‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 337 sur 436 · LETTRE CCXL · texte numérisé non relu

LETTRE CCXL

Dteu seul est le seul bien que doit rechercher un chrétien. — Humilité de Boudnn; succès de ses livres.

DIEU SEUL

Monsieur, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ et son aimable providence, sans laquelle rien n'arrive, puisque jias un seul cheveu de notre tête ne tombe sans sa divine conduite, veut que je vous écrive le jour de la fête de saint Charles Borromée, qui est le jour qu'elle a aussi voulu que j'entrasse dans l'état ecclésiastique, me faisant donner la tonsure par M. le nonce de Sa Sainteté (pii, pour lors, était en France tlans la congrégation de Notre-Dame du noviciat des Jésuites de Paris, me marquant en toutes sortes d'occasions que sa volonté est de nie faire toutes ses grâces par celle que l'Eglise en appelle !a Mère. O Monsieur, ce fut bien pour lors que je dus dire Dieu seul 1 en prenant hautement et iiubliquement, dans la saillie Eglise, le Seigneur pour mai)art. Ohl

L1:ï1ULS. — A AL BDSUILUAR!).

qu'il ikiit Mon sufTnc à sa uhéiive créature jiui.s(nril se sudil lii<Mi h soi-inûmel Coiiiliicii (le lumières et eoniiiieii de pieux niouvelueiits iii'a-t-il ddiiné pour soiitenii- di^uein'MU une si ptéeicuso l'.ivcui? c'est ee qui nie fait [)ei(lre daus un alùnie li'où je ne saurais revinir. l.'u aliime de grâce se présente qui m'étonne. Ah ! pourquoi un Dieu traiter avec tant do boulé sa pauvre créature 1 un aljîuie de fautes, d'intidélilés, de misères, se fait voir ensuite, et c'est ce qui ne |)eut s'expliquer. Toutes les personnes qui me regardent comme un misérable et qui eu jiarlent de la soite. ont très-j^rande raison, et ce serait avec justice que toutes les ciéatures du ciel et de la terre, cl des enfers, s'armeraient contre une personne telle que je suis. Si quel(|ues-unes .'■e trompent en in'impulant de certaines choses dont je siiis très-capalile et dont Notre-Seigneur m'a délivré par sa fiure grûce, elles ue sont pas néanmoins trouqiées jugeant que je suis très-criminel; car, eu vérité, je nie vois devant Dieu au-dessous de tous les lionuiies sans la moindre réserve, et des démons mêmes, étant jibis ingrat qu'ils n'ont été. Tout ce que je |)uis dire, et je voudrais aller le crier de tous côtés, i'num svin, infcrnu me esse dignuiH. D'autre part, un abîme de miséricordes se découvre d'un Dieu qui ne s'est [loint rebuté pour le mauvais usage de ses grâces, et qui, au contraire, les a augmentées à mesure que les infidélités se sont multipliées. 11 faut ici se laisser |)erdre ilans l'inliiiilé de ses miséricordes qui n'ont point de bornes et en son aimable proviilence qui, m'ayant donné une tendre dévotion dès ma jeunesse pour son immaculée Mère, qu'il a inspiré d'honorer en bien des uianières, ses bienheureux anges et ses saints, et jiarliculièrement saint Jean l'évangéliste à qui il m'a appli(iué très-singulièrement, dès l'âge de neuf à dix ans, et s'en est servi pour arrêter les etfets de la justice, pour augmenter et diminuer ses divines faveurs; j'espère de leur puissante protection que je pourrai dire ensuite avec leProphèle-Koi -.^Eilificabitur iii cœh's (Psal. lwxviii, 3), et ce|iendant que mon âme bénisse le Seigneur, et que toutes mes entrailles louent son saint nom; qu'elle n'oublie jamais les grâces qu'elle en a reçues; c'est lui qui en pardonne toutes les offenses, qui guérit toutes mes langueurs; c'est lui qui rachète ma vie de la mort; c'est lui qui me couronne de grâces et de miséricorde; c'est lui qui remplit tous mes désirs par l'abondance de ses biens. Oh .' que h Seiyneur est clément et doitx, qu'il est lent à punir et plein de miséricorde! « Miseralor et misericors Dominus, lonqanimis et muUum misericors. » (Psal. cxliv, 8.) Que dans l'excès de son amour incompréhensible il me renouvelle et rajeunisse comme l'aigle. C'est lui qui choisit les choses faibles, et ce qui n'est rien, [lour confondre la sagesse des hommes. Ainsi, il veut se glorifier dans les pauvres livres que la divine Providence nous fait donner au [lublic et (jui n'ont pas ses agréments ijue l'esprit humain i-cclier-

(liejce qui fait qu'ils (laraissent rebutants à ceux qui les regardent \mr les yeux do l'homme, comme .'i ce monsieur dont vous me parlez. El oependant, celui qui habite dans les cieux se rira et se motpiera des vaines |>ensécs; car il a voulu que ces pauvres livres aient été traduils en latin, eu italien, en cs[)agnol, en allemand, en jiolonais, en llamand, qu'on les lise dans les prônes des messes paroissiales, qu'on en fasse une lecture ordinaire en de certains lieux, le soir, lorsque les peuples s'assemblent dans les églises aux saints.

C'est encore la même Providence qui va chercher, daus des lieux éloignés, des personnes qu'elle m'adresse; et depuis que je v(uis ai écrit, une personne de Lorraine m'a adressé une lettre pour venir exprès demeurer à Evreux, pour y écouter ce qu'il jilairait à notre bon Sauveur de nous dicter pour elle; je lui ai écrit de ne pas le faire.

.\ l'égard de l'exposition du très-saint Sacrement de l'autel, s'il m'est permis de dire mes chétives pensées, il semble que les irrévérences que l'on commet, en sa divine présence; le peu de foi, le peu d'amour que l'on marque à ce Dieu, qui est l'amour même, demanderaient qu'on ne l'exiiosât j)as si fréquemment. Cejjcndant, si dans votre ])aroisse le resjiect y est gardé, je crois qu'il sera glorifié d'y être exposé le jour de lar. jirésentation de Notre-Dame. Ea divine Providence nous va faire partir d'Evreiix jusqu'aux fêtes de Noël, si elle nous laisse au monde. Je salue votre bon ange, et suis, etc.

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