‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 300 sur 436 · VT · texte numérisé non relu

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LETTRES. - A M. BOSGUEHAHD.

tal. Cir enfin Dieu est notre souverain, et il

est inQiiinient juste que nous lui obéissions eiiliùiemciit et sans aucune réserve, pour tout ce qu'il deuiando de nous, et en la nianièro qu'il le deai.mde cl le veut. S'il veut donc que nous entrions (kui- un étal, il n'y a point à déiibérer: il faut s'y rendre, avec sa grâce, généreusement et constamment, quelque danger qu'il [misse s'y trouver. S'il nous appelle à la vie conversante, il faut y aller, quoique certainement il soit rare et (lifTiciie de n'y pas commettre plusieurs fautes, dont i'onpourrait s'exempter, avec le divin secoiws, (ians une vie retirée. C'est dans cette occasion qu'il ne faut pas dire avec J'épouse paresseuse : Lavi pedes meos; quomodo inquinabo eot (5o)"? Ce qui arrive, dit un grand Pape, aux âmes les plus religieuses, (]ui contractent quelques souillures parmi la poussière du monde. Tenons-nous Jonc dans l'état où la divine Providence nous met; dans la solitude, si elle nous met dans la vie retirée; dans les emplois extérieurs, si elle le demande de nous. Et il est bon même de remarciuer que de grands (icrsonnages ayant quitté leur état, ou ils étaient dans l'ordre de Dieu, pour mener une vie l>ius pure dans la solituiic, ils sont tombés dans des misères bien fAcheuses ; et, après tout, j'aimerais mieux marcher toujours sur le bord du précipice, y marchant [larla conduite de la divine Providence, que de cheminer parla voie la plus douce et la plus assurée, n'y étant pas par l'ordre de Dieu.

Cependant nous devons considérer de certaines choses pour ne nous pas égarer dans la voie même de Dieu. La l", de travailler lorlement, avec le secours de la divine grâce, à éviter les fautes que nous y commettons: et pour ce sujet d'y veiller beaucoup, et de l'aire de bons examens avec de sérieuses réilexions.

La 2', d'éviter les occasions que nous y pouvons donner, et dont nous pouvons nous exem[iter.

La 3% de donner aux occupations extérieures autant de temps que l'oi'dre de Dieu le demande, mais autant qu'on le peut voir, n'en pas donner davantage ; ce qui arrive souvent, car il est facile d'y donner plus de temps qu'il ne faut dans les conversations agréables, et d'y passer une heure, où demiheure sufiirait.

La 4% de ne se pas trop ré[iandre à l'extérieur dans le temps qu'on agit par l'ordre de Dieu; car la nature s'introduit, et prend sa part dans les choses les plus saintes. Ah 1 que Dieu seul est rare dans les meilleure^ œuvres ! Il faut se souvenir que le Chrétien n'agit en Chrétien que lorsqu'il agit par l'esprit de Jésus-Christ , et non par l'esprit de nature, dont tout au moins le mélange est grandement à craindre. C'est pourquoi le renoncement et la soutlrance sont nécessaires à tous ceux qui sont à la suite du Fils de Dieu. Connue la nature se produit sans cesse, il faut toujours mourir, et de là

vient que nous ne devons vivre que de la

moit.

La 5*, de craindre saintement qu'en sauvant les autres on ne se perde. C'était la |iraliiiue du grand missionnaire apostolique saint Paul. Cela nous relient sur nos gardes, nous fait fuir toutes les occasions dangereuses, et toutes les libertés de nature ou nui sont sensuelles, comme les familiarités, les regards, les paroles trop tendres, lo trop da conversation, et choses semblables.

La 6% de [trendro toujours son temps pour donner à l'oraison et à la retraite prudente, quelques occupations que l'on ait, qui pour être saintes aux yeux de Dieu et de ses anges, demandent une grande application à l'oraison, à l'intérieur et à l'éloignement discret des créatures. Nous en avons l'exemple en notre bon Sauveur, qui après avoir travaillé pour les peuples, se retirait dans des lieux écartés et s'en allait en des lieux déserts. Et certainement c'est là où nous devons tendre toujours par inclination de grâce, quoique par le mouvement de la même grâce nous soyons obligés de converser actuellement avec le prochain; en sorte que, dès que l'ordre de Dieu nous le permet, nous nous retirions aussitôt. En vérité les plus grands hommes apostoliques nous ont laissé après notre divin Maître de grands exemples de cette vérité, et de telle manière qu'étant occupés tout le long des jours, comme un saint Xavier, ils prenaient une partie de la nuit pour converser avec Dieu.

La 7", d'avoir un recours fdial à la très-sainte Vierge .Mère de Dieu ; car, étant faibles comme nous sommes, nous avons besoin d'un appui extraordinaire, tel que celui de la protection de la Mère de Dieu, des bons anges et des saints. Je suis, Monsieur, etc.

LETTRE CLL

Trois considérations propres à réprimer tiotre orgueil.

DIEL' SEUL

Monsieur, i'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, et pour réponse, il me semble que vous devez prendre garde, à l'occasion du sujet dont vous m'écrivez, à trois choses. La première, que ce que les hommes disent à notre avantage souvent est une illusion, étant plutôt un effet de leur imagination échauffée de quelque chose qui les a contentés, que non pas une vérité ; ce (fui a lieu particulièrement à l'égard des gens grossiers, comme les paysans ou d'autres personnes semblables, ou des femmes ; les premiers se laissant aller à l'admiration et à l'étonnement de peu de chose, et les autres réglant leur estime par leur inclination et leurs attaches. J'ai vu cela bien des

(55) i'ai lavé wes piedi : comment pourrai-je les salir ? (fiant . v, 5.)

ŒUVRES COMPLETES DE BOL'DON

fois par expérience. Je sais des paysans qui ont couru après des gens comme après des saints et qui le criaient hautement; et cependant ces gens, par leur vie, ne donnaient pas lieu de croire qu'ils fussent dans des états bien parfaits. Jai vu des personnes de la première qualité donner des louanges selon leur pure inclination. En vérité les balances des hommes sont bien trompeuses ; c'est une pitié que de s'arrêter à leurs sentiments.

La deuxième chose à laquelle vous devez prendre garde, est que quand les choses seraient véritables, lorsqu'elles sont des dons gratuits, elles nous doivent faire plus de jieur que toute autre chose, puisqu'elles ne nous justifient pas, et nous exposent au danger de l'amour-propre. Judas a été un véritable ai ôtre, honoré même de miracles dans son a[)ostolat, et il s'est damné.

La troisième chose que vous devez considérer, est que la nature se flatte aisément de tout ce qui lui paraît à son avantage ; et lorsqu'on ne se laisse pas aller de propos délibéré à la propie satisfaction, il est trèsdiflicile qu'imperce|>tiblement l'amour-propre n'y ait quelque part. C'est pourquoi il faut passer si légèrement sur ce que l'on dit à notre avantage, q\i'à peine faut-il s'en souvenir. Tout cela doit être hors de notre mémoire, et pour ce sujet il n'y faut faire jamais de réflexion : ce sont, dans la vérité, des riens que tous ces discours. .\u reste il est bon et infiniment bon, de vivre dans une grande privation de ces choses. Malheureux celui qui a beaucoup de part à l'estime et à l'amitié des créatures i Bienheureux celui qui peut dire avec son divin roi, que son royaume n'est pas de ce monde ! {Joan. xviii, 36.) Je salue, etc.

A Paris, ce l.o juin 1672, veille de la fête du très-saint Sacrement de l'autel, et de la précieuse mort du B. Bernard de Menton, archidiacre durant 42 ans.

LETTRE CLIL

Avisltouchant sa vocation.

DIEU SEUL

Monsieur,

Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Je ne saurais me lasser de dire que c'est là qu'il nous faut vivre, et qu'il nous fautmourir, pour y demeurer à jamais : Hic requies mea in sœculumsœcuti: «C'est là notre repos aux siècles des siècles. » Christus omnia in omnibus. (Psal. cxxxi, 14.) Priez-le que je l'aime uniquement. Les difficultés que vous m'écrivez dans votre dernière lettre au sujet de la cure de Dieppe, me paraissent bien considérables et semblent presque convaincantes pour n'y [las penser. Au contraire, si la divine Providence vous fait élire supérieur des Carmélites rie Diejjpe, il me semble que vous ne devez pas vous j opposer ; mais je vous dis toujours,

il semble; car mes pensées me sont suspectes. Après donc vous les avoir dites» puisque vous le désirez, consultez, s'il vous |)laît, pour vous déterminer. Je salue votre bon ange, etc.

LmTRE G Lin.

Al; MÊME.

Sur le même sujet.

DIEU SEIL

Monsieur,

Dieu seul, Dieu seul en trois [)ersonnes, bon Sauveur Jésus-Christ. C'est dans cette union sainte que je vous envoie l'approbation que vous souhaitez. Vous verrez que j'y ai eUané quelques lignes, parce que, sans faire réflexion, je parlais des règles comme les ayant lues ajirès l'approbation de Mgr l'archevêque, ce qui serait contre le bon ordre. Ainsi j'ai changé l'expression et je l'ai jiu faire, parce que vous m'en aviez écrit avant que mon dit seigneur les eût lues, et il viai que j'en avais eu l'estime que je marque. Pour ce qui regarde le choix que l'on veut faire de vous pour sui)érieur des Carmélites de Dieppe, il me semijle que vous devez laisser agir la divine Providence. Ainsi, si elle dispose des choses dételle manière qu'on vous élise, je crois que vous ne devez pas refuser. A l'égard de la confirmation par Mgr l'archevêque, comme le Pape laisse la liberté de faire confirmer les supérieurs par son nonce, ou par les évêques des lieux, l'on peut faire l'un ou l'autre saus difficulté.

Au reste. Dieu seul, Dieu seul. Dieu seul et toujours Dieu seul; et en vérité et de tout le cœur Dieu seul plus que jamais. Ah 1 quand sera-ce qu'il sera tout en toutes choses? O mon Dieu, ômon Dieu, ô mon Dieu, plus rien que vousl

Je recommanderai à Mme de Rouves d'avoir soin de vous renvoyer les règles.

Je salue votre bon ange, etc

A Evreux,ce 12 aiTil, dans les saints temps de la mémoire de la glorieuse résurrection de notre bon Sauveur.

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