‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 30 sur 436 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De son amour pour l'humilité dans l'union avec ISotre-Seigneur Jésus-Christ.

Si l'humilité est une vertu qui a été ignorée avant l'incarnation du Verbe, il n'y en a point qui doive être plus connue depuis ses divins anéantissements, et dont la pratique doive être plus commune. Hé ! quel moyen de n'être point humble à un Chrétien qui croit pour |irincipe de foi qu'un Dieu s'est anéanti soi-même? (Philip, n, 7.) Car c'est comme s'explique le Saint-Esprit par la bouche de l'Apôtre : Quel moyen à un Chrétien de n'être pas humble, étant uni à Jésus- Christ qui est si humble? Le P. Seurin a possédé cette vertu dans un degré héroïque , parce que son union avec l'Homme- Dieu était toute singulière; et de quelque façon que vous la consulériez, soit que vous regardiez celle que l'on aiipelle de l'entendement, soit que vous regardiez celle de la volonté , il y a excellé d'une manière éminente.

L'humilité de l'entendement , disent les saints, consiste dans les bas sentiments que l'on a de soi-même : « C'est le premier degré de cette vertu, >> dit saint Bernard. Le P, Seurin ne voyait en lui que des misères ; ce qui lui faisait' dire : « Quand je me considère en moi-même, je suis obligé d'avoir recours à tout le monde, jiour obtenir l'assistance qui est nécessaire à un miséiable comme je suis. « 11 se regardait même comme quelque chose d'horrible ; ce qui lui a fait écrire ces paroles : « Les hommes qui me tiennent pour défectueux el abominable, ne se trompent pas, parce qu'au dedans de moi-même je suis tout cela ; et le seul bienfait de Dieu y met autre chose. » On rapporte de saint "François de Borgia, qu'allant par les rues et voyant qu'un chacun le regardait (car c'est l'ordinaire d'une haute sainteté, d'attirer l'attention et le respect], il pensait bonnement que c'étaient ses misères et ses défauts qui en étaient la cause. Le P. Seurin

OEUVRES COMPLETES DE BOtDON.

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se consiilérnil comme un sujeloiiieux atout le monde ; il avait des vues inexpliiiibles lie son né;inl, de ses faiblesses et de son impuissanee. On peut dire avec beaucoup de vérité, que Dieu lui avait donné une intelligence admirable pour les voies intérieures et qu'il a été un des grands maîtres de la vie spirituelle, l'une des iiersonnes de notre siècle des plus éclairées dans ce qu'il \ a de plus secret et de plus élevé dans les matières de la plus haute |ierfectioii ; et cependant on peut assuier en même temps qu'il n'y avait rien de plus humble <|ue lui avec toutes ses grandes lumières. Après avoir beaucoup et dignement écrit des états de la vie intérieure , il disait , « qu'il n'avait pas la moindre pensée que cela le regardât , se voyant Irès-éloigné de toutes ces voies. » Ecrivant à maiiame sa mère de quelques bonnes unies qu'il avait vues, il dit, « qu'à leur égard il est comme une personne qui vient des pays étrangers oii il a vu des merveilles, tout ce qui est dans son pays n'étant rien 5 l'égard de cela. » C'est de cette manière que pensent et que parlent les saints : ils sont grands aux yeux de Dieu et de ses anges par leurs grâces, et ils pensent et disent qu'ils sont les gens les |ilus misérables du monde, pendant que les pécheurs, qui ne sont qu'abomination devant Dieu et toute sa cour céleste, s'imaginent èire quelque cnose, et ne roulent daiis leur cs|irit que des pensées de vanité et d'orgueil. Écrivant de Loudun à un Père de sa Compagnie, au sujet de son obsession ou possession , il dit : « Je sens le diable aller et venir en moi comme dans sa maison; il m'ôte mes pensées , quand le cœur commence à se dilater en Dieu, le reniplissant de rage; il m'endort, il me réveille quand il veut. Je ne puis pas même à table porter avec liberté le morceau à ma bouche. A tout cela je n'ai rien à me plaindre, ayant le reproche de ma conscience, et sur ma tète la sentence prononcée contre les f)écheurs ; je la dois subir, et recevoir l'ordre de la divine Providence, à laquelle toute créature doit s'assujettir. » Et cependant comme il a été reujarqué, il n'a jamais perdu son innocence baptismale, et à l'entendre, il semble qu'il soit coupable de grands crimes.

Mais ce n'est pas assez pour être véritablement humble, d'avoir de fort bas sentiments de soi-même, il faut être bien aise que les autres entrent dans les mêmes [lensées; et c'est le second degré de l'humilité. «L'entendement, dit saint Bernard, sert au premier, la volonté sert au second. » La vérité nous donne le premier, et il peut être que sous le divin amour il nous humilie; mais souvent il est sans la volonté d'être humilié par les autres : ce que le saint apjielle une disposition très-méchante, qui nous jiorte à désirer que les autres pensent de nous ce que nous n en (pensons pas nousmêmes. » Le même saint dit que « c'est déclarer la guerre à la vérité et à Dieu même, et que celui qui craint Dieu sera bien éloigné de cet étal de mensonge et de trompe-

rie. » Notre vertueux Père le craignait trop pour s'y laisser aller. Parlant de ses défauts, il dit :'« Ce n'est pas lace que je prétends, que l'on se trom[>e à mon égard. » Mais comme son humeur était héroïque, il allait bien plus avant ; il eût désiré que ses fautes eussent été connues de toute la terre; que l'on en eût donné lu public, pour une plus grande connaissance , des traités imprimés. Voici ce qu'il en écrit à une personne de confiance : « Je voudrais voir des livres imprimés qui fissent connaître à tout le monde mes misères et mes faiblesses. Pour lors, je croirais être le vrai disciple de Jésus-Christ, étant réduit par le délaissement de toutes choses à n'avoir recours qu'à lui, ni refuge qu'en lui. Qui désire n'être aimé des hommes, n'est guère écouté de personne.»

L'humilité passe encore plus avant, car non contente de découvrir dans un graml jour à l'âme son rien, ses faiblesses , ses impuissances, ses péchés ; non contente que les autres soient dans la même lumière, et que la personne qui ne s'estime rien, soit bien aise d'être estimée de la sorte par tout le monde, elle jiorte encore à vouloir que l'on nous traite conformément à ce que nous sommes, c'est-à-dire en gens de néant , en personnes misérables et criminelles ; et c'est le troisième degré de cette vertu. Le Père y a excellé aussi bien que dans les deux autres ; il était ravi de se voir anéanti et par les hommes et par les démons, et par Dieu même sans jamais s'en plaindre. Celte vérité paraîtra dans la suite de tout ce que nous avons à dire, et l'on en aura des [)reuves convaincantes dans le chapitre suivant, qui sera comme une continuation de celui-ci.

Cejiendant ce vrai humble ne le pensait nullement être. « Il }■ a des gens , disait-il qui crient que j'ai besoin d'humilité, et ils disent vrai; et il me semble que c'est où va tout le poids de mon cœur. » 11 conjure que l'on prie pour lui, afin que Dieu lui donne la vérité, c'est-à-dire l'humilité. Il était dans le môme sentiment de la séraphique sainte Thérèse, qui disait « que Dieu aimait l'humilité, parce qu'il était le Dieu de vérité. » C'est . pourquoi il disait encore « que d'être dans la vérité c'était être dans l'humilité, qui ne veut que Dieu seul, et tire de lui seul toute sa force , sans s'attribuer rien à soi-même , et sans s'appuyer sur autre chose que Dieu. » Il était trèspersiiadé que sans cette vérité, toutes les élévations les jilus sublimes ne sont rien, et il assurait que la conviction da cette vérité était tout à fait nécessaire. Il est trèscertain, et il en faut demeurer convaincu, que sans l'humilité un homme pourrait parler la langue des anges et des hommes, écrire et soutenir les jdus hautes vérités, convertir les âmes par milliers, donner son bien aux pauvres, faire des pénitences épouvantables , et après tout cela être dans le dernier danger de sa perte. Car enlin se peut-on imaginer rien de plus terrible, que ce que le Saint-Esprit nous déclare en

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