LETTRE CIX
En qualité de Chrétiens, nous sommes membres de Jésus-Christ, et c'est lui qui opère et qui souffre en nous.
DIEU SEUL
Ma chère fille,
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes. C'est toujours dans cette divine union que je vous écris; le Chrétien étant une môme chose avec Jésus-Christ en qualité de membre dtson corps mystique, comme tous les membres de notre corps naturel ne sont qu'uno même chose avec notre tète. C'est une dignité inetfable à laquelle tous les Chrétiens sont appelés et à laquelle ils ne pensent pas. Etre une même chose avec Jésus-Christ, en sorte que l'Afiôtre ne fait jias difticulté de dire aux premiers Chiétiens : Vous êtes le corps de Jésus-Christ {I Cor. xii, 27); quel honneur [>our nous! Oui, toute jiauvre que vous êtes et peu considérée dans le monde, vous êtes une même chose avec ce divin Sauveur en qualité de l'un de ses membres. Mais ensuite l'on ne pense pas qu'étant une même chose avec Nôtre-Seigneur, c'est lui qui oi)èrc en nous toutes nos actions et toutes nos soulfrances chrétiennes, comme l'âme produit tous les mouvements de notre corps en toutes ses parties : elles doivent donc être dignes de celui qui les opère : il faut donc toujours agir et toujours souffrir d'une manière digne d'un Homme-Dieu.
C'est à quoi il faut penser lorsque vous agirez et souffrirez. Considérez, si vous pouvez juger raisonnablement, que c'est Notre-Soignour Jésus-Christ qui vous fait agir et qui vous fait souffrir: si vos desseins, vos conversations, vos paroles, vos prières, et enfin tout ce que vous ferez et souffrirez, si tout cela est digne de lui, et si c'est lui qui opère tout cela.
C'est ce qui m'a obligé de donner au public le dernier livre intitulé : f^e Chrétien inconnu. Je vous l'envoie et vous le donne; à condition que vous le donnerez de votre j>art et de la mienne à Mme Dufresne et à Mlle sa fille, que j'honore toutes
LETTKES.
A MADAME IIEMU.
deux parfailemeiil, les renieiciaiit luujouis pour les seiours qu'elles vous tloiiiiciii.iiiie la divine Providence, notre toujours irèsbniiiie el Irès-lidèle mèn; leur iiis|iiru île Mius donner : elles vous le prêteront dans l'oicnsion.
Ne sortez point de Uoueu pour aller à des jièlerinages éloit^nés ; vous êtes trop faible pour cela; mais je vous sup[ilie de continuer vos dévotions à noire bonne maîtresse, pour la gloire de Uieu en mon indigne (lersonne : allez donc dans les lieux de dévotion de la ville.
J.e me sers de la main d'un de mes amis pour vous écrire, parce que mes incommodités ne me |)ermettent pas de vous écrire moi - môme. Je salue votre bon ange, tous les bons anges et saints patrons de la ville el du diocèse de Rouen, et des persoiuies qui y sont; el je suis, etc.
Ce 1 \ de mai.
LETTRE ex.
Boudon, se srnlant près de moitiir, l'exhorte à se résigner sur cela à la voloiile de Dieu, el à lui en faire un généreux sacrifiée.
lUEL SEIL.
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. C'est dans cette union, ma chère fille, que je vous écris toujours, vous donnant avis, premièrement, que quelque chagrin que l'on puisse se donner à l'égard de quoi ijue ce soit, ce chagrin ne remédie à rien, comme par exemple, h l'égard de ma mort, si elle était arrivée :e'. non-seulement c'est un défaut de soumission à l'ordre de Dieu, mais c'est une vraie folie de se tourmenter par des peines qui ne remédient [lointà nos maux.
Secondement, que regardant les choses dans l'ordre de Dieu, l'on doit voir (jue c'est lui qui fait toutes choses, [>uisi]u'il nous assure qu'un seul cheveu ne loiubepas de notre tète [Luc. XXI, 18) saris sa volonté: or v a-t-il rien de moins considérable que la chute d'un cheveu?.^ plus forte raison, la mort n'arrive pas sans sa volonté : c'est donc lui (jui la donne. Mais si c'est lui qui la donne, comment ne la pas recevoir, et de tout sou cœur, non-seulement à notre égard, mais à légard des autres ? Tenez pour certain, qu à l'exieplion du péché, c'est Dieu qui fait tout : or, tout ce 4(u'il fait est inliniment bien fait ; comment ne pas demeurer en re|POs après cela?
Je serais fâché que vous allassiez à l'autre monde sans faire le sacrifice de ma vie entre les mains de la sainte Mère de Dieu. Je vousy ai déjà tant exhortée. Failesle donc, ma chère lille, ]irésentement de tout voire cœur. La sainte \'ierge l'a bien
fait de son Fils qui était Dieu, et sur uu,ci'oix. Dites au Seigneur: Mon cœur csl prèi. Seigneur: mon cceur est prét.iPsal. i.vi, 8.) Je vous olfre le sacrifice de la vie do votre serviteur, comme le reste. Faites cela durait trois jimrs, en l'honneur de la Irèssainic Trinité, sous la prot(!ctioii des bons ang-j-. el des saints. Foulez aux pieds la nature (|ui viendra s'y opposer avec ses raisonnements, qui vous dira ([u'un autre ne prendra jias soin de vous comme moi. Eh I qui me donne les mouvements de charité pour vous, ma chère fille, sinon la divine l'ruvidence '? n'esl-ellc |>as toule-puissanle pour en doimer à d'autres comme à moi ? Je vous assure, Ue sa part, sans aucun doute , qu'on aura soin de vous après ma mort comme devant, si vous me survivez,
Mlle d'Oulrebois cherche à vous envoyer cent sols; mais elle ne saurait trouver d'occasion jiour cela à Evreux préseiilement : à la première occasion elle ie fera avec le secours divin; vous pouvez y cou)|)ler et emprunter même là-iîessus. Je vous supplie de faire une neuvaine à mon intention ; il n'est [las nécessaire qu'elle soit de suite; pour demander au Père éternel son Saint-E.<pril au nom de notre Sauveur Jésus- Christ qui nous l'a |iromis. C'est un des etfels ijarliculiers des so;ns de la diviiio Providence sur moi, de m'avoir ap(iliqué dès ma jeunesse [lar une dévotion "spéciale au Saini-Es|)rit, et d'avoir dès lors crié et bien crié : O divin amour ! ù divin amour. N'oubliez pas mon bon ange, cet esiuil tout d'amour. Je salue voire, etc.
A Lireux, ce 20 juillet, dans l'octave de lit fêle de ^otre-Dame du mont Carmcl, el du glorieux saint Alexis.