FONDATEUR DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS
Grand saint, il est bien juste qu'après avoir consacré cet ouvrage h Jésus le saint des saints et la sainteté même, après l'avoir dédié à Marie la reine des saints, à Joseph l'incomparable, je le vienne apporter à vos pieds, jmisqti'il fait voir les actions héroïques de l'un de vos plus dignes enfants. Mais, de ]ilus,- j'y suis engagé par les inclinations de ma grâce, qui me porte depuis si longtemps à vous'honorer avec de profonds respects jiour la haute estime que j'ai de vos admirables vertus, par les sentiments de tendresse de mon cœur, et pour les assistances charitables que vous m'avez rendues et à l'intérieur et à l'extérieur.
Mais ce qui m'y oblige indis[iensablement, est l'union ineffable que vous avez eue avec Jésus notre commun Sauveur, dans lequel on peut dire que vous avez été saintement transformé, pouvant assurer avec i'Apùtre (Ga/af. ii, 20) que vous ne viviez plus ; qu'il n'y avait que Jésus qui vivait en vous. De là venait ce granc* lésir qui vous pressait de vous cacher aux yeux des hommes, afin qu'ils ne vissent que Jésus seul. C'est la raison pour laquelle vous n'avez pas voulu que votre famille religieuse fût appelée de votre nom, mais de celui de votre divin Maître. C'est la raison pour laquelle l'on croit que vous avez obtenu du ciel que votre confesseur sortît du monde un peu auparavant que vous le quittassiez; parce qu'il assurait que s'il vous survivait seulement de quelques heures, il dirait des merveilles de vos grâces qui étonneraient tout le monde. Or, ce désir de n'être nen afin que Jésus soit tout, ne vous a pas quitté dans le ciel. Et de vrai, ce sera là où il
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sera toul en lonles clioscs. C'est ce qui n fait que iiaraissaiit ajjiès votre niorf, vous voiliez votre visage, vous tenant niônic eaelié dans la gloire ; alin que J(5sus seul le roi de i^loire fût connu": ou bien si en quelque autre occasion vous vous êtes manifesté davantage, ç"a été avec le sacré nom de Jésus qui brillait dans votre cœur, pour témoigner qu'il était votre plénitude, et pour lui attirer les veux par ses brillantes clartés.
0 bienheureux saint, je ne suis pas étonné ensuite si étant tout rempli de Jésus, si n'avant que Jésus dans le cœur, vous ne vous aimiez plus, par la sainte haine de votre corps que vous avez traité avec des rigueurs effroyables, juscjuà le laisser par une inspilation spéciale des huit jours entiers sans lui donner aucune nourriture; par la recherche des plus grands mé|iris que vous avez désirés avec plus d'ardeur que les plus ambitieux l'honneur et la gloire; par une entière mort à tout ce que le monde estime et aime. Je ne suis pas surpris si vous disiez qu'il vous eût été bien impossible de vivre si vous eussiez remarqué dans une pleine vue quelque chose en vous qui n'eût été pas entièrement divin, qui n'eût |ias été tout de Jésus et en Jésus. Ah! puisqu'il était votre vie, il fallait bien que vos opérations fussent divines. Je ne suis pas surpris si vous ne soupirez qu'après ses seuls intérêts, témoignant que de bon cœur vous auriez quitté le ciel quand vous auriez été assuré d'v entrer par une bienheureuse mort, pour rester dans le monde dans l'incertitude de Votre salut, pour y travailler pour la gloire de votre adorable Sauveur. Mais votre grand courage ne s'arrêtait pas seulement oii il trouvait la gloire de son Maître ; il tendait toujours à sa plus grande gloire, et pour un seul degré de plus de cette gloire, que n'aurait- il pas fait, que n'aurait-il pas enduré?
Ahl c'est ce purzèledelaplusgrandegloiredeDieuqui vousadévoré, etqui vous a porté, jiar un exemple qui ne trouvera presque rien de pareil depuis les apAtres, à entreprendre la conversion de l'univers, afin que l'adorable Jésus régnât de tous côtés. Hélas! malheur à nous au milieu du tant de tiédeurs qui nous environnent! Que faisons-nous? Que ces esprits qui s'élèvent et qui pensent être quelque chose pour quelques soins dans leurs emplois, s'anéantissent devant l'ardeur incomparable de votre zèle, qui vous faisant jeter les yeux sur tous les maux de la terre habitable, vous inspire un généreux dessein d'y remédier, qui vous faisant faire rétlexion sur tous les biens qui s'y peuvent faire, anime votre grand courage à les [irocurer.
Ainsi voyant que l'infidélité, l'hérésie et le péché étaient les sources de tous les maux, et fes trois'grands torrents qui faisaient un ravage lamentable dans tout l'univers, vous vous êtes appliqué eliicacement en la vertu de celui en qui l'on peut tout pour les détruire. Mais vous l'avez fait à l'imitation et comme l'a fait notre divin Maître. Qu'en cela, à k bonne heure, vous ne soyez pas semblables aux apôtres, que l'un de vos enfants, le glorieux saint François Xavier yait plus de rapport ; mais cette ressemblance en est d'autant plus grande avec Jésus le Dieu des apôtres. Cet adorable Sauveur ne sortant point de la Judée et de la Calilée, envoie ses apôtres par tout le monde : et vous, ô grand saint, demeurant dans l'Italie, vous envoyez vos disciples par toute la terre: Vous ]iouviez donc bien dire : Comme Jésus mon Père et mon maicre m'a envoyé, je vous envoie de la même manière (Joan. xx, 21), et nous nous pouvons assurer que comme le soleil, sans sortir de son lieu^ éclaire tout le monde par ses rayons, et fait du bien par ses influences, de même vous avez éclairé toutes les nations par les lumières du saint Kvangile que vous leur avez fait annoncer ;fait du bien aux personnes de toutes sortes d'âge, de conditions et d'états par les maximes de la morale de Jésus-Christ que vous y avez fait établir. Car le zèle tout de feu qui vous Itûlait divinement ne s'est pas contenté de détruire ce qui était opposé au Dieu de votre cœur; il a de plus travaillé en toutes les manières possibles à rétablissement de la {)ureté de sonamour; et c'est pour uiiefinsi noble que le ciel vous a favorisé de tant de lumières surnaturelles, de tant de vues divines, qu'il vous a découvert ses plus mystérieux secrets, (ju'il vous a rempli d'une sagesse toute divine, qu'il vous a insiiiré vos exercices spirituels dont la divine Providence s'est servie pour la perfection de tant d'âmes.
Après cela, admirable saint, si saint Grégoire le Grand a été appelé l'apôtre de l'Angleterre à raison des missionnaires qu'il avait envovés pour travailler à la conversion de ce royaume, nous pouvons bien ilire que vous êtes l'apôtre de tout le monde, puisque vos disciples se sont répandus par toute la terre pour y annoncer Jésus-Christ et le faire aimer. Qui pourrait ensuite se figurer la hauteur delà gloire où. vous êtes élevé? Mais, glorieux saint, continuez, du milieu de cette gloire incompréhensible à nos esprits, à prendre soin des intérêts de notre commun Maître et Sauveur, par vos puissantes intercessions auprès de sa divine Majesté ; prenez soin de son règne dans tant de pays infidèles, dans tant de pays hérétiques, dans tous les lieux oii la vraie foi est établie, par la destruction des ennemis de ce divin roi, le monde, le diable et la chair, par l'établissement de ia perfection de ses voies. Donnez à votre pauvre serviteur quelque part à -ces soins charitables. Vous savez le zèle qu'il a plu à la divine Providence lui inspirer pour ce qui vous regarde, pour ce qui regarde Jésus en vous ; les désirs qu'il a, il y a longtemps, que vous soyez de plus en plus honoré; la volonté qu'il a selon son petit pouvoir dans l'étendue de sa grâce, d'y travailler. Acceptez ces désirs, cette volonté et ce zèle. Recevez cette offrande qu'il vous fait des actions saintes de l'un de vos enfants, pour vous témoigner en (juelque manière sa gratitude et sa bonne volonté. Donnez-lui, et 5 ce (letit ouvrage, votre sainte bénédiction, et particulièrement à l'heure de sa mort. Donnez-lu i>
l. HOMME DE DIEU. — l'AUT I.
«i-ux qui hniiil te petit traitô; <iliii (|uo tons eiiseinblc nous glorifiions à jamais l'adorable Jésus (lui vit et règne avei; le Saint-Ksinit ùs siècles des siècles. Amen.