LETTRE CCXII
AU MÈ>IE
Abandon de la cause de Dieu ; trahis;ni de ses intérêts ; il faut s'opposer aux mauvaises doctrines.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes et toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Je bénis son aimable et divine Providence des soins charitables qu'elle vous a inspirés pour la personne que je vous ai adressée et delà bénédiction qu'elle y a donnée; je vous remercie très-humblement de la miséricorde que vous y avez exercé.
En vérité, en vérité c'est une chose et bien étonnante et bien digne de larmes de voir que l'on a moins d'application et de zèle jiour empêcher le mal de Dieu, je veux dire les outrages que l'on fait à son honneur, que l'on n'en a pour établir le règne du démon. Je ne comprends guère comment les personnes d'autorité qui savent la mauvaise doctrine d'un prédicateur, peuvent le laisser prêcher; c'est bien en ce cas quel'onpeut dire: Ci<m dorniirenl liomines, vcnit inimicuf^ homo, et sttiierseininavit zizania in inedio trilici, et ahiil. [Malth. xni, 23.) Si un homme avait été assez misérable pour conspirer contre la vie d'un roi, se cmtenlerait-
On mèrae de le chasser d'une ville ou d'une jirovince, ne le poursuivr;iil-on pas fortement partout où if serait ? Les premiers ininislres le laisseraient-ils en repos, et se serviraient-ils même de lui, sous préteîte que les magistrats des lieux où son crime aurait été découvert, n'auraient pas agi contre lui?
Je crois qu'il y va de la gloire de Dieu, et c'est tout dire, de travaiHer à faire censurer la thèse dont vous me parlez; il n'y a rien qui en empêche, si l'on a cette thèse et qu'elle ait été soutenue. Le saint livre de Vlmilaiion de Nolre-Seigucur enseigne trèsbien que, si l'on ne traitait pas de questions pareilles, il n'arriverait pas tant de relâchement dans les monastères et tant de scan- <iales parmi le peuple : Non fieret tanta dissolutio in cœnobiis,-\e relâchement de l'es- |irit d'oraison, de la solitude, de l'épanchenient au dehors des religieux, leur causant de grands maux.
J'espère que notre bon Sauveur aura été glorifié de votre sermon le jour de la fête du grand saint François-Xavier. Sa divine l'rovidence nous ht faire le même jour une exhortation à l'un des couvents des orphelines de Paris ; je ne sais si c'est parce que nous approchons de la mort, mais il lui a plu donner une bénédiction extraordinaire aux discours qu'elle a voulu que nous fissions dans notre dernier voyage, c'est ainsi que : yocat ea quœ non nunt.
J'ai une grando douleur de ce que l'on néglige une affaire et si publique et si imjiortante pour la gloire de Dieu, comme est le sermon N. (le nom est effacé dans l'original).
On pouvait bien dire à ces religieux dont vous me parlez : Non est hona glofidtio ves/ra, qui se font une gloire de ne jias laisser mourir un parti pernicieux, quand les auteurs meurent. J'ai appris la mort subite de M. de Fieux.
Comme je ne fais que recevoir votre lettre aujourd'hui 18 de décembre, que l'on me renvoie de Paris, je n'ai pu y faire plus tôt de réponse. Je salue votre bon ange, etc., et suis avec respect, etc.
A Evreux, ce 18 de décembre, fête de l'attenie du divin enfantement de l'admirable Mire de Dieu.
LETTRE CCXIII.
AL' THÈME
Boudon constille à son ami de se soumttlre ù ses supérieurs mécontents d'une lettre écrite par lui et devenu publiijue
DIEU SELL
Monsieur,
Dieu seul en trois personnes et toujours Dieu seul dans l'union du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. Je vous écris dans sa sainte union, pressé à raison que je suis sur le point d'aller à mes visites d'où j'espère que la divine Providence, ma toujours très-
bonne et très-fidèle mère, me fera 'revenir )jour le commencement d'octobre. Les choses sont dans un état ici qui m'oblige de vous dire que présentement il n'est pas temps d'y venir. Je n'ai pas compris ce que vous me dites que vous pourriez pousser de Menillesplus loin, et aller à deux lieues de là. Je n'entends ni en quel lieu vous voudriez aller, ni quelle personne vous voudriez voir, toujours il me semble que dans la tempête, il faut bien se mettre à couvert quelque part, et laisser |)asser l'orage sans s'y exposer et en essuyer le mauvais tenifis.De plus il nous faut entrer dans les desseins de notre bon Sauveur, et lorsque nous voyons qu'il nous met dans l'état d'humiliatiotii, il faut souffrir paisiblement. La divine parole nous dit qu'il y a un temps de justice, et un temps où il faut se tenir dans le silence. Je vois que les évêques se font une affaire de votre lettre, et qu'ils la regardent comme un outrage fait à l'épiscopat; cela me donnerait encore lieu de ne pas vous conseiller sitôt le voyage de Paris, de peur que l'on ne préoccupe 51gr. l'archiivêque contre vous, et que cela ne vous attirât quelque fâcheuse suite. Notre prélat garde la copie de votre lettre, et il trouve Uiême fort à redire que monsieur votre frère, à ce qu'il a appris, ait dit qu'elle était bonne, et que c'était votre sentiment. Si vous pouviez aller passer quelque temps dans le pays deCaux, il me semble que ce serait le mieux; car c'est votre diocèse. Certainement vous pouvez bien dire, comme c'est la vérité, que vous n'avez jamais eu l'intention de choquer les prélats, et que si vous l'avez fait c'est sans y avoir pensé; que jamais vous n'avez eu intention qu'elle dût paraître, et autres choses pareilles, mais le tout doucement, et que vous vous soumettez à vos supérieurs. Je puis me tromper, ainsi je dis mes pensées sans trop vouloir les soutenir, mais je ne doute nullement qu'en cette rencontre, le mieux que l'on peut faire est de se soumettre et que si vous aviez voulu vous soutenir, vous vous seriez fait de trèsméchantes affaires et que ce ne fût le pis qui vous eût pu arriver ; il me semble qu'il est plus à propos présentement que vous preniez quelque relâchement.
Les Pères Jésuites ne manquent ni de charité ni de bonne volonté, mais il est certain qu'ils ne peuvent pas faire ce qu'ils voudraient, et je sais jirésentemenl des affaiies de la dernière conséquence pour la gloire de Dieu pour laquelle ils sont tout [)leins de zèle et qu'ils regardent en gémissant, ne pouvant pas les soutenir, comme eux-mêmes me l'ont dit ; on vous dira ce que l'on voudra, mais ce n'est pas une petite affaire tpae d'avoir pour parties non-seulement un évèque mais les évêques qui pensent que l'épiscopal est offensé. Il y en a qui disent que s'ils avaient été à la place de Mgr l'archevêque, ils vous auraient imposé des pénitences imbliiiues pour plusieurs années.
Je crois, Monsieur, que dans la suite des
LETTRES. — A M. UOSOLER.VRD.
lOgi
ferii[)s, vrtus verrez que la soumission a été le uieilleur parti que vous ayez pu |ireiuire : Aec coneris contra ictum fluvii ; c'est un remède admirable à tous les maux, que l'humilité, la soumission, la douceur.
Je salue votre bon ange, etc., et suis. Monsieur, etc.
.■1 Evreux, ce 11 dr septembre, dans la sainte octave de In fùe de laijlurieuse MiUitilé.