MUR
Chrisl, faveur signalée. Etablissement de lu dévotion du sacré cœur.
DIEU SKI !
Monsieur,
Dieu seul, Dieu ^eul en trois piTMiiiiies, et toujours Dieu seul dans l'union de notre Sauveur Jésus- (Christ. C'est dans cette union que l'on apprend à se séparer des recherches de la nature qui airae ce qui paraît, et même dans les fonctions les plus divines. Le Fils de Dieu, pour nous enseigner cette doctrine, a commencé par l'anéantissement au premier moment de sa vie divinement humaine ; c'est dans l'anéantissement qu'il l'a finie, et il s'est anéanti autant de fois qu'il a vécu de moments. C'est pour nous instruire de cette science des saints, qu'il a passé trente ans dans la boutique d un charpentier, sans catéchiser, sans prêcher, enseveli dans l'obscurité, lui cependant qui était le divin missionnaire du l'ère éternel. Oh! quelle miséricorde, lorsque sa divine providence nous veut donner quelque part à ses anéantissements I II lui a [du nous faire agir extérieurement et en bien des provinces, et répandre abondamment ses bénédictions sur nos emplois, par une miséricorde incompréhensible ; mais j'estime une faveur extraordinaire la grâce qu'il me fait présentement de vivre dans la retraite à Evreux et d'une manière cachée : un abîme de miséricorde s'ouvre à mes yeux dans ce divin état où je me laisse perdre, considérant cette grâce que je regarde comme une faveur infiniment firécieuse et je me sens pressé de m'écrier : Ah ! Dieu infiniment bon, que vous aije fait pour ne pas me laisser mourir dans des fonctions éclatantes? Cela n'empêche pas les obligations démon ministère qui se font à bien petit bruit, très-peu de personnes y assistant dans la ville d'Evreux et dans les campagnes, plusieurs de messieurs les curés empêchant que l'on s'y trouve. Oh ! qu'il est bon, mais plus qu'on ne peut dire, de ne pas faire grande ligure dans ce monde et de n'y être rien 1 Le tout consiste d'y être dans l'ordre de Dieu, et de n'y pas faire grand chose et rien même, quand il en dispose de la sorte. Les obligations de votre paroisse à l'égard de ce peu de personnes que vous me marquez, l'ont dû emporter par-dessus les occupations d'une mission.
Je ne me lasse (las encore de vous remercier de vus soins, et je le dois bien faire, étant très-certainement bien indigne que l'on pense à moi.
Le livre que voii> m'iivez envoyé et que notre [irélat a perdu, est celui-là même dont vous me donnez le titre. 11 est vraiqu'il sera difficile d'en recouvrer un, à moins qu'on ^n trouve un exemplairechez(iuelques particuliers. J'aurais àrépli([uer sur la matière dont vous m'écrivez; maisjecroisdevoiriaisserccs choses jiour nous occuper d'autres, qui seront plus à la gloire de Dieu; seulement à
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l'égard de M. de Canapjieville, on le reçoit dans son archidiaconé d'une manière qu'il (misse demander davantage.
Depuis i)eu d'années notre bon Sauveur a fait connaître à une religieuse de la Visitation de la petite ville de Tarai en Bourgogne (!)3*j, (]u'il voulait établir la dévotion de son sacré cœur dans ces teui[)S-ci et qu'il se servirait des Pères jésuites pour ce sujet, qui en etfet l'ont déjà établie non-seulement dans l'Europe, mais dans les Indes et le Canada. Us en ont fait un excellent livre ini- [■riiné à Lyon, dont j'ai été touché, et à Ixouen on a fait un extrait de ce livre, qui se vend chez Hérault au Palais. J'ai connu par mon expérience ce qui y est remarqué, que Noire-Seigneur fera de grandes grâce.< à ceux qui auront dévotion à son sacré cœur. Il nous faut faire tout de notre mieux en sa divine vertu, pour coopérer à l'établissement de cette dévotion. Le Pa[)e a accordé indulgence plénière à toutes les maisons de la Visitation qui en feraient la fête et notre bon Sauveur a révélé à sainte Gertrude, qu'il réservait cette dévotion pour les derniers temps. Je salue votre bon ange, etc.
.4 Evreux, ce lo de juillet, fête de saint Henri, empereur, vierge.
LETTRE CCXXXl.
Jésus Christ modèle de la vie cachée. Procès du curé de Reuilli. Droits des gradués supposent nécessairement le mérite.
DIEU SEUL
bon Sauveur Jésus-Christ. C'est cet adorable Sauveur qui est notre exemplaire, et sans lequel nous ne sommes rien et nous nei^ouvons rien, et en qui nous devons être, ag-ir et soutfrir étant une mèmechose avec lui, eu qualité de ses membres, par une grâce qui surpasse toute pensée. C'est donc à son exemple que le seul bon plaisir divin nous doit suffire. Il n'y a point à douter que son amour et son zèle pour les âmes n'ait surpassé intiniment toute la charité et le zèle de tous les saints ensemble : cefiendant tout dévoré qu'il était du zèle de leur salut, il demeure dans sa paix divine durant toute sa vie cachée, sans leur donner aucune instruction : il lui sullit que son Père éternel en ordonne de la sorte ; et même, comme )e vous l'ai écrit, il convertira peu de personnes immédiatement pendant sa vie conversante, et la conversion du monde est réservée à ses disciples; c'est-à-dire, qu'il fera par eux ce cju'il n'a pas fait immédiatement : Majora horitm facietis. [Joan. xiv, 12.) Les saints à la vérité sont des modèles que la divine Providence nous donne; mais ce divin
ClijKilais, morte en otlciir de sainlclc lu
LETTIIES. — A M. BOSCUtUAUD.
nio
Sauveur est l"exeiiipIairo de tous ces modèles et c'est sur lui que nous devons nous régler [iriniipjileau'iit. !1 ne n)e semble pas que Dieu vous appelle à ùlro religieux, ni.-iis je puis me tromper sans liiHiculté; je ik! tais que vous proposer ma pensée, et h l'égard du rliangeraent de votre état, quand la <livine IVovïdenoe en disposera do la sorte, certaiiieinent elle vous ou donn(^ra les moyens; il ne s'agit pas défaire de grandes choses, mais tout se doit réduire ù faire ce (juo Dieu veut que nous fas^ions.
A l'égard de l'alfaire de N... que je vous ai recommandée, il est vrai (]u"elle n'est pas sans ditliculté, si l'on s'arrête h de certains droits que tous les deux fiarlis peuvent jirétendre, quoic.uo le droit de M. le curé qui dessert la [laroisse de Reuilli, selon les jilus habiles avocats de Paris, soit trôs-boa et très-assuré. Mais les droits qui [Wîuvent venir de la qualité de gradué supposent nécessairement le mérite et le plus grand mérite de la personne graduée, selon le droit naturel, liumain et divin. Selon le droit naturel, car la raison veut que l'on donne la [lersonne la plus propre et la |)lus utile à des gens (|ui donnent tous les ans une portion de leurs biens |iour cela ; et supposé la foi et le christianisme, il e^t de la dernière justice que (les âmes qui ont coûté le prix du sang d'un Dieu, et dont la perte est d'une conséquence infinie, soient confiées aux soins d'une personne qui a plus de mérite et plus de zèle. Le droit comnmn l'ordonne, caries conciles généraux déclarent qu'il faut donner les bénéfices au plus digne, digniori ; et ce n'est pas une décision de quelques casuistes ou théologiens, ou le sentiment seulemenls de quelques saints Pères, mais de toute l'Eglise assemblée dans les conciles généraux; car c'est ici un point île doctrine et non jias seulement une police. Le droit divin y oblige, car le Fils de Dieu commandant aux pasteurs de nourrir et de paître les ouailles qui leur sont commises, on est obligé de les mettre entre les mains de pasteurs qui ont plus d'amour de Dieu, coinme le même Sauveur nous l'enseigne en la personne de saint Pierre, à qui il demande par trois diverses fois s'il l'aime, {Jimn. XXI, 17), avant tjue de lui donner le soin de sesagneaux etdeses brebis. Or, une personne a beau être graduée, si elle a n:oins de mérite, quoique de ce ('ôté-là elle [)uisse avoir quebiuefois un droit |>lus a[)parent, dans la vérité elle ne le peut point avoir, dès lors qu'il est contraire à la raison et aux ordres de l'Eglise et de Dieu même.
C'est ce (jui se voit dans l'atTaire dont il est question , dans laquelle non-seulement le promoteur e>t bien éloigné du mérite de l'aulie, mais même est indigne d'être curé, nedonnant pasbonne éJuicalion, pendant que l'autre a une bénédiction si singulière, que l'on a vu en peu de temps, dans cette paroisse de campagne qui était assez délaissée, uu changenient admirable par les exhortations et catéchismes continuels que l'on y fait, le bon exemple que l'on y donne, et les
soins que l'on en priMid. lui sorte (pio l'on y voit les pauvres paysans fréipienter les sacrements les dimanches ordinaires, comme aux plus grandes fêtes. D'ailleurs, il est entré dans le béi;éfice contre son gré, connue je vous l'ai tléjà dit, par les instantes prières de feu notre tlié(dogal , qui lui protestait qu'il ne regardait en cela (pie l'iniérêt do Dieu, comme il était vrai. Hélas 1 quel changement il y aurait, si ces pauvres gens tombaient entre les mains du promoteur 1
Je salue votre bon ange, tous les bons anges et saints jiatrons de la ville et du dmcèsc de Kouen. et suis avec resjiect, etc.
.1 Evrcux, ce 6 août, la veille de la fi'le du sainl de la divine Providence le li. GoeUiu, mon saint pali on, protecteur et père.
LETTllE CCXXXIL
Ne pas changer h'gèremenl d'étal, mais uttendre les moments de la divine Providence.
DlEt SEi;l.
Monsieur,
Dieu seul dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est dans cette bienheureuse union que nous sommes devant Dieu, et que nous pouvons lui faire quelque choso d'agréable : hors de cette sainte et divino union nous ne sommes plus rien, et nous ne [louvons plus rien : Christus omnia in omvibus. {Col. m, 11.) Ah! quand sera-ce quo nous serons remplis de sa divine plénituda, (pie tous nos jours, toutes nos années, tous les moments de notre vie seront pleins du feu de son Saint-Esprit par un vide entier de tout le reste? Cet Esprit Saint donne quelquefois à l'âme de grands goûls, et une sainte tendance pour plusieurs Itomies choses, dont cependant il ne veut pas l'exec'cition. Ces mouvements, monsieur, dont vou« me parlez [lour une vie [ilus dégagée des emplois que la vùire, sont assurément trèslions; mais il n'y a pas d'apparence que notre bon Sauveur demande de vous que vous les exécutiez, au moins encore si tôt, à raison que votre sanié ne vous le permet pas. Attendez donc en [latience les ordres de sou aimable providence sur ce sujet, y demeurant [larfaitement abandonné et sans la moindre réserve. 11 est vrai que l'âge avancé ne permet guère d'aller aux missions étrangères; mais comme, dans l'état présent oîi vous êtes, vos incommodités coriiorelles y apportent encore un plus grand obstacle, je ne vois pas que la divine Providence désire de vous que vous y pensiez iirésentement; vous verrez dans lasuite ce qu'elle fera : si ce n'est pas pour ces missions, il y a d'autres fiuictions oii l'on peut s'occuper. Feu M. de Bernières était appelé à une très-grande pauvreté; il y avait des attraits merveilleux; le saint homme le P. Chrysostome, dont l'on me priait d'écrire la Vie, qui était sou directeur, lui avait dit ()u"il ne serait jamais dans iun centre qu'il ne lût dans cet état.
'*" (»;UVRES COMPLETES DE BOLDOX
Cepeiulniit ce lion [icVe ne vuy;iit |i;is tlnrant ceito vie
sa vif qu'il en tût cmore tem|is,etil lui conseillait de ditiérer; et, en etl'et, M. do Dernières ne s'est dé|iouillé lie ses l)iens qu'après la mort de ce grand serviteur de Dieu, et peu d'années avant la sienne. Cependant appliquez-vous dans l'union de noire lion Sauveur à exécuter avec exactitude et fidélité, ce qu'il veut sans doute que vous fassiez présentement, tous les devoirs de votre charge, dont l'un des plus grands est d'assister les malades; et en cela il faut être fidèle à surmonter lesré|iugnances de la nature ;car autrement ce serait une illusion de méditer une vieapo.stolique pleine de fatigues trèsgrandes, et que l'on ne sait pas assurément si Dieu la demande de nous, et de ne pas surmonter peu de choses que l'on ne peut I as douter être dans l'ordre de la divine Providence.
Je salue votre saint ange, etc.
A Paris, ce 't de janvier, jour de samedi consacré à In irês-sainte Mère de Dieu.