I. HOMME Di; DIEL'. — PART. H
gne aux Oilossiens (ii, 10), «/u'(7 est le chef de toute principauté ci de toute puissance. Il est assuré, ce que dit le Prince des apôtrvs (I Petr. m, 22)r/it'i7f»7 monté au ciel, tes anges, les puissances et les vertus lui étant assujettis: ainsi les anges sont les anges de Jésus, soit ]mr rinlUieni'o de ses grâces, soit par la dé|iendance qu'ils en ont. Un des démons de la possession de Loudun l'ut obligé d'avouer (|u'il était jierdu pai- sa superbe et son envie, n'ayant point voulu s'assujotlir à Jésus-Cluist ijui leur l'ut révélé dès le commencement du monde après leur créalion , et ne pouvant supporter que le Verbe quitlAt leur nature si parfaite |)Our s'unir à telle de l'hoanne; ce qui leur donne une rage inexplicable contre le Verbe incarné, Jésus-Christ ; mais que les anges bienheureux s'étant oubliés d'eux-mêmes et de totis leurs propres intérOls, ne se regardant point et ne voyant que Dieu seul , s'élant soumis avec respect, avec amour et avec zèle à ses desseins, avaient adoré Jésus-Christ, et étaient ensuite entrés dans sa gloire. Ceci est conforme aux théologiens, qui estiment que les suints anges furent secourus par la grâce de Jésus-Christ, lorsque le chef de tous les tenta et les voulut engager dans sa révolte contre Dieu. C'est de ce combat dont parle saint Jean dans son Apocalypse (xii, 7), lorsqu'il dit qu'il se donna une grande bataille dans le ciel.
Michel et ses anfjrs, nous apprend le disci(ile de l'amour (Ibid.), combattaient contre le dragon ; te dragon aussi combattait lui et ses anges ; tnais ils ne purent résister. Saint Michel prenant la place du premier des démons, et étant ensuite le prince de tous les bons anges, vainquirent ensemble les rebelles par la force de Jésus-Christ auquel ils se soumirent, qu'ils adorèrent, et au nom duquel ils triomphèrent, confondant le dragon avec toutes ses troupes qu'il entraîna dans le préci[iice par son exem[)le , par sa puissance, par le venin de l'amour-propre; car la chute de l'ange apostat, dit très-bien saint Augustin, est venue de la complaisance en soi-même, en sa perfection et dans les excellences de sa nature. Il ne faut pas s'étonner si dans ce combat le démon est appelé Satan, s'il est dit qu'il séduisait tout le monde avant même qu'il y etit des hommes dans le monde ; c'était delà même manière qu'un homme qui sort pour en tuer un autre, en est homicide avant que de le rencontrer ; ou comme un homme qui désire avec passion une fennue absente, commet un adultère avec elle, ainsi que nous l'assure notre divin Maître, et que l'explique un savant interprète qui remarque doctement que Jésus et son Eglise étant dès lors connus au démon, en même temps il alluma toute sa fureur contre eux, et il se proposa de lui faire une cruelle guerre.
Ces vues sont bien capables de donner un grand amour pour saint Michel et pour le reste des anges , à tous ceux qui aiment Jésus, puisque ce sont les premiers q:ii ont |)fisetqui ont soutenu son parti avec tant
de zèle. J'avoue en lUon particulier que le zèle de ces sublimes es|)rils pour mon adorable Maître m'enqiorte et me ravit le cœur; que je suis fortemeni et tendrement touché d'amour [lour saint .Michel et pour toutes ses troujies glorieuses. Ah ! connnent aimer en vérité Jésus, sans avoir de l'amour pour ces admirables cs[)rits qui ont renoncé à leur jiroprc amour, pour n'en avoirque pour lui? Je sais des personnes qui dans ces vues ne peuvent se lasser de témoigner aux saints anges la part (pi'elles prennent h leurs victoires,les joies (pi'el les ressentent de leur bonheur pour leur adhérence à l'Homme-Dieu.
Aimable esprit, que la providence ineffable d'un Dieu a dé()\ité h ma garde , les pensées me manipient, et je n'ai iioint de paroles |Hjur pouvoir assez vous exprimer la joie de mon cœur, pour la grAce qui vous a été don-i née de tenir invisiblement le ]iarli du roi Jésus, et [lour entrer ensuite dans la gloire que vous possédez si lioireusement. Ah 1 que mon esprit se trouve doucement satisfait , (]uand il pense que vous jouissez d'un contentement achevé! Certainement il me semble que toutes mes inclinations se portent avec vigueur pour vos saints intérêts, qui me seront toujours plus chers que jo ne puis dire. Jouissez , jouissez donc à jamais de ces plaisirs incompréhensibles qui vous inondent si glorieusement; que le Dieu d'amour et de bonté qui vous les donne augmente votre gloire accidentelle par tous les moyens qui lui sont connus et dont il voudra se servir, et })articulièrement par l'obéissance fidèle que je dois rendre à votre angéliqiie conduite. Mais surtout obtenezmoi quelque |)art à l'amour, à l'adoration, au zèle , à la fidélité que vous avez eus pour Jésus; que rien ne me sépare de son (mr amour; (|ue je vive et que je meure dans une entière et dernière fidélité <i ses divins intérêts. Ah 1 faites que je l'aime ; ah ! que je l'aime ave(^ vous pour toujours et durant toute l'éternité!
11 y a des personnes qui , lorsqu'elles entendent sonner l'horloge, se servent de pareilles élévations quelquefois à leur bon ange gardien, quelquefois à saint Micliel, à saint Gabriel , à saint Raphaël ; d'autres fois à tous les neuf chœurs des anges; et il est bien assuré que c'est une pratique très-solide et très-avantageuse d'avoir recours à eux dans tous les besoins publics et particuliers, afin qu'ils continuent h soutenir les intérêts de Jésus-Christ dans l'Eglise el dans l'Eiat, dans les royaumes et les provinces, par la conversion des infidèles, par la réunion des hérétiques et des schismatiques, par la destruction du péché entre les fidèles, par l'établissement du vrai amour de Dieu dans les diocèses et dans les communautés, dans les maisons el dans les familles [)articulières.
Le P. Seurin qui avait entendu les démons se plaindre dans leur malheur infini, de ce qu'ils avaient été perdus pour n'avoir pas adliéré à Jésus, avait une dévciion mei-vei'leuse aux bons anges qui avaient combattu
Otl VRES COMPLETES DE BOL'DON.
conire ces esprits d'enfer (loiir les inlérêu de son divin .Maître ; il le.-! honorait avec un amour très-respectueux, et il avait de hauts sentiments de leurs perfections et de leur protection. l"n savant interprète de l'Ecriture a dit : qu'il n'y a point de (taroles qui puissent dignement expriuier leurs grandeurs et leur dignité; et il cite saint Jean Chrysostome qui dit : qu'il y en a njême que nous ne saurions nommer en aucune sorte. Le P. Seurin disait « que l'abondance des grâces de l'âme croît beaucou|) par l'union que nous avons avec ces purs esjjrits. quoique l'on y ftisse peu de réilexion. » Ce sentiment est bien autorisé par l'expérience de sainte Thérèse , qui marchait à la perfection à [las de géant, depuis qu'une voix du ciel lui eut dit , qu'elle ne conversât plus qu'avec les anges. Le Père ajoutait que ces bienheureux esprits nous favorisent beaucoup, et nous enrichissent de leur plénitude, chaque ordre selon ce qui lui est propre; les sérajihins, nous faisant part de leurs ardeurs amoureuses; les chérubins, de leur sagesse et de leurs lumières; les trônes , de leur repos; les dominations, de la participation au règne de Jésus-Christ ; les vertus, de leur grand pouvoir et de leur force; les puissances , de leur victoire contre les démons; les principautés et les archanges, de leur zèle pour les intérêts de l'adorable Jésus, leur grand loi et le nôtre, dans les royaumes, dans les provinces et les Etats tant ecclésiastiques que séculiers; les anges, de leur purelé,de leur vue de Dieu en toutes choses, et de leur charité pour les âmes.
Il est bien doux de converser spirituellementavectousces chœurs d'esprits sublimes, et c'était une pratique à laquelle saint Bernard exhortait puissamment ses frères. Il est bien doux d'aller en esprit tantôt dans un chœur et tantôt dans l'autre, considérant ce qui leur est particulièrement propre, et 'leur demandant en toute humilité de nous y donner quelque paît. 11 est bien doux de converser avec son ange gardien, lui parlant de ses besoins, lui exposant ses bons désirs comme à un ami incomparable. Il est bien doux de converser avec les anges gardiens de ceux que nous fréquentons, des personnes qui sont dans les lieux où nous demeurons, de les voir intérieurement, de leur dire, de leur faire et de leur rendre les resjiects, au moins que nous rendrions à quelque grand j-rince s'il nous faisait l'honneur de nous venir voir, car ces esprits sont les aimables jirinces de toute la cour du jiaradis. On dit quelquefois que l'on s'ennuie, et que l'un ne trouve pas de conversation : ah ! qu'en voici de ravissantes et d agréables que l'on peut trouver partout! Que de douceurs et d'avantages, si l'on savait bien [lasser les heures, ou du moins quelques quarts d'heure de temps en temps avec eux I
Le P. Seurin le savait bien, puisque tant de fois il a été honoré de la présence sensible des anges. Ecrivante la Mère qui en "wtait le nom, il dit : « L'idée des anges
m'est extrêmement douce, et je ne saurais vous représenter combien mon esprit est occupé et rempli de la pensée de leurs chœurs célestes, et surtout de ceux que l'on appelle trônes, par qui plusieurs de vos ennemis, c'est-à-dire les diables qui vous tourmentent, ont été chassés. Il me semble souvent que je sacrifie à Dieu assis sur ces esprits en célébrant la sainte messe; dans cette pensée, il me vient dans l'esprit que la vraie résidence de Notre-Seigneur est dans le fond de nos âaies. » Durant plus de six mois, étant à Loudun, il reçut une visite de son bon ange, laquelle, quoique ce ne fût pas sous une forme visible aux sens, 0[)érait de grandes choses en lui, l'élevait forteiùenl vers le ciel, et l'enllauiiuait d'une manière admirable dans les feux du pur amour ; mais il recevait aussi beaucoup de secours des anges gardiens des religieuses, et en expérimentait des effets différents; ce qu'il assurait arriver fort souvent. 11 est bien vrai que non-seulement nous sommes assistés do nos i)ropres anges gardiens, mais encore de ceux des autres.
« 11 [irotestait que les effets d'amour et de protection des saints anges lui avaient été rendus si manifestes et en tant de façons, qu'il lui était impossible de les raconter; que pour résister aux démons et en triompher, il fallait beaucoup se défier de soimême et avoir recours à leur assistance; que c'était par leur ministère qu'il contraignait les diables de l'aire plusieurs choses dont Dieu était glorifié : comme par exemple, de donner des marques de la possession par la révélation des [jcnsées de ceux qui venaient à Loudun; que ce fut par leur ministère que les desseins de ces artificieux esprits furent découverts et rendus inutiles ; que tous les efforts qu'ils firent pour le faire sortir furent détruits, et qu'en de certaines occasions les diables étaient contraints d'avouer ces choses. » L'angélique docteur est du sentiment que « la divine Providence se sert du luiiiislère des anges presque en toutes choses , et dans l'ordre naturel et dans l'ordre spirituel; » ce qui nous marque assez que l'ordre de Dieu est que nous communiquions beaucoup avec ces esprits tout d'amour. C'est une excellente j^ratique dans les voyages, à la vue des églises, de faire trois choses : la première, d'y adorer et d'y aimer l'adorable et le tout aimable Jésus qui y réside corporellement; la seconde, de lui offrir quelques soupirs et quelques prières pour les âmes des trépassés dont les corps y sont enterrés; la troisième, de saluer les anges qui y tiennent compagnie pour nous à notre bon Sauveur proche des tabernacles, et de les prier de suppléer pendant notre absence à notre peu d'amour; de lui demander pardon pour toutes les irrévérences qui se commettent dans les sanctuaires de piété et d'oraison ; do les sup|ilier de nous donner quelque |)art à leur assiduité, à leurs respects, à leurs adorations, à leur amour, à leur zèle pour Jésus au très-saint sacrement ; de sa-
LIIOMME Di: DIEU.
]uer ensuite tous les l)oi)s niiges des personnes qui sont dans les lieux, et de lâclKir de s'entretenir tiuelquo temps avec eux : ce serait une Ijien douce compagnie en taisant voyage, et un grand homieur, de faire sa cour à tant de print:es du paradis. Mais l'on neut hien laiie la môme jinitique dans le lieu où l'on demeure, dans les villes et rauipagnes. On a écrit d'un serviteur de Dieu lie nos jours (c'était défunt M. Ollier), fjue passant sur le l'ont-N'euf y Paris, les jeux lui furent ouverts surnaturcllcmcnt, et les anges de toutes les personnes qui y Itassaienl lui lurent montrés. .Mais ne savons-nous pas plus certainement que [lar ces vues ([ue cliai|ue jiersonne a un bon ange? D'où vient donc qu'on les voit si [leu par la foi en les rencontrant si souvent? Je sais des gens qui font un saint [lacte avec ces glorieux esprits, par lequel ils veulent et ont intention de les saluer autant de fois qu'ils saluent quelque personne, quoique pour lors ils n'y fassent point de réllexion. Mais j'en sais qui en ont pris si saintement l'habitude, que souvent en même temps qu'ils voient une personne, la pensée et la vue intérieure de l'ange qui la garde leur est donnée.
Le P. Seurin assurait « que l'on en ressentait quelquefois la présence par une suavité admirable ; qu'ils étaient comme des éclairs de lumière qui [lénétraient vivement resjirit et le cœur; que non-seulement ils se rendaient présents à nous par une assis^ tance ou liaison morale, mais que quelquefois ils se mettaient dans nos sens intérieurs et dans nos membres. » Il citait là-dessus la pratique du P. le Fèvre , premier compagnon de suint Ignace, ce grand ami des anges, qui les priait de se mettre en lui et dans les esprits vitaux, jiour y servir aux opérations de la grâce, lit de vrai, si les démons ont bien ce pouvoir, comme on le voit manifestement dans les possédés, s'ils se contournent ])0ur ain^i dire dans ces personnes à raison des vices qu'ils y trouvent, pourquoi les bons anges ne feront-ils pas des choses pareilles pour le bien des âmes el l'établissement de la gloire de Jésus- Christ. Le proiihète Zacharie, dans l'Ecriture, ne dit-il pas clairement et plusieurs fois que l'ange du Seigneur qui lui parlait était en lui? {Zach. ii, 3.)
Nous avons traité amplement du culte de ces bienheureux esprits dans notre livre de la Dévotion aux neuf chœurs des anges. Je dirai seulement encore ici qu'il serait bon, outre les fêtes de saint Michel qui se célèbrent deux fois l'année, celle de saint Gabriel qui se fait le 18 ou le 2i de mars, celle de saint Raphaël que l'on célèbre le troisième dimanche après Pûques, ou le 90 de novembre, de prendre tous les mardis, qui sont des jours, dans l'usage de l'Eglise, appliqués à la mémoire de ces aimables intelligences, pour les honorer; spécialement en assistant à la sainte messe, ou y communiant, ou la faisant célébrer en leur honucur; en y pratiquant quelque mortification
intérieure ou extérieure, en y faisant quelque œuvre de charité spirituelle ou cornolelle, en visitant (pieUjue église ou clia- [lelle dédiée à Dieu sous leur invocation, en pensant ii leurs bontés et en s'entretenanl avec eux. Nous avons dit (jue l'ange gardien de la Mère des Anges lui apparut visiblement en môme temps que saint Joseph ; mais depuis ce temps-lii il conversait iamilièreavec elle, comme un bon ami avec son ami (Exod xxxiii, 11), iiour me servir de l'expression de l'Ecriture, lorsiju'elle parle des bontés de Dieu envers Moise. Plusieurs personnes en ont reçu de grands secours, et en ont même été guéries miraculeusement. Je connais une dame de Bonlcaux, qui étant fort malade, et ayant fait écrire à la Mère des Anges de prier son saint ange gardien pour elle, au même temjis que la Mère l'eût fait, elle vit son bon ange qui donnait sa bénédiction pour cette dame, dont elle se trouva guérie, comme on l'a connu manifestement jiar le rapport du jour et de Iheure.