle est infiniment bonne pour faire tout pour notre bien : en sorte que dans ses conduites toujours infiniment adorables et toujours infiniraenlaimables, les plus grands maux deviennent de grands biens. Outre cela, elle ne meurt point, elle est toujours la même. Qu'avez-vous donc à craindre? Elle vous a assistée avec tant de miséricorde depuis votre jeunesse, elle ne vous abandonnera pas dans votre vieillesse. Je me confie, pour vous parler avec l'Apôtre, au Seigneur Je'sus, que celui qui a commence' son ouvrage en vous, l'accomplira. [l'Iiilipp. i. G.) Mais [irenez garde Ue ne vous appuyer que sur la divine Providence. Pas le luoiiidre appui, |)as l'ombre ilu plus jietit ap|iui sur aucune créature, quelle qu'elle puisse être. Je salue votre l)On ange, etc.
Ce k novembre, fête du grand saint Charles.
LETTRE CVIIL
Nos péchés nous donnent un juste sujet de craindre ; mais les mérites infinis de Jésus- Christ nous donnent un juste sujet d' espérer.
DIEU SEIL
Ma chère fille, Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. Je me confie en ce débonnaire Sauveur qu'il achèvera en vous l'œuvre de sa grande miséricorde qu'il
ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON
a commencée il y a tant d'.inn(''es. Qui njavittis espère en lui (Eccl. ii, II), nous dit la ilivine pai-nle, el est ilrmeure dans la confusion.^ Dites-lui, ma ciièie lilie, avec le Pro- |ilièle-Roi : Seiijneur,j ai mis mon espérance en vous : que je ne sois jamais confondue. Soyez-moi un Dieu protecteur, et itn lieu de refuge pour tne sauver. Car t'ous ('les ma force et mon asile: vous me conduirez el me nourrirez pour ta gloire de votre nom. Je remets mon esprit entre vos jnains ; vous m'afcz rachetée. Seigneur, gui êtes le Dieu de n-érite'. J'ai espère en vous; je sentirai des transports de joie et d'allégresse dans votre viiséricorde. Vous êtes mon protecteur dès ■ma jeunesse : ne me rejetez pas dans ma vieillesse : ne m'abandonnez pas lorsque ma force s'affaiblira. {Psal. x\x. 1 et seq.)
Retirez-vous dans le cœur infiniment aimant et inlininient aimable de l'adorable Jésus. Ne craignez |ioint dans ce lieu de retraite; il ne vous y arrivera aucun mal, et la mort même vous sera un grand bien. Souvenez-vous que les miséricordes du cœur adorable de Jésus sont infinies, el que, par conséquent, elles sont iné[iuisables : elles *.ur|iasscnt tous nos péchés, et elles sont infiniment plus grandes. Surtout donnez-vous de garde du découragement et de la défiance des miséricordes de notre bon Sauveur : cela ne peut venir que des démons qui sont dos esprits hors de toute esfiérance.
Vivez et mourez dans les deux dispositions que je vais vous marquer. La première i;'est qu'il ne nous appartient que l'enfer : voilà ce que nous méritons, voilà ce dont nous sommes dignes,- voilà notre part, notre portion, notre héritage, par les péchés que nous avons commis. La seconde, c'est que les miséricordes du cœur de Jésus nous ouvrent le ciel, et nous délivrent des peines clue nous méritons. Ainsi c'est par ses mérites infinis que nous attendons tout et que nous espérons tout; et notre espérance est Lier, fondée, ayant pour fondement les mérites d'un Homme-Dieu, et tout le sang qu'il a répandu pour nous. Demeurez ferme, avec Je divin secours, dans ces deux dispositions, et ensuite espérez tout de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Regardez la privation des secours des hommes, dans l'ordre de son aimable providence sans laquelle rien n'arrive. Croyez que moins il y a de créature, j)lus il y a de Dieu. A mon goût, une mort lue semblerait bien douce, si l'on mourait ^ seul , dans le délaissement de toutes les créatures. Plusieurs divins solitaires sont morts de cette manière. J'espère, avec le secours divin, que je serai présent en esprit à vos maladies et à votre mort, si vous mourez avant que je meure; et qu'ayant i)ris soin de vous pendant votre vie, j'en iirendrai encore soin après votre mort. Il nous Ja faut attendre incessamment dans l'âge oiî nous sommes. Il faut aller avec une sainte joie dans le fiays de Dieu seul, car il sera après la mort reconnu de tout le monde pour ce qu'il est, soit d'amour ou de force. Après le cœur de Jésus, ayez bien recours
au cmur miséricordieux tie la très-sainte "\ieg:\ Klleest a|)[iclée par l'Eglise le refuge des pécheurs, la consolation des aflligés et le secours des Chrétiens. N'oubliez pas votre bon ange et tous les bons anges, et |>articulièrement saint Michel, saint Gabriel, saint Raphaël, et les autres qui sont du nombre des sept |iremiers princes qui assistent devant le trône de Dieu, saint Louis votre pation, saint Jose|]|i, saint Jean l'Fvangéliste, saint Joachim, sainte Anne et sainte Barbe, l>atronne de la bonne mort. Je salue votre bon ange, etc.
A Evreux, ce '2 d'août, fête de Notre-Dame des Anges.