LETTRE CCXXXIII
Etant ne's de Dieu, nous devons mener une vie divine. Infirmités habituelles peu conijinrables arec les communautés reliyieuses.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. Je vous assure que c'est dans cette sainte union qu'il faut uni- (juement vivre, et que je désire de toutes mes forces de vivre, ou de ne vivre plus; et c'est pour cela que je continue à vous demander en toute humilité le secours du saint sacrilice, et devos prièresll estgrand temps, hélas ! et môme bien tard, que je couimenre à vivre en Chrétien selon la nouvelle créature en Jésus-Christ. Le vieil homme étant mort et enseveli avec lui, et étant réj^énérés en ce divin Sauveur par une naissance de Dieu : QuieiDeo nutisuntiJoan. i, 13), nous devons mener une vie conforme à cette naissance, Jésus-Christ vivant, opérant et souffrant en nous, ne voyant plus les choses que comme il les voit, né faisant [ilus d'état que de ce qu'il estime, méprisant le siè(-le et tous les désirs du siècle, ayant ses mêmes sentiments, ses mêmes affections, et enfin étant faits une même chose avec lui, n'étant animés, gouvernés et conduits que par son divin Esjirit, lui adhérant inviolablement en toutes choses, parlant en lui et par lui, conversant, étant retirés, priant, sacrifiant, taisant toutce(iue l'on fait, et même les actions les plus basses, m.mgeant, buvant, dormnnt avec Jésus luangeant, buvant et dormant, souffrant avec lui, et enfin Jésus -Christ étant toutes^ choses en tous, comme jiarle l'ApiMre : Christus omnia in omnibus. [Col. m, 11.) Ou mourir donc, ou ne plus vivre que de la vie de Jésus ; et pour vivre de
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ne vivre pfus que de la mort.
Comme j'écris ceci. M. le curé de Keuilli vient de me venir voir, pour me prier de vous supplier de le recommander à quelques personnes du parlement de votre connaissance, (lour son procès, que je puis dire être l'alfaire de Jésus-Christ, car enfin en tout , Christus omnia. Je lui ai dit que vous aviez vous-mêuie une affaire au |iarlenionl. Cependant, si l'occasion s'en iirésente, il y va de la gloire de Notre-Seigneur.
Nous le glorifierons bien, quand nous le servirons à sa manière ; et nous le servirons à sa manière, et non [las à la nôtre, quand nous le ierons selon les moyens t|ue sa divine providence nous donnera'. Le saint homme le P. Mastrilli, Jésuite, est guéri miraculeusement par saint François Xavier pour aller aux missions étrangères; durant le voyage, il reçoit des grâces singulières ; ([ue ne devait-on pas attendre? A peine est-il arrivé qu'on le fait mourir, sans qu'il ait le loisir d'y jirêcher et d'y annoncer l'Evangile. Ce n'est donc pas dans les œuvres extc^ rieures, quelque éclatantes qu'elles soient, qu'il faut nuus arrêter, mais dans l'ordre de Dieu, et à ne rien faire d'extérieur, quand il lui [liait d'en disposer de la sorte.
Vos infirmités ne conviennent pas avecles communautés régulières, ni ii.ême avec celle des Pères jésuites, J'ai oui dire au feu Père Fumcchon , religieux d'une rare vertu, qu'il y avaitbienà souffrir quand onavaitdes infirmités iiabituelles ; je dis liabituelles, car on ne [icut [lasèlrè luieuxassislédans lesgrandes maladies qui arrivent. J'ai connu un do mes amis qui est sorti des Jésuites [lour celte raison-là ; ce (jui marque la difficulté. Cependant, selo:i ma jietite lumière, ()ui n'est rien , j'aurais de la [leine à apjirouver une telle sortie, mais cela vous marque la difficulté. D'autres religieux m'ont témoigné les peines qu'ils avaient à raison de ces infirmités habituelles; c'est ce qui est bien à considérer. C'est un malqued'avoir troji de soin desa santé, de s'en inquiéter, et de s'en mettre en peine : mais l'ordre de Dieu demande cependant que l'on y veille avec une prudence chréiienne.
L'n fière (luôieur des Carmes déchaussés m'est venu voira Evreux , faisant sa quête. Il m'a dit qu'il coiuiaissait une veuve d'un lil.iraiie qui est accommodée et qui a rapport (Ml Flandre; qu'il lui dirait de faire venir des livres de la Vive flamme d'amour. Si elle le lait, ils ne lui demeureront pas , et on aura soin de lui en faire vendre. 11 m'a promis ()u'il m'en écrirait; mais je ne sais pas si ce bun frère s'en souviendra.
M. de la Pinsonnière a passé par Evreux ; je l'ai entretenu des choses dont je vous avais ririé de lui parler. Ainsi, s'il vous plaît , vous ne lui en parlerez |ias, afin que cela ne le rebute pas. il a vu le prélat, qui l'a bien reçu , à ce ([u'il m'a dit.
Si la divine Providence nous conduit ci i'aris, il fauilra , pour avoir les permissions nécessaucs, bien faire entendre au prélnt que vous ré:)idcz exactement à votre cure ,
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LETTllES.
car cela pourrail le clioqucr qu'un curé d'un .-uilrc dioci-sc vînt travailler dans le sien; mais ((ue vciiasit à Paris pour un temps, selon la permission du concile, vous êtes bien aise de n'y pas demeurer inutile.
On moiili-e le compliment ((ue les Pères jésuites ont l'ait i^i M^'r ran:lieviMiucde Reims; apparennnenl ce ([ue l'on envoie par les jiostes du P. Alexandre sont des écrits laits avant la défense. (j"a été an conseil (pie l'on a disputé de la primatie. Il est vrai (|ue c'est une chose l'Acheuse (jue M. Clément ait perdu son procès, si la chose est véritable.
Je salue voire bon ange, tous les lions anges, etc.
A Evreiix, ce 1 1 de février, fcCe de saint Séverin, nbhé.