‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 345 sur 436 · LETTRE CCXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXXVIII

// bénit Dieu des trois grâces signalées qu'il lui avait accordées.

DIEl' SEUL.

Monsieur,

Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Je me sers de la main de l'un de mes amis iiour vous écrire, en étant empêché par une incommodité douloureuse d'hémorroïdes i]ui m'en ont ôlé la liberté, et réservant à vous parler des choses secrètes dont vous m'écrivez au temps où la divine Providence m'en donnera le pouvoir. Cependant il faut vous dire que je ne trouve rien de grand au monde, que de n'y être rien : ainsi je vous dirai simplement queje n'ai t'oint de paroles pour expliquer combien j'estime trois grandes grâces que j'ai reçues de la divine Providence ma bonne mère, et qui contribuent beaucoup à n'être pas grande chose en ce monde.

La première est la grâce desabjections qui me sont arrivées par un soulèvement de toutes sortes de personnes de ditférents états contre moi, de personnes de haute qualité et de celles du commun peuple, d'ecclésiastiques et de séculiers, de savants et d'ignorants ; par le délaissement jiresque universel de tout le momie et même de mes meilleurs amis, en sorte que l'on cachait ou l'on déchirait les lettres que l'on avait de moi, et qu'à peine osait-on dire que l'on me connilt ; par trois libelles diffamatoires où l'on ra'a accusé des crimes les plus abominables, et que l'on m'a dit avoir été répandus jusque dans les pays étrangers; par une poursuite si forte, qu'à peine pouvais-je trouver une maison pour me retirer. Omon Dieu 1 .Monsieur, que je préfère bien cette grâce h celle qui m'a été autrefois accopdée, lorsque prêchant plusieurs mois à Saint-Pierre d'E-

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vreiix, toute la ville y venait en si grande allluence.et même des personnes du dehcirs, de paroisses éloignéos de la campagne, que non-seulement cette graïuic église était jileine, mais qu'il se trouvait encore une grande foule de (leuple dans la rue et dans le cimetière. Car enûn la vie du Fils de Dieu (jui est mitre modèle a été une vie d'anéantisseiuent ; il est entré de la sorte dans le monde et en est sorti de la même manière : ilaétépendanltrente^années entières anéanti par sa vie cachée, il l'a été même durant sa vie conversante |>ar les plus noires calomnies; et si quelquefois descint] mille personnes du peuple l'ont suivi, il s'en est enfui et caché, et n'a ]ias voulu par cet éclat accomjilir l'ouvrage de la Uédemption, mais par l'anéantissement de la croix.

La seconde grande grâce que j'ai reçue de la très-douce Providence ma bonne mère, a été (|uc dans plusieurs occasions qui me sont arrivées de vivre à la cour, et même jioury travailler pour Dieu, cette même divine Providence Ta empoché pardes conduites secrètes, mais que je ne puis assez admirer. O mon Dieu! Monsieur, leFilsido Dieu n'a paru qu'une fois à la cour, et n'y a guère tardé; et durant le temps qu'il y a été, il y a passé pour un fou et un insensé. J'ai connu des personnes favorisées extraordiiiairement de Dieu, quiayantété introduites à la cour à raison de leuréminente piété, s'y sont relâchées d'une manière pitoyable.

La troisième grâce qui m'a été accordée par ma très-miséricordieuse et Irès-tidèle mère la divine Providence, est que la contradiction me suit partout. Dans tous les lieux où je me trouve, je m'y trouve contredit. Cependanl Dieu tout bon répand ordinairement beaucoup ses grâces sur nos petits emplois, et néanmoins il permet que l'on nous persécute (car ceci e^t une persécution dont je ne voudrais pas qualifier mes autres oppositions), de telle manière que l'on écrit aux évêques, grands-vicaires et autres personnes d'autoiité en des lieux éloignés jiour nous les rendre contraires; et l'on travaille (lour empêcher le monde de venir nous entendre prêcher le royaume de Dieu. Oh quel honneur d'avoir quel(}UO rapport à un Dieu fait homme, dont il a été jirédit qu'il serait en but ou signe de contradiction (Luc. H, 3i), et dont l'estime était fort partagée lorsqu'il prêchait , les uns di sant (lu'il était bon, et les autres qu'il était un séducteur du peuple. {Joan. vu, 12.)

Voilà les grandes miséricordes de mon Sauveur, dont je vous fais part, et queje ne puis attribuer qu'à une faveur très-spéciale de l'immaculée Mère de Dieu, (jui m'a toujours pris sous sa protection maternelle , à la faveur des bons anges et s|iécialeraent de mon bon ange gardien, à la faveur des bons saints et particulièrement de saint Josejih et de saint Jean l'évangéliste. Aidez-moi, Monsieur, à chanter les miséricordes du Seigneur, et priez-le queje commence à le servir vraiment, et à l'adorer en esprit et en vérité, jusqu'au derniersouiiir de ma vie.

IIUj

Lo pauvre M. l'ivyssni' me fait gininlc coiiiiiassioii, et je voudrais être digue de lo servir.

Kniiu vous (inuvez croire, Monsieur, que je ne vous oublie pas devaut Notre-Seigiieur et sa sainte More, et cpie je v^)us honore l)eaucoup en leur divine présence , me retommairlant à vos. saints sacrifices et prières, alin que les intérêts de Jésus s'établissent dans la visite que je dois l'aire le carême prochain, soit en me délivrant de mon mal pour pouvoir la l'aire, soit en m'en ôlant la liberté en m'y laissant. Je salue votre saint ange, tous les bons anges et saints patrons du diocèse de Rouen, et suis, etc.

^"oici ce (pu; j'ajoute de ma ujain, et qui n'a pas été vu par celui (^ui a écrit la lettre. Présentement (jue la divine Providence vous arrête à Uouen, il ne faut iias pensera quitter facilement. Il me semble (jue vous pourriez prendre des sujets jiour l'aire des conférences de temps en temps dans votre église, comme vous avez fait, et cela servirait noii-seulcnient pour votre paroisse, mais pour les autres. Donnez-vous bien aussi à l'esprit de Dieu, afui que vous puissiez écrire par .'on pur mouvement dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ.

Les ouvrages faits par son tspnl valent bien des missions, cl sont d'une plus grande étendue et demeurent davantage. 11 y a peu (le personnes qui travaillent à établir le i)ur amour: l'on ne fait pres(]ue point de missions pour la perfection des voies de Dieu, et cependant une âme toute h Dieu le gloritie incomparablement plus qu'un très-grand nombre d'autres dans une justice commune. Sainte Tiiérèse paraissant a|)rès sa mort au bienheureux Jean de la Croix, l'exhorta à travailler pour la perfection, lui disant que Dieu en serait plus glorifié que par d'autres manières.

A Evreux, ce 3 février, fête de l'itluslre martyr saint Biaise.

LETTRE CCXXIX.

ai; même.

Vivre à la cour, ctat dangereux pour le salut. Bonheur de l'abjection.

et toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. C'est dans cette bienheureuse et divine union que nous vous a Iressons une lettre )>our M. Preyssac. Comme je ne me souviens point du nom qu'il a pris, je ne l'ai su mettre au-dessus. Je vous avoue que je suis bien empêché à lui donner avis de ce ([ail doit faire : .-Ijigtisliœ sunt undique. S'il ne comparaît point, on fera son procès jiar contumace. S'il vient 3 Evreux, il est en [irise de corfis même par le chapitre, et, selon toutes les apparences, il sera condamné en toutes les juridictions ecclés-iastiques et séculières, et les suites en sont à craindre.

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