I.KTTRES. - A M. IIOSGLIERAKD
Les sentiments des hommes sont différents. Je ii"ai .'uicnn doute (ju'il n'y ait de l'obsession (ics démons dans lriiit(?s les deux sœurs dont vous me parloz, et j'en suis pleineiuent convaincu. A lï'i^ard iJcs tentations que les pénitentes peuvent avoir, on ne doit jms les quitter pour ce sujet; autrement on
donnerait une
i^raiule prise aux (icmoiis ;
raais le confesseur doit hrauroiip s'Inimilier devant Dieu; oui, je le réjiète. heaucoiij) s'huiiniier et entrer dans une sainte conrusion, el reconnaître sa misèic, et avoir. recours au\ gr;mdes miséricordes de notre bon Sauveur Jésus-Cinist. ("e serait un grand secours pour ces lilles, si elles voulaient se confesser aux religieux de Saint-François et communier plus souvent. Je salue votre bon anges, etc.
A Paris, ce 1 1 de juillet, fe'le de la Trimslation de saint Benoît.
LF.TÏRE CCXVII.
Etre en butte à Ut contradiction, à l'exemple du Sauveur, don précieux et inestimable.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. 11 faudrait savoir ce que c'est que Dieu seul, pour savoir ce que c'est que la séparation des créatures qui nous unit à lui, et combien celte gr;\ce est précieuse. On eu j)eul prendre quelque juste idée, si l'on considère que ça été la grâce singulière de Notie-Seigneur Jésus-Christ; et nous lisons dans le saint Evangile (Lkc. n, 34), que c'est ce ([ue saint Siméon en prophétise. Vérité qui, saintem'ent et fortement méditée, est bien ca|ialile de nous donner des mouvements d'un amour inénarraiile pour la sé- ))aratiori des créatures. Oh! qu'il faut bien dire que c'est quelque chose de bien grand et de bien aimable, puisque c'est ce qu'un jirophète, à qui le Fils de Dieu s'est révélé d'une manière si sjiéciale, en dit et en prophéiise! La joie qu'il a de voir le divin Messie attendu dès le commencement du monde, fait qu'il s'écrie, qu'il est content ajirès cela de mourir, n'ayant plus rien à désirer an monde; car, en le voyant, il voyait tout co que l'on peut souhaiter. Il annonce jmbliquement que ce Messie divin est la lumière des nations et la gloire du peuple d'Jsraèl (Luc- ii, 32), et après cela ce qu'il en prédit est qu'il sera en butte à la contradiction. (Ibid. 3*.) Voilà le partage du Fils bien-aimé du Père Eternel. O bienheureuse vie qui se passe dans l'imitation et l'union de la contradiction du Sauveur! C'est une faveur inestimable; et quand tous les membres oe notre corps seraient changés en autant de langues, ils ne pourraient pas assez en I imercitr la divine Proviiience : c'est ce qui passe toute pensée. Jamais je n'en ai été plus convaincu; et en écrivant ces vérités, il plaît a l'infinie miséricorde de notre bon Sauveur Jésus-Christ, par les mérites de
son immaculée Mère, de m'en péiiélrer entièrement. Oh! quelle grâce d'être contrerlitence monde el d'en (onnaître le prix t Mon pauvre esprit se |ierd dans l'abîme des misériionles de Notre-Seigneur et de son immaculée Mère, quand il pense que j'ai la faveur que la contradiction m'accompagne et me suit de tous côtés, et api)arcmiiient co sera jusqu'à ma mort et après ma mort. Aidez-moi. Monsieur, à en bénir la divine Providence, à l'en adorer, h l'en aimer, à l'en remercier, à l'en gloiifier.
Depuis (ju'elle m'a conduite Paris ce dernier voyage, elle m'a occupé (onlinuellenient tous les jours, et je n'ai pas |)u un seul jour dîner (-liez madame ma charitable hûtessCj ni rendni visite une seule fois k plusieurs communautés qui l'auraient souhaité, ayant été occupé en d'autres el chez des particuliers. Je vous dis cela pour vous faire connaître que je n'ai pas le loisir d'aller voir les religieuses dont vous me parlez.
Il y avait une mère prieure aux Carmélites'de Morlaix, lorsque la divine Providence m'y arrêtait, nommée de la Nativité et professe 'du Pont-Audemer ; je ne sais ce qu'elle est devenue. Je vous supplie, dans l'occasion, de le demandera Rouen ; ce n'est pas que j'aie eu grand rapport avec elle. Elle était toute dans la dépendamce du couvent de l'Incarnation du faubourg Saint- Jacques, à Paris.
Les évê(iues ont droit de convoquer nonseulement dans leurs synodes et calendes, mais en d'autres occasions, quand ils le jugent à pro|ios, pour le bien des églises et de la discipline ecclésiastique. Si on leur faisait op[iosition là-dessus, ils auraient bieii-tot un arrêt du conseil privé du roi, qui s'est déclaré fortement pour les soutenir contre leurs sujets. Quand la nécessité s'y trouve, on peut appeler le secours du bras séculier, comme les Papes le déclarent souvent. On m'a parlé d'un évêque zélé qui, par cette voie, a fait quitter leurs cures à plus de cent curés indignes, par la raison que l'on sait que le roi le soutient de son autorité. Agissant par les formes ordinaires, je ne sais jias s'il aurait pu déposséder un seul de ces curés indignes. Il est sans doute de la dernière justice qu'un pasteur mercenaire et qui abandonne son troupeau aux loups, soit privé de ce soin; et l'évèque, qui en est généralement chargé, uoit faire tous ses etl'oits pour cela.
J'espère que la divine Providence nous fera retourner à Evreux la semaine prochaine. Je salue votre bon ange, tous les bons anges et saints [lalrons de la ville el du diocèse de Rouen, et suis dans un profond respect, etc.
A Paris, le 7 de décembre, veille de la fétc de l'Immaculée Conception de l'admirable I ierge Mère de Dieu.
LETTRE CCXVIIL
Etre sépare des créatures et vnre ae la vie de
iOSS
Jcsuf -Christ, c'est là le trésor et la perle tle t'Ih-(iii<jile.
niKll SEIL.
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul eu trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur île tous les hommes. Oli ! il est grand tem[is (]uece cieur divin soit le cœur lie notre cœur, la vie de notre vie, l'âme de noire Ame. Qm- notre cœur étant saintement purifié soit uni à ce cunir suradorahle, et 3'.y laisse [lerdre et abîmer jioui' jamais [lar les puissantes opéialions du Saint-Esprit; en sorte qu'il n'ait plus d'autres mouvements, d'autie [lente, d'nutres inclinations, d'autre estime, d'autres alfections, d'aulre volonté, que le cœur du tout aimable Jésus, plus d'aulre vie que la sienne. Ah 1 qui nous fera la grAce de nous écrier avec l'.Xpôtre : Je vis : mais non je ne vis plus; c'est Je'sus- Clirist qui vit en moi. {Galat. ii, 20.) Voilà le don de Dieu, et le grand don du Saint- Es|)rit Dieu. .Mil si les pauvres ciéatuies le savaient 1 (Test l)ien le trésor de l'Evangile, pour lecpiel il faut tout vendre; c'est liien la précieuse perle (Matlli. xiii, ii, iOj, poiir la()uelie il faut tout (juitter.
Je pensais aujourd'hui au jirécieux vide dans |pquel il faut se trouver pour posséder cette perle, pour avoir ce O'fA'or; et il me semblait que l'Esfjrit-Saint qui m'a fait la grâce !i:ef, le jourde sa glorieuse solennité, de l'invoquer en qualité de Fi're des pauvres, comme l'Eglise fait, et qui continue tle me presser d'avoir recours à lui dans cette vue; vue infiniment consolante, car en vérité i;"est une douceur inexplicable à de pauvres créatures, et qui sont la pauvreté même, (le pouvoir s'adresser de cette sorte à cette majesté infinie : il me semblait, dis-je, qu'il me séparait de l'être créé ; et certainement j'y renonce en sa divine jjrésence ; oui, je renonce d'y avoir la moindre part pou." jamais. Ah ! Monsieur, il faul que je m'écrie ici : ¥Ji 1 qu'ai-je au ciel et en hi terre, sinon Dieu sc\il ? plus de créatures, plus de créature*, plus de l'homme, jilus de ce malheuri'ux soi-même ! Hélas !je dis ce que je vouiJrais bien; et notre bon Sauveur, par toute la charité de son divin cœuretcelle du précieux cœur de son immaculée Mère Vierge, me préserve éternellement de toute autre volonté; mais je ne laisse jiai dans sa lumière, (Je reconnaître coinî^ien je suis miséral)le. Cependant nu milieu de toutes ces misères, Dieu seul. Dieu seul, et toujours Dieu seul dans l'union du sacré cœur de Jésus notre Sauveur.
Afirès cela, Monsieur, j'aurais bien mauvaise grâce de n'être pas content de toutes choses, et d'avoir encore de la projire volonté et dans les bomu^s choses aussi bien que dans les autres. J'attends donc dans une grande ()aix (pie le tableau des neuf chœurs des anges soit achevé : je vous remercie très-humblement des soins (jue vous en jTcnez; mais (juo ne faut-il pas faire (lour
ces saints esprits (]ui ont toujours étéà Dieu seul ! Je laisse à votre chai ilé d'y veiller de temps en temps. J'es|ièreque la divine Pr(Dvidence nous fera l'iioiuicur de faire encore faire sept petits tableaux en l'honneur des sept premiers princes; mais nous verrons si nous nous servirons du même peintre, et si l'ouvrage des neufs chœurs est bien fait.
Ne vous ennuyez pas. Monsieur, ni ne vous dégoille/. point des peines (jui vous arrivent dans votre cure. 11 faut ne tenir à rien, et quand on ne tient plus à rien, on veut tout, et on ne veut rien; tout ceqtii arrive, et tnnt ce qui n'arrive pas. Oh! la jirécieuse mi^rt que la mort à tous les désirs! .M. le curé de Saint-Laurent a grande raison, et il me semble qu'il faut s'y tenir, à moins que vous ne vissiez par des [)réjugés que les juges ne seraient point favorables il votre droit; et en ce cas, je dis, supposé qu'il y eût de l'accommodement, il vaudrait mieux que vous en |)roposiez trois, qu'on vous les proposât; car en proposant vous-même, vous les choisissez ; et vos trésoriers n'en jiourraient prendre que l'un des trois, qui serait toujours de votre choix, |iuisqu'il serait l'un de ceux que vous auriez choisis. Je salue votre bon ange, etc.
C'est une bonne pensée que de mettre chez les Pères Minimes l'association de la pureté ; car c'est le moyen de la rendre stai>le, au lieu (ju'il pourrait venir quelque curé après vous (\m la négligerait et peutêtre' même qui la pourrait détruire.
Je vous ai mandé quand vous voudrez me faire la grâce de m'éciire, de le faire toujours par la poste, car autrement les lettres souvent ne sont pas rendues, ou bien elles tardent trop. J'ai vu un missionnaire, à Évreux, qui m'a dit qu'il avait une. lettre à me rendre de votre part, il y a longtemps de cela, et il ne me l'a pas donnée du tout; je n'aurais [las manqué d'y faire réponse; il m'a dit qu'il allait avec M. de la Pinsonnière, et cela me donne lieu de vous supjdier de demander au P. Jacques un de ses livres et des plus considérables pour M de la Pinsonnière ; car comme ii va de tous c(jtés, c'est le moyen de donner un grand remède aux iirofanations du sacré corps de Notrc-Seigneur.
A Evreiix, dans l'octave de la fête du Saint- Esprit, l'onzième de juiv, la veille du grand saint Onufre, le divin solitaire.