LETTRE CCXV
Amour de la vie cachée et des humiliations.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes et toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Il est séparé à
))0ur a[)prondre aux liommes la sainteté de leur séparati(Mi, s'élaiit fait homme, il en a donné des exemples qui passent l'esfirit humain, car il lui est dillicile de concevoir qu'un Dieu (|ui se fait homme, emploie trente années de sa vie dans une vie admiralilement retirée, caché dans une pauvre boutique, et faisant le métier de charpentier; quel rapport, selon les (petites lumières do 1 homme avec sa mission pour enseigner et instruire les hommes! en vérité il faut bien direqu'il y aitquehpie chose de bien divin, de caché dans la séparation des créatures, c'est pour cela qu'il veut nous en inslniiie par une retraite de trente années, retraite qui est un sermon bien puissant; il ne donne que trois ans et demi à enseigner les autri'.s vérités. Hier, monsieur votre théologal, (pii est un bon prédicateur, prêchant au sujet de la meilleure part de Marie, dans la calliédrale, en présence de monseigneur noire évèque, de tout le chapitre et do touie la ville, prit [lour sujet de combattre les faux dévots qui, sous prétexte de contemplation, se retiraient pour mener une vie molle, sans s'em|)lûyer aux œuvres extérieures; sans doute" que c'est un abus qu'une retraite de celte nature; mais je ne vois guère de gens à Evreux, et peui-êire n'y en a-t-il point qui, étant propres à travailler pour le prochain, se donnent à la retraite; je ne sais, pour vous jiarler en confiance, si l'on ne pensait |)as à moi, mais cependant je n'en ai |)as de connaissance, à cause de la retraite que j'y fais de|iuis un mois environ, sans néanmoins que par la miséricorde infinie de notre bon Sauveur el par la protection de son immaculée Jlère, des. bons anges et des saints, cela ne m'empêche d'aucun de mes devoirs. A peine avait-il commenci^ de prêcher avec un zèle fort animé, iju'il demeura court devant tout l'auditoire et il fut obligédesortir de la chaire en cette manière; j estime plus la séparation du petit jioint d'honneur du monde que cette humiliation lui a donnée, que ra|iplaudi>scmeiit qu'il aurait eu, ce qui lui est assez ordinaire.
Tout ce que je sais de grand au monde est l'abaissement que la divine Providence y fait porter, et je ne saurais me lasser de parler des bienheureuses contradictions qui m'y arrivent, car je suis pénétré (|ue c'est une grâce infiiiiiuent précieuse; je crois vous avoir parlé d'une vue qu'une âme d'une émineiite vertu qui est éloignée de ce jiays ii,'i, c'est il y a liéja assez d'années, où il lui fui montré un ilémon en forme de dragon qui n*pandait son venin contre moi, eî ensuite elle le vit aller loin dans les airs, le répandant de tous côtés à mon sujet; sans trop m'arrôter à ces sortes de vues, toujours l'etfet en a fait voir la vérité. Que j'ai d'obligations à l'aimable Providence, ma bonne et très-tidèle Mère, de lui avoir donné cette permission! 11 est vrai que la contradiction me suit; dans le diocèse de Rouen on a donné des ordres à la i)lu|iarl des maisons religieuses sur les chemins où l'on a
l'inlini <lans sa sainteté, des créatures, et cru que je pouvais passer, et on a défendu
OEUVUKS COMPLETES l'E BOLDON.
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aui siip(^rie;usi]e me prier 'Je îrav.iilloiMinns leurs maisons; il a y on quelques-unes qui en nvaient un graml désir. Je ne vois guère que cela vienne que de M. Delieiix, qui en cela a ses intentions don! je ne oois pas me plaindre. Je m'aperriis bien à tout ce qu'il avait écrit à monseittneur l'évèque, son frère, il mon sujet, par le changement que je vis en ce prélat .^ mon sujet par de certaines petites manières peu obligeantes, quoiqu'il ne laissât pas de me remercier d'avoir travaillé dans son diocèse. On écrit de tous cotés contre luoi, et on empêche les personnes de m'écrire; on s'est avisé de cette contiadiction depuis quelques années, comme d"emjiû'clier ijuc l'on imprime les i)etits ouvrages qu'il plait à la divine Providence nous diuiner le lunuvement de faire; ce|iendant la divine Providence suscite dos gens que je ne connais point, qui m'écrivent, et même (les ecclésiastiques considérables dans leurs eiuplois, et dont quelques-uns m'ont luandé (ju'ds avaient dessein de faire un voyage exjirès pour nous venir voir et nous entretenir du royaume de Dieu, pendant qu'à Evreux chacun s'éloigne de nous. O mon Dieu, que la séparation des créatures est un bien inestimable 1
.M. le curé de Monilles m'est venu voir dont je suis bien éditié des bonnes intentions; s'il avait eu quehjue diincullé et que je lui eusse pu rendre service, je l'aurais fait d'une grande volonté avec le divin secours : mais il ne me lit jias paraître qu'il en eût aucun besoin. J es(ièreque Dieu tout bon et son immaculée Mère en seront glorifiés. Je lui ai conseillé de prendre quelque bon ecclésiastique de sa connaissance pour demeurer avec lui en qualité de vicaire, celui qui est à Menilles, est boîumc de bien, mais c'est un esprit inquiet, turbulent, plaideur, qui a fait des affaires à feu M. le curé. Si M. de Menilles, en étant prié par le dit vicaire, s'employait |iour le faire rester, il sera aisé de s'en excuser sur ce que M. le curé a quelqu'un de sa connaissance pour ('emeurer avec lui, et si cela était, vous jiourricz lui en écrire. J'ai dit à M. le curé qu'il sullîsait de faire donner avis au vicaire trois mois auparavant le lœtare, qu'il eût 5 chercher condition ; il n'en manquera pas dans le diocèse, car l'on y a besoin de prêtres. Il est à souliaiier' pour la gloire de ^'olre-Seigneur et de son immaculée Mère, (ju'il y ait un vicaire qui puisse bien agir de concert avec M. le curé.
M. deOauraonta fait imprimer, il va quelques années, deux peiits écrits au "sujet de .-aint Denis l'Aréopagite ; je crois que ça été un nommé Lambert, ([ui n'est plus fibraire, qui les a fait impruuer ; il demeure dans la rue du Foin, proche Saint-Yves, rue Saint-Jacques, à la seconde ou troisième perte en entrant par la rue SaiiU-Jacques, dans ladite rue du Foin, qui aboutit de l'au-
tre côté à la rue de la Harpe, il en | ourrait peut-être avoir. A l'égard du bon M. de (îauniont, il est dans une vieillesse décréjiite, et présentement on ne converse presijue jilus avec lui; si j'en avais, je vous en enverrais volontiers, il m'en a donné, mais je ne sais pas où je les ai mis.
\ons savez. Monsieur, (ju'il n'est jamais permis de faire un mal pour quoi que ce soit au monde, et ainsi la |ler^onlie dont il s'agit ne peut point faire la chose que vous savez : l'eut-ètre Iroiivera-t-elle des gens qui diront qu'il n'y a point de mal, à raison des suites, mais je ne voudrais pas entrer dans ce scntimen-t; cependant, si elley est résolue, il faut avoir [latience, et néanmoins je no crois fias qu'on lui doive donner l'absolution dans cet état; je [lense qu'il faut ailendre et peut-être quaml il n'y aura [ilus de danger-, qu'elle pourra, avec la miséricorde de^"otre- Seigueur et h la faveur de la très-sacrée Aicige, le refuge des pécheurs, en avoir de la contrition, toujours il faut jiiendre garde à ne lui pas donner conseil là-dessus de suivre ses sentiments, les suites en seraient dangereuses : il faut imiter la patience de Dieu dont il est dit : dissimulans peccala ho- ?ninum propicr panitentiam ; les supérieurs auront un grand (uiupte à rendre à Dieu, de ce qu'ils ne donnent pas ordre que ceux qui entrent dans les monastères, soient toujci:rs accompagnés, et que les confesseurs mèuicS soient vus.
J'ai joie en Notre-Seigneur et sa sainte Mère de ce qu'une personne de l'assemblée est nommée pour le doyenné d'Andely. Je salue votre bon ange, etc., et suis avec bien du respect, etc.
LE'ITRE CCXVL
Retiuis des hommes, dons précieux de Dieu.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois [lersonnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes. 0 le jirécieux don de ce Dieu fait homme, que les rebuts des hommes! don ]iiéférable à toute l'estime et l'amitié des créatures, et à tous les honneurs du siècle! O l'heureuse rencontre, quand on le trouve! tout ce qui porte à l'humiliation doit nous être bien cher.
Je suis étonné u'e ce que l'on fait diflicullé de continuer la célébration des ollices des saints, dont la fêle a été ôtée aux jjeuples. Il me semble que chacun devrait s'elîorcer bien jilutùt à en faire l'ollice avec plus de ))iété (juc jamais, pour empêcher la diminution ou la cessation du culte religieux que l'Fglise leur donne (90).
(1)0) C'cbl aussi le va-ii de Mgr rari;lic\éiiiio de liKitmis, dil-il. Ions les (idcles à assister , ;iiUuiit Purij, dans »«iiM;iiidciiieiil du II léxi ici- 1778, iju'ils le puur niiil, à l'ollice îles fêles (|iie les cirporiaiii snjinif-ssioii de (piclipies IciPS. < Nous i a- eoiist.uiccs îles leiiips eiil déteMiiiiié ii suiipriiiier. >
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