LETTRE CXCIV
Jl est de l'honneur et du devoir d'un pasteur du second ordre d'être soumis à l'autorité de l'évêque
DIEU SEUL
Monsien., Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. Je ne fais que recevoir votre dernière lettre aujourd'hui, et j'y fais réponse le môme jour. A'ous pouvez prêcher le jour de l'exaltation de la Sainte-Croix: mais il nie semble que vous aurez assezde jieine à vous excuser à l'égard des autres personnes qui vous ont prié, et en particulier envers M. le curé de Saint-Sauveur ; et puis, en vérité, autant que vous pourrez ne vous pas beaucoup engager, ce sera le mieux pour votre spirituel et jiour votre temporel. Lue personne qui a une poitrine faible, s'accable bien vite, quand elle s'engage facilement à [)arler dans une grande ville où les occasions sont fréquentes et en grand nombre, et votre faiblesse de poitrine est une très-légitime excuse, et môme une excuse nécessaire. Je ne croirais nullement qup vous pussiez ))eiiser
(81) Celle leilic n'est pasfiiiio, la deuxième feuille » éié [lerdup.
(82) JêfusChriit toui en (uns. {Col. ni, 2.)
LKTTRKS.
A M. I50SGLEKARD.
h la cure (le Sainlo-Croix, si ce iiY'Iail la peiisionqui; vous tailos,ot v(itr(; peu ilo rcvcun: il me semble que cela ndurrait vous (ioiiiii;r lieu d'en pailer ou écrire à M. Feruiariel, lui marquant ces raisons, car autrement vous mal éililicriez.
Mlle (ie Bouillon est partie pour Paris et y est allée droit et eu un jour.
Si j'étais h votie place, je ne donnerais pas Ja bénédiction à liante voix .\ la lin de la luesse ; cm- c'est coîiire la rubrique.
J'ai bien oui parler de votre ancien prédécesseur, dont vous dites qu'il était grandement curé. Kn vérité, un pasteur (jui est grandement cure si:'\ou l'esjirit de Dieu, qui ne repose que sur l'humble de cœur, est un sujet de consolation aux saints anges. Celui qui est (jj-anclemenC curé selon l'esprit de J homme, qui dans sa corruption s'élève toujours trop, est exjiosé aux illusions du malin esprit, et est rejeté de Dieu. Or celui-là s'élève trop, ([ui n'est jias dans une obéissance entière il son év(\]ue h qui il l'a promise en face de toute l'Eglise, et qui s'attribue des ]iouvoirs(pii ne sont j>as conformes à ses ordres, et des boimeurs contre les rubriques et règles de l'Eglise.
Mes sentiments propres me sont en horreur, et je rejette de tout mon cœur toute uia |)rop:'e lumière; et je ne sais |)ersonne .sur la terre dont je n'estime plus les lumières que les miennes pro|)res; car, comme je me vois au-dessous de toutes les créatures, et plus misérable qu'aucune qui soit au inonde, je me détie davantage de moi-même. Ainsi je serais fâché que vous vous arrêtassiez à mes lumières; aussi ce n'est nullement mon dessein de les proposer pour être suivies. Mais je crois qu'en matière de céréinonies tle l'Eglise, un curé n'en peut pas introduire de particulières, parce que c'est le sentiiuont des Souverains Pontifes et des évêques, et l'usage de toute la terre; et vous ne me montrerez point dans aucun diocèse autre personne (|ue l'évêque ou quelqu'autre par son ordre qui en établisse de légitimes.
Quant aux pensées de ceux qui estiment qu'il est b propos de se faire considérer jiar quelque éclat qui 'ne soit pas contre les rubriques et l'usage du diocèse, et qui soit dans l'ordre, c'est une autre chose. Pour moi, sans m'arrôter à aucune propre lumière, je vous dis ce que je puis remarquer dans la doctrine de l'Evangile, dans les exemples de Jésus-Clirist et dans la pratique des saints, dont la vie ne nous fait rien voir do plus commun que des persomies qui ne respirent qu'humiliations et abjections, et dont les industries sonir admirables pour se procurer des confusions; et je vois que ces âme§ pleines de l'esprit de Dieu et vides de l'esprit propre, ont fait de grandes choses pour l'honneur de Dieu et de l'Eglise, et que quand il a été question de soutenir l'honneur véritable et la liberté de l'état ec- «■lésiastiquejCes gens-là se sont rendus redoutables : mais ils ont soutenu l'honneur de l'Eg'ise en s'humiliant eux-mêmes coiitinuel-
li'inent, par une grande pauvreté et un dénûment entier de l'état mondain. On demande au Fils de pieu [Matlh. xviii, 1) qui est le plus grand dans le roi/aaine des deux ? A cette demande (et il parle cependant aux princes de l'Eglise, à ses apôties), il propose un enfant , lU dit que celui qui sera humble comme cet enfant sera le plus grand ilans le royaume des deux. Pour ce que vous me mandez di; l'éclat des curés de Uoucn, sans vous appliquer ce que je vais dire, mais à la ])r(jposition (jui en est faite, certainement elle prêterait à rire à bien des personnes sages, si on la leui- disait. Et pour parler chrétiennement et doucement, ce (pie l'on en peut dire, c'est que ces pensées viennent d'une vanité extrême. Je ne crois pas que Mgr l'archevêque voulût parler delà sorte, quoique dans la vérité il soit le ])reinier prélat de la province, puisque tous les autres évêques sont ses siiffragants et dépendent de lui en bien des choses. .Mais, mon cher monsieur, un curé de Baveux, de Caen, d'Evreux, ne reconnaîtra en rien votre primatie, qui certainement est imaginaire ; et tous les antres curés n'ont point la moindre dépendance de vous, |iour quoi que ce soit au monde. Quand vous serez oans votre cure, vous y serez le premier à leur égard; quand ils seront dans les leurs, ils y seront les premiers au vôtre. Au reste, c'est une plaisante vanité de dire que vous êtes les curés de trois cours souveraines. Quand vous voudrez un peu prendre garde à cette façon de jiarler, vous verrez qu'elle est inusitée. Mais il est vrai qu'il y a dans vos cures les personnes qui composent ces cours. Or, être curé des particuliers de ces cours ou des cours souveraines sont des choses différentes. Mais je laisse cela à part pour vous dire que vous avez cela de commun avec toutes les villes de France où il y a des cours souveraines ; mais vous n'avez pas l'éclat d'être curés du roi, des princes et de toute la cour, comme à Paris ou à Saint-Germain, Versailles; vous n'avez pas bien d'autres choses qu'ont MM. les curés de Paris.
Pour la dépendance de tous supérieurs de religion, il n'y a point de curé au monde où il y ait des' religieux, qui ne la puisse prétendre aussi bien que vous, car je n'ai ]ias encore ouï dire ipie le Pape les ait mis dans quelque dépendance plus particulière à l'égard de vous autres messieurs les curés de Bouen. Mais ces supérieurs prétendent même ne pas dépendre des évoques: pour vous le céder en fait de civilité, c'est bien ma jjctite pensée, mais vous savez que j'ai vu les plus habiles d'entre eux soutenir fortement qu'ils ne sont pas moins (]ue vous, ainsi ce n'est pas une atl'aire décidée. Pour ce qui regarde votre exemption du chapitre, vous avez cela de commun avec tous les curés du royaume selon le droit commun d'à ]irésenl ; s'il y a quelque dépendance |iarmi (juelques -uns comme à Evreux à l'égard des processions, c'est une chose qui est jiarticulière. Cependant vous n'êtes j'as excm|its du chapitre, car à même temps que votre prélat est mort.
loy
OEUVRES COMPLETKS DE BOL' DON
IP5i
c esl le cliapitro qui vous donne des grands vicaires et un oflicial. vous en dépendez et vous en êtes justiciables. Je n'ai pu lire ce que vous .lites que vous êtes à l'égard des chanoines, mais je puis duc que deiiuis que
l'Eglise est
Eglise,
les cathédrales ont tou-
jours été les aières et les maîtresses de toutes les autres églises. Feu Mgr votre prélat parle de sa cainédrale de cette sorte dans plusieurs de ses règlements que j'ai vus, et je ne sache pas que personne ait contesté ces qualités, et vous ne trouverez pas même dans l'histoire que les curés l'aient jamais disfiuté pour le rang aux chanoines des catliédrales; je ne dis fias dans le particulier, où il y a des esprits qui entreprennent tout, mais je dis dans les assemblées ecclésiastiques; ce que vous avez de particulier dans les processions générales de Rouen, est que non-seulement vous le cédez aux chanoines de la cathédrale, mais aux moines de Saint- Ouen, et a plusieurs autres communautés : or nos curés d'Evreux ne l'ont pas encore voulu faire à l'égard des moines de Saint- 'laurin. Il est vrai que selon quelque chose un curé esl plus qu'un chanoine d'une cathédrale, parce qu'il est dans la droite ligne de la hiérarchie^ et le chanoine n'y est pas; je dis dans la droite ligne, car je sais bien qu'il est dans la hiérarchie; en cela vous êtes plus aussi que les cardinaux, comme le moindre sous-diacre et diacre sont plus à raison de leur caractère, que n'est pas un cardinal à simple tonsure. Cependant je ne jiense pas. quelque éclat que vous pensiez avoir, que vous éleviez les curés de Rouen au-dessus des cardinaux, quoiqu'ils soient quelque chose de plus, secunclum quid. On dit encore que vous êtes de droit divin, on n'en demeure pas d'accord ; pour moi c'est ma |)etite pensée avec la faculté de Paris, mais tout prêtre est de droit divin incontestablement, et tout diacre, et ce droit divin donne l'élévation conforme à l'état où l'en est, et au degré, et rien davantage. Ceux qui ne sont pas iJans la droite ligne de la hiérarchie, sont compris, selon le sentiment des saints docteurs, sous ces paroles de l'Aiiùtre, opitulationes, gubernctioncs; or, ce (]ui donne rang dans l'Eglise, est la juridiction que vous n'avez pas jiour l'extérieur, ne pouvant donner aucune sentence juridique. Dans tout lo droit ecclésiastique, il n'y a pas un s(>ul titre sous lequel vous soyez, vous ne laites point de corps dans l'éiat ecclésiasiii]ue, et il y a quelque temps que plusieurs de M.M. les curés de Paris étant venus trouver le roi au sujet de feu Mgr l'anhevôque de Paris jiour le supplier de le protéger contre un seigneur de marque, le roi fut si surpris de les voir plusieurs ensemble, qu'étant découvert, il aiit aussitôt son chapeau, et l'enfonçant, il Jit d'une manière tièie, ce qui n'est jias son jrdinaire:« Vous nefaitesjiascorps. «Ces messieurs ne manquèrent pas aussitôt de dire qu'ils ne le prétendaient pas; mais qu'ils étaient venus simplement pour saluer Sa Majesté au sujet de leur arclievê(jue. Tout réceuun^nl ouelques curés de voire diooèse
étant allés pour poursuivre les affaires qui regardaient la généralité des curés sur des vexations qu'on leur faisait, la cour les a voulu entreprendre sur ce qu'ils s'étaient présentés d'eux-mêmes. Un de nos curés a obtenu plusieurs arrêts favorables, parce qu'il s'est présenté autorisé de Monseigneur, et |iar les agents du clergé, ^'ous ne pouvez pas faire aucune assemblée que par la permission ou tolérance de Mgr l'archevêque, et cela vous est défendu par les édils des rois. Pour ces déférences dont vous parlez, elles ne sont pas telles ciue vous [lensez ; j'ai connu des messieurs les curés de Rouen et plusieurs, et entre autres celui de Saint-Patrice qui est mort, qui le jiortait bien haut, que j'ai vu outré de douleur de l'abjection que des personnes considérables de Rouen lui avaient fait porter. Ce n'est jiasdans une seule occasion que cela s'est trouvé, j'en sais plusieurs de ma connaissance.
Cela n'arrive pas ordinairement, il est vrai; mais ajirès tout vous n'avez pas à Rouen les princes du sang comme à Paris, et bien davantage souvent Monsieur le frère du roi va voir des communautés, et les autres princes du sang, et vous entendrez peu dire que ces personnes aillent à un presbytère. Monsieur étant allé voir Mgr l'archevêque de Paris ces jours derniers au sujet de la mort de son neveu, cela a iiarutout à fait considérable, et cependant plusieurs fois l'année on le voit en des communautés religieuses. J'ai vu de ma connaissancedes premières personnes du royaume passer par Rouen et venir aux Jésuites, je ne crois pas que l'on entende dire que ces gens aillent rendre visite à un curé de Rouen; s'il arrive que quehpie princesse pieuse le fasse, c'est quand elle demeure quelque temps dans le lieu ; et jiour ce qui regarde les présidents conseillers, et jiersonnes semblables, tous ces gens-là, je dis la plupart, vont ordinairement en plus grand nombre, par exemple, voir un recteur des Jésuites, quela [)lu|)art des curés. Si quelque curé est jilus visité que les autres, cela est donné à son mérite [lersonnel, m.iis souvent les religieux l'emponenl. Dans Paris on aura de la [leine à trouver une personne (ilus visitée })ar les premiers du royaume que le P. César, et dans Rouen quel éclat n'a pas eu le P. Barré! Los simples religieux font bruit et éclat dans les provinces étrangères, comme je lai vu, et dans des lieux où l'on ne connaît pas même le nom d'aucun de messieurs les curés de Rouen. Plusieurs de messieurs les curés de Rouen ont demandé avis au P. Barré, je ne sais pas un religieux qui en demande a aucun de ces messieurs. Feu M. le premier président de Rouen, le jiremier donc de toutes ces cours, à la mort voulut se confesser à un curé de village, et non pas à son curé de Rouen, ni à aucun autre de la ville. Saint Charles Borromée et saint François de Sales prenaient avis de direction de Jésuites simples religieux, quoique l'un fût cardinal-archevêque, et l'autre évéque, et se sont faits saints avec la grâce de Dieu; IcsPapcsen ['rennent bien avis souvent. \'oilà
LETTRES. — A M. BOSCL'EUAnD
ii)U
qu'insensiblement je me suis benutoup étendu, mais je vous jirie tie considérer (]ue tout ce que je vous dis n'est point propre lumière, mais des choses reçues par l'usage de l'Eglise, ou des histoires de fait dont je suis assuré; j'ai cru devoir un [leu vous parler au sujet de la qualité de curé, que i"lionore de tout mon cœur. Mais il me semble qu'un chacun doit demeurer dans son degré selon l'ordre de l'Eglise. \'ous voyez bien que Notre-Seigneuret sa sainte Mère ne seraient l)as gloritiés, si vous alliez dire que je vous écrivisse ces choses, car ce serait assez pour uie faire passer pour opposé aux curés, ce qui n'est pas vrai, et j'en suis bien éloigné. Mais je désire que les évoques et leurs ofTiciers, conuue les archidiacres, je désire que les curés, qu'un chacun demeure conmie l'Eglise, et par suite Dieu le demande d'eux. Heureux celui (]ui peut dire : Domine, non est exaltaluin cor meum, necpte elaCi sunt oculi met ; neque ambulavi in 7)iagnis, neque in 7nirabilibus super me (83).
Pour votre vicaire, je crois que comme c'est une innovation récente, vous pouvez remettre les choses comme elles étaient, et que lui en faisant voir la raison, il n'aura pas un sujet juste de se plaindre.
Je salue votre bon ange, et tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Rouen, et suis avec respect, etc.
.4 Evreuj, le jour de la Uie de V Invention de saint Taurin , apôtre d'Evreux, le 3 septemhre.